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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 15:27

L'histoire continue, remontant toujours plus loin dans la folle épopée de trois garçons en quête de réponses... 

 

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La machine infernale avançait à vive allure. Le ciel s’éclaircissait au fur et à mesure. Entre les collines qui bordaient Pennytown se dessinaient d’étranges fantômes  prisonniers d’une lande translucide. Des cris se faisaient entendre, au détour de quelques rails usés, comme des soubresauts d’un passé emprisonné dans un écrin de porcelaine. Max avait un secret. Un secret qu’il n’était pas encore prêt à dévoiler. Bien emprisonné dans une poche de son jean qui datait de la veille, un objet auquel il tenait tout particulièrement veillait sur lui, du moins le croyait-il. La petite montre à gousset, pour laquelle le temps n’avait plus aucun secret, restait là, immobile, prisonnière du bout de tissu infime qui lui servait de poche, et attendait son heure. Il la gardait comme une relique, un gri-gri, un porte-bonheur qui pouvait lui permettre, en un instant, ou peut être en un peu plus de temps, de surmonter tous les obstacles qui s’étendaient sur sa petite route. Mais la donne avait changé. La route, là haut, s’était transformée en rails. Et les rails s’étaient  élargis, là bas, vers l’infini du monde. Will était à présent assis sur un siège du wagon, réfléchissant à ce qu’ils venaient d’accomplir. Un méfait qu’aucun qualifierait d’insensé, d’impardonnable : la curiosité. Max, lui, réfléchissait, une main prisonnière de sa poche, tenant son objet fétiche comme un anneau précieux, remontant le temps par le simple pouvoir de sa mémoire sélective, et des quelques bribes d’histoires qu’on lui avait fournies de lui même.

 


Il fut une époque, pas si lointaine, ou Max n’était pas si glouton et potelé. Un temps ou il habitait un petit pavillon dans la banlieue de Gracetown, une ville voisine de la sienne, passablement similaire quoiqu’un peu plus lumineuse. Il apprenait à peine à découvrir son monde réduit, et ses parents étaient fiers de le voir évoluer dans le microcosme qu’ils avaient construit autour de lui. Son grand frère, un peu boudeur, et jaloux depuis des années de son arrivée tardive, faisait semblant de ne pas le voir, comme s’il n’avait été qu’une infinie goutte de rosée dans la danse tremblante et redondante du matin naissant. Max était né avec une minceur singulière. Au tout début, ses parents n’arrivaient même pas à le faire manger. Il pleurait toujours lorsqu’un biberon se présentait devant ses lèvres asséchées. Il avait une anomalie de l’estomac qui faisait qu’il ne mangeait presque rien pendant les 5 interminables premières années de son existence. Et puis un jour, tout a changé. Un jour, Max et ses parents ont décidé de tout quitter, lorsqu’ils ont appris l’effroyable cauchemar qui s’était déroulé dans la maison qu’ils habitaient. Une sombre affaire de squat, ancien lieu de villégiature d’une sombre bande de tueurs satanistes, qui avaient choisi volontairement l’endroit pour son étrange disposition architecturale. Au début, les petites marques présentes sous le papier peint n’avaient pas gêné, les étranges découvertes dans la cabane du jardin d’en face n’avaient alerté personne. Et puis, au fil des heures, des jours, des semaines, des mois, des années, le mystère qui s’épaississait s’était enfin levé.

 


La fameuse secte se faisait appeler la confrérie du pentacle, elle comprenait environ une trentaine de membres, qui évoluaient en grade en saccageant et cambriolant les maisons, et en omettant de dire aux autorités locales la provenance de leur financement qui ne passait plus que par des larcins, parfois sommaires, parfois bien plus élaborés. La confrérie du pentacle était dirigé par un étrange homme aux tatouages envahissants, que l’on appelait « l’homme illustre », en référence à sa toute puissance de l’époque comme aux illustrations qui envahissaient chaque pore de sa peau, chacune semblant raconter une histoire différente. Il se prénommait en réalité Spencer, mais tout le monde l’appelait par son surnom d’usage. C’était en fait un ancien repris de justice, condamné pour plusieurs vols à l’arrachée, dont certains sous la menace d’une arme. Sa secte avait commencé à faire parler d’elle dans les murs de la prison dans laquelle il avait passé quelques années. Dans l’ombre de ses couloirs ou la folie devient le moteur de l’existence, dans le vide de ces cellules minuscules ou la torture de l’esprit remplace son développement, il avait en secret engagé des partisans, qui n’avaient plus rien d’autre que sa théorie futile à laquelle s’accrocher. Celle qui disait que le comté était dirigé par des forces occultes qui envahissaient chaque recoin de leur monde, et que cela durait depuis des millénaires, qu’il fallait en finir avant qu’ils n’envahissent leur âme toute entière. Un ancien cambrioleur, un violeur de petites filles, un tueur de vieilles dames, et même une veuve noire –ces femmes qui, par simple cupidité, cumulent les mariages et les enterrements étranges, habillés en veuves mais portant le lourd secret de l’avarice- qui venait d’un autre état, emprisonnée ici par choix. Il avait réussi à recruter une dizaine de personne, et avaient commandité avec eux une évasion, en plein cœur d’une nuit froide et sans étoiles.  La petite bande de criminels avait longtemps survécu, vagabondant parmi les champs aux cultures hautes, se frayant un chemin sous les ponts de pierres anonymes, nageant dans les eaux troubles des rivières cachées, mangeant à leur faim, en volant dans les masures et autres fermes de la région. Tout le comté de Gracetown étant une région très agricole, il n’était pas trop difficile de trouver de quoi se sustenter. Lorsque l’hiver commença à pointer le bout de ses flocons, il fallut bien trouver un endroit ou s’abriter du froid.

 

 

C’est ainsi qu’ils prirent possession de cette maison, entièrement neuve mais jamais vraiment finie, qui avait presque failli appartenir à un couple de propriétaires récemment fortunés, qui avaient trouvé de quoi dépenser leurs gains aux jeux entre ces 4 murs qui promettaient un jolie paradis une fois quelques transformations faites. La construction ne s’était jamais terminée, le propriétaire immobilier avait fait faillite et la maison était désormais prisonnière du vide, n’appartenant plus qu’à quelques squatteurs de passage. Et désormais à la secte naissante. Nouvellement riches de leurs larcins, les membres commencèrent à faire parler deux aux alentours. Voyant là qu’ils risquaient d’être découverts, ils changèrent régulièrement d’apparence. Spencer avait, et c’était très étonnant, gardé un ancien contact dans la police de la ville, un ami à lui qui avait fait plusieurs cambriolages en sa compagnie dans une lointaine jeunesse, et qui ironiquement s’était retrouvé à porter une insigne et à évoluer dans un système qu’il détestait profondément. Lorsque le policier rejoignit la secte, elle ne lui demanda rien en échange, hormis d’assurer leurs arrières si jamais ils étaient démasqués. C’était un âge de corruption, un âge un peu plus ancien, en plein cœur d’une petite ville de campagne, que celui des grandes métropoles qui couraient déjà vers l progrès et la consommation à très grande échelle. Les membres de l’organisation s’étaient étendus, ils ont atteint leur apogée lorsqu’on retrouvait des bêtes éventrées dans les étals des fermes voisines, d’étranges inscriptions sur les arbres des forêts alentours.

 

 

Un jour, bien sûr, plusieurs semaines après et alors que la police était sur le pied de guerre, devant tant de pression populaire pour régler ce problème qui gangrénait leur bien être quotidien, les choses ont dû bouger d’elles mêmes. Le policier membre de la secte, devant l’insistance de ses supérieurs, changea de nouveau de camp. Il allait faire croire à Spencer qu’il était toujours de son bord, infiltrer dans sa bande quelques nouvelles recrues, et enfin les avoir tous un par un pour les remettre en prison tous le restant de leur jour. Par un beau jour de printemps, il entra dans le bâtiment, croyant y trouver l’ensemble de la nouvelle fratrie. Mais ils avaient tous disparus, tout le monde s’était volatilisé, comme si toute cette folie, hormis les quelques traces physiques qu’elle avait laissé, n’avait jamais véritablement existé. Des patrouilles entamèrent des recherches pour retrouver les fugitifs, mais, tels des ectoplasmes insaisissables, ils avaient, selon toute vraisemblance, disparu du monde réel. Peut être avaient ils été happés par les enfers qu’ils adoraient temps. Peut être avaient ils senti le vent tourner, et avaient décidé de fuir à l’aube, avant qu’on ne leur tombe dessus. On n’entendit plus jamais parler de la confrérie du pentacle dans le comté de Gracetown, ni, à la connaissance de chacun, aucun autre comté d’ailleurs. Ils disparurent dans les méandres des affaires irrésolues et classées sans suite des forces de l’ordre, et le calme revint peu à peu dans la ville. Les promoteurs immobiliers, après la crise des années 80, vinrent de nouveau s’installer en ville et construisirent des agences pour tenter de relancer un marché qui allait peu à peu devenir florissant dans le monde rural.

 

 

C’est alors qu’un jeune couple eût pour projet de venir s’installer dans leur propre petit pavillon, alors même que la jeune femme avait très à coeur de devenir mère. Ils allaient devenir un couple influent dans la région, l’un étant un homme politique de second plan, mais tout de même assez influent, l’autre étant une infirmière en chef très réputée dans son secteur. Ils restèrent un peu plus de 5 ans à Gracetown, dans cette maison vendue comme une « authentique merveille de la nouvelle architecture ». Jusqu'à ce qu’ils comprennent qu’élever son enfant dans ce milieu si sombre et si glauque n’allait pas leur apporter un environnement suffisamment sain pour son futur. Enfin, le couple et le tout jeune enfant mirent un jour les pieds à Pennytown. A partir du moment où ils quittèrent les murs de leur ancienne demeure, tout changea. Le petit Max fêta ses 6 ans dans sa nouvelle maison, et commença à dévorer tout ce qui lui passait sous la main, et à reprendre une seconde assiette presque à tous les repas, au plus grand étonnement de ses parents. Et après quelques années de prospérité, après quelques noël joyeux, après quelques étés heureux et insouciants, voilà où il en était : prisonnier, avec ses deux seuls amis, d’un endroit qu’il redoutait plus que tout au monde, parce qu’il ne lui inspirait rien de plus familier que la peur.

 

 

Soudain, alors qu’il tournait déjà à vive allure, le train s’arrêta. Tous trois en furent surpris, eux qui s’attendaient à faire face à un voyage sans fin. Loin devant, à quelques centaines de mètres déjà, puis à moins de 800 mètres, puis à quelques mètres d’eux, la machine à l’arrêt, se dessinait une nouvelle gare vide. Un endroit familier pour Max. il s’agissait de la grande gare de Pennytown, construite après son départ, et dans laquelle il aimait toujours venir farfouiller, avec ses parents, là ou se tenait un petit brocanteur sur le déclin mais qui possédait des merveilles, soit de valeur inestimables, soit qui ne valaient pas un clou, mais qui possédaient toutefois un cachet indiscutable de vieillerie à valeur plus sentimentale que pécuniaire. Ils entendirent les pas du conducteur se ruer au dehors, sur les graviers, et crier : « Gracetown, 5 minutes d’arrêt ».

Ils entendirent d’autres pas, plus soutenus et plus caverneux, se diriger droit vers eux. En un éclair, sans réfléchir, ils se cachèrent sous les banquettes vieillies et rongées par la poussière. Ils ne purent que l’entrevoir, mais furent encore une fois étonnés par l’immensité de l’homme à la capuche sombre. Il avait une stature digne de celle d’un personnage de la haute noblesse. Cependant, il paraissait torturé, rongé par un vice qu’il gardait caché au fond de sa boîte à souvenir, qui, à en juger par sa voix toussoteuse, devait être sans fond.

 

-       Allons bon, Valmont, allez donc dire aux domestiques qu’ils veuillent bien fournir d’autre mets. Nous ne sommes plus tout à fait seuls ce soir.

 -       Mais, monseigneur, souhaitez vous vous charger de cette tâche vous même ? Cela représente un bien lourd fardeau, à votre âge.

 -       Ne m’insulte pas, être difforme ! Je suis encore bien assez jeune pour m’occuper des choses importantes. Et celle ci en est une. Va, maintenant, je dois accueillir mes éventuels nouveaux invités comme il se doit.

 


Dans l’étendue des rues vides, au delà des lampadaires crasseux, dans l’heure la plus froide de la nuit, des formes fugitives, comme des être filandreux sortant tout droit d’un canevas poussiéreux, descendaient les rues en contrebas en se dirigeant vers la gare. On ne les voyait guère que quelques dixièmes de secondes, mais assez pour savoir qu’ils étaient bien là. Le train des âmes perdues continuait sa moisson d’âmes, inlassable rituel millénaire, pour les conduire vers un ailleurs qui deviendrait leur diabolique paradis.

 

 

`


 

 

RBéteille

LE  11/09/2013

 

 

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Published by Rom - dans ImaginaRom
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commentaires

fanfanchatblanc 15/09/2013 10:52


"Le train des âmes perdues" voilà qui excite ma curiosité.. 


Bon dimanche Rom.

Rom 25/09/2013 11:15



Merci à toi pour ce commentaire, et à bientôt ! 



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