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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 18:47

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7

Aujourd’hui a été rebaptisé dans mon calendrier interne le « jour du suicide ». Ca faisait un petit moment que ça couvait, et l’indifférence poussant à l’ignorance concernant le regard des autres ; pour le dépressif, l’ignorance conduit au désespoir et le désespoir conduit à se remémorer comment est mort Mike Brant et à vouloir à tout prix refaire pareil. Et encore, si tu as de la moule, c’est la mort direct. Si tu en as moins, soit tu peux survivre avec beaucoup de séquelles et alors ta vie sera pire qu’avant, soit tu peux refuser de sauter alors que des gens te regardent en bas en attendant le clou du spectacle, et tu passes alors pour un lâche devant tout une communauté, ce dont tu auras d’autant plus de mal à te remettre, même si pour le coup les séquelles seront plus morales que physiques.


La mort n’est pas si jolie que ça quand elle est provoquée. Il faut tout un tas de facteurs pour la déclencher, et le temps que l’idée germe, une mort ne sert à rien puisque des nouveaux nés sont enregistrés chaque jour et diffusés dans la rubrique naissance du journal. Les bébés, ça fait sourire. Les soucis, ça fait mourir. De la part un paradoxe : est ce qu’on doit faire de l’info avec des choses heureuses et dire que tout va bien au pays de Candy pour faire baisser les statistiques de suicide à France Télécom , ou est-ce qu’on informe pour dénoncer les injustices et rappeler aux tyrans que nous n’acceptons pas leurs lois personnelles ? La question existentielle des journalistes comme moi, qui existe sans doute depuis qu’on a inventé la nouvelle.  Le premier jour, celui ou je suis arrivé dans ma toute première rédaction, fut inoubliable.


Je me rappelle encore que Thierry, mon rédacteur en chef, se curait le nez tout en buvant son café de l’autre main, et je me souviens d’avoir pensé que c’était un gros dégueulasse, jusqu'à ce que je m’aperçoive qu’il m’arrivait souvent de faire pareil, et de réfuter cette idée en aussi élégamment qu’un mioche ravale sa morve. Je vivais dans une mer de complétude, et croyais que cette belle situation durerait toute une vie, qu’on allait toujours m’envoyer faire des petits reportages, des courtes brèves, et que ma vie serait aussi tranquille que ça pendant encore un bon moment.


Mais il existe chez les patrons un langage barbare qui vous pousse toujours à dépasser vos propres capacités : le mien se nommait perspectives d’évolutions. Je n’ai jamais été particulièrement audacieux, et cette idée me révulsait en fait plus qu’autre chose. A quoi bon se dépasser et être grand reporter quand vous voulez juste vous occuper du vieux qui s’est fait écraser sur la nationale 7 à Quimper ? La hiérarchie de l’info est certes importante, mais tous ceux qui voient le métier de l’extérieur s’imaginent que je vais me transformer en PPDA ou en rédacteur en chef du Times. Histoire de « Réussir là ou certains ont échoué ».


Je veux bien croire que mon métier en fasse rêver certains, mais de là à me mettre la pression… Des fois je voudrais me retirer dans un bled paumé et écrire pendant le restant de mes jours. Et  ne rien montrer à personne. Après tout, on s’en fout, si ça me plaît à moi, c’est l’essentiel. Vous commencez à me trouver étrange ? Attendez, ce n’est qu’un début. Je peux être aussi vif qu’un chorizo extra fort, et aussi mou qu’une saucisse de Strasbourg sous cellophane. C’est un talent que beaucoup m’envient. Pourtant, je n’ai pas l’orgueil de me considérer comme exceptionnel. Certains, par contre, ont la bonté de penser ça de moi. Douche froide.

 

 

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8

Mon voisin s’appelle Robert. Enfin, s’appelait. Mais n’allons pas trop vite, au risque de déclencher la polémique. Cet homme avait 35 ans, et comme tous les hommes de 35 ans il avait désespérément besoin de s’affirmer. Problème, il avait autant de charisme qu’une plaque de beurre. D’une mollesse extrême, on l’aurait cru éternellement à deux de tension. Si bien que lorsqu’il frappait aux portes pour demander quelque chose, ce qui arrivait occasionnellement quand il n’avait « pas le temps » d’aller faire les courses, je m’arrangeais pour ne pas être là. Il me disait toujours bonjour quand il me voyait, et je ne pouvais pas lui refuser une certaine politesse.


Jusqu’au jour ou il était à la terrasse d’un café tout près du sentier, quartier ou j’avais l’habitude de me promener un dimanche. Il était avec des amis, aussi mous que lui, et ils conversaient en langage mou d’une actualité molle. Lorsqu’il m’accosta, je ne me retournais pas, du moins au début. Devant son insistance, et en entendant l’éloge qu’il faisait de moi (« C’est mon voisin, il est super sympa »-et ce, beaucoup plus lentement que la manière dont vous venez de le lire), je ne pus m’empêcher de m’arrêter pour le saluer brièvement.

 

-          Hey. Désolé, mais je ne peux pas rester, j’ai du boulot qui m’attends.

 -          Un dimanche ? Tu te moques de moi ? Je sais que le dimanche tu végètes. Viens t’assoir avec nous, ton premier pot est pour moi.


Je m’asseyais ma foi assez mollement, aussi mollement que les autres me regardaient en me considérant comme leur futur probable nouvel ami. Je trouvais ça très drôle, car personnellement je savais que jamais je ne me lirais à ce genre d’individu, qui consommaient à eux 5 probablement autant de came que Bob Marley dans ses meilleurs jours (ce qui représente un sacré pactole, je vous prie de me croire). Dans le lot, il y en avait un qui avait les cheveux aussi roux de ceux de Régine, sans, heureusement, avoir son âge. Je considérais Robert, un nom qu’il portait bien mal en cette époque moderne.


Pourtant, on ne pouvait s’empêcher de voir en lui le beauf parfait. Il avait cette espèce de coiffure fait à la va-vite, avec cette calvitie précoce, signe de soucis et de stress permanent. Arrêtant un instant de dévisager tous ces ploucs, et essayant de rester le plus neutre possible, j’entrepris une tentative d’intégration sociale, et préparait déjà à rabaisser mon niveau de conversation.

 -          Vous avez vu Lille ? Ils se sont fait déchirer par Paris, ils ont rien vu venir ! ; fit Robert dans une tentative de vanne que je jugeais désespérante.

 -          Ouais, on leur a mis la pâtée. Que voulez vous, on possède une bonne équipe ou alors on a des tafioles ; dit l’autre aux cheveux rouges, qui devait sûrement être gay lui-même, à en juger par ses manières efféminées.

 -          L’action du gardien à la deuxième minute de la seconde mi-temps était…

 -          Oh, j’aurais bien voulu voir ça. J’étais cantonné au traditionnel repas de famille, avec la femme et les gosses ! Je ne te dis pas la corvée !

 -          Désolé, mais j’ai du poulet qui m’attends dans le frigidaire.


C’est sans doute l’excuse la plus bidon dans tout l’histoire des excuses, et il a fallu que ce soit moi qui la sorte, alors que des gars sans prétention et d’une effarante simplicité étaient tranquillement en train de parler foot, sans rien demander à personne. Autant dire que ma pathétique histoire de frigo avait jeté un froid.

 

 

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9

Quelques heures plus tard, alors que j’étais encore en train de ruminer sur cet abruti aux cheveux rouges qui se croyait malin, tout en me disant que je ne devrais pas penser ce genre de chose, on frappa à ma porte. Comme j’avais besoin de me faire pardonner de je ne savais quoi, et qu’un certain sentiment de culpabilité me gagnait sans que je sache vraiment d’où il provenait, j’allais ouvrir, aussi déterminé que l’œuf dans le cul d’une poule qui voudrait sortir de son trou. C’est toujours ça que les américains n’auront pas, me disais-je le sourire aux lèvres en ouvrant ma porte à cet inconnu qui venait me déranger dans mes méditations expéditives.

 -          Ca ne va pas du tout, mon pote. Elena m’a laissé tomber, elle est partie.


Eh ouais, mon pote, ce sont des choses qui arrivent. Elle a du trouver plus gros. Si en sentiments je n’étais vraiment pas bon, la capacité de Robert à attirer toujours le même genre de trainée ne pouvait que me faire douter de mes propres capacités. Depuis qu’il était là, j’en avais vu défiler des vertes et des trop mûres. Allez savoir pourquoi, quand on pense à l’existence, je pense que la première fois de ces femmes avec lui ne fut pas si enchanteresse que ça, à voir la fâcheuse tendance qu’elles avaient toutes à se barrer dès que le vent tourner. Une fois, l’une d’entre elle a fini dans mon appart’ à me faire du gringue. Mais on ne me fait jamais du gringue quand je regarde « En pleine nature », ces documentaires ou un Mac Guyver en cher et en os se fabrique une couverture en peau de chamois et bois sa pisse en plein désert pour s’humecter la bouche.

 

C’est presque la seule débilité que je m’accorde entre deux papiers. Pourtant, je ne pouvais pas dire qu’elle était hideuse, elle avait un certain charme. Mais qu’aurait dit le voisin dans tout ça, s’il avait reconnu les gémissements de la donzelle quelques mètres plus bas à peine ? Alors je le fis entrer, s’assoir, et j’allais chercher une bière dans le frigo. Je me surpris à avoir un élan de compassion pour ce pauvre bougre, que je considérais pourtant comme le paradoxe même de la réussite sociale. C’était le genre de gars qui fourrait un mouton en arrière plan d’un reportage sur les éleveurs.

 

Mais dans mon métier, j’ai appris à ne pas faire la différence entre Sharon Stone et un fabricant de charentaises à Bannière de Bigorre. Ca s’appelle l’intégrité, et des fois, c’est pesant. On s’était assis tous les deux, sur le canapé, et j’attendais patiemment qu’il finisse de me raconter sa vie pour pouvoir le congédier. Il venait souvent s’adresser à moi, parce qu’on était presque du même âge. Lui recevait tout de même ses parents tous les dimanches. Des gens charmants, eux, qui se trouvaient bien démunis  quand ils me voyaient dans ma stature, ma réussite, et qu’ils comparaient d’un œil torve la limasse qui regardait dans le vide, attendant que le vent ne vienne bouleverser la masse qui s’était un jour construite entre ses deux oreilles.

 -          Elle m’a traité de tous les noms. Mais je l’aimais, putain, je l’aimais !

 -          Allez, tu t’en remettras, tu ne vas pas sauter par la fenêtre, quand même !

La, je vis que son regard avait changé. Pourtant, je n’avais rien dit de mal. Ou alors si peu… 

 

R.B

 

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Published by Rom - dans ImaginaRom
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commentaires

webmarketing 07/11/2011 14:30



Salut mec j'ai vu que tu as tweeter hier soir c'est bien continue grâce à ça j'ai vu ton article ;-) pas mal


 


Salut l'ami ;-)



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