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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 20:32

Nous poursuivons notre visite dans le futur avec le second acte d'INITIUM, ou William, notre héros sombre et tourmenté, fait un visite à un bien étrange individu, tout aussi étrange d'ailleurs que l'histoire qu'ils vont partager ensembles... Je vous laisse découvrir tout ça, et vous donne rendez vous prochainement pour la suite. 

 

http://digital-art-gallery.com/oid/66/600x721_12001_Старый_солдат_2d_fantasy_old_man_soldier_picture_image_digital_art.jpg

 

Ce monde est en train de changer, maugréa le vieux Damian, alors que sa longue cigarette lui brûlait déjà les lèvres. Nous ne sommes plus ce que nos ancêtres attendions de nous, c’est une chose à laquelle nous devons nous habituer. Beaucoup de choses bien trop étranges se passent pour que nous ne puissions l’ignorer.

Entendez vous, Damian. On dirait un vieux légionnaire de la guerre de cent ans à la retraite, renchérit William.

Peut être un jour, lorsque votre raison aura pris le pas sur votre folie, vous me jugerez un peu moins sévèrement.

Damian souriait à demi, et la commissure de ses lèvres dessinait peu à peu la sagesse de ses longs traits filiformes, qui se terminaient par un regard malicieux et sûr de lui. Il avait évolué dans la haute société d’une époque qui semblait aujourd’hui révolue, pourtant il avait gardé les goûts vestimentaires d’alors. Il portait toujours de longs vêtements amples, comme s’il s’était agi d’une sorte de mage, amer et secret, qui ne paraissait jamais être le même dans la rue que dans sa propre demeure. Tout chez lui soulignait sa différence, autant sa perspicacité que ses connaissances légendaires en matières de choses étranges et inavouables. Elles étaient devenues plus qu’une vulgaire obsession, elles représentaient maintenant l’ensemble d’une vie entière de recherches et de connaissances. Il tentait, par quelques touches, pourtant, de s’adapter au monde. L’une d’elle flottait au dessus de lui comme un esprit fantomatique : la fumée de sa cigarette, qui emplissait chaque jour un peu plus la pièce qui lui servait de séjour. Mais Damian était bien plus qu’un allumé, c’était un véritable érudit, il savait souvent tout avant tout le monde, car il n’ignorait pas non plus ou trouver ce qu’il cherchait en permanence : une autre vérité que celle qu’on servait dans les torchons de la ville. Une autre réalité derrière cette femme tombée tragiquement dans le puits synthétique de son jardin alors qu’elle allait y puiser de l’eau.

Derrière ce drame épouvantable d’un mari qui avait tué toute sa famille par une nuit d’orage, ou de cet autre  qui avait perdu la raison par une sordide nuit de pleine lune. C’était un être affable, parfois même trop, si bien que certaines des conversations que l’on avait avec lui lorsqu’il était lancé ressemblaient ni plus ni moins qu’a d’incessants monologues. William l’avait rencontré alors qu’il exerçait le métier de professeur à l’Université linguistique en tant qu’expert en sociologie. Presque aucune légende n’avait de secret pour lui, et il était sans doute le plus à même de décrypter les tendances de plus en plus violentes des prochaines. Lorsqu’il déposa quelques cendres dans l’éco cendrier holographique et que celui ci disparut comme il était venu, Damian ne put s’empêcher d’observer le regard que portait sur lui cet être deux fois plus jeune que lui, qui était, lui aussi, en quête éternelles de réponses à des questions qui jadis, l’avaient lui aussi tourmentées.  Ils n’étaient pas de la même lignée, pourtant il semblait déceler en lui la même agonie provoquée par l’impatience, chaque jour plus tenace.

Vouliez vous boire quelque chose, mon cher Will ? C’est moi qui invite.

Non merci, Damian, j’ai pour principe de ne jamais boire le matin. J’attends que le soir tombe pour cela.

A votre guise. Moi, en tout cas, je ne vais pas m’en priver.

Il se leva et parcourut le reste de la pièce, chargée d’une forte odeur de tabac, pour aller se servir un verre, tout en continuant de parler à son invité plus ponctuel et matinal que lui même ne l’avait jamais été.

Une histoire bien fâcheuse que celle qui est arrivé à ce pauvre petit Wallace. Il ne s’en est malheureusement pas remis, la maladie se sera chargée de le ronger, en ne laissant pas une place à la vieillesse.

Vous savez ce qui s’est passé là bas ?

Certains disent que les médicaments n’ont pas eu l’effet escompté, d’autres que les coups du père ont quand à eux portés leurs fruits. Si vous voulez mon avis, il y a autre chose.

Vous avez de quoi creuser une piste ?

Oh, mais mon pauvre ami, je l’ai creusée depuis longtemps. Voyez vous dans ce monde, il faut toujours être plus rapide que les actualités, sans quoi une piste est déjà froide. Il ne reste plus aucune viande attachée à l’os lorsque les vautours ont tourné autour pendant des jours.

Et ou vous a mené votre enquête ?

La maison. Elle appartenait autrefois à un certain Auguste Brandy, qui l’avait acheté pour une bouchée de pain à l’époque de la troisième révolution industrielle. Ces murs là n’ont jamais été ni repeints ni retouchés depuis. C’est un sombre maison de banlieue, à l’allure assez austère, disposant d’un jardin sous forme de courette, et d’un assez splendide premier étage, avec un balcon en terrasse, qui a fait jadis la fierté des propriétaires les plus fortunés. Depuis l’aménagement des Wallace et de leur fils unique, il n’a plus jamais été utilisé, et accusait le poids des années, de la poussière et de la décrépitude. Les Wallace étaient une famille sans histoire, leur fils allait à l’école du coin, il suivait une scolarité tout à fait normale. Rien a signaler de plus étrange que dans n’importe quelle famille de la région.

Mais alors, qu’est ce qui cloche ?

Vous êtes toujours trop pressé, William. Laissez moi donc replacer les choses dans leur contexte. C’est que l’ancien propriétaire, un dénommé Dennis, était connu dans tous boui-boui alentours comme un parieur, flambeur et buveur invétéré. Il n’avait que 30 ans lorsqu’il est mort, tabassé par des créanciers un peu trop attachés à leurs biens, dans les murs mêmes de cette maison. Il n’y eut bien sûr aucun relent de cette histoire dans la presse, la compagnie qui s’occupait de la vente de la maison ayant préféré régler les choses à sa façon pour ne pas avoir à vendre le terrain pour une bouchée de pain. Naturellement, les Wallace n’étaient pas non plus au courant des faits. Il se trouve que la pièce qui servait autrefois de salon et dans laquelle Dennis a été sauvagement assassiné n’était autre que la chambre de Peter. Il se passa 5 longues années sans que la famille ne décèle la moindre anomalie dans la maison. Mais à l’aube de la sixième année, et alors que le petit en fêterait bientôt 7, il se mit à avoir un ami imaginaire. Chose dont ses parents ne se sont pas inquiétés, du moins au début, ce genre de choses étant très courant chez les enfants de cet âge. La mère surveillait tout de même son fils d’un œil, pour qu’il ne se renferme pas trop sur lui même. C’est alors que le petit Peter s’est mis à manifester des choses très étranges tout autour de lui. Cela a commencé par les chats du quartier. Ils étaient une bonne dizaine lorsque le couple avait emménagé, et le voisinage rappelait sans cesse la mairie à l’ordre pour qu’elle s’occupe de cette histoire de chats sauvages.

Je connais ça, vous pouvez me croire.

C’est le lot de chacun. Mais ce qui ne l’est pas, c’est ce qui est arrivé à ces chats. Une nuit où il n’arrivait pas à trouver le sommeil, le père de Peter se troubla lorsqu’il écouta silencieusement les bruits de la rue. Ce qui lui parut très étrange, c’est qu’il n’y en avait aucun. Aucun miaulement, aucun bruit près des poubelles qui aurait pu suggérer une intrusion quelconque. Le lendemain soir, ses soupçons se confirmèrent : tous les chats du quartier avaient disparu. C’était une chose ma foi assez anodine, ils avaient bien pu trouver refuge ailleurs. Ce que je pense, c’est que quelque chose les a effrayés. Quelques mois plus tard, des portes claquaient dans la maison, la nuit. D’autres s’ouvraient toutes seules, les robinets d’eau passaient de l’eau glacée à l’eau bouillante, ce qui surprit de nombreuses fois la mère en train de faire tranquillement la vaisselle dans la cuisine. Des odeurs bizarres et des trous d’air s’insinuaient dans les pièces, la plomberie était capricieuse. Les parents commencèrent naturellement à s’inquiéter pour leur enfant, qui grandissait dans ce milieu des plus singuliers. Et puis les phénomènes cessèrent. Pas pour Peter, vous vous en doutez. Il devenait de plus en plus étrange, ses camarades de classe s’éloignaient peu à peu de lui, et le pauvre gamin tourmenté n’avait d’autre choix que de s’enfermer dans sa solitude. Il devenait de plus en plus clair que quelque chose n’allait pas. Il restait enfermé des après midi entiers dans sa chambre, chaque fois que son temps libre le lui permettait. Les derniers évènements eurent lieu il y a deux semaines, après qu’il se soit fait analyser de fond en comble par toutes sortes de docteurs peu scrupuleux. Certains allaient jusqu'à fausser les diagnostics pour prolonger les soins. Malgré toute l’attention que lui portaient ses parents, le petit maigrissait à vue d’œil, jusqu'à devenir presque famélique, si bien qu’on soupçonna même un temps les parents de maltraitance. Mais il n’en fut jamais rien, car les Wallace étaient des parents aimants. Peter en vint même à parler de plus en plus mal, à leur proférer des injures. Une fois, une seule, il n’est pas rentré après l’école. Il est revenu, titubant au petit matin, ivre comme un tonneau, et proférant des insultes de charretier. Plutôt étonnant, pour un gamin de son âge, vous en jugerez. Le reste ne fût que décadence. Son corps n’arrivait pas à suivre, il se détériorait tandis que le gosse mangeait de moins en moins. Et puis vint ce jour tragique où il s’étouffa dans son sommeil. Le pauvre était tout bleu quand on le retrouva, inerte dans les draps de sa chambre encore froissés par une nuit agitée. C’était il y a précisément 5 jours.

Vous m’impressionnerez toujours, Damian. Comment avez vous réussi à savoir tout ça en si peu de temps ?

Je vous l’ai dit, j’ai mes relations. Pour ce qu’elles me servent, autant qu’elles fassent bien le boulot pour lequel je les paie le triple de leurs autres employeurs.

Vous avez été dans cette maison ?

C’est ici que mes compétences s’arrêtent. Je suis le cerveau, vous êtes les sens, William. Allez donc y jeter un coup d’œil, voir si vous arriver à glaner quelques informations qui m’auraient échappé.

J’y vais de ce pas, dis William en se levant de son confortable fauteuil en cuir marron.

Et… William ?

Oui ?

Faites attention. Il a essayé de s’emparer de l’enfant, et il a réussi. Il s’en faudrait de peu pour qu’il n’en vienne à s’emparer de vous. 

 

A suivre... 

RB

Le 08/10/2012

 

http://farm8.staticflickr.com/7097/7042483673_a648693dcc_z.jpg

 


 

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