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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 13:38

http://us.123rf.com/400wm/15/226/quido/quido0907/quido090700007/5213270-anneaux-de-mariage-en-or-le-v-ritable-amour-ternel.jpg

 

Il se lève doucement, sort de ses draps de satin avec encore une certaine difficulté, et le goût du sommeil encore implanté dans la bouche. Il est apparemment le dernier réveillé, puisqu’il est seul dans la chambre. Il traverse la pièce, et se rends à la salle de bains. Il n’ose même pas regarder dans le miroir, de peur de ne plus voir que l’ombre de lui-même. Cela fait quelques nuits que le sommeil l’a quitté déjà, et il commence à en ressentir les effets sur l’ensemble de son organisme. Tout est plus mou, quelquefois, tout devient incolore et inodore, comme lorsqu’on devient fou, enfermé dans la bulle de sa propre dégénérescence. Puis le tout revient, et le temps reprend inlassablement son cours, comme le ferait le lit d’une rivière qui vient de dégeler du plus rude des hivers nordiques. Il fera le lit plus tard, de toute façon il n’attend personne aujourd’hui. Et comme personne ne débarquera à l’improviste ni aujourd’hui, ni demain, ni probablement dans les prochains jours, alors à quoi bon faire le ménage ? Ses amis étaient tous partis, soit en vacances, soit en déplacement, soit ils travaillaient et ne pouvaient se permettre de lui rendre visite en semaine. Ils débarquaient quelquefois le week-end, ou se contentaient d’appeler pour avoir des nouvelles. Et comme c’était au dessus de ses forces de répondre au téléphone, alors il attendait de pouvoir les voir en chair et en os pour leur parler, discuter du présent, du futur, du passé commun. Encore à moitié dans les vapes, il enfila les vêtements qu’il y avait sur la chaise, à côté de sa table de nuit, à la hâte, et descendit les escaliers tout aussi doucement, les yeux encore embués non pas par sa nuit tranquille mais par son manque criant de sommeil. Quand tous ces rêves allaient ils enfin s’arrêter ? Quand tout cela allait cesser, la première des choses qu’il ferait serait de s’enfermer dans sa chambre, vérifier qu’aucun bruit ne pourrait venir troubler sa quiétude et dormir tout le jour.  Il se prépare son déjeuner, encore seul, et déclenche la radio pour obtenir les dernières nouvelles. Rien de bien spectaculaire ni de bien joyeux. La bourse qui s’effondre, les guerres et les conflits qui se multiplient à l’étranger. Il y a longtemps qu’il ne comprend plus rien à tout ça. Bien sûr, il s’est battu, comme tout le monde, mais ce temps là, même s’il n’est pas si loin, est pourtant révolu. Pas besoin d’allumer la télé, tout ça pour écouter les mêmes inepties. Il remonta les stores électriques de la grande baie vitrée du salon pour laisser entrer un quelconque rayon de soleil. Mais il ne vit que le gris des nuages qui obscurciraient le ciel. On n’allait pas tarder à voir arriver un orage. Il met ses chaussures noires cirées, son pardessus et s’en va en laissant la porte d’entrée entrouverte, en attendant que Leila rentre, ce qui n’allait pas tarder, vu qu’elle était sûrement allé discuter chez un voisin ou aller chercher le pain. De toute façon, personne ne venait jamais ici. De même, elle allait discuter à droite à gauche parce que, et c’était triste à dire, ils ne se parlaient que rarement. Il avait remarqué qu’elle l’écoutait de moins en moins, et son exaspération avait peu à peu pris le dessus sur ses efforts d’intégration. Il descend peu à peu les escaliers de ses grandes jambes élancées, et va se promener dans cette petite rue qu’il aime tant. La, il peut revoir les rues qu’il a jadis arpenté, sa maison d’enfance ou il habitait avec ses parents mais aussi ses grands parents, sa première voiture avec laquelle il avait tant de fois amené Leila à divers endroits qu’il avait réussi à dénicher. Et puis c’est une journée comme les autres, et avant que la pluie tombe trop fort, il refait le chemin inverse, en ne sachant pas quoi faire du reste de sa journée. Il irait peut être faire un tour chez Martin, lui l’accueillerait à bras ouverts. Il ne peut plus faire que ça, maintenant.

 

Leila a eu une journée éprouvante, aujourd’hui. Elle pousse le petit portail en fer un peu rouillé, et tourne la clef permanente de la boite aux lettres. Rien que deux factures et des publicités, alors qu’elle avait bien précisé ne pas en vouloir (des deux, d’ailleurs). Son sac à main pèse de plus en plus lourd, c’est peut être le travail éreintant qu’on lui demande de plus en plus. Viendra un jour prochain ou elle ne pourra plus faire le même trajet tous les matins, pour se rendre à la banque, et prendre ce fameux siège, et être la première que les potentiels clients voient en arrivant. Entre les bonjours, les commissions, les lettres, les fax et tout le reste, ce petit bureau semblait pourtant être de plus en plus un immense bordel. Cela faisait quelques temps déjà qu’elle avait dit au serrurier de venir pour réparer la porte d’entrée. Apparemment, ce soir là encore, il avait fait l’impasse sur sa maison. La porte était comme à son habitude légèrement entrouverte, et ceci l’énervait avant même qu’elle n’arrive à commencer à se détendre. Après tout, si elle rentrait chez elle chaque soir, c’était bien pour prendre un peu de bon temps, et pas pour se donner encore plus de stress. Elle vit le bol de café encore posé sur la table de la cuisine. Elle était tête en l’air, certes, mais à ce point. Oublier de ranger son propre bol dans l’évier. Elle ne se souvient plus, peut être avait-elle eu un dossier urgent à régler ce matin et elle était partie en tout hâte. Dans la précipitation, elle aurait oublié de ranger son bol. La soirée resta calme, devant la télévision en compagnie de son petit chat persan. Ensuite, tombant de fatigue, elle se sera remise dans son lit, la fraicheur de ses draps et la chaleur de sa couette la protégeant de la cruauté du monde extérieur.

 

Il se réveilla de nouveau. Ce matin, elle était là. Il prit la précaution de défaire juste un peu les draps, pour ne pas la réveiller. On était dimanche, après tout. Il descendit comme à son habitude les grands escaliers en bois. Puis, une fois la porte menant à la cuisine fermée, il se prépara son bol de café en allumant la radio. Peut être pour ne pas entendre de mauvaise nouvelle. Ou peut être pour rien. Il y avait longtemps qu’il ne s’en souciait plus. Comme chaque fois, il lui dirait bonjour, mais elle ne le verrait pas, elle repartirait là ou elle va toujours, et lui chercherait un sens, un chemin pour se libérer de son fardeau et atteindre enfin la paix.

Ce matin là, lorsqu’elle se réveilla, la radio était encore allumée, et le store du salon remonté. Elle savait bien sûr, au plus profond d’elle-même, ce que tout ceci voulait dire. Mais elle refusait d’y croire. Allez dire à votre entourage que votre mari est là tout en étant absent, que vous avez un fantôme dans votre maison ! 

http://www.100histoires.com/galleries/PARANORMAL/le_palais_hante_du_malawi.jpg

R.B

Le 20/07/2011


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Published by Rom - dans ImaginaRom
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commentaires

rosinda59 20/07/2011 19:05



magnifique on se laisse emporter par ton récit superbe et détaillé... On se prend â être à la fois l' homme et cette femme sans pouvoir porter de jugement car malheureusement même si c'est une
fiction, elle ressemble tellement à la vie de certain couple qui reste ensemble mais ne se voit plus...


Magique - superbe, je n'ai pas d'autre qualificatif, tu es un formidable écrivain.


bisous


régine  



Rom 23/07/2011 13:50



Wow, je n'ai qu'une chose à dire : merci pour ça, qui n'est même plus un compliment ! 


Je n'ai pas la prétention d'être un écrivain, je le fais selon mes envies et ressentis du moment, mais sache que ton soutien me fait vraiment très plaisir ! 



dimdamdom59 20/07/2011 15:51






 


Puisque le soleil nous boude, moi j'ai décidé qu'il n'aurait pas raison de ma bonne humeur, donc ce matin je me suis levée, j'ai mis tous les chauffages à fond, j'ai enfilé mon maillot de bain,
mis mon chapeau de paille et mes lunettes de soleil, et me suis mise devant mon écran pour venir t'écrire ces quelques mots , en espérant que ma bonne humeur sera communicative!!!


Bisous bisous!!!


Domi.


ps : très belle image, j'ai un fils bijoutier, vais lui montrer suis sûre qu'il va apprécier!!!



Rom 23/07/2011 13:48



Pour le coup, elle l'a été, même si aujourd'hui, j'aime bien écrire des trucs mélancoliques ! 



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