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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 16:54

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Petites notes que je retrouvais dans un vieux cahier rangé depuis trop longtemps. J’avais 16 ans.

 

Je vois la beauté dans les arbres, Et la paix dans cette harmonie

Cette nature dont je me farde ; Remède à l’atroce infamie

Je suis cet être que tout oppose ; A la grande valeur des puissants

Dont les talents se superposent ; Pour lutter contre les tourments

Jamais le monde, aussi lointaine ; Que remonte la connaissance

N’a présenté d’œuvre aussi vaine ; Que la fierté de l’ignorance

S’ils ne veulent pas d’érudition ; Qu’ils restent donc dans leur monde terne ;

Suis-je le seul dans cette équation ; A défier cette époque en berne ?

Les passants sont tous dérisoires, Ils ne se soucient que du temps

Chaque fierté à son histoire ; Et c’est Dieu qui crie « Au suivant ! »

Est-ce donc une immense usine ; Ou les humains sont à la chaîne

Ou chacun doit suivre le rythme ; Par indifférence à la haine ?

Aucune fierté ne m’auréole ; Je ne prétends pas être l’élu

Mais puisque cette époque est folle ; Autant vouloir en être repu

 

Après cette lecture qui avait le goût de la découverte, je rangeais ce cahier à sa place d’origine. Je le laisserais certainement prendre la poussière et y reviendrais lorsque le temps m’en aura rendu nostalgique. Le plus tard possible, j’espères.

 

 

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16


Quel plaisir à fumer une cigarette à la terrasse d’un café, alors que personne ne se soucie du fait que vous pourriez éventuellement mourir dans l’excès de cette étrange substance qui crée tant d’addiction et mobilise tant d’associations ? Il faudrait donc voir le bon côté des choses dans tous les sens du terme : certains organismes vivent en empoisonnant la population : si on interdisait la clope, il faudrait alors leur faire face. Loin de moi l’idée de me constituer en lâche, mais à choisir une couleur, autant être neutre.


Nous nous entrainons tous à être Suisse. D’abord pour les impôts, ensuite parce qu’ils ne prendraient pas parti même si la troisième guerre mondiale était à leur porte. Ils préfèrent vivre dans l’opulence des paradis fiscaux, avec leur fromage et leur vache Milka dans chaque ferme pour fabriquer du chocolat, et employer des marmottes pour qu’elles l’emballent dans le papier alu. Qu’on soit d’accord, je n’ai rien contre eux spécialement, je pourrais aussi critiquer les autres nations. Malheureusement, pour illustrer mon exemple, c’est tombé sur vous. Pardonnez-moi si je préfère l’idée de bouffer des frites et regarder un gars pisser sur le monde entier et attirer les foules : c’est bien plus stimulant pour ma satisfaction sarcastique. Qui peut donc se vanter d’en faire autant aujourd’hui ?


Essayez de pisser dans une fontaine publique ou sur des passants… Vous n’aurez pas la mine aussi réjouie que ce petit bonhomme. Notre monde est fait de cliché. Nous n’y pouvons rien, ils sont ancrés en nous depuis si longtemps. Essayez d’enlever la pourriture au roquefort, il ne vous restera que l’emballage. Pourtant, dans ces moments aussi tranquilles qu’un bon vieux cliché inaltérable, il en fallait bien un pour venir troubler cette quiétude. L’heureux élu fut donc le jeune gay aux cheveux rouges de l’autre jour. Visiblement, il avait la mine déconfite : il avait l’air de se faire chier sévère. Au fur et à mesure qu’il s’approche de ma table, je me rends compte qu’il m’a reconnu, et me prépares psychologiquement au choc. Malheureusement, ce jour là, il ne m’a pas laissé assez de temps pour m’y consacrer pleinement.


 -          Salut. Je peux m’assoir ?

 -          Bien sûr, je t’en prie, dis-je avec un sourire et une politesse qui me surpris moi-même.

 

Non pas que ça me fasse un immense plaisir, mais il n’y a ici personne que je connais et qui soit susceptible de me prendre sur le fait de notre éventuelle conversation. Plus je dévisageais cet être qui ressemblait un peu à un mélange entre Yvette Horner (pour son sourire en forme d’accordéon et sa couleur affreusement ratée qu’avait du lui faire un copain qu’il désirait secrètement mais qui s’était appliqué à lui faire un truc immonde)  et Jean Luc Reichman (pour sa bonne humeur agréable sur 3 minutes mais juste scandaleusement intenable sur une heure et demi), plus je me disais au fond de moi-même que derrière son rire se cachaient sûrement des pleurs. Et plus j’étais certain de cette affirmation, plus je m’en foutais royalement.

 

Il s’assit sur une chaise sur laquelle avait végété un clochard pendant environ 15 minutes avant de se faire lamentablement virer pour non-consommation. J’avais trouvé ça scandaleux, mais n’avait pas protesté, voyant l’indifférence totale des autres personnes assises autour de moi. Tout ce que je ne voulais pas, c’était passer pour un original. S’il fallait sacrifier une protestation pour se fondre dans la masse, alors je l’acceptais bien volontiers. J’aurais dit ça en présence de Gandhi ou du Che Guevara, je me serais très certainement fait lapider en place publique. Mais ils font désormais partie de l’Histoire, alors que je suis tranquillement en train de construire la mienne. C’est un des avantages qu’il y a à être vivant.


 

 

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17

 


Nous avions, sans vraiment parlé pendant des heures, décider de migrer vers le parc. Désormais assis sur un banc, nous nous apprêtions à démarrer une vraie conversation. Enfin, je l’espérais en tout cas, parce que savoir ce qu’il était en train de faire en ville n’allait certainement pas m’avancer ni professionnellement ni intellectuellement. En attendant qu’il démarre son disque dur et se mette en lecture, j’observais cette si jolie nature autour de moi. Ces canettes, ces bouteilles en plastique qui jonchaient le sol.

 

Et cet agent d’entretien qui était là, ramassant péniblement tout ce bordel au bout de la rue. Il allait certainement arriver dans le parc, et cela me ferait une distraction en guise de plan B. Sur un autre banc à quelques mètres, un enfant était lentement en train de mettre sa mère en dépression nerveuse, en courant partout comme un damné. Lorsqu’elle réussit enfin à le faire s’arrêter, celui-ci trouva bon de mettre ses doigts dans son nez à défaut des mains dans ses poches. Sa mère lui fit un nouveau sermon.

Il sembla un instant attentif, avant de recommencer de plus belle dès qu’elle eut le dos tourné. Je ne pus m’empêcher de me revoir à son âge, toujours en train de défier l’autorité, de vouloir bousculer l’ordre établi. Enfant, j’étais un révolutionnaire. Le cynisme et la réalité de la vie auront certainement fini d’achever cet esprit de révolte permanent. Alors que je reconsidérais cette période de ma vie par des flashbacks conséquents, c’est ce moment que choisit Yvette Reichmann pour sortir de son silence de mort.

 -          Rob’ aurait sûrement aimé mieux te connaître. C’est tragique ce qui s’est passé. Dommage qu’on n’ait pas eu le temps de faire plus de trucs ensembles, on t’appréciait bien, tous.


Je ne sais si ce fut un réflexe ou un geste défensif, mais je croisais les jambes et remontait un peu plus mon pull à col roulé. Mieux valait éviter la méprise. L’agent d’entretien (c’est comme ça qu’on dit maintenant, au risque de les vexer) avançait à faible allure, et se rapprochait de nous en soufflant, toujours indigné d’une situation qu’il devait pourtant vivre à longueur de journée.

Soit le faisait-il pour se constituer intérieurement en sauveur de la propreté de sa ville, soit pour attirer la sympathie et engager la conversation avec des passants toujours plus ingrats et indifférents. A croire que son gilet jaune fluo était un bon facteur d’exclusion sociale. Bien que je ne sois pas d’accord avec ces préceptes, il fallait bien reconnaître que cet habit était d’une laideur absolue. Et ce même si on était pas du genre à s’habiller chez Armani.

 -          Oui.

Sobre, concis, le meilleur moyen de ne s’attirer les foudres de personne, y compris de soi même.

 -          Pourtant, on s’était vu la veille et tout semblait aller. On n’arrive pas à comprendre ce qui s’est passé.

 -          La vie est faite de hasard.

 -          Les autres disent que quelqu’un l’aurait forcément déçu. Ils disent aussi qu’il a du y avoir un problème.

 -          Comme ils disent…

 -          Et le pire, c’est que tous ses collègues de boulot s’en foutent complet. Tout le monde semble ne plus se souvenir de son existence.

 -          Non, je n’ai rien oublié…

 -          Y’en a juste deux qui m’ont dit qu’ils étaient désolé, mais ils l’ont toujours détesté…

 -          Les comédiens !

 

Je voyais bien qu’il commençait à en avoir marre. Apparemment, mes réponses basées uniquement sur des titres de chanson de Charles Aznavour ne semblaient amuser que moi, et ce même si je savais pertinemment qu’il n’avait pas encore capté la supercherie. D’un air détaché, il regarda sa montre et fit semblant de paraître surpris.

 

-          Oh, il est si tard que ça ?

 -          Je n’ai pas vu le temps passer.

 -          Bon, je dois te laisser. On se recroisera sûrement. On se réunit dans ce bar tous les dimanches, si le cœur t’en dit !

 -          Nous nous reverrons un jour ou l’autre.


Il devait soit me prendre pour un aliéné, tout du moins pour un type plus étrange que la moyenne. Essayez donc de tenir une conversation avec des titres de chansons, vous m’en direz des nouvelles. Quelque part, je n’étais pas peu fier de mon exploit. Mais l’humain sociable en moi disait que j’agissais comme un crétin imbu de lui-même et que je me retrouverais tout seul. 

Tandis que l’agent d’entretien se rapprochait de plus en plus, je vis Yvette partir dans sa direction, l’air détaché. Dans la main, il avait le reste de sandwich qu’il n’avait par terminé tout à l’heure, quand on était passé dans un kebab pour qu’il mette fin à sa faim. J’entendis de là ou je me trouvais, un faible « Bonjour », poli et sobre, et m’en étonnais. Mais alors que l’agent se baissait pour ramasser une canette de coca, je vis l’autre jeter son papier par terre, derrière lui, prenant bien le soin de ne pas être vu. Alors que la poubelle était seulement à quelques mètres de là.

Des fois, la solitude est pesante.  Et d’autres fois, quand on voit le genre d’individus avec lesquels on pourrait passer nos soirées, elle n’en est que plus salutaire. 

 

R.B

 

 

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Published by Rom - dans ImaginaRom
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commentaires

webmarketing 12/11/2011 22:10



Salut petit Rom comment vas tu depuis le temps ? Ton papounet est passé avec Marc on a bien rigolé.


 


Ps: ton extrait est tout simplement monstrueux ;-)



Rom 13/11/2011 16:33



On m'a dit ça, en effet. Merci de continuer de passer par ici, saches que je fais de même de mon côté ! 



tmor 12/11/2011 17:39



J'aime beaucoup !


Un regard juste, lucide, pointu, incisif, engagé.


On se laisse guider dans l'habile narration.


Les dialogues sont savoureux.


Bravo !



Rom 13/11/2011 16:33



Merci beaucoup, sache que ke compliment est très apprécié  ! 



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