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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 18:47

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Je sonne avec mon petit paquet cadeau à la main bien caché dans mon veston en cuir. Bruit d’interphone. Je dis « Allo femmes à chattes, ici vieux débris ». J’entends un rire discret, et la porte qui s’ouvre. Je monte les escaliers de ce boui boui assez infâme. 600 dollars de loyer pour un appart’ au 6ème étage sans ascenseur, c’est comme se faire baiser une fois par mois par son propriétaire.  Bien profond, parce que même l’eau chaude se fait rare. Elle m’ouvre et me serre dans ses bras. J’ai l’impression de venir chez une vieille tante faire un pèlerinage. Sarah aurait pu s’appeler Willy, ou Max. C’est comme une espèce rare de femme masculine. Cheveux courts, relevés à la mode hérisson. Vêtements large, corps un peu pareil. T shirt des Saxons. Tatouages partout sur le bras droit. Pantalon mi-jean mi-baggy. Chaussure de skater. Piercing au nez et boucle d’oreille en anneau sur l’oreille gauche. Eye Liner prononcé, chapeau de dandy balancé à l’arrière de la tête. 27 ans et des poussières. Et un lesbianisme prononcé. C’est la seule nana que je connaisse vraiment que je ne pourrais jamais me taper. J’ai essayé pourtant. C’est comme ça qu’on s’est rencontrés. A l’époque, elle avait les cheveux longs, un cul d’enfer et une sérieuse tendance à le coller un peu partout pour tester son sex-appeal. C’était avant qu’elle ne découvre sa foutue vérité : son vagin ne s’exprimerait jamais qu’en la présence d’autres vagins. Mais ça m’allait parce que c’était un vrai phénomène, cette gonzesse. Je lui dis de me lâcher. Elle s’exécute. Et me fout un coup de poing dans le ventre. J’ai mal, elle a la droite d’un boxeur sur le déclin. Mais je ne dis rien, pas envie de passer pour une tafiolle.

 


 - Alors, sale goujat. Ca fait un bail. Pourquoi tu viens jamais me voir ? Tu crois que je suis une de ces meufs qu’on appelle jamais et qu’on laisse pourrir au fond d’un tiroir jusqu'à ce qu’on soit en manque ?  

 - Bordel, je viens d’arriver et je me fais déjà engueuler. C’est pour ça que je viens pas souvent, Bernard.

 - Ha ha Bernard. Nom de dieu que c’est moche comme prénom.

 - C’est français, on ne fait pas de miracles. Mets un peu de musique, j’ai l’impression d’être à une veillée funèbre.

 - Ca tombe bien. Laisse moi te montrer un truc.

Elle tape dans les mains deux fois. Et l’écran plat du salon s’allume, sur une playlist perso de son lecteur dvd. Les Dallas Frasca.

- Putain, c’est incroyable !

- J’aime bien bidouiller deux trois trucs quand je fourre pas ma langue dans des jeunes folles en chaleur.

- Tu m’étonneras toujours. Bref, comment se porte ma sale petite goudou de service depuis le temps ? Comment va ton boulot ?

- Tu veux vraiment que je te parle de mon taf ? Tu veux partir en dépression ou pas ? C’est aussi intéressant qu’une encyclopédie des champignons !

- Ca dépend des champignons.

- T’as porté la came ? Putain, si t’as rien je te fous dehors sur le champ.

- Du calme, jeune dépravée. Jerry te passe le bonjour. Et il veut que t’arrêtes de ta per des ados sur le retour.

- J’emmerde ce vieil ermite. Et toi, la pub ?

- J’ai un contrat avec une marque de jus d’orange à finir, mais j’ai pas du tout d’inspiration. Du jus d’orange, merde ! Sans la pulpe ! C’est comme une femme sans vagin : un travelo de premier choix !

- « Ce jus là coule plus sec que les autres ».

- Je fais une campagne pour un jus d’orange, pas pour un bocal de pruneaux !

- Allez, creuse toi un peu, je suis sûre que tu vas trouver. Je t’ai toujours dit que t’irais loin, vieux. Et quand on voit la boite ou t’as commencé et celle ou t’es aujourd’hui, on se dit que j’ai quand même un peu raison.

- Ouais, enfin… c’est pas gagné. Y’a toujours Will qui tente de me faire de la concurrence. Il bosse pour Chanel et Dior en même temps.

- Ce lécheur de cul n’a aucun mérite. Il sait pas ce que c’est que la vraie vie. Il a passé la moitié de la sienne entre les jupons de la même gonzesse à s’emmerder comme un rat mort dans son pavillon de banlieue et sa voiture de fonction. D’ailleurs, toi et les femmes, ça donne quoi ?

- Rien de bien concret. Ca baise à droite à gauche, mais ça se pose jamais. Quoi que j’ai vécu un truc assez particulier la dernière fois. Une nana qui m’a fait sauter dans une piscine tout habillée en me promettant la moitié d’un buzz et qui s’est tirée pendant que j’étais sous l’eau en me faisant un doigt d’honneur quand je lui ai couru après pour la rattraper. Je me suis tapé l’arrière de sa Dodge. Je sais même pas vraiment qui c’est, je sais juste qu’elle a des couilles en béton.

- Enfin, t’as peut être trouvé une nana à ta mesure.

- T’emballes pas, je la reverrai jamais et il s’est absolument rien passé.

- Mais c’est ça qui est fort. Elle t’as fait sauter dans une piscine tout habillé et s’est barré en courant. J’appelle ça du génie.

- Tu veux ta coke ? Alors arrête de me les briser avec le génie féminin. C’est qu’un paquet de conneries.

- Ouais ouais, ben j’en serai pas si sûre, moi. Après tout, je vis avec en permanence.

 


Silence. On se regarde. Elle éclate de rire. Je suis. Je sors le sachet, le prépare dans un silence relatif. Sarah est partie aux chiottes. J’ai 5 lignes, à tout casser. Mais pas des petites lignes. Jerry n’est pas un radin, c’est le moins qu’on puisse dire.


- Tu veux un truc à boire ? J’ai de la bière… ou du JUS D’ORANGE, BITCHES !


Je fais semblant de gerber. Avec toutes les dégustations que j’ai subi depuis que j’ai chopé ce contrat maudit, je pense que je ne pourrais plus jamais boire une goutte de jus de quoi que ce soit de ma vie. Un peu de reggae ne fait pas de mal. Dreadlock Holiday. Aucun de nous n’en a. Du moins pas dans les cheveux. Y’a longtemps que j’ai pas été faire une excavation sous marine dans la ceinture de chasteté de Bernard l’ermite. Elle s’envoie la première dans le nez.


- Je suis LA REINE DU MONDE ! crie t’ elle en se tenant au bastingage de la table.


La fenêtre du salon est ouverte. Celles des autres aussi apparemment, puisqu’on entend « Eh, la reine du monde, tu veux pas fermer ta grande gueule ? ». J’éclate de rire. Je me prends un rail dans le nez. Je commence à dérailler un peu. Pour une fois, ce n’est pas le jus d’orange qui me met en forme. J’ai chaud. Très chaud. J’enlève ma veste. J’ai de plus en plus chaud. J’enlève mon t-shirt. Je me retrouve torse nu. Sarah Bernhart, en grande tragédienne du 21ème siècle, me lance une de ses nombreuses saillies.

 


- Du calme, l’étalon. C’est pas une raison pour te déshabiller. Tu sais combien d’hommes se sont foutus à poil chez moi ? AUCUN ! Enfin si, mon père, mais il est venu passer 10 jours, il a bien fallu qu’il prenne son bain une fois. Et encore, je l’ai forcé. Je croyais ne jamais avoir à faire ça.

- Je pourrais être ton père… si j’avais été très précoce.

- Et si mon père s’envoyait des lignes de coke aussi facilement qu’il fait ses lacets ou qu’il fourre une inconnue.

- Pas d’amalgame. J’essaye de les connaître avant.

- C’est ce que t’as fait avec moi, hein ? Dans un de ces moments de faiblesses ou je ne sentais pas encore la douceur des abricots contre ma peau, tu a voulu me refiler ta petite aubergine et tes deux minuscules noix de coco.

- Et je garde toujours en secret le désir qu’un jour, ta chatte se transforme en garage à aubergines. Mais si tu me veux, va falloir changer cette coupe. Et… ce look ! On dirait un vieux mafieux russe.

- Je t’emmerde ! tiens, c’est notre chanson. Allez, lève toi et danse, vieux débris.

 


Dancing in the street. Il n’en faut pas plus pour nous faire danser comme des débiles sous le feu des projecteurs de la lampe du salon. Le son monte, le ton des voisins aussi. On s’en fout. La soirée passe sans qu’on la voie. Quelques rails de plus et une bouteille de vodka plus tard, je me retrouve à 8 heures du matin couché sur le canapé, la tête dans la l’abricot de Sarah (enfin, là ou il se trouve, elle a quand même gardé son pantalon), aveuglé par le soleil qui commence à pointer le bout de son nez. Ces moments là, c’est ceux que je déteste le plus. Mais Sarah est mon meilleur pote depuis de nombreuses années, maintenant. Et je prends la résolution de passer la voir bien plus souvent. Je regarde l’état du salon. La table basse est complètement pétée. On a du monter dessus. Avec la bouteille de vodka, apparemment, puisque y’a encore plein de traces d’alcool sur le sol. Je ne l’avais pas remarquée il y a quelques instants. Cette casquette de flic pointée fièrement sur la tête de la lesbiche. Qu’est ce qui a pu se passer pour qu’elle ressorte un de ses vieux déguisements de jeux sexuels ? Elle ouvre les yeux. Et commence la journée par un éclat de rire.

 


-Ha ha, mec, t’es parti tellement loin que j’ai du bien ramer pour te rattraper. Les flics sont venus nous rendre une petite visite. Comme ils réclamaient un tapage nocturne, j’en ai pris un et je lui ai foutu un bon gros coup de pied dans les couilles. Et j’ai pris son képi en guise de loyer.

- Et ils t’ont pas embarquée ?

- Tu parles, ils étaient pétés comme des coings ! Le week end, c’est sacré aussi chez les poulets !

- Et moi j’étais ou dans tout ça ?

- Sur la table en train de chanter du Georges Michael. Ta fibre gay ressort quand tu sniffes trop de coke. N’en prends jamais plus de trois rails, sinon tu vas te retrouver à quatre pattes avec des couilles derrière toi !

- Ferme la, Sarah. Je repasse mercredi. Mais sans coke. Va falloir t’habituer à me voir totalement sobre.

- Bonne chance pour ton taf’, vieux ! Et si T’ES DANS LE JUS, APPELLE MOI ! Haaaa Ha ha !

 

 

Elle n’a pas changé. Et elle ne le fera sans doute jamais. Et ça me rassure. De toutes les saloperies de gonzesses que j’ai rencontré, c’est peut être l’une des seules qui n’a pas tenté de me foutre un couteau dans le dos. Je repars de l’appart de Sarah la tragédienne avec un mal de tête effroyable, le nez défoncé d’avoir trop reniflé, et un étrange sourire aux lèvres. La simple idée qu’elle a rendu un flic impuissant suffit à me faire retrouver ma bonne humeur. Je repensais aux paroles de la lesbiche en début de soirée, à propos de la nana au pétard. C’était peut être bien vrai. J’avais peut être enfin trouvé une femme à ma mesure. Il fallait que j’avance vite dans mon boulot. Si jamais on se recroisait et qu’elle apprenait que je bossais pour une marque de jus d’orange, là pour le coup je serais vraiment dans le jus. Je passe un coup de nez sous mes bras. On dirait que toutes mes glandes se sont données rendez vous pour la fête de l’odeur. Ca pue le chacal. En plus, je crois que je me suis pissé dessus. De rire peut être. Je sens un courant d’air jaunâtre le long de ma jambe gauche. Ah, les doux embruns du lundi matin !


Je continue à marcher vers le chemin, vers la route, vers nulle part. Aucune route n'est vraiment tracée. Les lignes n'existent que pour être franchies. 


R.B Le 22/07/2013

 

 

Si vous avez du retard :

Partie 1

Partie 2

Partie 3 


 

 

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