Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 14:43

http://www.zastavki.com/pictures/1680x1050/2008/Drawn_wallpapers_Fairy_tale_fantasy_011338_.jpg

 

 

Assis tranquillement sur le lit que lui avait préparé la sorcière du souvenir, Demius percevait les étoiles de son passé qui refaisaient soudain surface. Il se revoyait encore innocemment jeune, courant dans le jardin en compagnie de son fidèle animal domestique. C’était il y a si longtemps qu’il en venait à sourire de sa propre incrédulité. Etait-ce vraiment le retour de cette insouciance, l’enfance avait elle frappé à la porte de son subconscient pour entrer dans sa vie actuelle et élire domicile dans l’antre de ce qui avait causé son oubli volontaire ? Ce n’était pas une simple vision qu’il avait eu là : cet après-midi là avait été le plus merveilleux de toute son existence. Il avait retrouvé les êtres et les arbres avec qui il aimait tant se complaire.

 

Il avait revu les feuilles d’automne craquant sous ses pieds, théorisant de leur mélodie morcelée un hiver qui s’annonçait plus rude encore que le précédent. Il avait renoué avec la douce brise amère d’une mélancolie cachée par tout l’alcool qu’il avait ingurgité pour tenter de l’enterrer au plus profond de lui-même. Il n’était désormais plus le seul à sentir la délicieuse caresse d’un bois brulant dans la cheminée, et l’odeur de la fumée qui invitait à partager les folies d’un repas familial.

 

Cette chaleur consistante : celle des cœurs de ses amis et de ses parents battant à l’unisson pour lui déclarer leur amour et respect le plus sincère. Il leva les yeux au ciel et plutôt que d’apercevoir le plafond, il fut surpris d’y constater, comme imprimée dans un mur vide, une fresque de son passé qui le contemplait de toutes sa splendeur. Il pouvait remonter des décennies en arrière, être ou il voulait au moment opportun. Au hasard, il plongea dans le livre de sa connaissance et son cœur battit à tout rompre à l’idée de l’instant qu’il désirait revivre.


Elle était là. Installée confortablement sur une chaise, en plein milieu du jardin, aussi rougeoyante qu’un soleil d’été, aussi mouvante qu’une ombre portée, voulant par-dessus tout s’emparer de ce monde trop sombre pour y laisser apparaître toute l’étendue de sa splendeur. Elle lui tournait le dos et semblait ne pas l’avoir entendu marcher, ni avoir senti l’infime secousse du gazon piétiné. Sa robe était d’une blancheur absolue. Lorsqu’elle tendit les bras pour offrir la beauté de son corps au reste de leur univers, on aurait dit une colombe qui étendait majestueusement ses ailes pour posséder le ciel d’argent. Elle se leva alors, d’un mouvement uniforme et presque irréel, et fut surprise lorsqu’elle aperçut son visage. D’un pâle contrastant pourtant habilement avec le rouge de ses lèvres qui poussaient à un désir corrosif, qui transforma son sourire en invitation à la complétude.

 

-          Tu es venu. Je ne t’attendais plus.

 -          Voyons, Lendra, nous savons toi et moi que rien n’aurait pu me faire manquer cette rencontre. Viens que je te présente.


Un homme d’une jeunesse déjà à moitié consumée par des hivers rudes fut aussi ébloui que Demius par cette cruelle beauté. Il s’avança à son tour, dans la pâle froideur d’une journée bien maussade, et il lui sembla en cet instant que la lumière du jour ne venait pas uniquement du soleil. D’un geste gracieux et docile, il lui prit la main, et de ses lèvres encore habiles, y déposa un baiser.

 

-          Demius, cet homme est charmant. Ravie, mon nom est Lendra.

 -          Enchanté, Aerendel, membre permanent du conseil de la cité sombre.


Un long silence s’en suivit, ce qui n’améliora pas l’humeur de Demius, qui commençait à voir pointer dans son cœur une douce mais sincère jalousie. Etant donné qu’il savait qu’elle allait devenir maladive, il sombra dans le flou de son ignorance, et le souvenir s’arrêta. Mais aussi vrai que la douleur d’une erreur est éternellement lancinante, un autre instant décisif se formait sous ses yeux. Les flous devenaient formes.


Il était par terre, agonisant, et sa douleur n’en était que plus atroce lorsqu’il aperçut la profondeur de ses blessures. A côté de lui, inerte et quasi-inexistant se trouvait Aerendel. Il ne semblait pas entendre les appels de Demius, même si ceux-ci furent à demi-mot. La boue imprimée sur son visage commençait à sécher sur son épiderme, et il ne savait pas depuis combien de temps ils se trouvaient là, sur ce qui ressemblait à un monceau de terre éventré par la cruauté d’un champ de bataille. En hurlant de douleur, il se releva, et sa rage décupla lorsqu’il aperçut, couchée sur le sol, à quelques mètres d’eux, celle qui lui avait plus appris que tous les livres qu’il avait pu lire sur le bonheur. Debout, à côté d’elle, les regardant successivement tous deux, se trouvait l’origine de tous leurs maux. Raleigh, de son nez pointu et puissant, de son regard plus cruel encore que la lente agonie qu’il faisait subir à ces deux amoureux transis, émit un rire soudain.

 

-          Il ne reviendra pas. Vous ne le retrouverez jamais. C’est malheureux à dire, mais trop de compassion vous aura rendu incompétent.


D’une force aussi ravageuse que celle qui lui avait fait prendre le contrôle de ses puissants menhirs, il se revit en train de se relever par la seule force de ses sentiments, et d’une expression uniforme, dévisager son compagnon d’arme, son ami de toujours pour qui il avait sacrifié plus de rêves que n’importe qui d’autre.

 

-          Malheureusement, toi seul à ce pouvoir de guérison. Et tu sais que ta force relative, aussi grande soit-elle, ne te permettra de n’en sauver qu’un seul. Veux tu vivre pour toujours un amour sans nuages en sachant que tu as sacrifié pour cela ton ami d’enfance et ton soldat le plus dévoué ? Ou vas-tu laisser l’amitié prendre le pas sur la passion et risquer de perdre la blancheur de sa peau et la chaleur de ses lèvres ? A toi de choisir ton camp. Mais ne fais pas quelque chose que tu pourrais regretter. Je suis trop faible, je dois rentrer à la cité afin que l’on me prodigue des soins. J’espère que tu prendras la bonne décision, mon ami, et que tu auras la bonté de me pardonner. Tu m’excuseras, mais je dois offrir à ces individus un passage, peut importe s’ils pénètrent dans ce lieu en toute impunité, je suis pour la communion de tous les peuples. Le seront-ils à leur tour ? Nous verrons bien.

 

Demius se trouvait désormais entre deux feux ardents, et à l’endroit ou il avait connu le dilemme le plus immense qu’il ait jamais eu à affronter.


Pourtant, ce jour là, il aurait sans doute fait exactement le même choix avec du recul et le poids des années. Ce destin resterait tracé dans la pierre du sacrifice. Il posa ses deux mains sur le cœur inerte d’Aerendel. Et il accomplit son tout premier miracle. Il entendit, très finement, le sang qui refluait des les veines du défunt. Le cœur recommença à frapper fort, à réclamer sa profonde envie de vivre. Il entendit un souffle, d’abord infime puis de plus en plus régulier, et doucement, comme au premier jour, les yeux s’ouvrirent de nouveau à la contemplation.

 

-          Merci, Demius. Tu es comme un frère pour moi à présent. Je ne pense pas qu’un jour je ne te serai plus redevable. Le combat est fini. La paix sera durable, et j’aurais la chance de la voir se former grâce à toi.


 Sans aucune parole, accablé par la force de son deuil qui avait également entrainé une résurrection, Demius fut alors conscient de l’importance du cycle de la vie et des choix qu’elle imposait à chacun. Il entendait les arbres médire son acte, et regrettait alors de ne pas avoir été le sacrifié, pour ne pas avoir à subir cet outrage. Il s’agenouilla aux pieds de l’être le plus cher à ses yeux, et y déposa une larme. Alors, elle perdit toute matérialité, et se transforma en ce qu’il avait toujours perçu en elle. Le temps était comme suspendu quand cette magnifique colombe s’envola vers le ciel nuageux. Lorsqu’il sentit la chaleur des gouttes de pluie envahir son visage, tourné vers les cieux, admirant les ailes qui s’étendaient et formaient un au-revoir, il sut que le ciel pleurait aussi. Ce jour là fut à tout jamais gravé dans sa mémoire. Et une ancienne légende raconte que c’est ce jour là que la colombe est devenue un symbole de paix et d’amour, dans le monde des hommes.


Il s’éloigna de son émoi, et les formes redevinrent celles des murs de cette chambre, d’un blanc qui lui paraissait maintenant censé. Dans les rideaux qui flottaient maintenant au vent de la fenêtre ouverte, il perçut les plissures de la robe de Lendra, et sa larme impérieuse lui parût alors si réelle qu’il ne douta plus qu’il était bel et bien le spectateur de son propre destin, et qu’il pouvait choisir de revivre n’importe lequel de ces instants merveilleux autant que tragiques. Mais un murmure que personne n’avait prévu vint entacher cette douce sensation d’enivrement des sens. Elle parut d’abord descendre du ciel, puis apparaître comme un songe, alors qu’elle était bien la seule à ne pas être une façade.

 

-          Sors de cet endroit, Demius, ou tu vas y rester pour toujours. Sois plus fort que tu ne l’as été jusqu'à présent.

 -          Mais je veux y rester pour toujours. C’est ma vie, et j’ai le droit de la revivre si je le désire. Plus personne ne peut m’en empêcher désormais.

 -          Ce n’est pas bon que de s’accomplir dans le passé. Ces moments là se sont déjà produits, et tu peux t’en rappeler sans les revivre éternellement. Ils ne t’apporteront pas le bonheur, seulement la folie de ne pas pouvoir les changer et de les revivre sans arrêt, comme la mélodie d’une boite à musique qui tourne dans le vide. Des milliers d’âmes se sont perdues dans ce sommeil de l’esprit. Mais tu dois te réveiller, Demius. Réveille-toi !

 -          NOOOOOON, cria une autre voix bien plus prononcée et outragée.


Demius se dirigea vers la fenêtre ouverte, et contempla l’immense jardin et la clôture en bois blanc. Ils étaient toujours là. Mais soudain, les fleurs fanèrent, le gazon sembla bruler d’un feu invisible, les arbres se couchèrent, la clôture, autrefois si lumineuse, fut recouverte d’une mousse épaisse, et sembla pourrir en quelques secondes. La maison, autrefois si accueillante, se transforma en taudis : les murs noircirent, les plantes grimpantes voltigèrent vers le haut à une vitesse folle, et le temps venait rattraper son retard. Des pans de murs entiers se décrochèrent. Et dans ces ténèbres envahissants, elle apparut, aussi lumineuse que dans son souvenir. Sa robe était toujours aussi magnifique, et contrairement aux murs alentours, sa jeunesse avait été préservée. C’était comme dans son souvenir, comme si elle l’avait attendu sans jamais douter de lui.

 

-          Ne veux tu plus de moi, Demius, ne m’aimes tu plus ?

 -          Bien sûr, toujours.

 -          Alors tu peux encore me sauver, nous pouvons encore vivre des jours heureux, rebâtir un monde à nous et oublier tout ça. N’est –ce pas là ce que tu désires le plus au monde ?

 -          Si, bien sûr que si.

 -          Je suis revenue, maintenant.

Contrastant avec sa blancheur retrouvée, le cœur de Morphée, cachée sous le masque de la candeur, était aussi noir et vide que le néant. Pourtant, Demius semblait croire que la vie lui offrait une seconde chance, alors qu’elle le condamnait à un piège de l’esprit. Esprit dont elle allait se délecter avant de s’en emparer, par la main crochue et avide de la mort. 

 

 

http://img142.imageshack.us/img142/9487/elvishgirl46ab.jpg

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Rom - dans ImaginaRom
commenter cet article

commentaires

dimdamdom59 22/11/2011 20:36


Je me désole vraiment du manque de partage en ce moment, que ce soit sur les blogs comme sur les réseaux sociaux. J'avoue que cela m'inquiète un peu pour l'avenir de l'annuaire.


En supprimant mon compte FB pour l'annuaire, j'essaye de concentrer le partage uniquement via les blogs, mais ce n'est pas gagné, depuis que je suis en pause, je n'ai pratiquement pas un seul
commentaire, ni sur l'annuaire, ni sur mon blog et c'est très décourageant. Cela veut bien dire que si on ne va pas vers l'autre il ne faut pas trop espérer de recevoir des visites.


Bon, ne crois pas que je viens te faire des reproches, je vois bien que le malaise est général et que ton blog en souffre aussi.


Va falloir que je me bouge les fesses hihi, si je veux que cet espace continue à vivre!!!


Aller j'arrête d'enfoncer le clou et je viens te souhaiter une agréable soirée!!!


Bisous Rom et à bientôt!!!


Domi.

logiciel cave à vin 21/11/2011 15:43


Très belle histoire à quand le prochain épisode ? C'est du bon cru comme le logiciel cave à vin ;-)

Rom 25/11/2011 19:54



Merci, en espérant que votre logiciel ait assez de succès pour prendre de la bouteille... ^^



josiane 20/11/2011 18:42


C'est l'histoire sans fin......... dont je ne me lasse pas!!!!!


 


Bonne soirée et agréable semaine

Rom 25/11/2011 19:54



Hé hé merci, ravi que ça te plaise ! 



louv'opale 20/11/2011 15:28


Je ne me lasse pas de cette histoire sans fin...


Louv'

Rom 25/11/2011 19:55



Merci beaucoup, ça me touche ! 


A bientôt ! 



Romworld

  • : RomWorld
  • RomWorld
  • : Un blog foufou, ou traîne un peu de tout. Des chansons, des articles, des histoires et pas mal de bonne humeur ! Le seul Rom qui est autorisé dans les pages de Valeurs Actuelles !
  • Contact

Rom World

 

Rom fait sa rentrée ! 

Retrouvez moi dans le nouvel annuaire !

Les Vieux De La Vieille

Texte Libre