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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 22:33

 

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Aux premières lueurs du petit matin, lorsque ses yeux se furent habitués à la lumière naissante, elle sut que cette journée serait particulière. Il avait fait froid aux abords de l’immense forêt cette nuit là. Mais peu lui, de même que de dormir plus que de raison. Elle avait trouvé leur campement, et épiait le moindre de leurs faits et gestes, car elle savait que leur départ était imminent. Elle avait ouvert les yeux pour s’apercevoir que quelque chose était en train de bouger, que les préparatifs étaient, lentement mais sûrement, en train de s’accélérer. Elle rêvait de ce jour ou elle aurait enfin pu quitter cet endroit, cette ville maudite ou tant de malheurs en un seul s’étaient abattus sur elle.


Tendrement, en une larme, elle se revoyait encore, serrant sa jeune sœur dans ses bras, la protégeant de l’extérieur, froid et inhospitalier, qu’était la vie. Elle savait, comme une mère protège son enfant, qu’un jour ou l’autre le désir de partir prendrait le dessus. Elle se désolait simplement qu’elle dut le faire seule, et à l’insu de deux êtres étrangement vêtus dont elle ne connaissait rien. Lorsque les deux hommes, affublés de leur étrange masure qui avait rétréci à vu d’œil puisqu’elle se trouvait désormais sur leur dos trapus, se dirigèrent vers la forêt, elle sut qu’il était tant, pour elle aussi, de laisser le passé derrière elle. Elle regarda les derniers flocons tomber comme de la suie, traduisant les cendres de son existence qu’elle avait décidé d’abandonner. Le ciel gris ne lui faisait guère regretter ce nouveau départ. Pourtant, elle ne put s’empêcher de se demander ou étaient ses parents en cet instant. Ce qu’ils espéraient pour elle, pour son avenir qu’ils savaient incertain.

 

Ils n’avaient pas eu le temps de lui apprendre tout ce qu’ils avaient à lui apprendre, et leur graine n’était pas encore tout à fait devenu une fleur. Elle le ferait brutalement, dramatiquement, en apprenant que la vie ne valait d’être vécue s’il n’y avait pas un espoir, un être ici bas à qui se raccrocher. Elle projeta à nouveau son regard vers l’avant, certaine que dans son dos, les démons de son enfance s’agitaient encore comme des esprits maléfiques dans le vent, faisant tournoyer ses certitudes et se jouant d’elles comme s’il s’agissait de vulgaires rubans, qui ploient sous le vent glacial du nord. Elle marcha à pas cadencé, seul son souffle traduisant une appréhension certaine. Mais elle n’écoutait pas plus son corps qu’un athlète qui voulait se dépasser lui-même. Lentement, elle se dirigeait, pas après pas, vers les ténèbres de verdures, les arbres gémissant et les fougères envahissantes d’un futur dont elle ignorait encore hier soir qu’il pouvait exister ailleurs qu’entre ces murs. Oppressée par tant de grandeur, elle ne s’était même pas aperçue que la marche des deux hommes s’était accélérée.

Lorsqu’ils s’arrêtèrent après quelques instants de marche qui avaient semblé durer des heures entières, elle crut à une simple pause de fatigue. Mais plus les arbres semblaient s’étirer dans le ciel, plus le terrain formait un labyrinthe dont nul ne pouvait se défaire. Il fallait se rendre à l’évidence : personne n’aurait pu se rendre dans cet endroit seul, et c’était justement ce que les deux individus cherchait. L’absence de témoin. Malheureusement pour eux, Ludmila était tout sauf un individu comme les autres. Elle se cacha derrière un arbre, et le bruit de ses pas sur les feuilles fit tourner subrepticement le regard au plus vieux. Il crut percevoir une anomalie, quelque chose qui n’aurait pas du se trouver ici.

 

Pourtant, il se détourna bientôt de cette idée et commença ce pourquoi ils étaient venus. Lorsqu’elle vit ce gigantesque rayon de lumière, si tendre et violent à la fois, la jeune fille crut tout d’abord qu’il s’agissait d’une lumière divine, comme si un morceau de paradis avait échoué entre leurs mains toutes puissantes. Et puis elle comprit que jamais le Très-Haut n’irait interférer avec le Très bas. C’était eux qui accomplissaient ce prodige angélique. Elle aurait aimé que sa plus jeune sœur puisse, elle aussi, posséder ce moment si particulier dans sa mémoire, et qu’elles puissent se le raconter lorsque leurs tempes seraient devenues blanches. Mais il fallait se rendre à l’évidence : ceci n’arriverait jamais.

 

Lorsqu’elle vit que les deux hommes ne devenaient plus que des formes, morceaux de brouillard incertains, elle courut à leur rencontre, et se précipita elle aussi dans ce flot de lumière qui devenait noirâtre, avant de disparaître dans un flot noir de ténèbres et d’obscurité. La forêt n’avait pas bougée, elle était toujours aussi silencieuse. Mais les trois êtres qui avaient perturbés sa tranquillité, eux, avaient disparu.


De l’autre côté, à des milliers de nuages de là, une nouvelle porte vers le monde s’ouvrait. Ils atterrirent tous les trois au milieu d’une immense court vide, cachés par des jardins et un bâtiment de pierre colossal, ancien et majestueux. C’est là qu’était leur place. Du moins pour deux d’entre eux. La jeune fille recula brusquement, une lame acérée entre les doigts. Elle était terrifiée, et plus elle sentait la peur monter, plus elle serait sa lame qui lui avait déjà profondément entaillé la main droite. Demius et Aerendel la regardèrent, tous deux stupéfaits qu’elle ait réussi à berner leur vigilance.

Elle avait été la première depuis bien longtemps, lorsque la barbe du vieil homme ne s’allongeait pas encore en signe de faiblesse. Ils savaient tous deux qu’elle pouvait constituer un danger si elle était découverte. Mais elle semblait vouloir être un problème même en cet instant.


- Que fait-tu là, jeune fille ? se hasarda Demius. Où sont tes parents ?

- Comment à tu réussi à passer ? Comment a-t-elle pu nous suivre ? Elle n’est pas des nôtres. Tuons là.

- Maître, ce n’est qu’une enfant.

- Oui, mais elle semble hostile, Demius. Tue là, maintenant, c’est un ordre !

- NOON ! hurla t’il alors qu’Aerendel accourait vers elle, une lame tranchante cachée dans sa manche. Il s’opposa à lui, et leurs regards se croisèrent. Ludmila eut l’impression de percevoir dans celui du plus âgé une pointe de déception, signe qu’une partie de la confiance qu’il avait accordée à autrui avait tout simplement disparu avec cet acte de sacrifice moral.

- Fais comme bon te semblera. Mais si je la revois ici, je n’aurai de pitié pour aucun de vous. Il me reste beaucoup à faire. Fais en sorte que quand je revienne, elle ait disparue.

- Bien maître ». Il se tourna vers Ludmila, qui relâcha son étreinte, elle semblait plus confiante envers le dénommé Demius. Après tout, il lui avait certainement sauvé la vie. C’était la première fois que quelqu’un d’autre qu’elle intervenait dans son destin, et le fardeau de la mémoire qui pesait sur ses épaules était toujours aussi lourd, mais elle avait peut être trouvé quelqu’un avec qui le partager. « Comment t’appelles-tu, mon enfant ?

- Je ne suis pas une enfant. N’approchez pas ! », cria t’elle tandis que celui-ci faisait un pas vers elle.

- Tout va bien, je ne te ferais aucun mal. Tu es en sécurité maintenant. C’est normal que tu aies peur. Tu viens de là-bas, n’est ce pas ? Ils sont rares à survivre dans ces terres désolées et pauvres.

- Vous ne me connaissez pas. Vous ne savez pas ce que j’ai du vivre pour m’en sortir vivante. Vous semblez bien riche, trop aisé pour connaître quoi que ce soit qui ne ressemble à la misère, n’est ce pas ?

- Certes, l’argent me met à l’abri du besoin. Mais je le hais par-dessus tout. J’ai vécu plus de chose qu’un riche propriétaire n’en vivra sans doute jamais. J’ai vu mes proches et mes certitudes se consumer dans les flammes de la haine. J’ai vu des yeux s’éteindre et des âmes disparaître, et elles appartenaient autant à des personnes qu’a des lieux qui m’étaient chers. Je ne sais rien de toi. Mais je décèle pourtant quelque chose de très singulier. Tu possèdes des capacités que j’ignore, et c’est essentiellement pour cela que je t’ai sauvée. Mais tu ne peux pas rester parmi nous pour autant, les habitants ne comprendraient pas ta présence ici, ils m’en tiendraient rigueur. Il existe un endroit, une forêt comme celle que tu viens de traverser. Si tu le désires, je peux t’y emmener et t’aider à t’y installer. Nous nous en servions de repli, mais personne ne l’utilise plus depuis des années.

 


Ludmila tendit les bras le long du corps, et lâcha brusquement son arme. Elle avait tout de suite su que cet homme avait quelque chose de spécial, et elle accepta promptement sa demande. Alors contre toute attente, ils se prirent la main, et un infime rail de lumière perça à nouveau la gloire d’un matin naissant. Ils se retrouvèrent au cœur d’une végétation touffue, des arbres bien plus immenses qu’elle n’en avait jamais vu, et un froid mordant qui lui glaçait déjà les os. De la neige perçait à travers les feuilles, et déjà le sol s’était paré de son fin manteau blanc, tandis que dans le lointain on pouvait apercevoir les frontières d’un royaume de brume. Ils marchèrent longtemps, si longtemps que Ludmila était en train de se vouer corps et âme à un simple inconnu qu’elle n’avait rencontré que depuis quelques heures.

 

Lorsqu’ils eurent escaladé assez de colline et descendu assez de pentes glissantes, ils arrivèrent dans un endroit ou les quelques arbres alentours avaient été coupés. A la place se tenait une maisonnette très étrange. Elle était en équilibre sur deux grandes pattes, qui ressemblaient étrangement à celles d’un poulet. Il y avait une petite clôture faite d’un matériau étrange, et la fumée douceâtre d’un foyer perçait à travers la petite cheminée de brique. C’était une chaumière tout ce qu’il y avait de plus singulière. L’angoisse s’empara à nouveau de la jeune âme, et Demius sourit en la voyant reculer de quelques pas.


- N’aie pas peur. Odessa ne sera pas engageante, au début, mais elle t’accueillera avec plaisir. Elle est comme toi, elle vient du même endroit. Mais vous avez sans doute quelques générations de différence. Odessa a parfaitement réussi à s’acclimater ici, et nous nous demandons même parfois comment elle réussit à survivre. Nus l’ignorons, et c’est mieux pour tout le monde.


 

Puis ce fut le flou, et l’histoire s’arrêta ici. On savait que sa vocation était de continuer. Ethan n’en fut que plus frustré. Le chef le regarda soudain, l’air désappointé, et parut vouloir dire quelque chose de plus, mais se tut à contrecoeur. Lorsqu’il reprit la parole, ce fut pour lui avouer qu’il ne savait rien de plus.


- C’est aux portes de cette maison que s’arrête ma connaissance. Un étranger m’a conté cette sombre histoire lors de sa venue dans ces contrées éloignées. Malheureusement il n’eut pas de temps de finir et mourut avant d’avoir terminé. Quasiment personne ne sait ce qu’est devenu Baba Yaga et comment elle y est parvenue, ce qui, je suppose, entretient la légende autour d’elle. En tout les cas, il semblerait qu’elle n’ait été au départ rien d’autre qu’une petite fille traumatisée. Une sorcière mangeuse d’enfant a obligatoirement du subir un traumatisme quelconque durant sa jeunesse. Je serai même étonné qu’elle en ait effectivement eue une.

- Je ne sais donc pas ce que j’affronte ?

- Nul ne le sait véritablement, mais il faut savoir s’affranchir de l’inconnu pour apprendre à l’utiliser à bon escient. Maintenant va. Lorsque le dernier matin viendra, tu sauras que nous serons prêts à t’aider. Ne nous abandonne pas, Ethan. Surtout ne nous abandonnes pas.

- Je saurai revenir lorsque le moment sera venu. Je vous en fais la promesse.


 

L’aigle s’envola dans les feuillages, et tandis qu’il s’éloignait, l’ours noir émit un grognement violent qui se fit entendre à travers toute la forêt, et fit même trembler les habitants de son propre camp, à quelques lieues de là. C’était un cri de confiance, un cri de victoire. Comme une espoir de renouveau qui se serait perdu dans la pâle froideur d’un hiver tenace. Et lorsque le chef vit Ethan redescendre au sol, et disparaître en marchant lentement sans se retourner vers un destin incertain, il crut se voir à lui, des années auparavant, seul, apeuré mais le cœur plein d’espoir. Cet espoir que l’inconnu qui tiraille la jeunesse et lui donne envie d’avancer, encore et encore. Il ne put retenir ses larmes, qui allèrent s’écraser sur le sol et firent des trous dans la neige. Puis il disparurent, chacun de leur côté.

Plus que jamais, si leur direction était différente, leurs destins étaient bel et bien liés.

 

R.B

Le 06/03/2012

 

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