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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 14:03

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Ces jours ou l’on marche, et ou la musique que l’on a dans les oreilles s’accorde d’elle même avec la cadence de nos pas, sans que nous n’ayons rien à faire que regarder droit devant nous. Vers là ou nous voulons aller, vers là ou nous n’irons sûrement jamais, vers là ou il nous est fort possible de nous rendre. On ne revient pas en arrière car le courage nous manque, on ne se projette pas car le doute nous tiraille.

 

On reste sur le fil d’un équlibriste, à deux doigts de se briser au sol en un fracas épouvantable. Nous ne percevons rien d’autre que l’instabilité présente en nous même, celle qui nous ferait faire quasiment n’importe quoi, simplement par instinct. Je ne saurai dire combien durent ces instants suspendus, mais on ne s’aperçoit de leur existence que lorsqu’ils se sont déjà déroulés. Tandis que «Life is a Highway» de Cochrane résonnait dans chacune de nos oreilles en stéréo, je n’étais pas sûr de l’endroit ou nous allions vraiment.

 

Le plateau de tournage avait l’air d’une simple cour, avec quelques arbres en bordure. Les dizaines de figurants étaient déjà installés, ils piaillaient et riaient de toute sortes de choses. Je vis quelques types avec qui je passais la plupart du temps me dévisager lorsqu’ils virent que je partageais un très court instant avec la fille dont nous passions presque tout notre temps à nous moquer. J’étais un idiot, je ne savais pas vraiment dans quel camp j’étais, et ne mesurait pas l’importance de cette indécision.

 

Malgré tout, je crois que si à l’époque on m’avait demandé de choisir, je n’aurai pu me résoudre à laisser tomber une amitié certaine pour un amour au conditionnel. Beaucoup vous auraient dit que mon choix aurait été douteux, mais ceux là n’ont jamais vraiment connu la solitude des après midi d’Octobre, lorsque toutes les lumières de septembre se sont éteintes au dehors, que la pluie et le vent tapent au carreau et que vous vous demandez enfin si les choses auraient pu se passer autrement que la manière dont elles se sont déroulées. Ce jour là, mon coeur balance.

 

Je ne sais pas vraiment ou aller, alors je reste, abreuvé de ce son si râpeux dans mes oreilles, qui ne cesse d’éparpiller ses notes comme un marionnetiste fou qui ne saurait plus lequel des deux contrôle l’autre. Elle avait le regard dans le vide, lorsqu’elle décida contre toute attente de s’assoir contre un arbre. D’autres filles ne l’auraient pas fait, par peur de tâcher leurs vêtements. Mais cette fois, il semblait bien que c’était moi qui passait pour la chochotte de service. Aucun preneur de son pour venir troubler nos conversations, aucune conversation pour venir perçer le silence. Alors c’était à ça qu’allaient ressembler nos journées ? Ma foi, avec la musique, j’aurais certainement moins de mal à m’y faire.

 

Je m’étonnais encore qu’aucun type ne soit venu lui chercher des histoires. Ils ne tardèrent pas. L’élément perturbateur dans un film est comme un orage menaçant : on le voit arriver de très loin, on sait qu’il va causer des tas d’ennuis mais on ne cesse pourtant jamais de l’attendre.

Chuck Lornes n’était pas vraiment ce genre de rebondissement, c’était plutôt son ventre qui était rebondi. Il ne s’attaquait à personne d’autre qu’a de petites créatures trop frèles pour lui résister. Le genre d’élément qu’il y a dans toutes les cours de lycées, en somme, et dont personne ne veut. On a souvent pitié de lui en raison de sa situation familiale difficile, et lui en profite pour s’en servir d’excuse à tout bout de champ. Il voudrait être libre de toute contrainte, exercer une autorité illusoire, mais il ne fait que rendre la vie des autres plus complexe qu’elle ne l’est déjà à cet âge. 


- Salut, la mocheté, s’introduisit-il en s’avançant vers elle. 

 

Cette pique lui était clairement adréssée, mais elle ne bougea pas d’un cil. J’admirais cette résistance à toute épreuve, ce coeur rendu si dur à force des coups qui lui avaient été porté, et qui avait sans doute du mal à faire confiance à quiconque, ce qui impliquait une réserve toujours plus importante, et une solitude d’une force qu’aucun de nous n’avait encore jamais connu. 

 

- Réponds, quand on te parle ! continua Chuck, visiblement bien accroché à sa cible matinale. 

- Tu devrais lui foutre la paix. Elle t’a rien demandé. 

- Te mèle pas de ça, toi. J’ai pas envie de te faire de mal, alors je te conseille d’aller rejoindre les autres bien gentiment. 

- Je ne bougerai pas de là. Fais comme tu veux. 

 

Le reste n’est qu’un maelström de rouge, de noir, et d’un blanc immachulé. Pas celui qui vient en dernier lieu, non, celui du drap du lit de l’infirmerie. Il y avait une légère tâche de bave un peu sanglante sur mon coussin, mon sac était posé en contrebas. Dès que je fis un mouvement, je ressentis la douleur tenace. Mes côtes me faisaient un mal de chien, de même que mon oeil, que je sentais bousoufflé. Chuck avait décidé d’être gentil aujourd’hui. Je me levais avec difficulté, c’est là que je vis les bandages en soulevant mon pull.

 

Le miroir du fond de la pièce était là pour le prouver, il m’avait presque défoncé l’arcade, mais il avait frappé un peu plus bas, pour éviter les points de suture et les ennuis. Il en avait déjà eu assez, pas besoin de me conduire en plus à l’hôpital. Lorsque je poussais la porte pour me retrouver dans le couloir, ma douleur me semblait de plus en plus lancinante et diffuse en même temps. Dans la salle d’attente, il y avait quelques sécheurs et deux ou trois blessés qui venaient renouveler leurs bandages. Elle n’était pas venue m’attendre. Elle était sans doute repartie chez elle, n’accordant que peu d’importance à ce que je pouvais devenir. A vrai dire, je ne lui en voulais pas : il y a 3 mois encore, elle n’était pour moi rien de plus qu’un hilarant sujet de conversation.

 

A sa place, Chuck se tenait contre le mur. Lorsqu’il me vit arriver, boitant à moitié et me tenant les côtes comme un vieux malade, il se retint de se tenir les siennes. Au milieu de deux éclats de rire, il eut le temps de placer quelques mots. 

 

- Désolé, vieux, j’ai essayé de pas y aller trop fort. Mais qu’est ce que tu foutais avec cette fille ? 

- Ca te regarde pas. Tiens, voilà tes clopes, lui dis-je en lui tendant 3 blondes qui sortaient de mon paquet neuf de la veille. Maintenant, on va oublier toute cette histoire. 

- Elle en a rien à taper de toi, vieux. Tout ce qui l’intéresse, ce sont ses foutus bouquins. 

- Comme tu dis. Tu veux venir chez moi ce soir ? 

- Pas trop longtemps alors, j’ai pas mal de foutus devoir à rattraper. 

 

Nos pas ne s’accordaient pas du tout cette fois, et aucune musique ne venait troubler notre mutisme en rejoignant nos places dans le bus. Si ce n’était Chuck qui marchait des pieds, et moi qui émettait quelques soupirs de douleur, effondré par le poids du mensonge que j’avais orchestré de toute pièce. Lorsque je vous disais que mon indécision était extrêmement forte à ce moment là de ma vie, je n’avais pas menti. Ne restait maintenant plus qu’a attendre. Attendre un signe, un mot, une parole, quelque chose qui pouvait faire penser à de l’empathie.

Pour se relever plus haut dans son estime, je devais prendre des coups. Et j’avais décidé de prendre cette image au sens propre. 

 

RB

Le 25/09/2012

Slave_angel_by_mariano7724.jpg

 

 

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Published by Rom - dans ImaginaRom
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