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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 11:45

Commençons cet article en vous souhaitant un excellent dimanche à tous. Vous êtes vous déjà senti si heureux dans un songe, enlacé par des bras que vous auriez rêvé de conaître, entouré de personnes qui vous sont chères prisonnières depuis longtemps de l'autre royaume, que vous y seriez volontiers resté pour le restant de votre existence ? C'est ce que va vivre Demius, en se faisant piéger par ses propres apparences. En sortira-t'il indemne ? 

 

 

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Aucune incertitude ne peut être plus forte en ce monde comme en tous que l’attente : ces instants ou tout est chamboulé, ou l’on ne sait rien sauf que l’on saura bientôt, et que le futur ne sera qu’une version déformée du présent lui-même. Cette nuit devait être unique, et elle l’était. Mais on ne pouvait se permettre aucun répit, chaque minute semblait être un sacrifice de plus, chaque seconde un souffle étouffé dans une agonie temporelle plus viscérale encore que l’idée d’une éventuelle capture.

 

Demius semblait perplexe, plus que jamais tandis que Mary demeurait là, debout, réclamant son dû, sa part du marché prête à être assurée. Soudain, un éclair de vie s’anima, et la pièce semblait déjà moins glaciale. L’atmosphère avait changé, la ritournelle semblait s’accomplir comme un destin à l’envers. La plume de la frustration se trempait dans l’encre de l’indécision, et l’impatience prenait bientôt le dessus dans les regards qui semblaient morts deux secondes auparavant.


 -          Je dois partir. Aerendel ne doit pas savoir que je t’accompagne. Arrange-toi pour rester ici et l’attendre. Il détecterait la présence d’une biche à 20 kilomètres à la ronde, j’ose espérer qu’il saura s’arranger avec celle de sa fille.

 -          Je ne peux pas rester, comment ferais-je pour trouver mon chemin dans ces limbes si elle n’est pas là pour me guider ?

 -          C’est seulement temporaire, et ce n’est qu’une question de diplomatie. Tu oublies qu’il me cherche, et ce n’est sûrement pas pour venir me féliciter d’avoir condamné Stonehenge. Je dois partir, je dois connaître notre ennemi, car je suis le plus fort de nous deux. Tu es douée, mais trop impulsive, et tu as beaucoup à apprendre.

 -          Ne sois pas insultant, j’ai parcouru moi aussi bien des routes et des sentiers ombrageux. Et je n’ai pas besoin d’avoir de l’expérience pour savoir que cela ne va pas bien se dérouler. J’ai comme un mauvais pressentiment, un orage plane sur nous. Nous n’aurons pas assez de notre propre orgueil pour nous en abriter.

 -          Bien, Mary. Fais moi passer de l’autre côté.


D’un geste bref, Mary fit comprendre à Relinka qu’au moment ou elle aurait besoin d’elle, elle serait dans son antre, de l’autre coté de la plaque de verre. Elle induirait juste de manière intuitive le chemin que Demius devrait prendre pour pénétrer dans l’autre royaume. Dans l’inconscient d’un esprit oublié, en des terres reculées, quelque chose se réveilla. La lueur d’une lanterne parut s’allumer dans les yeux perdus de celui qui allait entamer ce grand voyage dont il n’était pas sûr de connaître la fin.


Il savait que les cryptes qu’il avait vu, que les démons et autres incertitudes qu’il avait combattus n’étaient certainement rien à côté des épreuves auxquelles il devrait faire face dans cette antre de verre, ou tout, de son corps jusqu'à son esprit, pourraient être déformé. Il enjamba alors l’objet comme s’il s’agissait d’un pont, une connexion entre deux mondes : celui du concret et celui de l’inextinguible. Quittant la réalité qu’il avait toujours connu, il se raccrocha à cette étrange lumière blanche, comme une étoile dans un ciel d’une noirceur absolue.

 

Il suivit Mary, et se retrouva dans un royaume duquel il ne pouvait prononcer aucun son. Tous ces autres sentiments étaient bloqués par la beauté fugitive et toujours en mouvement de ces terres magnifiées. On se serait cru un soir d’automne, lorsque tous les enfants sont rentrés chez eux. Lorsque les feuilles qui voltigent à terre jouent et se délecte de l’appel du vent. Lorsque seules les lumières des étoiles éclairent une rue déserte. Tout ici était en suspension, figé dans un temps et un espace qui n’existaient que dans la vie de certaines personnes qui avaient eu la chance de voir ce spectacle de leurs propres yeux.

 

Devant eux, alors que Demius avait peur de prononcer le moindre son qui risquait de se perdre dans la volupté de l’air ambiant, se trouvait un chemin. Bien sûr, il se doutait que bien des hommes avaient du l’emprunter pour commencer leur périple. Dans ce qui n’était pas vraiment la nuit, il crut distinguer une ombre, vacillante à la lumière d’une lampe à huile, le dos courbé et le visage caché sous une capuche sombre.

 

-          C’est ici que je te quitte. Cet endroit, bien des légendes l’ont raconté, mais faussement. Dans l’antiquité, il était ce que l’on appelait le Styx, le chemin tortueux qui conduit les âmes des morts aux Champs Elysées.

 -          Pourquoi nos légendes ne le décrivent jamais de manière juste ? Je suis là pourtant, et je vois que ça ne correspond pas aux écrits ancestraux.

 -          Tout simplement parce que personne n’en est jamais revenu pour le raconter.

 

S’engageant sur la seule route visible, Demius se rendit compte que chaque pas qu’il faisait en direction de la nuit l’allégeait d’un poids considérable, et que toutes ses souffrances semblaient le quitter et s’évaporer dans le néant de ce monde miroir. Autour de lui, il ressentait parfois cette présence qu’il avait entraperçu quelques instants auparavant. Un souffle fugitif et ardent parvenait parfois à ses oreilles, et provoquait immédiatement un frisson qu’il considérait moins comme de la peur que comme de l’étonnement et de la curiosité.

 

Il faisait aussi sombre que dans une bibliothèque morte, et l’air avait la même odeur que tous ces livres poussiéreux qui reposeraient là à tout jamais. Chacun d’eux avait été un monde, et attendait impatiemment qu’on se délecte d’y goûter à nouveau. Pendant des minutes, peut être des heures, il continua de marcher droit devant lui, tournant ses pas aux courbes du chemin, ne sachant pas vers quel endroit il devait concentrer son attention. Et il la vit à nouveau : cette ombre noire, qui s’agrandissait avec la lumière qu’elle tenait au poignet, comme pour l’emprisonner.

 

Dans cette terre, elles paraissaient aussi vivantes que lui, avoir leur propre volonté. Il cria « Hé, attendez ! », aussi naïvement qu’un enfant innocent, et courut vers cette forme indistincte qui semblait, tout comme lui, chercher son chemin. La, il se mit à courir droit devant lui, ne prenant plus rien en considération que cette entité. Le vent commençait à lui sangler le visage, son souffle devenait de plus en plus lent. A un moment même, il se surprit à ne plus respirer et à n’en ressentir aucune gêne. Au fur et à mesure qu’il avançait, l’ombre se dissipait, aussi traître et manipulatrice qu’un mirage dans le désert. Elle ne lui montrait que ce qu’il voulait voir : quelqu’un à qui se raccrocher, quelqu’un qui connaissait ce monde comme lui connaissait le sien, de l’autre côté.

 

Mais il fallait se rendre à l’évidence : il était seul. Aussi seul que s’il avait perdu le but de son existence, la somme de ses certitudes. Aussi loin que remontait sa mémoire, jamais il ne s’était senti moins sûr de lui qu’en ce moment. Il ne saurait comment réagir si un obstacle se présentait à lui, dans un univers stérile dont il ne connaissait que la forme. Tandis qu’il se rendait peu à peu compte que cette ombre s’était évanouie, pétale de rose dans la solitude d’un champ d’herbes hautes, il avait déjà quitté le chemin sur lequel il avait posé le regard seulement quelques secondes auparavant.

 

Il était désormais au devant d’une maison qu’il avait bien connu. Seulement elle n’était pas comme dans le dernier souvenir qu’il en avait gardé, morne, terne, décrépie et usée. Les débris de bois ne jonchaient pas le sol. C’était un magnifique pavillon, resplendissant dans la candeur innocente d’une journée d’été. Il poussa le petit portail en bois blanc, et entendit des clameurs festives qui résonnaient en écho de son passé bien lointain. Lorsqu’il entra à l’intérieur, poussant la porte doucement, pour ne déranger personne et ne pas être vu, il aperçut un être qu’il croyait avoir oublié depuis longtemps.

 

Sa mère, dès qu’elle vit son fils penaud, ne sachant ou se mettre, émit un grand sourire qui illumina son regard tout entier. Elle courut vers lui, le serra dans ses bras. Il avait oublié la force teintée de douceur de ces mains maternelles. Il avait oublié ce parfum d’acacia et de fleur d’oranger. Mais elle n’avait pas changé depuis sa plus tendre enfance. Dehors, sur la terrasse, il y avait tous ses amis les plus proches, lorsque lui et sa mère vivaient dans cet endroit. Cela avait certainement été l’époque la plus prospère de son existence. Sa mère, le tirant par le bras, dit aux convives avec une verve peu commune :

 

-          Ca y’est, mon Demius est rentré, enfin !


Puis elle se tourna vers son fils, ne pouvant s’empêcher de froncer les sourcils à la vue de son teint pâle. Mais les bons sentiments prenant toujours le dessus sur les mauvais, elle s’écria :

 

-          Nous t’avons attendu tu sais. Tout le monde est venu là pour te voir.


Paralysé par cette nostalgie qui l’avait tant de fois perdu dans les limbes de la souffrance, Demius suivit ses vieux rêves, et s’invita à sa propre fête, comme si le passé ressurgissait d’une photo jaunie et s’animait sous ses yeux ébahis. Incapable de se séparer de tant de liesse et de rires enfantins, il s’avança vers ceux qui l’avaient tant espéré, s’assit à leur table et dévora leur festin. Demius était bel et bien rentré chez lui.

 


La haut, dans le ciel nocturne caché par le souvenir, un être vieux comme le monde savourait son exploit. Elle avait réduit un homme d’expérience à un simple enfant, qui assistait impuissant à son goûter d’anniversaire, aussi innocent et joyeux que dans ses premiers émois. Son sourire la trahissait pourtant, et la cruauté qui en émanait prouvait qu’elle s’amusait bien avec le nouveau présent qu’on lui avait gracieusement offert. Aussi agile qu’une mante religieuse, aussi gracieuse qu’une araignée, elle lui tissait une toile de sentiments et d’évènement passé. C’était son chant des sirènes. Envoûtant et mélancolique. Il incitait au bonheur permanent, tandis qu’il n’était que simple illusion. Tranquillement, aussi docilement qu’une mère bordait son enfant, Morphée attirait sa nouvelle proie vers un sommeil éternel. 

 

 

A suivre... 

R.B 

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