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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 16:50

http://favim.com/orig/201102/23/Favim.com-547.jpg

 

 

Lorsque les premiers rayons du soleil percèrent le sommeil de Josh au petit matin, il ouvrit les yeux et s’aperçut bien vite qu’il était seul. Les draps à ses côtés étaient froissés, la couverture dépliée sur le côté et il régnait encore le fantôme de Sarah. L’odeur de son parfum, lancinante, avant empli l’oreiller. Josh se leva assez péniblement, la tête encore un peu enfarinée de ce long voyage qui les avaient épuisés. Il s’habilla en hâte et regarda par la fenêtre, de l’autre côté de la pièce. Elle donnait sur une légère nappe de brouillard qui couvrait le grand lac, tel un manteau de brume, traître de surface et gardien des profondeurs.

 

Elle était assise dans l’herbe, toute petite au loin, sans doute couverte par le châle blanc qu’il lui avait offert il y a peu. Elle regardait le spectacle immobile et fascinant de la nature qui évoluait à une lenteur vertigineuse. Il ouvrit la porte, regarda si personne n’était dans le couloir en train d’attendre on ne savait quoi, puis descendit le grand escalier. Assez rapidement et sans bruit, il s’engouffra à l’extérieur. Il faisait frais, et un petit vent parachevait le sentiment qui emplissait la grisaille de l’atmosphère. Josh contourna le grand bâtiment blanc, quelque peu vétuste, et courut vers sa femme dès qu’il l’aperçut en en coupant à l’angle. Il vint s’asseoir auprès d’elle, et contempla ce sol mouvant qu’était l’eau, visible et pourtant si secret.

 

Il était venu la chercher. Pendant un instant ils se serrèrent l’un contre l’autre, elle posa sa tête contre son épaule et ils demeurèrent ainsi sans parler pendant de longues minutes. Leur sentiment de complétude écourtait ce temps passé ensemble, et il semblait n’y en avoir jamais assez. Une fois que cette conversation silencieuse fût achevée, ils rentrèrent à l’intérieur de l’auberge prendre le petit déjeuner. Mais Sarah l’ayant déjà pris plus tôt dans la matinée, elle ne fit qu’accompagner son mari, par simple politesse. La vieille dame était là, en train de discuter avec un homme d’un âge mur lui aussi.

 

Affublé d’une moustache et d’un crâne blanc et dégarni, d’un pantalon en tweed et d’un sweater à motifs pointus, il ne faisait pas attention à l’arrivée des deux jeunes gens. La tenancière les vit pourtant, et interrompit la conversation pour guider le couple vers une table de libre. Il n’y en avait pas 50, et ils étaient les seuls. Mais cela devait certainement faire partie d’un certain code de conduite à appliquer envers quiconque en ferait implicitement la demande. Et c’est justement ce que Josh souhaitait lui faire comprendre. Le serveur, un peu potelé et aux cheveux bouclés, vint lui apporter un café et deux croissants, ainsi que le journal du matin comme il en avait fait la demande.

 

Sarah observait le monde autour d’elle, cet établissement qui semblait aussi étroit qu’une chambre de bonne et qui était pourtant assez immense pour contenir une entreprise bien plus ambitieuse. Puis elle décida de remonter dans la chambre et de lire, avant que Josh et elle aillent faire une ballade. La dame allait certainement leur appeler un taxi. Josh resta quelques instants immobile, dans la candeur d’un matin d’automne, à siroter tranquillement son café, déguster ses viennoiseries et lire les dernières horreurs qui s’étaient déroulées dans le monde sans qu’il puisse jamais intervenir.

 

Et il repensa à ces poupées. Bien ordonnées, apprêtées comme si elles cherchaient qu’un prince charmant ne vienne les prendre pour les emmener au paradis des jouets décoratifs. Il repensa à tout ce que cela devait représenter pour cette dame, tous les souvenirs qui devait orner chacun de ces objets d’orfèvre. Trop curieux pour que les questions qu’ils se posaient sur cette étrange vieille femme restent en suspens, il attendit qu’elle ait fini de parler au vieil homme à la moustache pour engager la conversation.


 

- Le service vous convient-il ? demanda-elle lorsqu’elle vit qu’il s’approchait de manière impulsive.

- Oui, oui, tout cela est parfait merci. Je ne peux pas m’empêcher de penser à cette collection. Ma mère aussi collectionnait ce genre d’objets. Mais elles étaient bien moins nombreuses et bien moins entretenues que les autres.

- Ah, ça… Elles sont comme les filles que je n’ai jamais eues.

- Que diraient vos enfants de tout cela ?

- Mais ce sont mes enfants, toutes autant qu’elles sont. Je ne me suis jamais marié.

- Comment ça… Jamais ? C’est très surprenant ! fit sincèrement remarquer Josh, qui ne cessait d’être de plus en plus intrigué par ce destin singulier.

- Oh, j’ai été amoureuse, oui. Mais… différemment. D’une manière que les gens n’acceptent pas toujours.

- Vous voulez dire que vous…

- Elle s’appelait Marthe. Elle était magnifique. Nous nous étions rencontrées au cours d’un bal à Dublin. Elle avait… mais je vous ennuie. Je devrais cesser mes radotages, cela ne m’apporte que des ennuis. Et c’est que j’ai du travail à faire, moi, j’ai une pension à tenir.

 

Josh était maintenant persuadé qu’elle voulait à tout prix éviter cette conversation, et que cette tentative d’évasion ne datait pas d’hier. Elle devait être usée par toutes ces années de silence et de tabou, ou l’amour avait eu un prix : celui de la honte et de l’humiliation. Il décernait dans ce regard une indicible souffrance, une existence partagée dans les lignes d’une main ridée par le destin. Il retourna alors dans le salon après qu’elle l’ait congédié et resta quelques instants à admirer les sept joyaux de cette collection de l’ancien temps. C’était véritablement effrayant. Ces yeux, cette bouche naturelle et ce nez aquilin : elles semblaient si réelles que c’en était ahurissant. C’était un véritable travail de maître, personne ne se serait permis d’en douter.


Un hurlement l’arracha à ses pensées. Pas seulement des hurlements de femme mais ceux de la sienne. Aussi vif que l’éclair, il traversa le salon, monta les escaliers 4 à 4 et ouvrit la porte de toute la violence de son appréhension. Il se hâta de demander à sa femme l’objet de son cri.

 

- Rien, seulement une souris. Mais elle est partie. Surtout, n’en parle pas à la logeuse. Je ne veux pas faire d’histoire.

- Tu plaisantes ? La prochaine fois que je la verrais sera l’occasion de lui en toucher deux mots. J’ai demandé à passer un séjour dans une auberge, pas dans un taudis empli de rongeurs.

 


Les stores étaient à moitié baissés, Sarah lisait avec la veilleuse qu’elle avait allumée sur sa table de chevet. Lentement, il se coucha sur elle et l’emplit de baisers. Ils s’embrassèrent fougueusement, et là, dans le silence et l’anonymat d’une chambre vide, ils s’unirent pour ne faire qu’un, encore. Ils s’endormirent ensuite ensembles, plus que de raisons, et, alors qu’ils étaient censés bouger ailleurs, ils passèrent une bonne partie de la matinée à dormir enlacés. Un cliquetis de porte se fit brusquement entendre. Il semblait discret, mais étant donné l’absence tout bruit intempestif autour, il semblait avoir produit un chaos indescriptible.

Josh n’y fit pas attention. Du moins pas jusqu'à ce qu’un cri plus assourdissant encore que le précédent ne lui perce les tympans. Il se retourna et vit un homme au chevet de sa femme. Il semblait agonisant, ou bien terrifié, personne n’aurait véritablement su le dire. En tout les cas il suffoquait, hors d’haleine, cherchant ses mots dans tout l’absurde de la situation.

 

- Elle était là… Je l’ai cherchée… Longtemps… Elle aussi. La prochaine…

- Eloignez vous de nous. Allez vous en ! éructa Josh en se levant et en menaçant l’individu.


 Il le reconnaissait maintenant. C’était le vieil homme à la moustache qui semblait avoir eu une querelle avec la vieille dame au petit déjeuner. Hors de lui, il le chassa de sa chambre et ferma la porte. Encore sous le choc, il regarda Sarah d’un air ahuri en disant :

 

- Des souris dans les chambres… Des hommes qui s’introduisent chez les autres… Une tenancière obsessionnelle...  Mais dans quelle maison de fous sommes-nous tombés ?

 

 

Il en parlerait à la dame dès qu’ils seraient revenus. Mais pour l’instant, il fallait sortir, coûte que coûte. Echapper à cette atmosphère oppressante et vide de sens qui emplissait peu à peu leurs pensées. Ils enfilèrent leurs manteaux et s’en allèrent gambader dans la lande, et le souffle du vent qui leur emplit alors la tête chassa leurs idées noires. Pas pour longtemps.

 

 

http://infospigot.typepad.com/infospigot_the_chronicles/fog122907-1.jpg

A suivre… 

 

 

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Published by Rom - dans ImaginaRom
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commentaires

dimdamdom59 27/01/2012 14:47





http://i44.tinypic.com/2a7fwx3.jpg

Ca c'est Domi en mode "pas envie de se fouler pour écrire" lol!!!
Bisous
Domi.

Rom 27/01/2012 16:38



Et c'est compréhensible ! ^^


Un excellent week-end à toi, repose toi bien. Moi aussi, je pense l'avoir mérité... Pfiouuu ! ^^






Josiane 24/01/2012 17:15


Dur dur d'être tenue en haleine ainsi!!!!!!!!!


Bonne soirée.

Rom 24/01/2012 17:17



Hé hé c'est dur autant pour le lecteur que pour celui qui écrit de ne pas donner la suite, tu peux me  croire ! ^^



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