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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 13:47

 

On termine la semaine comme prévu avec une histoire qui me trottait depuis longtemps dans la tête. Elle est moins une fiction qu'une atmosphère qui me fascine et ne cessera certainement jamais de me hanter. Remontons le temps pendant quelques instants, et souvenez vous de ces instants si chers qui resteront à tout jamais dans les mémoires... 

 

http://iem42.wifeo.com/images/6/610/610px-Jack-o-Lantern_2003-10-31.jpg

 

Nous étions en octobre. Le ciel était déjà couvert depuis que les jours s'étaient raccourcis, et l'été indien était devenu éphémère, tel un voile de fumée qui se dissipe, poussé au suicide par le froid vent précoce de Novembre. On entendait craqueler les feuilles mortes sous le poids des chaussures des passants indisciplinés qui ne regardaient jamais ou ils marchaient. Le jour était grisonnant, comme la barbe des vieux jours d'un sage esseulé qui ne compte plus ses prières. Partout, l'air sentait la fuite. Celle des gens, celle du temps. Vers on ne savait quelle contrée lointaine, le monde avait besoin de s'échapper de cette atmosphère monotone. Il y avait certainement appuyé sur le banc du parc des vieux hommes qui se souviennent des anciens octobres, des odeurs qui embaumaient la rue joyeuse d'attaquer un nouvel automne, de voir l'éternel changement s'opérer à nouveau sous leurs yeux.


Nous étions la veille de la fête des morts, et toute l'Amérique était plongé dans cette ambiance enfantine et insouciante. Dehors, aux porches des pavillons éclairés, donnant à la tombée de la nuit une propension lugubre, trônaient déjà les premières citrouilles. Certaines au regards bienfaiteurs, d'autres diaboliques. Le parfum délicat de la soupe à la citrouille passait les portes et se retrouvait sur la petite route qui formait l'allée centrale de ce quartier tranquille, et allait se transformer en rêve dans les minuscules narines des enfants qui jouaient dehors, s'amusant à écraser des roues de leurs bicyclettes les vastes tas de feuilles que le jardinier des pâtés de maisons alentours s'était patiemment évertué à rassembler. Il n'était pas là aujourd'hui, mais nul doute qu'il y aurait des conséquences.


Dans tous les greniers nostalgiques d'une époque à jamais révolue trainaient encore les costumes et les sombres oripeaux légendaires, qui attendaient inlassablement une nouvelle heure de gloire, ou pendant quelques heures ils pourraient enfin se sentir vivants, porté par les airs, par un corps fier de les posséder. Plus les heures avancaient, plus la lune devenait haute dans le ciel, lorsque la nuit, tout droit échappée d'un pot d'encre de chine, s'installa aussi tendrement que l'on borde un enfant, comme elle aurait bordé le ciel de son croissant d'une tendresse aussi immense que ses deux extrémités pointues. On vit alors les parents sortir des maisons, et appeler leurs enfants respectifs à laisser là leurs activités et leurs jeux amicaux pour revenir à leur état originel, à la maison qui les avait vu naître et grandir. Certains visages étaient noués de déception, tandis que d'autres se réjouissaient déjà de la journée du lendemain qui s'annonçait longue et sucrée.


Pas pour tout le monde. Dans une des nombreuses bâtisses, les lumières chalereuses étaient éteintes. Seule celle de la lampe de chevet de la chambre à coucher diffusait un léger halo donnant sur le jardin de derrière, elle était donc à peine visible de certains voisins trop curieux, et dieu savait qu'il y en avait toujours. Dans cette maison, les jouets d'un petit garçon était toujours là, mais leurs âmes étaient bien seules. La chambre n'avait pas bougé, et elle ne bougerait certainement pas avant que l'oubli n'ait cédé sa place à la tristesse et à la colère. Car la vie du jeune Ethan avait été volée voilà maintenant presque un an jour pour jour, à deux heures près. Et la fête de tous les saints prenait alors une autre dimension. Lorsque la mère -qui se réveillait encore toutes les nuits croyant entendre les pleurs de son petit garçon alors que c'était ceux de son mari-se fut endormie, celui ci se leva brusquement en prenant tout de même soin de ne pas froisser les draps.

 

Il était plus décidé que jamais, et ce n'était pas le souffle glacial du vent balayant les feuilles multicolores le long de l'allée, formant un son ressemblant étrangement à un murmure, qui allait le dissuader d'atteindre son but. Il fila en toute hâte, après avoir enfilé les habits qui étaient posés sur la chaise, chercher le fusil, tout en haut, caché bien au dessus du buffet du salon, là ou il n'était accessible que par lui même. Il entendit dans sa poche la vibration de son portable. Alors il sut. Lorsqu'il referma presque tendrement la porte d'entrée, lourde d'un passé à jamais gravé, il vit alors ses compagnons, des bouteilles de Whisky à la main, buvant encore comme des trous du fin fond de leurs vieilles bagnoles pourries qu'ils retapaient chaque année, en souvenir du bon vieux temps ou ils avaient pilotés les meilleures voitures de collection de tout le comté. 

 

Ils lui disaient que cette nuit serait la bonne, qu'ils avaient trouvé l'endroit ou ce salop se terrait, et qu'ils allaient venger tout le mal qu'il avait fait, qu'il n'en ferait plus jamais à personne. Josh Terrance était un marginal, un homme d'une quarantaine d'année qui s'était installé depuis un peu plus d'un an. C'est là que les gens du quartier avaient commencé à avoir peur. C'est là qu'on avait enlevé à ce père de famille son Ethan, ce jour si fatidique. Il l'avait cherché, patiemment, il avait attendu jusqu'a ce soir précis, un an après la mort de son fils, pour que les souvenirs qui le rongent soient un peu moins lourds à porter. Pour une expédition punitive, ça allait en être une. Après tout, lorsque la justice devenait pitié et lorsque la pitié devenait prétexte à ne pas agir, il fallait bien rétablir sa propre justice, et l'idée qu'on s'en faisait ici, malgré toute la modernité qui entourait la ville et le temps présent, était quelque peu arriérée.

 

Ce soir là, ils y allèrent, une bonne dizaine de gars, éméchés qui se souvenaient du calvaire que leurs familles avaient vécu. Dans la nuit froide et tranquille, ils entrèrent dans la vieille maison qui était isolée de toutes les autres, sur une vieille route laissée à l'abandon tout comme le reste de l'imposante masure. Il était tranquillement en train de dormir, d'un sommeil enfantin sur la vieille carne qui lui servait de lit. Ils ne virent rien dans l'obscurité et la brume de l'alcool, mais ils purent tout de même distinguer sa forme. Lorsqu'ils le frappèrent, certains pleurèrent de dégoût, d'autres réclamèrent justice, d'autres encore se lamentaient de ce qu'il leur forçait à faire pour apaiser leurs âmes. Puis il repartirent chacun chez eux, chevauchant le désert d'une époque perdue du fond de leur buicks déjà salies et souillés par le sang d'un monstre. La nuit continua son long périple, elle amena un sommeil de plomb, et la carabine n'avait pas usée une seule balle, les coups avaient simplement suffi pour qu'ils puissent entendre la dernière exquise goutte d'agonie de l'incommensurable bourreau de leurs tristes existences. 

 

Mais ce jour là, le Halloween fut un des plus tragiques de tous. Josh Terrance était parti depuis maintenant deux semaines, il s'était exilé quand il avait vu ces regards vengeurs, quand il avait regardé son calendrier accroché à l'une des punaises de sa cuisine et qu'il avait vu que la date approchait et que quelque chose de mauvais se préparait pour lui. L'homme qui avait élu domicile dans la maison abandonnée était un sans domicile fixe qui avait trouvé refuge là depuis peu. A quelques jours prêts, il aurait eu la vie sauve. Ils ne sûrent que bien plus tard l'effroyable vérité, qu'ils s'étaient mis au même niveau que l'homme qu'ils croyaient avoir rossé. Qu'ils avaient été les bourreaux d'un esprit transi par le froid qui ne cherchait qu'un peu de chaleur discordante au fond de draps miteux qui n'avaient pas été changés depuis des mois. Sous les porches, les citrouilles semblaient les dévisager de leurs effroyables sourires malicieux, fières de la haine qu'elles avaient enfanté, et des légendes qui étaient soudain devenu réalité. Fières que les victimes se soient rendues coupables, sachant que rien ne pouvait détourner l'homme de sa laideur originelle, et que sa lignée se terminerait dans le sang comme elles dans le jus de citrouilles. Que comme elles, ces hommes n'étaient plus que des esprits vides, cherchant, hagards, un endroit ou s'accrocher, dans leur présent autant que dans leur avenir rongé par des souvenirs corrompus. 

 

Aujourd'hui encore, aux alentours de la ferme, on entendrait des rires d'enfants, jouant gaiment, courant dans les champs comme des oiseaux volages qui attendent le prochain printemps. Mais encore aujourd'hui, nous étions en octobre, et l'on entendait que leurs voix, les champs depuis longtemps abandonnés restant encore désespérément vides. Leurs murmures se perdaient parmis les feuilles mortes, aussi mortes que leurs âmes à jamais en repos. Et là, sur le bord de la fenêtre, une citrouille d'un orange vif semblait leur sourire de ses dents pointues et diaboliquement tordues. 

 

 

 



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Published by Rom - dans ImaginaRom
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commentaires

Josiane 14/10/2011 10:47



Domi t'a mis à l'honneur, donc je te dépose un coucou en passant!


Bien écrit!



Rom 14/10/2011 16:53



Même si ce n'est qu'en passant, le plaisir de ta visite reste pour moi durable ! ^^


Merci d'être passé par là, et pour avoir laissé un compliment qui me touche beaucoup ! :)



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