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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 21:27

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Etrange. Tel aurait pu être le mot le plus approprié pour décrire le sentiment que j’avais au réveil de cette matinée d’Octobre. L’air ambiant était chargé de vide et de sueur, sans doute celle des cauchemars et des rêves pleins de désirs de la veille. Un étrange mal de crâne me saisissait et m’empêchait de penser aux heures qui venaient de passer. Les couleurs de la pièce étaient celles d’une fresque que les années avaient par trop étalée.

Je ne pouvais réflechir, mais en repoussant le drap qui me couvrait, je m’aperçus bien vite que j’avais laissé la fenêtre ouverte, tandis vent froid et automnal me prenait le corps. Cette même brise glaciale qui balayait les allées, et faisait danser les feuilles rougeoyantes sur les trottoirs. L’été s’était replié si vite sur lui même que les odeurs des fêtes et les éclats de rire avaient presque disparu dans la froideur cristalline des casiers en fer de mon lycée de quartier. Le monde n’avait pas bougé d’un pouce, pourtant nous étions tous conscients que ces quelques mois nous avaient transformés.

Nous n’aurions su dire pourquoi, mais cette vie, nous étions fiers de l’avoir car nous l’avions choisie, malgré toutes les mauvaises choses qu’elle avait pu nous apporter. Pour mes profs, j’étais dans une phase de déni de l’âge. L’une de ces périodes ou le syndrôme Peter Pan était le plus actifs chez les adolescents pré-adultes.Pour mes parents, j’étais en pleine crise d’adolescence.

Pour ma part, je jugeais que ce que je vivais là était sans doute l’une des meilleures périodes de ma vie, et désirais seulement en profiter un maximum, même si tout cela passait par quelques rapides expériences. Et bien qu’elles aient été de fortunes diverses, je crois pouvoir dire sans mal que je ne m’en suis pas trop mal sorti.

Depuis cette nuit dont je ne garde presque aucun souvenir, je n’ai jamais revu cette fille. Un matin, sans doute au même titre que quelqu’un déciderait de ne boire que son café au lieu de prendre un petit déjeuner copieux, elle a du se dire qu’elle ne retournerait jamais à l’école cette année. Tout le rêve que je m’étais forgé s’était peu à peu déconstruit, comme un texte qu’on analyse, qu’on décortique avant de le laisser tomber et de passer à un autre.

Les saisons s’étaient chargées du plus gros de l’oeuvre pour moi, et des préoccupations d’ordre bien plus terre à terre étaient venu terrasser mes songes estivaux. Je devais avancer, je devais travailler, et je devais le faire bien, faute de quoi je lirai bientôt, autant sur mes appréciations que sur le visage de mes parents l’amer ressentiment de la déception. Dans quelques mois, j’aurai 20 ans. Et encore une fois, le monde ne changerait pas pour moi. Ce matin là, je restai longtemps à regarder par la fenêtre ouverte, après quoi je repensais aux nuages et à la journée maussade qui allait en découler tout en m’habillant. 

 

Douche. Froid. Chauffage qui ne marche pas.Réveil en douceur, alors qu’il devrait être rapide.Marche d’escalier. On les compte par 12, chez moi.

Odeur de café chaud, babines qui enflent à la vue des tranches de brioche qui grillent. Fumée qui s’échappe de la poêle.Sûrement les oeufs au bacon. Ici, on ne fait jamais rien comme tout le monde. Tout seul. Maman a du partir en laissant tout ce chantier.

Télévision : la même connerie passe sur toute les chaînes. De forme différente, certes, mais c’est toujours aussi débilitant. Journal posé sur la table. Tâche sur la première page, qui prouve qu’il a déjà été lu. Ecran vers le malheur. Journal retourné, plus de souci à se faire pour les enfants du Tiers-Monde. On s'appitoie déjà bien assez sur leur sort, qu’est ce que la pitié d’un gamin de 20 ans pourrait leur apporter.

Café terminé, dans l’évier, tartine digéré, table rangée. Sac posé sur le pas de la porte, à côté du porte-manteau. Veste un peu usée, mais toujours utile. En attendant qu’une autre la remplace, elle ferait l’affaire. 

 

Tâche sur le t-shirt. Trop tard. Le chemin est déjà tout tracé. Un seul obstacle me barre la route. Elle porte un ensemble bleu marine, ainsi qu’un jean un peu trop court aux extrémités, qui laisse apparaître le peu de formes qui lui reste, et que l’été n’a pas consumé. Forme spectrale dans l’horizon de cendre, elle apporte un peu de couleur et détonne face au reste de la rue. 

 

- Qu’est ce que tu fais là ? furent mes premiers mots, comme si je ne voulais pas la voir. Comme si je m’attendais à ce qu’elle fasse ce genre d’apparition soudaine et innatendue. Presque providentielle, bien que je doute que le destin ait quelque chose à voir avec  ça. 

- Je m’ennuyais chez moi. Alors je me suis dit que le lycée, ce serait pas mal pour passer le temps. 

- Tu suis tes cours à la carte, maintenant ? 

- Je choisis de vivre comme je l’entends, et c’est pas un prof ou un bulletin de notes qui va me donner des leçons.De toute façon, j’ai un assez bon niveau pour me permettre de louper le premier mois. Ils ne font rien d’autre que répéter tout depuis le début pour que ceux qui ont été largués en mai puissent rattraper leur retard. 

- On dirait des discours de cinéma. Ceux d’une jeune rebelle qui veut s’affranchir de la société. On dirait presque du Hugo, avec quelques décénnies de différence. 

- C’est marrant que tu dises ça. Comme dans un film. Tu aimes le cinéma ? 

- Oui, je l’aime beaucoup plus qu’il ne m’aime en fin de compte. Vu les navets que les producteurs osent nous proposer ces derniers temps. 

- J’ai bien aimé Requiem For a Dream. 

- C’était déjà il y a quelques temps. 

- Oh, alors t’es un de ces types super hypes qui suivent tous les films du moment, et l’actualité de ceux qui ne sont même pas encore tournés. 

- Disons que j’aime bien avoir ce genre de conversation, et que face aux autres, je suis souvent celui qui connaît le plus de choses. Ca me réconforte, en quelque sorte.

- Tu veux qu’on fasse le chemin ensemble ? Ce serait comme une sorte de road-trip : un peu de musique sur mon i-pod, nos pas qui s’accordent sur le rythme... Pas de dialogues, juste quelques mouvements. Le rire, ça réchauffe. 

- Ce serait... comme une scène de film ? 

- Ouais, mais un film plutôt indépendant, qui se prend pas la tête, tu vois. 

 

 

Et elle est revenue, comme ça. Comme le personnage d’une série dont la moitié du scénario a été effacé, et qui revient après avoir conclu un deal de plusieurs millions avec des producteurs plus prévoyants que véritablement généreux.

On s’est alors mis à avoir une obsession commune : nos vies étaient fragmentées, elles formaient de petites images inertes qui, une fois assemblées, donnaient de l’émotion et de la gaieté à nos coeurs encore innocents. Nous étions des acteurs, des personnages sur pellicule, qui se déroulait aussi lentement que se formaient les âges de la vie. Nous vivions nos journées en 60 images par secondes, et étudiions nos rêves en technicolor. Champ, contrechamp : nous définissions nos plans jour après jour, écrivions nos lignes de texte et les imprimions dans notre mémoire. Et nul doute que celle qui signifiait je t’aime se cachait déjà entre les lignes et n’allait pas tarder à faire surface. 

 

RB

Le 10/09/2012

 

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Published by Rom - dans ImaginaRom
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