Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 16:01

 http://pierrot-le-zygo.midiblogs.com/images/medium_Act_20Against_20Aids_20_Protect_20Youreself_20UT_.jpg


38


Une heure, un jour, une éternité. Parfois, un simple instant peut durer l’une de ces trois unités de temps. Paradoxalement, les moments que vous chérissez sont les plus brefs, et ceux que vous voudriez oublier semblent durer une éternité, avec le recul nécessaire pour s’en souvenir. Ainsi, la route jusque chez ma mère me parut extrêmement brève, tandis que la journée que je passais chez elle me poussait à en compter les secondes. Je devais écouter son feuilleton, même si elle-même ne le faisait pas, trop occupée qu’elle était à me raconter l’intrigue des épisodes précédents que je trouvais de plus en plus affligeante au fur et à mesure que j’en apprenais. Quand on pense que l’argent de la redevance part en partie là-dedans, ça pousse à réflexion.


Prétextant un appel urgent, je sortais un moment. Je la vis en face, dans la rue, en train de marcher face à moi. Elle ne parut pas surprise, n’accéléra pas l’allure. Pourtant, elle fut obligé de faire un détour et de se planter devant moi comme un piquet. J’allumais une cigarette.

 

-          Tu veux une cigarette ? Ne m’en veux pas si je ne t’en donne pas, la dernière que j’ai donné m’a valu une déception.

 -          Je suis désolée… j’avais peut être juste peur de m’engager. J’ai été trop dure avec toi, et je n’en pensais presque pas un mot.

 -          On dit que le hasard fait bien les choses. Mais on a tort : il faut que je revienne ici pour entendre ça, alors qu’un coup de fil aurait suffi.

 -          Je ne suis pas de celles qui s’épanchent au téléphone. Je suis plus sereine quand la personne est en face de moi.

 -          J’aurais bien aimé, mais tu étais trop occupé à entretenir ton taxi.

-          J’ai menti. Je ne comprends pas comment tu ne t’en es pas douté.

 -          Peut être parce que tu n’étais pas mon centre de réflexion à ce moment là.

 -          Et si on recommençait tout depuis le début ?


Le temps est disproportionné, mais nous en sommes les seuls tributaires. La SNCF n’est pas la seule à le gérer très mal : nous le faisons aussi à notre manière.

 


http://b.imdoc.fr/1/divers/humour-noir/photo/1571422157/17666729fe/humour-noir-inteligence-fille-img.jpg

 

39


J’ai poussé la porte qu’elle me tendait. Son intérieur semblait austère. Ca sentait un peu le renfermé là-dedans. C’est là que je me suis aperçu que je ne connaissais absolument rien d’elle. Nous étions un peu perdus dans nos propres sentiments l’un vers l’autre. Chacun se braquait et s’en tenait à sa version. Chaque alibi avait sa part de vérité et sa part de mensonge. Elle me fit assoir à une table ou je posais mes mains sur une nappe que n’auraient pas reniée les larbins de Valérie Damidot. Les stores de la fenêtre de la cuisine étaient baissés, laissant apparaître des ombres qui n’avaient pas besoin d’être étirées.


On but un café, en silence, en se regardant dans le blanc des yeux. Pourtant, cette absence de conversation ne nous gênait en aucune manière, on aurait même pu se comprendre sans faire aucun geste, sans que notre corps n’émette aucun son. Mon cœur était chaud et mes mains étaient glacées. Je n’avais semble t’il plus aucun point de repère. Nous regardions pourtant tous deux dans la même direction, attirée par l’extérieur, comme étouffés par ces murs trop étroits pour deux éternels négationnistes.


On a passé encore quelques heures, les langues se sont déliées. Chacun a parlé de soi, dans son coin, se souvenant de ses propres anecdotes, les triant sur le volet pour tenter de faire rire l’autre un maximum. Les points communs et l’ambiance se chargèrent du reste. Chacun pour soi pour l’autre, jusqu'à ce que les baisers transforment les « je » en « nous », et que la folie d’un instant file à la vitesse de la lumière, provoquant une friction brulante sur nos lèvres.


Pour la première fois de mon existence, j’étais fier que le temps s’allonge, et l’idée que cet instant dure toujours en échange de ma vieillesse ne me paraissait plus si folle. Le monde pouvait s’écrouler. La population pouvait mourir, un tsunami pouvait ravager autant qu’il voulait notre belle planète. On pouvait s’autodétruire et ruiner notre culture avec de la musique idiote, des films commerciaux et des reboot de franchise à deux balles. On pouvait élire le pire des connards de la planète président. Ca ne m’aurait pas empêché de vouloir vivre cet instant, de la sentir dans mes tripes comme un appel au calme. Sonnez le toxin, phéromones, le mâle veut s’accoupler avec la femelle !

 

 

http://chantouvivelavie.c.h.pic.centerblog.net/o/60586102.jpg

 

40


Je partis de chez ma mère le sourire aux lèvres ce soir là, et elle devina que quelque chose ne tournait pas rond. Elle connaissait son « merdeux » par cœur. Pourtant, elle ne fut jamais sur la bonne piste. 2 Jours plus tard, on m’annonçait son décès. La suite immédiate, vous la connaissez sûrement déjà. Mais tout cela m’avait fait oublier cette session, dans cette maison vide. On m’avait fait oublier mon envie, mon dégoût de l’injustice et mes hurlements à la face toute entière de l’humanité. Chaque jour un peu plus, on s’habitue aux autres. A leurs problèmes, à leur réaction.


Mais que personne ne vienne me dire que l’on s’habitue à soi même. Nous sommes cachés derrière le masque de la vertu, tous autant que nous sommes, et voulons paraître meilleurs que nous ne sommes aux yeux des gens. J’avais 30 ans, j’étais encore jeune. Et bien que tout me révoltait encore d’une certaine manière, j’avais toute une vie devant moi pour voir ce qui allait découler de tout cela. Je dois dire que cela me réjouissait vraiment, et cette idée me surprit même un moment. Les années qui m’attendaient reflèteraient sûrement la manière dont je me suis comporté dans celles d’avant. Et ce n’était rien d’autre que de la prétention de croire en un avenir radieux. Un espoir qui, certes, guide chacun d’entre nous. Mais une prétention quand même. De celles que nous ne voyons pas, qui nous suit comme une ombre. A juste titre puisque c’est la nôtre. Elle se déforme, elle s’allonge, se rétrécit et disparaît lorsque viennent les ténèbres.


C’est une prétention de tous les jours. Nous l’utilisons lorsque nous payons à la caisse d’un supermarché, avons une conversation d’usage avec une personne que nous connaissons à peine. Nous sommes ce que nous choisissons d’être, et nos choix sont motivés par ce que les autres pensent de nous. Pourtant, ce recentrement sur soi-même est permanent, et forcément nécessaire à notre survie. C’est ce qui nous permet de signer nos papiers, de régler nos dettes, de marcher dans la rue d’un air serein. C’est ce qui fait le sel de notre existence, et de tout un chacun, un être unique qui se fond pourtant dans la masse. Le grain de sucre qui ne veut pas fondre dans le café noir et brûlant du quotidien.


 Vivre pour une seule réalité : la nôtre, celle que l’on se forge, la prétention ordinaire.

 

FIN ?

 

R.B


Partager cet article

Repost 0
Published by Rom - dans ImaginaRom
commenter cet article

commentaires

antonio 28/11/2011 03:24


Bonsoir Rom


en permanence nous nous confrontons au temps, non pas celui de la montre, mais le temps de notre propre perception des événements: plus l'événement est gratifiant pour notre propre ego, plus il
nous parait court; plus notre ego est mis a rude épreuve plus l'instant parait s'allonger jusqu'à l'éternité!


Bonne journée


Antonio

Rom 28/11/2011 15:16



Très juste. Merci 


Bon début de semaine


 



Tmor 27/11/2011 16:17


Le ton est juste, sobre, fin. J'aime beaucoup cet éloge du silence dans ce moment fort. Merci. La fin d'une chose sera peut-être le début d'une autre... Bonne suite alors !

Rom 27/11/2011 17:20



Comme tu l'as deviné, ce n'est pas terminé. Je cherches juste un twist pour renouveler un peu la sauce... ^^


Ravi que ça te plaise, bonne fin de weekend à toi et merci de ton passage



Romworld

  • : RomWorld
  • RomWorld
  • : Un blog foufou, ou traîne un peu de tout. Des chansons, des articles, des histoires et pas mal de bonne humeur ! Le seul Rom qui est autorisé dans les pages de Valeurs Actuelles !
  • Contact

Rom World

 

Rom fait sa rentrée ! 

Retrouvez moi dans le nouvel annuaire !

Les Vieux De La Vieille

Texte Libre