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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 23:27

Une instant parmi d'autres, une maladie parmi d'autres, dont j'avais envie de parler. Parce que les hasards de nos vies nous correspondent, même quand la mémoire nous fait défaut. 

 

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Le bal des noctambules.


Ou suis-je ? Quelle heure est-il ? J’ouvre les yeux sans vraiment me rendre compte qu’ils le sont déjà à moitié. Je m’éveille, comme si je sortais d’un rêve que j’avais longtemps confondu avec la réalité. Un rêve ou je n’étais pas moi-même, ou je vivais une autre existence que celle que je croyais avoir toujours vécue. Lorsque je perçois à nouveau ma présence dans la pièce, emmitouflé au milieu de ces draps comme un animal apeuré, je sens à nouveau l’air froid qui entre par la fenêtre ouverte. Un songe. Rien de plus. Ou l’on ne sait plus vraiment qui l’on est, ou l’on ne voit pas les visages de nos amis, mais on sent quand même que l’on est en terrain connu. Un rêve se mélange tellement bien avec la réalité qu’il arrive qu’il devienne parfois un souvenir. Que vous croyez avoir vécu , qui semble réel sans l’être vraiment. Mais un songe qui n’a sans doute jamais de fin, puisqu’il en reste quelques bribes que l’on a ramené de l’autre côté : la brume qui perce la lumière du lampadaire, là, dehors. L’odeur de vide et de sueur qui emplit la pièce. Le calme serein d’une respiration, aussi infime que le tic-tac lancinant d’un réveil qui poignarde le silence de la nuit. Quelques mouvements : des bras et des jambes qui bougent et courent alors qu’ils sont immobiles. Le bruit du dossier du lit qui craque, alors qu’ailleurs il aurait pu être un plancher sur lequel on aurait doucement posé le pied pour ne réveiller personne. Je regarde vers le plafond blanc et nu. Rien n’a l’air de bouger, tout à l’air calme. Tout est si paisible, comme le serait un lever de soleil sur le monde de l’aube par un matin de printemps. J’ai encore peur des monstres sous mon lit. Demain, je dirais à maman qu’elle laisse la veilleuse allumée. Demain, peut être, je dormirais ailleurs, je n’arrive pas à me faire au silence accablant de cette chambre. Comme un calme olympien avant une tempête digne d’un châtiment divin. Mes yeux se ferment, certains que demain toute cette agitation de néant aura disparu, que cette heure creuse ou tout luit va partir pour laisser place à la lumière. Je m’abandonne à Morphée, qui, à nouveau, m’accueille tendrement.

 

Tu tombes brusquement du lit, et un sursaut te prend, alors que des perles de sueur te courent le long de l’échine, invisibles à ta terreur soudaine. Tu n’es plus dans l’endroit que tu voudrais être le tien. Le duvet est enroulé autour de tes jambes, mais tu sens la vieille odeur de poussière qui s’est infiltrée dans la moquette. Tu ne sais plus qui tu es, tu ne sais plus si tu vis encore ou non. Jusqu'à ce que ton corps lourd heurte le sol, cette fraction de seconde te paraît comme une éternité. Alors, ton cœur bat la chamade, tu réalises l’état dans lequel tu es, et tu reprends à nouveau confiance en toi. La pièce est vide, tout n’est que ténèbres. Alors tu te relèves, le palpitant encore fragile, les jambes encore flageolantes. Ou étais tu il y a deux minutes ? Dans un océan de nuages ? Au dessus des plus hautes sphères ou dans les profondeurs les plus abyssales de l’océan de tes terreurs ? Marchais-tu sur un sentier dont tu ignorais ou il te mènerait ? Oui, sans doute. Mais peu importe désormais. Ton ultime objectif, c’est d’y retourner. A moins que… à moins que tu ne rêves que tu sois tombé de ton lit. Les murs bougent. La pièce reprend la forme qu’elle a toujours eue. Le son t’envahit, comme un nourrisson qui sort du ventre de sa mère et entends ce vacarme assourdissant pour la première fois. Qui est tu réellement ? Tu l’ignores désormais, mais tu sens les vapeurs d’alcool te troubler l’esprit. Tu es par terre, immobile, comme sonné, et tu sais que le verre qui est par terre était le tien. C’était le verre de trop. Autour de toi, les regards se fixent quand d’autres convergents. Pendant un infime instant, tu es le centre de l’attraction. Une simple boite de nuit, un samedi soir, ou peut être un vendredi. Trou noir. Tout est flou, tu laisse les ténèbres de l’ivresse t’envahir. Ce soir, il n’y a pas de lendemains.


Il se penche un instant vers la fenêtre au dehors. Il croit avoir entendu quelque chose. Mais ce n’était qu’un chat qui miaulait dans la ruelle. Lorsqu’il est de retour, et qu’il tourne à nouveau la tête vers sa femme, il ne sait plus de quoi ils étaient en train de parler. Il est tard. L’encens posé sur l’étagère s’est presque entièrement consumé, mais son odeur ne s’est pas dissipée. Elle lui trouble l’esprit. Elena se tourne vers lui, lui tapote l’épaule alors qu’elle voit qu’il semble ailleurs. Il a réellement eu un moment d’absence, et alors qu’il en rit, il voit la colère dans les yeux de sa femme, qui se lève et s’en va. Pourquoi n’a-t-il pas réagi plus tôt ? A quoi était-il en train de penser ? A ce qu’il allait faire demain ? A la manière dont il allait lui raconter comment sa journée s’était passée ? C’était le même rituel tout les soirs, et pourtant tout semblait à chaque fois différent. C’est fou ce que la routine ne ressemble pas à ce qu’elle est lorsqu’on est pendu aux lèvres de quelqu’un goutant tout ses mots comme un festin, enivrés par les sons qui sortent de ses lèvres comme par un bon vin. Demain, ou peut être tout à l’heure, il ira sans doute s’excuser auprès d’elle. Comme il le fait toujours, et bien qu’il ne sache pas pourquoi. Il fallait attendre, il n’y avait que ça à faire. Attendre que tout redevienne comme avant.

 

Nous nous regardons dans le miroir, nous les sens de cet homme, remplis de larmes. Nous bougeons très vite, nous sentons la chaleur d’une angoisse inconnue. Nous sentons l’odeur de la peau dans la salle de bain, l’odeur du shampoing à la cannelle et du gel douche à la framboise. Nous touchons le rebord du lavabo, avachis que nous sommes par ces bras fragiles qui nous portent. Nous frissonnons alors que l’hiver s’annonce toujours plus rude : la nuit est déjà bien commencée, et dans quelques heures une nouvelle aube viendra. Nous n’avons pas choisi de subir l’affront de cette insomnie. Nous n’arrivons plus à suivre le rythme de son corps, ni de son cerveau. Nous sommes déréglés, comme déboussolés. Nous avons semble t’il perdus le nord, et nous désespérons d’un jour le retrouver. Mais ce n’est que passager. Tout cela est une décision qui ne nous appartient pas, elle appartient au destin.

 

Vous savez que vous devez vous souvenir de quelque chose, mais vous ne savez pas quoi. Vous avez oublié la fraîcheur de l’herbe sous vos pas. Vous avez oublié son sourire, mais vous savez encore que vous l’avez oublié. Et c’est peut être ce qui vous fait le plus souffrir.

 

Ils sont venus le voir, comme tous les dimanches. Ils font à nouveau les présentations.

Vous les verriez, vous ne le croiriez pas.

Nous ne connaissons pas ces visages, nous avons peur.

Il apprend que ce sont ses enfants, et un sourire illumine instantanément son visage.

Tu te souviens, papa ?

Demain, j’aurais tout oublié ; demain tout recommencera ; demain peut être l’on m’aidera à différencier le rêve de la réalité. Je ne sais plus qui croire, tout est comme flou dans ma tête, plus aucun visage ne m’est familier. Je redécouvre chaque jour l’histoire de ma vie, comme un enfant encore innocent et émerveillé par le conte qu’on lui racontait pour le border. Mais je ne suis qu’un pensionnaire de plus, un pensionnaire dont la mémoire se délite petit à petit, comme les morceaux d’un gigantesque puzzle que l’on retire un à un, avant de les ranger dans une boîte que l’on cache à tout jamais.

 

« Je voudrais perdre la mémoire, pour ne plus changer de trottoir quand je croise mes souvenirs. » Georges Moustaki.

 

 

http://www.artshout.net/data/images/2010/09/color-creative-ideas-design-illustration-brain-colorful-7c6fc3d21551e01f7804e2e675f2a63e-h.jpg

 

R.B

Le 05/06/2012


 



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Published by Rom - dans ImaginaRom
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