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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 20:01

Une tragédie violente survenue brutalement. Une maison au passé trouble. Un enfant hanté par des visions sombres. Un homme obsédé par l'étrange et le surnaturel, dont les méthodes ne sont pas toujours des plus légales. Il n'en fallait pas plus pour introduire le quatrième chapitre du second acte d'INITIUM, dans lequel vous allez faire connaissance avec une atmosphère oppressante, et repartir la peur au ventre. A moins que vous ne repartirez pas du tout... 


http://johnscott99.files.wordpress.com/2010/06/old_dark_house_still2.jpg

 

Tout l’univers aurait pu être désert que cela n’en aurait pas été plus vide qu’ici, en cet instant. C’est la première des choses dont William fût frappé : aucun enfant pour jouer dans la rue, aucune fenêtre ouverte avec une musique qui passait à la radio. Le monde continuait certes à tourner, mais ici il le faisait dans une léthargie caractéristique des veillées funèbres. La folie semblait être à deux doigts de prendre le pas sur la tristesse, mais une folie plus douce encore : celle de la terreur.

 

Toutes les portes des maisons alentour étaient fermées, attendant une sorte de bénédiction pour pouvoir à nouveau s’ouvrir. Le ciel d’un noir de plomb était là pour le prouver : ici, la tragédie d’un destin auquel personne ne semblait s’être attendu avait pourtant frappé de plein fouet le voisinage. Lorsque William voulut frapper chez les gens pour demander des renseignements sur ce qui s’était produit ici, il semblait n’y avoir personne. Les maisons étaient bien éclairées, mais les esprits semblaient avoir basculé dans l’ombre. Une violente bourrasque de vent balayaient les feuilles sèches qui trainaient encore sur les trottoirs.

 

Il restait encore les banderoles jaunes de la police, qui avait mis les lieux sous scellés. Même si l’absence était palpable, William pouvait percevoir un regard. Il faisait jour comme en pleine nuit, mais il se sentait observé, traqué, par un curieux qui ne voulait apparemment pas se faire connaître. Le quartier avait du être beau, vivant, se disait-il. Mais peut être ce qu’il sentait n’était-il que le souffle de la mort, qui s’était un peu attardée en chemin avant de reprendre son interminable manège. Certainement que le deuil de la vie d’un enfant prend plus de temps que celui de n’importe qui d’autre.

 

William savait qu’il n’était pas le bienvenu, et que jamais les parents Wallace n’accepteraient de le recevoir. Mais aujourd’hui, ils n’étaient pas là. Aujourd’hui, ils étaient encore entendus par la police, qui ne voulait écarter aucune piste, aux premières heures d’une enquête qui aurait du être mené il y a déjà trop longtemps.

Une tragédie n’attend pas d’être débusquée, elle s’insinue dans le cœur des gens comme un liquide noir et profond, qui vous emplie bientôt tout entier sans que vous ne vous en rendiez compte. Elle empoisonne peu à peu chaque cloison de votre existence, s’empare de vos rêves les plus secrets et frappe enfin, lorsqu’elle a obtenu de vous toute l’agonie nécessaire pour se déployer. William avait choisi une journée sombre comme la nuit la plus noire, pour à son tour pénétrer l’atmosphère dans laquelle avait vécu cet enfant pendant de longues années avant de succomber à une pression trop forte, et que le masque retombe dans un flot de sang et de fureur.

 

Ce jour là, il entra par la petite porte de derrière, celle qui donnait sur le jardin, que les Wallace oubliaient souvent de refermer lorsqu’ils partaient de chez eux. Quel qu’en soit la raison, c’était Damian qui lui avait fourni cette précieuse information. Jamais avare en mystères, il lui avait tout de même certainement caché certaines petites choses, mais il justifiait cela par le fait que lui même n’avait pas été prêt à les découvrir lorsqu’ils les eût apprises. Une grande cuisine, pleine d’ustensiles de dernière génération. Il régnait encore l’odeur du repas de la veille, dans une légère brise qui s’engouffra par l’ouverture lorsque William pénétra dans la maison.

Tout semblait à sa place, y compris la table au milieu, avec 4 chaises rabattables, incrustées sous la nappe, deux de chaque côté. En face, une néo télévision à l’arrêt diffusait une petite lumière rouge par son bouton d’allumage, qui se reflétait sur le plafond comme une projection sanglante. Des légumes et des fruits lyophilisés trônaient dans une petite corbeille en inox posée près du meuble de rangement des ustensiles de cuisine. Mais ce qui frappa le plus William dans cette pièce, c’était cette odeur d’enfance. Il lui semblait encore entendre les rires et les supplications du repas familial, lorsqu’ils étaient encore 3 dans la maison.

 

Il se dirigea lentement vers le couloir, sombre et étroit. Sur la droite, une porte. William l’entrouvrit, pour découvrir qu’il s’agissait de la salle de bain. Il ne s’attarda pas, et fit quelques pas jusqu’au salon. Par terre trônaient encore des jouets qui avaient appartenu à l’enfant. Une console de jeu était posée sur le meuble télé, avec le récepteur de mouvement et le casque d’immersion. Le canapé était replié, rien d’intéressant à voir ici si ce n’était l’opulence certaine dans laquelle les Wallace étaient installés. Ce qui était assez surprenant, car ce genre d’événement dit « paranormal » se produisait souvent dans les classes dites moyennes, voire les moins aisées, celles qui n’avaient aucun moyen de payer un traitement. Si le contexte changeait, ce devait donc être tout le reste qui en était chamboulé. Soudain, William entendit des craquements sourds qui provenaient de l’escalier qui menait à l’étage. Il se redressa et écouta. Les craquements disparurent peu à peu, comme des bruits fantomatiques. Peut être le vent, ou les tuyaux, ou alors… le premier signe, se dit-il.

 

Il n’était guère effrayé par ce genre de manifestations. Au contraire, elles accusaient en lui une curiosité encore bien plus maladive qu’elle ne l’était d’ordinaire. Il quitta le salon, et entreprit de monter les premières marches du grand escalier en béton. Pas de plancher, donc aucun risque de craquement. Pourtant, c’était bien cela qu’il avait entendu. Une seconde salle de bain en haut, avec 3 brosses à dent, dont une plus petite que les autres.

 

Pour cette famille, l’enfant ne disparaîtrait jamais. Ils laisseraient certainement ses jouets en place dans le salon, son cartable posé dans un recoin de la cuisine, et ne toucheraient plus à sa chambre, gardant de son souvenir palpable une enfance figée dans le néant, comme une relique sacrée d’un temps qui ne serait jamais vraiment parti, sans pour autant que l’on puisse le retrouver. Cela resterait à tout jamais une anomalie temporelle, jusqu'à ce que leurs tempes grisonnantes parlent pour eux et leur révèle l’absurdité que représentait ce refuge dans le passé. Ils ne se rappelleraient certainement que des meilleurs jours, des rires et des jeux, des câlins et des histoires contées à la chaleur d’une lampe de chevet, fantastiques et immortelles. Et puis le temps ferait le ménage, et effacerait de son ardoise ce que la vie leur devrait pour toujours. L’injustice du monde était flagrante, mais elle était ainsi pour chacun, et la perte d’un enfant représentait une deuxième fin d’une innocence qui ne cesserait de disparaître mais que tous voudraient retrouver.

 

La chambre de l’enfant. Exactement comme William l’avait devinée. Pleine de couleurs et de jouets. Remplie d’une vie qui ne resterait que factice, mais aussi froide que la mort. Il faisait bien plus froid ici que dans le reste de la maison. Le plancher chauffant était pourtant allumé, mais William grelottait. Il décidait de ne rien provoquer ce soir, simplement d’observer. Mais il était irréfutable que quelque chose d’étrange résidait dans cette maison. Il y avait une quatrième personne entre ces murs, et elle se jouait des trois autres comme un marionnettiste pervers et effroyable. Il lui semblait peu à peu pouvoir reconstituer la violence de la scène, sans avoir plus de détails que ceux donnés par Damian. Il régnait tout de même un étrange vide. Pas de posters accrochés au mur.

Lorsqu’il fouilla un peu la chambre des parents, ce fut clair que c’était un manque délibéré. Dans les albums photos, qui retraçaient certaines des périodes les plus marquantes de leur vie, il manquait des clichés, certaines portions étaient vides alors que la page suivante et toutes les autres étaient soigneusement remplies. Il trouva une importante liasse de billets dans ce qui ressemblait à un coffre à bijoux. Il devait bien y en avoir deux cent là dedans. Comment la police avait pu échapper à ça ? Sans doute avaient ils été déposés là après la perquisition. William resta encore un peu à l’étage, pour s’imprégner de cet atmosphère si étrange, de cet air si froid et vivifiant. Il redescendit enfin l’escalier du premier étage, bredouille. Pas tout a fait.

 

Le bruit d’une clef dans une serrure. Il se figea. Lorsqu’il entendit le premier déclic, il était encore en haut de l’escalier. Il courut les quelques marches pour remonter. Un étage le séparait maintenant de sa porte de sortie, et il avait laissé celle donnant sur le jardinet légèrement entrouverte, afin de pouvoir repartir comme il était venu. Manque de chance, les Wallace étaient semble-t’il rentrés plus tôt que prévu… 

 

A suivre...

RB

Le 11/10/2012

 

http://filmlinccom.siteprotect.net/archive/nyff/2007/program/avantgarde/images/full/old_dark_house.jpg

 


 


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