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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 18:06

 

http://fc04.deviantart.net/fs50/i/2009/355/3/f/Bloody_Mary_by_Luckywolf_13.jpg

 

 

Terminons donc la semaine par une légende, la première d'INITIUM, et certainement pas la dernière. Bloody Mary est une légende urbaine célèbre, dont j'ai imaginé les origines. Ce personnage sombre et vengeur, vous vous en doutez, va évidemment être très important au fil de l'histoire que je me ferais un plaisir de tisser pour vous. En espérant que sa longueur apparente ne vous rebutera pas (c'est LE gros morceau) et que vous prendrez coeur à rentrer dans l'univers que j'ai tenté, avec un immense plaisir, de créer. On y retrouve pas uniquement la violence mais avant tout la nostalgie d'une jeunesse perdue, et les aspirations de tout être lorsqu'il se dévoile pleinement à l'autre. Car Mary était au départ, une jeune fille comme les autres, qui avait hâte de connaître les joies de l'amour et de la séduction. Parce que dans Initium, toutes les légendes ont leur origine, mais que chaque origine a aussi sa légende, remontons donc si vous le voulez bien, au commencement de celle ci.... 

 

 

 

 

Bloody Mary : les origines

 

 

Mary se réveilla, le visage encore rempli de sueur de l’épouvantable cauchemar qu’elle venait de faire. Le premier réflexe qu’elle eut fut celui de se regarder les bras, pour constater qu’il n’y avait pas la moindre trace de blessure ni de veines perforées. Elle s’était taillée les veines mais parvenait encore à respirer, comme si elle avait quitté son corps un instant pour le voir agonisant, baignant dans son sang, le liquide qui tient la vie sous son contrôle total, et le vice avait été son péché. Heureusement, tout cela était maintenant redevenu imaginaire et si quelques bribes décoraient encore son subconscient, elle devait se rendre tout de même à l’évidence que ce n’était pas la réalité telle qu’on la concevait, c'est-à-dire celle communément régie par l’ensemble des sens appartenant à son espèce. Elle regarda soudainement son réveil, comme si elle n’était pas certaine de quelque chose, jusqu'à ce qu’elle voit le 8 inscrit sur le cadran des heures.

 

Cette fois, il était bien trop tard pour revenir en arrière, il fallait aller travailler, aider les parents à faire leurs taches quotidiennes. Elle se souleva de son lit tel un phénix argenté cherchant un feu plus vif vers lequel brûler, mais elle ne tomba que sur une brusque et impressionnante chute de température lorsque ses draps se retrouvèrent en vrac sur son lit, loin de son corps chaud et nu. Elle regarda d’un œil furtif au dehors, par la fenêtre abîmée par le poids des pauvres années, la peinture accusant sérieusement son âge. La brume matinale avait presque totalement disparu, et on voyait déjà son père s’affairer avec la faucille, tenant les moutons à l’écart. Elle continua vers la petite salle de bain juste à côté de sa chambre, certaine que personne ne la verrait parcourir le petit couloir en tenue d’Eve. La première des choses qu’elle fit fût de se regarder dans le grand miroir sur pied en bois qui trônait à l’entrée de la salle. Elle vit ses seins maigrichons, ses hanches de gamines alors qu’elle accusait tout de même ses 22 ans. 22 ans et encore aucun amour pour lui voler sa virginité, la chose la plus pure qui demeure encore dans ce corps usé avant l’âge. Elle enfila à la hâte une petite robe à fleurs, l’une de celles qu’elle aimait tant mettre en allant travailler au champ. 

 

Celle-ci recouvra son corps encore enfantin et frêle, et un chant s’éleva dans son esprit, un lointain chant d’u Noël passé, du froid de Décembre qui la saisissait jusqu'à la chair, de la neige qui se posait sur son visage empli de minuscules tâches de rousseur, de l’odeur de la sève du sapin qui demeurait fièrement dans un coin de ce qui servait à la famille de salon, bien qu’ayant des revenus fort modestes. Elle se désolait parfois qu’aucun garçon ne veuille bien lui tenir la main, n’ait un quelconque mot gentil à son égard. Etait-ce son absence de formes qui leur déplaisait ? La trouvaient-elle désinvolte ou pas à leur goût intellectuellement ? Est-ce qu’elle était trop belle pour eux ou bien l’inverse ? Elle ne savait quoi en penser et ces questions la torturaient, certains instants. Quelque part dans sa mémoire encore inexpérimentée résonnait encore ce merveilleux chant de Noël, elle revoyait la magie et la magnificence des champs entiers recouvert de ce si éphémère manteau blanc, la chaumière éclairée à la bougie.

 

A une saison près, l’hiver n’était pas si loin. Il avait cependant été particulièrement rude, et il fallait redoubler d’efforts afin de rattraper le retard qui avait été accumulé en raison de sa longueur.  Il ne lui tardait pourtant qu’une chose, c’était de sentir la chaleur moite du soleil sur sa peau, de voir les longues journées d’été, les promenades au bord des lacs, tout près des chemins de traverse, ou les oiseaux chantaient le chant ancestral d’un bonheur retrouvé, et mettaient des milliers de sourires sur des visages autrefois bien maussades. Il lui tardait d’aller danser aux bals de la ville, de voir tous ces lampions s’éclairer en une farandole de lumières surnaturelles, la conduisant au seul endroit ou elle rêvait d’aller depuis toujours : dans les bras d’un homme, et plus particulièrement dans les bras de John Etthys, un garçon dont elle était tombée éperdument amoureuse l’été dernier, et avec qui elle avait correspondu par le biais de lettres assez explicites. Bien sûr, ils étaient tous les deux dans le secret le plus total, et personne ne savait la nature de leur correspondance, même celui qui livrait les lettres et les paquets qui lui étaient de temps en temps adressés.

 

Lorsqu’une autre saison passa et que le nouvel été arriva, Mary était plus qu’enthousiaste de lâcher son travail à la ferme pour aller rejoindre celui dont elle rêvait depuis maintenant 10 longs mois. Dix mois d’attente, ne sachant que dire, ne sachant que répondre à des avances qui devenaient de plus en plus sérieuses. Et si cette année était la bonne ? Elle était dans le salon en train de boire du lait tout frais ramassé du matin même, lorsque sa mère débarqua. Nous étions le premier jour de cette saison qui s’annonçait riche en rebondissements, et ce, que Mary le veuille ou non.

 -          Aujourd’hui, nous sommes le premier jour de l’été. Cette année, nous allons avoir besoin de ton aide, nous avons pris beaucoup de retard ! Pas question que tu vagabondes comme l’an dernier à faire je ne sais quoi avec je ne sais qui !

 -          Mère, j’ai 22 ans maintenant, je suis bien capable de me débrouiller toute seule, tu n’as plus à me surveiller comme si j’en avais 5. Et tu sais que l’été me tiens à cœur pour aller à la ville, rencontrer d’autres gens, je me sens bien seule ici, et une fille de mon âge ne devrait pas avoir à endurer ce genre de choses.

 -          Que racontes-tu comme inepties, cette fois ! Tu n’es pas seule puisque nous sommes tous les jours à tes côtés.

 -          Je ne parlais pas de vous mais des éventuels amis que je pourrais me faire, maman ! Il y a des tas de jeunes filles et de jeunes hommes de mon âge en ville, et les bals ouvrent plus tôt que prévu cette année, en raison des beaux jours.

 -          Tout cela, ce ne sont que des enfantillages. Tu crois que nous allons te laisser gaspiller impunément tout l’argent que nous nous sommes tués à gagner toute l’année pour ce genre de vanités sans rien dire, sans protester une seule seconde ? Tu te trompes sur notre compte et sur toi-même, Mary. C’est pourquoi tu resteras ici et que tu te passeras bien d’aller en ville cette année.

 

Mary parut un instant résignée, tous ses projets d’aventure, de conquêtes, de rencontres, venaient de tomber à l’eau, et c’était sa mère, éternellement accrochée à elle par le cordon par lequel elle l’avait enfantée, qui la privait de tous ces bienfaits. Pour autant, elle sut à cet instant que faire preuve d’effronterie en contestant son autorité constituait tout sauf la solution adéquate. Comme un roseau pliant sous le vent du sud pour ne pas que celui du Nord ne vienne semer la discorde, elle se résigna en déclamant ces mots :

 -          Bien, maman, je vous aiderais pour cette année. Mais promets moi que l’année prochaine, tu me laisseras sortir en ville.

 -          Rien n’est impossible, mais rien n’est sûr non plus. Tout dépendra des atouts et des faiblesses dont nous disposerons. Tu sais, il peut se passer bien des choses en un an. En tout cas, je vais tenter de tout faire pour que tu n’aies pas trop de tâches ingrates à accomplir.

 

Mary accomplit des prouesses ce jour là, jamais personne, pas même son père, ne l’avait vu travailler avec autant d’entrain et d’énergie auparavant. Surtout que sa mère lui avait formellement interdit de sortir, alors celle-ci s’occupait en se rendant utile et en accomplissant des tâches que même ses propres parents se rechignaient à faire. Elle ne le fit avec aucune haine, aucune rancœur manifeste, elle accomplit seulement, et c’était déjà beaucoup, la totalité de ce qu’on lui demandait à longueur de temps. Le soir venu, elle dîna à la table, ce qui était déjà assez inhabituel. D’ordinaire très discrète et solitaire, elle préférait faire la plupart des choses dans sa chambre, ou elle mangeait sur son vieux bureau en bois, face à la fenêtre donnant sur les champs à perte de vue, sans aucune lumière parfois que celle de l’astre luisant comme une gigantesque luciole et éclairant son visage comme le ferait une lampe torche, de manière totalement artificielle mais néanmoins aussi fascinante qu’intrigante. Ses parents trouvèrent cela étrange, mais comme elle s’était comportée de manière exemplaire pendant le reste de la journée, ils ne dirent mot jusqu'à ce que leur fille ne quitte la table. Puis le père regarda la mère avec attention.

 

 -          Tu penses qu’on y a été un peu fort ? Elle s’est tout de même bien conduite aujourd’hui, elle n’a refusé de rendre aucun service, à ce que je sache.

 -          J’ai adopté la juste mesure, je pense que nous avons fait ce qu’il y avait de mieux pour elle ; dit la mère, d’un ton assez détaché pour ne pas paraître rabat-joie.

 -          Tout de même, l’interdire de bal, à son âge, alors qu’elle a attendu ça toute l’année ! Elle n’a cessé de nous parler de la jolie robe qu’elle avait recousue exprès. Et ce Jim, il semblait lui plaire, non ?

 -          John, mon chéri, il s’appelle John. Je n’aime pas trop ce garçon, je n’aime pas sa manière indécente de regarder ma petite Mary.

 -          Quand vas-tu cesser de la couver ? Elle va bientôt avoir 23 ans, enfin ! Je ne sais pas si tu te rends compte que tu n’étais certainement pas chez toi le premier soir de l’été de tes 22 ans.

 -          Justement, je ne veux pas qu’elle refasse les erreurs que j’ai pu commettre par le passé. Je sais comment sont les hommes d’aujourd’hui, je sais ce qui les intéresse.

 -          Eh bien heureusement qu’ils ne sont pas moi !

 

La conversation prit fin sur ces mots ce soir là, et plus personne ne parla dans la chaumière jusqu'à ce qu’on entende plus que le bruit du hibou qui hurlait à la branche du chêne qu’on pouvait voir à travers la fenêtre du salon. Lorsque le silence fut complet et alors que la nuit était déjà engagée, Mary se réveilla de son faux sommeil et enleva sa chemise de nuit sous laquelle une splendide robe bleue ornée de rayures d’un blanc laiteux mettait en valeur son corps encore innocent. Il épousait son semblant de formes à la perfection. Elle descendit les quelques marches qui la séparaient de la porte d’entrée en essayant de faire le moins de bruit possible. Elle entendit la cloche de l’église sonner, lointaine, comme un écho vers sa destination proche et programmée.

 

En effet, cela faisait des heures qu’elle avait prévue de s’enfuir d’ici, s’enfuir de cet enfer familial qui était devenu une prison, après avoir été une magnifique chrysalide. Elle était l’espèce de papillon la plus fragile qui soit, et n’arrivait pas à percer ce cocon qui lui servait de nid, et qui commençait à l’étouffer comme un oreiller qu’on vous plaque sur le visage, attirant en vous un sentiment de panique et un instinct de survie que nul n’aurait soupçonné auparavant. Elle ne fit aucun bruit, comme si elle avait l’habitude de faire ça depuis des années, comme si c’était devenu un exercice habituel alors que c’était pourtant une grande première.

 

Tandis qu’elle s’engageait sur le minuscule chemin de terre encore recouvert par de maigres brins de pailles qui flottaient, trottinant au dessus du sol, comme cherchant un endroit ou poser leur frêle condition sans jamais le trouver, elle perçut un instant qu’en la splendeur de cette nuit sans étoiles, le vent jouant avec ses longs cheveux comme un chat avec une pelote de laine, elle n’aurait pu rêver meilleur moment pour se sentir libre, détachée de toute contrainte. Et tant pis pour ce qui allait arriver quand ses parents découvriraient qu’elle n’avait pas dormi dans son lit cette nuit là.

 

Aujourd’hui, il n’y avait pas de lendemains qui tiennent. Alors qu’elle commençait à apercevoir les lumières en contrebas, elle entendit quelqu’un presser le pas, et le son de ses bottes sur le chemin poussiéreux se rapprochait d’elle. Elle fit comme si elle n’avait rien entendu, alors la personne derrière lui l’appela par son prénom, preuve que c’était bien à elle qu’il parlait. Elle reconnut John à sa voix grave, mais tout de même un peu suave. Elle se retourna et lui adressa un sourire en guise de bonjour. Celui-ci prit alors sa main, et dans un élan de courage et de témérité non dissimulé, il lui baisa le poignet, avant de le lâcher assez brusquement et de la regarder un instant dans les yeux.

 

Puis, il baissa vite les siens pour jauger le parti qu’il allait emmener au bal ce soir, voir sans doute si elle était digne d’être accolée à son bras. Mais elle ne fit pas attention lorsqu’il regarda ses seins et ses hanches d’un air avide, car il ne le fit que pendant quelques instants, elle prit cela pour un élan de désir soudain qu’ont tous les garçons de cet âge, et qui ne sont pas encore assez matures pour le dissimuler. 

-          Tu es rayonnante, ce soir, Mary.

-          Merci, John, saches que tu n’es pas mal non plus.

Alors ils se prirent le bras l’un l’autre, et vagabondèrent vers le fameux point de rendez vous, tanguant comme deux bateaux ivres de sel et d’aventure dans leur vie morne et leur mer bien trop paisible. Alors qu’ils arrivaient enfin, Mary put contempler la beauté infinie du décor. Ces magnifiques lampions accrochés tout autour de la grande place, ces jeunes filles en fleur qui dansaient avec le sourire aux lèvres, certaines la tête couchée sur les épaules de leur cavalier.  Les musiciens jouaient une musique douce, lente et posée qui retranscrivait parfaitement l’amour d’un calme olympien qui régnait dans ce lieu si spécial. Mary eut d’abord peur, puis lorsque John lui dit qu’elle lui avait terriblement manqué pendant tout ce temps, ses inquiétudes et ses doutes disparurent dans la musique qui continuait de résonner dans l’air, inlassable ritournelle réunissant deux être de porcelaine de la même minuscule boîte à musique qui les avaient vu se rencontrer au milieu des rouages si longtemps auparavant.

 

On dit que les boites à musique ont une mémoire, qu’elles se souviennent de leur possesseur, qu’elles peuvent garder dans tous les mécanismes qui les composent, les souvenirs de leurs vives émotions. On dit bien heureusement beaucoup de choses, mais certaines ne sont pas toutes vraies. Ce ne sont que des machines, alors que Mary et John étaient bien, eux, des êtres vivants, et qui gardaient leurs émotions pour eux. Mais ils ressentaient l’un pour l’autre un désir incommensurable, qui n’était en revanche pas de la même nature pour chacun d’entre eux.  Puis vint une musique plus entrainante, ou les violons faisaient danser la foule, qui improvisa une gigue collective du meilleur goût.

 

Lorsque Mary en eût assez et qu’elle fut épuisée, elle décida de rentrer chez elle, la lune était déjà bien trop haute dans le ciel, et il n’allait certainement pas falloir attendre plus de quelques heures pour que le soleil montre le ton mordoré et chaud de ses immortels rayons. John ne voulait évidemment pas en rester là. Il la raccompagna chez elle, et ils parcoururent ensembles le chemin inverse. Sauf que rien ne se passa comme prévu. John lui fit des avances qu’en fille convenable, elle se devait de refuser. Frustré par ce déni, il s’emporta alors et lui jeta des obscénités au visage, avec une brutalité qui la surprit d’abord, avant de totalement l’effrayer. Il fit de grands gestes. Elle pensa aux conséquences, et remarqua qu’ils étaient loin de toute habitation, et qu’elle avait encore beaucoup de chemin à parcourir, qu’il n’y avait personne à un kilomètre à la ronde pour voir John dans l’état de fureur ou il était en ce moment.

 

Il l’attrapa alors, d’une manière bien moins appropriée que durant la chanson du bal, et la jeta violemment à terre, dans le champ qui bordait le chemin. Là, dans un élan de colère impossible à contrôler, il se coucha sur elle, défit son pantalon, arracha la magnifique robe de la pauvre Marie qui n’arrivait même plus à sortir ne serait-ce qu’un seul vulgaire et maigre son de sa bouche tétanisée par la peur. Elle le regardait seulement, et elle sentit une douleur effroyable lorsqu’il la pénétra, là, dans ce lieu si sordide, un sourire cruel incrusté sur son visage d’un air faussement candide.

 

Cette nuit, Mary perdit sa virginité de la manière la plus ignoble qu’elle aurait pu imaginer, et elle ne pouvait rien faire pour réparer ça. Il jouit en elle, elle entendit son souffle rauque, sa respiration saccadée et son haleine fétide lui transperça les narines. Il se releva, remit ses affaires, et s’enfuit dans les ténèbres voilées, fier d’avoir a tout jamais volé une innocence pour son seul plaisir fugace. Elle resta un moment allongée à terre, son organe génital la faisant atrocement souffrir. Elle n’arrivait sans doute pas à réaliser ce qui venait de se passer. Elle rentra chez elle, en titubant comme si elle était ivre, les yeux embués par les larmes de la souffrance et de la colère. Elle se coucha dans son lit et laissa passer le temps.

 

Quelques mois plus tard, le fruit de ses incestueux ébats fut trop visible sur son ventre pour qu’elle puisse le cacher sous des robes amples. Sa mère s’aperçut vite que quelque chose n’allait pas, que sa fille devenait de plus en plus grosse et qu’elle ne pouvait bientôt plus subvenir à ses incessantes suppliques concernant son besoin de nourriture. Ses amies ne la voyaient plus en ville, et la rumeur se répandit comme une trainée de poudre, arrivant bien vite jusqu’aux oreilles de John. Celui-ci, bien trop lâche pour voir sa vie gâchée en attendant qu’elle le dénonce, passa par sa fenêtre basse une nuit, armé d’un long couteau. A travers la lumière astrale qui passait dans la vitre, on ne vit que son ombre s’abattre sur celle de cette pauvre bougresse endormie.

 

Il  s’approcha d’elle, qui était couchée de côté, lui tournant le dos. Alors il lui murmura dans l’oreille « Mary, je vais te prendre ton enfant ». Elle eût juste le temps d’ouvrir les yeux et de se mettre sur le dos, d’apercevoir la longue lame dentelée, de sentir la douleur effroyable lorsque celle-ci pénétra son ventre. Une fois d’abord, puis de manière répétée. Le lendemain, sa mère trouva Mary encore allongée sur son lit, baignant dans son sang et celui de sa future progéniture.  Elle venait de passer tragiquement dans l’autre monde.

Elle ouvrit les yeux, avant de s’apercevoir que ses mains étaient encore ensanglantées, de même que certaines de ses veines qui étaient ouvertes à travers son bras ; Cependant, aucune goutte de sang ne coulait au sol, ce qu’elle ne pouvait d’ailleurs même pas considérer comme le sol.

Elle vit ses yeux injectés de sang, le visage blanchâtre de la mort qui était en fait devenu le sien. Mais elle ne hurla pas, ne se posa pas de questions. Elle n’était pas comme toutes ces autres qui croyaient que crier allait arranger les choses. Elle attendit, patiemment, aussi longtemps qu’elle aurait à attendre. Son histoire, sa condition et les circonstances tragiques de sa mort traversèrent les siècles puis disparurent éternellement, alors on oublia même son identité et son retour devint une superstition, et la modernité aidant, elle devint elle-même dans l’être effroyable qu’elle était devenue, la source d’une légende et d’un jeu adolescent.

 

 Un soir, le tout premier soir de son retour, elle entendit prononcer ces mots horribles : « Mary, je vais te prendre ton enfant ». Mais ils venaient d’un adolescent trop imprudent et hautain pour faire comme les autres, un sceptique qui dans un élan de courage pourtant non négligeable, avait décidé de franchir la limite que personne n’avait jamais franchie auparavant. Mary revit le visage cruel et perfide de John, elle entendit à nouveau ses mots qui la glacèrent d’effroi. Alors elle bondit en avant pour se saisir du néant. Mais elle vit une fraction de seconde le visage de ce jeune homme, visiblement en train de mourir de peur. Tandis qu’elle déchainait toute la violence qu’elle avait retenu en elle pendant ces décennies entières, tandis qu’elle voyait le sang et les viscères se répandre sur les murs, elle ne put réprimer un étrange sourire, elle avait trouvé la moyen idéal d’accomplir sa vengeance, et d’enfin faire payer à tous ces vils sexes masculins l’affront qu’ils lui avaient fait subir. Une fois son forfait accompli, elle repartit dans l’ombre, dans le néant des ténèbres ensanglantés qu’était devenue sa vie, attendant patiemment qu’un autre jeune courageux imprudent ose prononcer les mots que personne n’aurait jamais eu avoir à dire. Mary La Sanglante, ou Bloody Mary, avait encore quelques siècles devant elle pour prendre sa revanche. 

 

 

Quand les masques tombent, ne restent plus que les ombres de nous mêmes. 

http://view.stern.de/de/picture/1672188/Hamburg-Fotokunst-Art_of_Raven-Nostalgie-Venezianische-Masken-Venezia-510x510.jpg

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Published by Rom - dans ImaginaRom
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commentaires

louv'opale 08/10/2011 19:39



Atmosphère sombre et pleine de mystère, teintée d'un brin de romantisme...je dirais gothique !


J'aime beaucoup, je reviendrai.


Louv'



Rom 08/10/2011 19:52



Merci beaucoup pour ce compliment, apparemment tu as bien su cerner la tendance. 


A bientôt dans ce cas ! 



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