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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 12:14

L'aventure continue ! Et il est temps pour nous tous d'enfin comprendre une partie du but de ce voyage. Attention, chapitre révélations ! 

 

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Il essayait de se persuader que ses trois garnements n’étaient partis que pour quelques instants. Qu’il ne fallait que quelques minutes avant qu’ils ne reviennent, chacun dans leur maison respective, effrayés par l’inconnu et le mystère du monde extérieur. Mais, en son for intérieur, et depuis toujours, il savait que ce temps là était bel et bien révolu depuis longtemps. Il les avait vus grandir, se transformer, pour ne plus jamais avoir à affronter le monde de l’éternelle jeunesse. Tandis que le vent changeait, qu’il semblait lui renvoyer en pleine face les souvenirs de sa propre enfance heureuse à Pennytown, à courir dans les champs de blé qui le rendaient invisible pendant un instant, il se rappelait de la beauté de sa propre innocence, et ne cessait de regarder en arrière pour savoir à quel moment il aurait pu la rattraper. Mais sa jeunesse, comme celle des autres, s’était bel et bien enfuie à jamais, et quelques pleurs aux moments les plus critiques venaient sans cesse le lui rappeler. Sa femme et son fils sortirent sur le perron. Ils le trouvèrent là, assis sur le rebord de l’escalier de l’entrée, frissonnant, ses cheveux battant la mesure d’une bourrasque soudaine et rebelle.

-       Ne t’inquiètes pas, dit le père de Max. Ils vont revenir. Ils n’en ont que pour un instant. La maison leur manquera. J’en suis sûr. Ils reviendront, comme ils le font toujours.

 

La machinerie était en place, les wagons, plongés dans les ténèbres de la folie, avançaient, tentant de battre les vents à leur propre jeu. William, Max, Bob. Tous trois le savaient, ils étaient partis pour bien plus longtemps que prévu. Edgar Allan Poe se tenait là, dans le wagon de tête. La démarche quasiment silencieuse, l’œil furtif, il semblait comme hypnotisé par une respiration qu’il n’avait pas l’habitude d’entendre. Quelque chose qu’il n’avait vraiment traité comme elle le méritait dans ses livres, mais à laquelle il avait tenté de s’accrocher jusqu’aux derniers instants : la vie. Elle était là, quelque part, et rien n’aurait pu le détourner de ce sentiment. Les autres, trop accaparés par eux-mêmes et par le trajet qui semblait déjà sans fin, étaient retournés à leurs tables respectives. Mais Poe était resté accroché à cette sensation qui, même après des années d’errance, ne le trompait jamais. Il y avait des passagers clandestins à bord de ce train.

 

-       Montrez vous, qui que vous soyez ! Montrez  vous, ou je lance toutes les furies des enfers contre vous, elles m’apporteront vos têtes comme des trophées.

 -       Non, s’il vous plaît, je tiens à ma tête ! cria Max, à la plus grande stupéfaction des deux autres.

 Leur couverture était grillée. S’ils en avaient jamais eu une. Max s’avança vers Poe, le cœur et le corps tremblants, le visage pâle et émacié de tâches de terreur. Il était le plus jeune, certes, mais pas le moins courageux.

-       Eh bien, jeune homme, que faites vous prisonnier de la noirceur de ces wagons poussiéreux ? Si je ne voyais pas si clair en vous, je dirais que vous vous êtes invités personnellement à notre petit… voyage annuel, n’est ce pas ?

 -       Alors vous êtes… vraiment… monsieur Poe ?

 -       Oh, je vois que tu connais mon nom jeune ami. Aurais je survécu au passage des siècles ?

 -       Vous plaisantez ? Je suis archi-fan de ce que vous faites ! Je vous lis presque tous les jours ! se lança à son tour Bob, plus sûr de lui-même.

 -       Et voilà qu’un nouveau passager montre sa jeune et fougueuse figure. Pardonne moi, mon jeune ami, mais je ne puis connaître la signification de ce mot… fan ?

 -       Oh, eh bien ça veut dire que j’apprécies beaucoup ce que vous avez fait pour le monde de la littérature, monsieur Poe. Vous êtes un modèle pour beaucoup de gens à travers le monde, un symbole.

 -       Tiens donc ! Cela fait bien des décennies que le monde n’a plus aucun contact avec moi. Nous, les écrivains disparus, sommes habitués à voyager seuls.

 -       Monsieur Poe, quel est le but de ce voyage ? demanda William, qui avait enfin décidé de sortir du silence.

-       Eh bien, que voilà donc. Un trio de compagnons courageux. Y’a t’il d’autres chérubins perdus qui, par hasard, vous accompagneraient ?

-       Non, monsieur, il n’y a que nous trois.

-       Tu me demandais, je crois, le but de ce voyage. Eh bien, toutes ces âmes errantes cherchent le repos. Mais la créature a dépassé le créateur. C’est ainsi que, chaque décennie, nous nous rendons dans le monde des ombres et combattons notre propre démon, celui que nous avons crée dans l’encre de la passion et de la souffrance, pour un jour espérer passer enfin de l’autre côté. Mais chaque fois, un obstacle se dresse sur notre route. Ces créatures sont trop fortes pour pouvoir être vaincues par nos mains poussiéreuses. Nous sommes lucides autant que nous sommes translucides.

-       Alors chaque… auteur doit combattre sa propre création ? Mais pourquoi ?

-       Pour ne pas que le monde ait un jour à connaître l’époque ou elles seront libérées, ou elles erreront dans cet univers, dévorant tout ce qui leur passera sous la main, voyons. Pourquoi crois tu que vos rêves sont si paisibles, depuis votre naissance ? Pourquoi crois tu que les cauchemars ne se matérialisent jamais ? Parce qu’ils sont prisonniers des limbes, des songes enfouis, que nous essayons à tout prix de garder prisonniers ! Mais, pauvre de nous, nous ne parvenons jamais à les vaincre. Jamais par nous même, en tout cas. Depuis un siècle, maintenant, nous avons enfin réussi à découvrir comment les combattre sans nous sacrifier pour cela. Ce train… il est notre purgatoire, notre rédemption, notre machine de mort des cauchemars assassins. Mais tous les dix ans, ils reviennent, ils tentent de forcer le passage vers votre monde. Ce serait une catastrophe s’ils parvenaient à s’enfuir de leurs geôles de verre. Le monstre du docteur Frankenstein, Dracula le vampire des ténèbres, le monstre de Moby Dick, le mythique destructeur de mondes, Ctulluh (oh, lui, il nous donne du fil à retordre…), Mister Hyde, le terrifiant Dorian Gray, et ce maudit corbeau ! Tous sont nos propres créations, mais ils ont dépassé nos ambitions les plus folles. Ils sont devenus immortels ! Et tant qu’ils ne seront pas détruits une bonne fois pour toute, nous ne trouverons jamais le repos. Oups… Je crois bien avoir un peu trop abusé de l'hydromel... une boisson du diable, n'en consommez jamais ! Je dois vous quitter, les enfants, restez là en attendant le prochain arrêt du train. Mais par pitié, descendez en une bonne fois pour toutes, que vous n’ayez jamais à affronter ces visions si… terrifiantes qu’elles ont fait de nous bien pire que des morts… Des damnés ! Je dois rejoindre les autres, sinon ils vont se demander ou je suis passé. Prenez garde, chérubins et adolescents en mal d’aventure, il se pourrait bien que celle ci soit la dernière…

 

Encore abasourdis par ce qu’ils n’osaient croire quelques minutes auparavant, les trois garçons ne savaient que décider. Ecouter leurs désirs les plus profonds, ou les battements de leurs cœurs qui s’accéléraient et menaçaient de se rompre ? Ils étaient confrontés au pire choix de leur existence : choisir, laquelle des deux, entre l’envie et la raison, allait avoir leurs faveurs. Dehors, le vent d'un monde invisible et secret redoublait de fureur. 

 

 

 

R.B

Le 11/10/2013


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Published by Rom - dans ImaginaRom
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