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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 20:30

http://favim.com/orig/201106/02/creepy-dark-dolls-photography-scary-Favim.com-63560.jpg 

 


Pourquoi tout ce mystère qui entoure le monde de l’indicible ? Pourquoi vouloir paraître invisible à ce qui l’est, sinon par pure hypocrisie ou par crainte de la puissance que pourrait dégager le matériel si elle était confrontée à l’irréel ? Ethan n’était pas sensé ignorer que des forces incommensurables s’agitaient bien au dessus de lui sans jamais qu’il en ait pris connaissance. Pourtant, tout comme il avait commencé à croire en ces choses lorsque ses convictions enfantines avaient disparues dans la fumée de la désillusion, il savait qu’il ne devait pas écraser cette créature. Pire encore, il se soupçonnait même de croire profondément à une honnêteté de sa part.

Lorsqu’il voyait ce court visage frêle et minuscule qui, par son regard même, implorait la pitié, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une certaine forme d’empathie pour laquelle les dirigeants du Conseil l’auraient immédiatement conduits au bûcher. . La minuscule créature le regardait avec des yeux ahuris, paralysée par la terreur. Ethan relâcha son étreinte, et celle-ci s’envola au loin en émettant un petit rire malicieux. Ethan, n’écoutant que son instinct, n’ayant que cet être à qui se raccrocher, entama une course à son tour. Il fit front face aux branches et à la forêt envahissante. Il déjoua les pièges des racines enchâssées, mais le petit être de lumière allait beaucoup trop vite pour lui. Il la supplia : « Attends », cria t’il, comme s’il espérait que tous ses efforts allaient changer quelque chose.

 

La créature s’était faite capturer une fois, elle n’allait pas réfléchir une seconde quand au sort qui lui était réservé. C’est ce qui fait la différence entre l’instinct sauvage et domestique : l’un se laisse prendre volontiers plusieurs fois dans les mêmes pièges tourmentés, le second n’a pas idée d’y retourner. Il est comme un animal fourbu effrayé par la tempête : un cheval sous l’orage, peut importe l’endroit du monde ou il se trouve, ou d’où il vient, va s’affoler et même souvent faire chuter son cavalier.

Il en était de même pour toutes les créatures sauvages. Et vivre toute une existence dans cette forêt pousse à la vigilance, qui plus est lorsqu’on ignore l’identité et la force de la prochaine créature qui va y être envoyée.  Lorsqu’il la perdit de vue, il se rendit compte qu’il s’était tellement éloigné du sentier qu’il lui serait presque impossible de retrouver son chemin. Il fallait se rendre à l’évidence : en se perdant dans ses limbes, il s’était sans doute condamné lui-même.

 

Le paradoxe ultime était la raison pour laquelle il avait suivi la fée des bois : pour lui demander le meilleur chemin à suivre. Il n’eut malheureusement pas le temps de s’apitoyer sur son sort, car lorsqu’il se retourna, il la vit. Elle se tenait là, perchée au dessus d’une clairière imaginaire, alors que l’on se trouvait au plus profond de la forêt, là ou personne ne pourrait s’aventurer, hormis par hasard. Le hasard ici, n’existait pas.

La maison, si. Elle était entourée d’une étrange clôture blanche et irrégulière, parfois ronde, d’autres fois pointue. En s’approchant le plus silencieusement possible, il s’aperçut qu’il ne s’agissait pas de bois mais d’os. Tout laissait à penser que c’était ceux d’animaux. Où peut être pire encore. Mais le plus surprenant était bien la demeure.

 

Une petite cabane en bois, assez atypiques des vieilles maisons allemandes. Elle était perchée sur 2 gigantesques pattes de volatile. Ces pattes venaient sûrement d’une créature colossale. La structure, bien que bancale et tordue, semblait tenir sur ses pattes.

Le « jardin » était étonnamment entretenu, ce qui parachevait l’inhabituel spectacle qui s’offrait aux yeux du jeune homme. La petite cheminée qui semblait en mauvais était, fumait encore. Il y avait donc bien quelqu’un ici. Quelqu’un qui avait voulu s’éloigner de toute vie, de tout être susceptible de le déranger. Pouvait-il s’agir de… Non, il ne fallait pas faire de conclusion hâtive. Ethan devait être sûr.

 

Les alentours n’étaient que ténèbres. Des arbres à perte de vue. Seul cet endroit semblait auréolé d’une fine lumière qui descendait tout droit du ciel. Un lumière aussi naturelle qu’artificielle, qui prodiguait une chaleur salvatrice comme l’aurait fait une couveuse dans une maternité. Soudain, Ethan entendit un roulis, comme si l’on tournait une manivelle.

Se préparant à se défendre, il fut d’autant plus abasourdi de voir les 2 grandes pattes s’abaisser petit à petit, et la maison sembler enfin accessible. Une voix se fit entendre : celle d’une très vieille personne. Nonchalante, aigrie mais qui inspirait pourtant une étrange confiance, comme un charme d’autrefois.

 

- Entre, mon enfant.

Il ne put la voir, la maison était plongée dans une ombre étrange, comme si des fantômes planaient au dessus pour garder éternel le secret de son intérieur indompté.

 

- Qui êtes vous ? dit Ethan sur ses gardes.

- Ne fait pas comme si tu ne le savais pas, répliqua la vieille. Je peux t’aider à retrouver ton chemin. Viens.

- Non merci, je préfère me débrouiller seul.

- Oh, mais tu n’as pas vraiment le choix. Tu finiras par mourir ici, si tu ne reçois aucune aide. Moi-même j’ai peur de m’aventurer dans cet endroit. N’aies pas peur, tout ce que l’on raconte sur moi, ce ne sont rien d’autre que des sottises pour effrayer les petits enfants. Viens.

 

Ethan se sentit happé par un enchantement extrêmement fort : il ne pouvait détacher ses yeux de la maison, et ses jambes se dirigeaient pratiquement seules vers elle. Il allait rencontrer la légendaire Baba Yaga. Il allait enfin voir son visage, connaître la suite de l’histoire. Comme un enfant qui attendait le récit du soir, il ne put s’empêcher de remarquer qu’il était fébrile : de savoir, de découvrir la vérité, et de peut être obtenir de l’aide qui lui permettrait de traverser ce labyrinthe réputé infranchissable.

N’écoutant que son désir, prêt à faire face à toute éventualité, Ethan franchit le mur infranchissable. Elle l’attendait dans le salon. Assise dans un fauteuil usé et racorni, elle avait le dos voûté. Elle portait un long châle, qui se terminait par une capuche qui lui couvrait presque entièrement le visage. Ne dépassait que son menton, pointu et strié de rides. La seule grande pièce de la masure sentait le renfermé. Pourtant, la porte était grande ouverte. Presque aucun meuble, on se demandait même comment elle faisait pour survivre, le grand Chef de Tribu avait dit vrai.


- Vous êtes… Baba Yaga ?

- Des étrangers m’ont donné ce nom il y a longtemps. Cela ne signifie rien. Pourtant, je m’y suis habitué. Cela fait fuir les opportuns. Je ne suis pas aussi puissante qu’on le dit. Mais toi, tu es plus courageux que les autres. Je t’ai senti approcher. Tu es encore très jeune. Qu’est ce qui t’amène par ici ?

- Je me suis perdu. Je cherche désespérément à sortir de cette forêt.

- Comme tant d’autres avant toi. Ils étaient jeunes aussi. Mais aucun n’était l’une de mes sœurs.


Ethan perçut une étrange mélancolie dans sa voix, teintée de colère. Il se rappela de l’histoire qu’on lui avait racontée. Elle n’avait pas eu de fin.


-  Votre vrai nom… c’est bien Ludmila, c’est ça ?

- Qui t’as dit cela ?

- Quelqu’un que j’ai rencontré. Quelqu’un qui m’a indiqué la route. Il m’a raconté votre histoire. Tout du moins ce qu’il en savait. Ses connaissances s’arrêtent lors de votre arrivée dans cette demeure, et avant votre rencontre avec sa première résidente, une certaine… Odessa, je crois.


La vieille ne put s’empêcher de sourire. Sous cette capuche, sous ce long châle gris rongé par les mites se tenait un esprit ancien, qui avait connu bien des épreuves et réussi à les affronter. Un puits de connaissances. De plus, Ethan savait qu’en la flattant et en lui remémorant tous ces souvenirs, il réussirait peut être à en obtenir quelque chose.


- Cela fait bien longtemps que je ne me suis pas rappelé ces instants. Pourtant, je les ai bel et bien vécus. Mais as-tu le temps pour les histoires d’une vieille dame rongée par le remords ?

- Je suis simplement curieux de savoir ce qui a fait de vous ce que vous êtes aujourd’hui.

- Tu sembles toi aussi hanté par quelques démons. A ton âge, c’est inhabituel. Je t’en apprendrais plus, mais tu dois m’en dire plus sur toi. C’est ainsi que l’on procède : un simple échange. Cela fait tellement longtemps que quelqu’un ne m’a pas raconté ce qui se déroule hors de ces murs de verdure.

- Je n’ai pas grand-chose à vous en dire, mais c’est d’accord.

 

Luttant pour ne pas céder au sommeil de la vieillesse, Baba Yaga se remit à regarder droit devant elle, tendrement, vers un passé qu’elle croyait perdu. Lorsqu’elle ouvrit la bouche à nouveau, celui-ci emplit la pièce et l’atmosphère, ils en furent tous les deux imprégnés.

Elle les ramena des décennies en arrière, du temps ou les parchemins jaunis racontant cette histoire n’étaient pas encore écrits. 

 

http://www.beautifullife.info/wp-content/uploads/2010/04/11/Fin_del_verano_by_ELENADUDINA.jpg

A Suivre... 

R.B 

Le 15/04/2012

 

 


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Published by Rom - dans ImaginaRom
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commentaires

Josiane 15/04/2012 20:59


Ah greeeeeee "Suite au prochain n°"


Bonne semaine

Rom 18/04/2012 23:41



Eh oui, la dure loi des blogs... ^^


Merci de ton passage, une excellente semaine à toi également



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