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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 17:56

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Pendant ces quelques secondes qui auraient pu paraître des heures, on observait doucement le manège des deux femmes. L’une d’un côté de la vie, l’autre de l’autre, toutes deux émerveillées par las capacités de chacune. L’on n’aurait guère pu dire exactement ce que chacune d’entre elle était en train de faire. Pour autant, on voyait bien la grâce filiforme qui semblait doucement s’en dégager. Un souffle, une respiration, et c’était des milliers de particules d’air qui s’évaporaient dans le néant d’un monde qui n’en avait nullement besoin. On mesurait les respirations qui semblaient absentes, on s’avouait des secrets par le sang affluent dans les veines. Elles n’étaient que deux, mais il y en avait des dizaines d’autres avec elles, attendant d’être délivrées. Lorsque le sommeil est trop long, le réveil est souvent trop meurtrier pour l’hôte de sa propre conscience, si bien que l’univers qui lui est acquis doit à tout pris rester le sien, et ce même s’il se rend compte qu’il en est prisonnier. Elles attendaient qu’un son ou qu’une forme émerge de ce labyrinthe, mais le seul bruit qu’elles pouvaient entendre était  celui, plus pesant encore que la plus assourdissante des cymbales, du silence.


Le territoire était immense, et les cocons s’étendaient à perte de vue. De quoi prouver que Morphée s’était délecté de bien des aventuriers au fil des siècles, et que beaucoup de personnes disparues avaient certainement finies dans ses mains de tisseuse. Pourtant, dans tout ce chaos, cette mort en surnombre, il y avait un cœur qui battait, et il fallait le trouver.  La peur pervertit parfois les sens les plus agiles, dans les esprits les plus aisément tourmentés. En l’espace d’un nouvel instant, Relinka parut ne plus être la même : la couleur de ses yeux avait changée : elle s’était dévouée à un seul sens parmi les 5 dont elle disposait : l’ouïe était désormais son alliée, comme elle l’avait été maintes fois auparavant. Derrière, Mary restait figée dans un profond mutisme. Elle attendait, admirant un tel talent, si prodigieux qu’il arrivait même à couper le souffle des défunts. Elles avancèrent, et le périmètre était déjà largement rétréci. Elle émit un appel en susurrant à une oreille inconnue. Demius entendait comme un chuchotement dans son oreille qui le gênait. Un chuchotement qui venait de l’intérieur. Pourtant, il était bien trop occupé à regarder les formes gracieuses de sa bien aimée se mouvoir sur la musique du vent, et sa robe transparente de dévoiler ses courbes bien trop féminines pour être réelles.


Il savait désormais qu’il ne serait jamais heureux dans cette contemplation, et du fait de son intelligence hors du commun, il avait mis beaucoup moins de temps que tous les autres à le comprendre. Pourtant, il restait totalement incapable de la moindre réaction, comme hypnotisé par se corps qui se mouvait telle une ombre s’étendant sous un soleil de juillet. Il décidait d’écouter cette voix, sans que sa dulcinée ne le remarque, bien trop occupée à le charmer de ses divins atouts. Il était là. Ce rythme en deux temps reconnaissable entre mille : celui d’un être vivant, d’un espoir, d’un sourire qui allait se dessiner sous peu. Infime, certes, mais bien présent, elle le savait. Et chaque pas ne cessait de l’en rapprocher. Elle se mit à courir sans crier gare, et le bruit de ses pas couvrait le minuscule battement au loin. Mais elle se dirigeait inexorablement vers son but, nul besoin de l’entendre pour l’atteindre. Tous ses sens étaient désormais en alerte, tandis que sa partenaire défunte la suivait toujours, stupéfaite et ne sachant pas quoi penser d’une telle démonstration. Plus que jamais, elle croyait cette jeune fille capable de la sauver de son triste sort, et elle n’aurait su dire pourquoi, mais elle ne cessait de se voir en elle, de plus en plus singulièrement attachées l’une à l’autre. Plus en tout cas que ce que leur en avait dit leur destin pourtant bien différent.

 

-          Demius ! Ou es- tu ? Envoie moi un signe ; hurla-t’elle au vide abyssal qui l’entourait. Mais l’homme ignora son appel, et encore une fois, elle dut s’en remettre à elle-même pour retrouver le chemin intact, à ses pieds, tel qu’elle se l’était figuré auparavant, lorsqu’elle regardait ou elle marchait et pas au ciel vers ces immenses prisons prodigieusement tissées.

 

A l’autre bout pourtant, un début de refus commença à se forger dans cet esprit autrefois rebelle. Un refus qui avait entraîné le soulèvement de milliers d’homme à travers la planète avant lui : l’envie profonde de liberté alors qu’il se sentait entravé par sa propre vie. C’est à croire que Lendra perçut ce changement dans son regard, car celle-ci redoubla de charme et devint encore plus aguicheuse qu’elle ne pouvait l’être avant cela. Elle vit dans son regard que son jeu de dupes ne dupait plus personne, même pas la principale cible. Elle se coucha doucement sur lui, tendre et sensuelle comme une amante encore passionnée, et lui murmura à l’oreille ce qu’elle pensait qu’il voulait entendre.

 

-          Je t’aime. Je t’ai toujours aimé.

 -          Non. Tu… tu es morte. Il y a longtemps.

 -          Que dis tu donc ? Je suis là, près de toi. J’ai toujours été là !

 -          J’aurais aimé. Mais on t’a arraché à moi il y a des années. J’ai choisi de te laisser t’en aller pour te savoir sauve un jour.

 -          Demius, ne dis pas des choses pareilles. Les années t’auraient-elles rendu sénile ?

 -          TU ES MORTE ! ET CE MONDE AUSSI ! ; hurla Demius qui luttait plus que tout pour croire en ses propres mots tandis que son piège se refermait lentement sur lui.


A cet instant, il sut pertinemment qu’il allait lui arriver quelque chose s’il ne réagissait pas immédiatement. Pourtant, sans qu’il n’ait jamais eu le temps de mesurer la vitesse à laquelle tout se déroula, les deux yeux en amandes de Relinka se transformèrent en 8 yeux d’un noir glaçant. Ses bras, autrefois si frèles, et sa peau si douce se transforma en 8 pattes au poil dru et sec. Son buste, et son corps tout entier devinrent une bonbonne. Quelques secondes auparavant, Demius avait devant lui la fille qu’il avait toujours rêvé d’aimer. Désormais, c’était une gigantesque araignée veuve noire qui le regardait de ses formes pleines de haine, prête à sauter sur lui et à l’empoisonner. Tandis qu’elle bondissait pour le mordre, celui-ci roula à terre et courut en dehors de la maison. Rapidement, il se retrouva dans le jardin. Un énorme bruit métallique se fit entendre, et la maison disparut en un jaillissement de flammes. Autour de lui, tout se désagrégeait à une vitesse folle, et Demius ne savait guère où aller pour éviter ce chaos. Il avait les pieds désormais mouvants sur une terre désolée et flamboyante, ou régnait un chaos indescriptible. Et en face de lui, se dirigeant lentement vers sa proie, cette gigantesque créature qui avait tenté de mettre fin à ses jours en lui comptant ceux ou il avait été heureux.


Des morceaux de terre étaient en suspension dans l’air, tout tournait autour d’eux, et il régnait une chaleur indescriptible, qui plongeait Demius dans la confusion la plus totale. Alors qu’il crut que son calvaire ne pouvait être accru, il aperçut d’autres créatures, l’esprit apparemment absent, les yeux noirs et une expression de rancœur et de colère sur le visage.

 

-          Voyez mes chérissssssss, susurra Morphée. Cet hérétique ne veut pas nous rejoindre, pour faire partie de notre belle famille !

 -          Rejoins nous, rejoins nous, murmuraient les autres en un pétrifiant souffle rauque et putride.

 -          Je t’ai donné une chancccce. Nous aurions pu être heureux ensssembles. Mais tu as choisi le mauvais chemin. Tu as choisi celui du présent, alors que je te proposais ton glorieux passsé. Que te fallait-il de plusssss ?

 -          Le monde, changeant. L’odeur de la pluie, la chaleur d’un vent venu du Sud. Les journées qui se suivent et ne se ressemble pas, et l’ennui qui a un goût de liberté. Mes proches sont ici, avec moi, et ils le resteront à tout jamais. Pas besoin d’une vulgaire sorcière pour les ramener à mon souvenir.

 -          Comme bon te ssssemble. Mais tu vas mourir.


C’est dans ces moments là, ceux ou l’envie de vivre et de respirer est plus forte que jamais, que l’on se sent capable d’accomplir des prouesses que l’on n’aurait jamais pu soupçonner. Demius était pétrifié de terreur, et son souffle était lent. Mais lorsqu’il se mit à courir alors que son univers tout entier s’écroulait autour de lui dans les flammes du mensonge, tout s’accéléra. Les battements de son cœur n’avaient jamais été aussi rapides. C’est comme cela que Relinka les perçut. Elle entendit un chant de tambours dans sa tête, et sut que ce n’était pas son imagination mais un indice de l’autre monde. Elle vit son cocon s’agiter. C’était lui, elle en était désormais certaine. Tandis que de ses doigts agiles, elle s’affairait à découper la toile, elle vit, au fur et à mesure, une lumière qui semblait prête à jaillir. C’est alors que Demius, désormais découvert, se jeta sur Relinka et lui hurla de courir aussi vite que possible. Mais celle-ci ne bougeait pas, comme stupéfaite par cette déclaration d’outre-tombe. Tout changea autour d’eux, et ce fut à nouveau le chaos. Le brouillard se transforma en tempête, et les murs en gigantesques toiles d’araignées. Morphée apparut à sa suite, accompagnée de tous ceux qu’elle avait empoisonné, qui sortirent de leur cocon et revinrent soudain à la vie.

 

-          Ne fuis pas, Demius. Elle est diabolique, ancestrale. Mais pas invincible. Elle s’est jouée de toi. Elle t’a pris tout ce qui t’étais le plus cher et s’est amusée avec tes sentiments.


Demius sentit une effroyable colère monter en lui, celle qui le rendait capable de déplacer des montages. Les cieux parurent s’assombrir soudain, alors qu’il n’y avait jamais eu de ciel auparavant. Le vent se leva aussi brusquement, et souffla en tempête. Les poings serrés, Demius dévisageait ses ennemis en leur faisant face, tandis qu’ils avançaient. La colère et la rage se transmettent comme une maladie. Du moins lui était capable d’accomplir une telle prouesse. Il n’avait pas utilisé ce pouvoir depuis qu’on lui avait arraché sa bien-aimée. Les esclaves de Morphée furent soudain pris d’une violente envie meurtrière. Le sol se couvrit de leur sang tandis qu’ils s’entre dévoraient entre eux, et que Demius regardait ce spectacle avec un dévastateur sentiment de délectation dans l’agonie. Ce spectacle effroyable de morceaux de chairs amovibles qui se battaient au prix du sang et de la sueur semblait valoir toutes les guerres du monde. La rage affluait dans leur cerveau, et chacun voulait la peau des autres. Cela parut effrayer Morphée, le fait que tant de cruauté soit possible dans les bras d’un homme si âgé et désabusé. Dans ses yeux, il y avait toute la puissance d’un espoir grandissant, qui en voulait à la vie plus qu’a tout autre chose. Ses yeux se révulsaient tandis que les combats devenaient toujours plus violents, et que les cris se mêlaient au sang en abondance. Relinka  assistait au spectacle, totalement impuissante, et fascinée par tant de maîtrise et de noirceur. Lorsque des dizaines de corps décharnés furent à terre, baignant dans leur propre crime, agonisant tel de vulgaires déchets, Demius desserra ses poings et fut calme à nouveau.  La jeune fille ne s’était pas aperçue que Mary avait repris sa beauté originelle, et que son affreuse forme vengeresse avait alors disparue. Elle s’avança, pure et aussi douce qu’innocente, vers Morphée qui fut soudain fascinée par tant de candeur.

 -          Laisse-les partir, ils ne valent rien. Ils ne t’apporteront pas ce que tu cherche, oh déesse du sommeil éternel. Prends-moi à leur place.  

 -          Et qu’est ce qui m’assure que je pourrais disposer de toi à ma guise ?

 -          Cela fait des années que j’attends de m’endormir, de m’apaiser enfin et d’entendre mon souffle se calmer lorsque je sombre dans les limbes. Cela fait des années que je veux revivre tous ces souvenirs qui m’ont tant obsédé.

 -          Qui est tu donc, jeune première ?

 -          Sans doute celle qui ne se lassera jamais de votre puissance.

 -          Ecoutez là. Nous ne sommes pas là pour vous, nous ne vous voulons aucun mal. Vous pourrez reconstruire votre univers autour du sien si vous le désirez tant. Elle n’opposera aucune résistance. De plus, nous ne comptons pas détruire ce que vous vous évertuez à forger depuis tant de siècles.


Mary s’avança vers Morphée, avec cette lueur de malice dans les yeux qui valaient tous les mots et tous les discours. Demius et Relinka l’avaient déjà perçu, et ils avaient bien évidemment compris la farouche manœuvre qu’elle tentait alors d’opérer.

 -          Bien. Viens avec moi jeune fille, nous allons voir ce que tu peux me donner.


Les deux déesses partirent à la file, et disparurent dans les ténèbres qui s’étaient maintenant insinués, petit à petit, comme de l’eau à travers une porte à peine entrouverte. Demius et Relinka se regardèrent, et jugèrent qu’il était désormais temps de partir. Mary jouait certainement sa dernière carte, celle qu’elle avait attendu de tous les courageux qui s’étaient risqué dans cet univers et qui n’en était jamais ressortis vivants. La salle des cocons était désormais de l’histoire ancienne. En face d’eux se trouvait un chemin, un chemin qu’ils avaient peur de prendre, car ils ignoraient ce qu’ils allaient trouver au bout. Mais ils décidaient bien courageusement de l’affronter ensemble, deux étrangers indéfectiblement liés. Ils étaient faible physiquement, mais leur force allait bien au-delà, chacun d’eux en était conscient.


Du temps s’écoula dans ce monde. Quelques secondes qui parurent des heures. Lorsque l’illusion fut complète, Mary put enfin revivre cet instant qu’elle avait attendu depuis si longtemps. Morphée, bien trop naïvement cruelle et ne refusant jamais un instant d’infime agonie, ne se douta de rien. Le chemin de terre était plongé dans la pénombre, et la lumière de la lune reflétait sur leur peau blanche. Elle lui tenait la main. Lorsqu’il tenta de se rapprocher, elle le repoussa une première fois. Mais il insista encore, et encore. Sous la contrainte, il la coucha violemment à terre, dans la champ tout proche, et ce fut tel qu’elle l’avait toujours imaginé. Lorsqu’il tenta de la pénétrer, l’ange de la mort repris sa forme cauchemardesque. Morphée, qui restait spectatrice, ne put rien faire tellement ce fut rapide. Elle vit les doigts de sa victime devenir crochus, ses yeux sortir de leurs orbites et se gorger de sang. Sa bouche éclater en une gerbe rouge, tel du venin d’araignée éclatant à la face d’un insecte. Le temps n’avait plus aucune incidence. Il ne restait plus que la vengeance. Elle planta ses longs doigts dans les yeux de l’homme qui lui avait fait tant de mal. Celui-ci hurla de douleur. Mais ce ne fut rien comparé à l’instant d’après, ou lentement, savourant chaque seconde, elle le dévora.

 

-          Penses tu que Mary puisse parvenir à ses fins ?

 -          Quand un apôtre de la mort retrouve sa vie, même si c’est une illusion, le cours des choses s’inverse et le réel s’immisce dans l’imaginaire. Elle a attendu ce moment depuis des siècles. Notre venue était providentielle. Comme si… comme si tout était déjà préparé d’avance.

 -          Nous ne savons pas ce qui nous attend.

-          Certainement une épreuve de plus.


Tandis qu’ils regardaient droit devant eux, l’univers de la reine du songe se désagrégeait petit à petit, et le rêve qu’elle avait elle-même chéri pendant tant d’années se transformait en cendres, tandis qu’on l’entendait agoniser et mourir lentement. Elle explosa en une nuée flamboyante : enfin, le charme était accompli et la délivrance était complète.

Depuis, on souhaite aux enfants de faire de beaux rêves et les nuits sont douces. Sauf certaines, ou la réminiscence de l’existence de Morphée se matérialise dans ce monde. Ce sont ces nuits ou vous vous réveillez en sueur, et ou vous bénissez on ne sait quel dieu d’être tranquillement dans votre lit. Ce sont celles ou vous entendez ces cris d’horreur, ou vous voyez vos peurs les plus secrètes se matérialiser. Les nuits ou le sommeil se transforme en cauchemars sont celles ou Morphée agonise encore, et revient hanter son univers tel un fantôme de fumée brunâtre, éternellement prisonnière de son propre traquenard.

Depuis, briser un miroir ne peut vous apporter rien d’autre que 7 ans de malheurs, sauf lorsque vous brisez celui de votre propre conception de l'univers, ce mystère que nulle puissance n'arrivera jamais à percer. 

 

http://www.pollsb.com/photos/o/352942-fantasy_world.jpg

 

R.B

Le 25/12/2011

 

 

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Published by Rom - dans ImaginaRom
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commentaires

louv' 25/12/2011 20:51


Après la magie guimauve de Noel, ce récit nous replonge dans l'univers sombre et terrifiant de notre subconscient. J'aime beaucoup.


Louv'

Rom 26/12/2011 00:15



Merci beaucoup, d'autant que cette rupture était un peu l'effet recherché ! :)



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