Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 12:36

http://www.wallfizz.com/nature/mer-et-ocean/3380-ocean-vagues-sur-rochers-WallFizz.jpg

 

Il était tard cette nuit là. L’humidité de l’air ambiant était déjà tombée depuis longtemps, et les étoiles étaient bien plus brillantes, éclairant d’une couleur argentée le ciel d’un noir de jais. L’air lui fouettait le visage, et il ressentait les embruns de l’océan non comme un agression mais plus comme une invitation au voyage. Le sable semblait chaud sous ses pieds, tandis qu’ils étaient glacés par l’air marin et le vagabondage de l’écume d’une vague à l’autre. L’une d’entre elle venait justement de venir s’écraser contre un rocher. Mais il y avait ce soir là quelque chose qui resterait gravé à tout jamais dans sa mémoire. Elle était là, elle marchait à ses côtés en écoutant le roulis des vagues, calme et sereine. Elle avait les mains brulantes, tandis que son désir l’était tout autant pour elle. Leurs pas se coordonnaient en un seul mouvement uniforme. Pas besoin de parler de quoi que ce soit, le décor dans lequel ils étaient s’exprimait pour eux.

Ils s’assirent au bord de la butte en béton, près du phare. Il ne peut s’empêcher de remarquer qu’en cet instant, la limite entre l’horizon et l’océan venait de disparaître, alors qu’elle avait toujours été là d’habitude. Cela augurait sans doute d’un grand changement, ou alors ce n’était que des superstitions futiles. Ils se dirigèrent lentement vers la voiture, garée un peu plus loin, devant les barrières, sur le parking aménagé qui longeait la rue principale. Ils s’y installèrent, lui au volant, elle au côté passager. Même dans le noir quasi-total, il ne pouvait s’empêcher d’admirais ses yeux d’un vert plus luisant encore que le fluo des stylos qu’il utilisait autrefois. Elle avait les cheveux d’un noir d’ébène, un regard intense, portait simplement un vieux t-shirt et un jean un peu délavé et paraissait déjà avoir avalé toute la beauté du monde sans avoir pris un seul gramme. Il mit le contact, et la voiture émit un bruit immédiat, un peu usé mais qui pouvait encore servir. Tout comme l’état de son cœur. Il avait eu bien des chagrins auparavant, et ne préférait pas penser à celui qu’elle pourrait un jour lui causer, car il avait l’impression qu’elle avait sur lui les effets de la drogue ou de l’alcool à forte dose : elle chassait toutes les idées noires ; Et dieu seul savait combien la noirceur de ses pensées étaient destructrices. Ils démarrèrent, direction son appartement, à environ une heure de route d’ici.

Ils étaient simplement venus passer la journée là, alors qu’ils auraient tout aussi bien pu se rendre n’ importe où ailleurs. La radio ne marchait plus, elle avait certainement eu un faux contact, ou peut être ne captaient-ils pas par ici. Il n’en savait rien et n’avait pas envie de savoir. Toute sa vie il avait travaillé en usine, trimant, se bousillant le dos à porter des charges parfois presque aussi lourdes que lui. C’est là qu’il avait connu Helen. Elle aussi travaillait dur. Mais à la différence qu’elle noyait son mal dans le whisky pur malt. Quand il rentrait le soir, il sentait encore la sale odeur de l’alcool dans l’air au lieu de celle d’un bon repas ou même de tout autre chose, n’importe quoi qui aurait pu effacer cette saleté. Alors un jour, il lui avait demandé de partir, en lui montrant bien l’horrible créature qu’elle était devenue, comment elle s’était détruite d’elle-même. Secouée de remords, elle avait promis de changer, de faire quelque chose pour ne plus se mettre en danger ni dans sa vie ni dans celle des autres. Mais cela n’avait pas suffi. Il ne supportait pas cette échéance inévitable ou il allait la retrouvée à moitié morte sur le sol de la maison, inerte et comateuse, et ou il serait arrivé trop tard pour tenter quoi que ce soit. Alors il l’a sommé de partir, pour leur bien à tous les deux, et c’est ce qu’elle avait fait.

Il en avait été malade pendant plusieurs semaines, avant de se remettre d’aplomb et d’apprendre à se déculpabiliser. C’était ce qu’on appelait une âme troublée, qui cherchait seulement du repos. Ils roulaient depuis maintenant un bon quart d’heure déjà, et le silence commençait à en devenir inhabituel. Il prit l’initiative d’appuyer sur le bouton du lecteur cassette. La musique mit quelques secondes à se mettre en marche. Elle aurait rarement pu être aussi adaptée à la situation. C’était comme dans un film dont on aurait fait le montage à l’avance. L’écho et les effets de la guitare se perdaient dans la nuit, et les notes allaient se mêler aux bandes blanches de la route. A croire que Clapton avait écrit « Wonderful Tonight » pour qu’elle soit diffusée sur ce lecteur, et ce soir uniquement. Ils mirent la chanson en répétition tout le long du voyage, et décidèrent de continuer à l’écouter une fois arrivés dans leur chez-eux. C’était et ça resterait toujours leur chanson. Allez comprendre pourquoi nous avons besoin de nous identifier à un élément tout au plus matériel, sinon au moins existant. Pour nous, la musique forme un autre langage et correspond à un ressenti à un moment précis, pourtant différent pour chacun d’entre nous. Il y repensa cette nuit là. Et toutes les autres nuits.

 

Emmitouflé dans sa couverture, il n’avait jamais eu aussi froid de toute sa vie. Nous étions l’un des jours les plus glacials de décembre, et quelques flocons trottinaient jusqu’au sol détrempé par la bruine. Abrité sous un porche d’appartement, il ne pensait qu’à dormir. Pourtant, malgré tous ces efforts, il n’avait guère le choix, ses yeux refusaient de se fermer. Comme si les garder ouverts étaient un besoin, car s’il les fermait, il n’était pas sûr de les rouvrir un jour. Du moins pas au même endroit. Pourtant, lorsqu’il eut atteint le fond de cette bouteille de vin, il ne lutta plus et tout devint alors facile. Le lendemain allait venir. Et avec lui, le tumulte des voitures, des passants surexcités et pressés d’aller au travail ou d’acheter toujours plus de choses qui au final leur serait bien inutiles. Il avait l’impression qu’il existait deux niveaux, et que s’ils avaient pu, les gens l’auraient bien mis sous terre. On s’offusque de la richesse, mais on refuse tout autant de voir la pauvreté. Ce sont deux extrêmes qui ne correspondent pas à la vision que nous avons du genre humain. Sa couverture commence à le gratter. Il y a toujours le vieux bol en porcelaine qu’on lui avait offert, tout ce qui lui reste en tant que vestige de son passé pas plus glorieux, mais au moins heureux.

Il voit le mépris dans les regards, il est le seul à voir le monde à sa hauteur, car personne ne veut se baisser pour le ramasser. Il est comme la merde qu’un chien aurait laissé là, à la vue de tous. Tout le monde l’évite en essayant de ne pas marcher dessus, mais personne ne prendra l’initiative de la dégager du trottoir. Mais il ne vit pas dans le malheur, il n’est pas désespéré. Elle est partie par un doux matin d’octobre, alors que le vent tapait encore au carreau, elle avait fini par se mêler à lui, telle une douce alizée allant chercher des territoires plus chauds, plus accueillant pour sa fragile nature. Et puis elle était revenue, au moyen d’un tribunal, pour lui prendre tout ce qui lui restait encore. Il était le mari violent, le mari irascible et alcoolique. Il avait tous les torts, sans pourtant n’en avoir aucun. Il s’était simplement fait avoir. Mais il ne souhaitait pas y penser. Dans un état encore un peu second, il regardait la vapeur sortir de cette bouche d’égout et arrivait à y voir les notes de cette fameuse chanson. Il se reporterait alors dans ce fabuleux instant ou plus rien n’avait d’importance, comme dans un monde parallèle ou il aurait pu se réfugier et se protéger du froid de l’air et des gens.

Il avait envie de leur crier : « Je ne vaux pas moins que vous, moi aussi j’ai eu une vie, j’ai des souvenirs, des moments heureux, d’autres moins. Mais je sais ce que je vaux, alors que vous ne savez rien. Vous êtes ignorants, vous êtes une masse informe et cruelle, respirant tous le même air dans un élan putride. Vous êtes cruels avec vos semblables. Je suis peut être assis, dans cette rue, je suis peut être sale et crasseux, mais je suis fier d’être un homme, et de me souvenir de tout ce qui a un jour été ma condition. » Mais il ne parlait pas, le carton le faisait pour lui. « Un peu d’argent pour vivre, merci ». « Wonderful Tonight » faisait parti de son atmosphère. Et il était comme au volant de cette voiture, cette nuit là. Elle était assise à côté de lui, ombre fantomatique d’un passé différent, et lui souriait tendrement, sans dire mot, écoutant avec lui les notes sortant de ce lecteur de cassette miteux qui avaient tellement de sens pour eux. Il tenait à rester là, même si ce n’était pas sa place. Il avait mis des mois, des heures, des jours entiers pour trouver cet endroit, pour trouver un coin assez tranquille tout en étant à la vue de tout un chacun. Les quartiers riches, très peu pour lui, personne ne lui donnerait un centime. Lorsque la porte sur laquelle il était appuyé s’ouvrit un peu à la hâte, il se redressa, se mit debout sur ses maigres jambes et sourit. C’était un très beau jeune homme, il devait avoir 21 ans, maintenant, les cheveux d’un noir saisissant, les yeux chevauchant le vert et le marron. Il portait un costume très élégant, et avait à la main une serviette noire, sobre mais efficace.

       - Salut, Papa.

      - Salut, fiston.

      - Entre, fais comme chez toi.

Et sans même qu’ils se disent un mot de plus, sans qu’il sache comment son père l’avait retrouvé, sans demander son reste, il comprit qu’il se devait d’aider cette âme troublée, parce qu’il était un peu la conséquence de cette chanson, le fruit de cette nuit sans lune aux lendemains d’argent. Et alors qu’il laissait de côté ses fantômes, alors qu’il prenait une route différente, cette chanson sortit de sa tête comme elle y était entrée, et étrangement, il sut qu’il ne devait pas lutter pour la récupérer.   

 

 

 

 

 
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Rom - dans ImaginaRom
commenter cet article

commentaires

dimdamdom59 25/07/2011 18:06



Coucou!!!

Me voilà enfin après un long week-end loin des feux de la rampe lol!!!

Pour éviter de faire comme tout le monde et me lamenter du mauvais temps, j'ai décidé d'être positive en disant que le week-end à été passablement bon, à savoir 30 degrés. 15 degrés samedi et 15
degrés dimanche mdr!!!

J'espère que ton week-end a été aussi bon lol!!!

Gros bisous et bonne semaine!!!

Domi.



Rom 27/07/2011 19:13



Mon Week end fut assez chaotique en matière de temps, si ca peut te consoler. La semaine prochaine, c'est la mer et j'espère bien que la météo sera plus... clémente ! ^^


Très bonne semaine à toi aussi ! 



Mini Mj 24/07/2011 11:52



Ce texte est touchant et j'adore la musique et l'image :) 


JE passe en coup d'vent, faute de temps mais je t'embrasse :)



Rom 24/07/2011 17:53



Merci beaucoup du compliment et du passage ! 


Bon dimanche à toi


Rom



:0014: ♥ dom ♥ 24/07/2011 06:09



Belle histoire bien illustrée.


Bon dimanche.
Bisouxxx

dom



Rom 24/07/2011 17:53



Merci beaucoup, très bon dimanche à toi ! 



Romworld

  • : RomWorld
  • RomWorld
  • : Un blog foufou, ou traîne un peu de tout. Des chansons, des articles, des histoires et pas mal de bonne humeur ! Le seul Rom qui est autorisé dans les pages de Valeurs Actuelles !
  • Contact

Rom World

 

Rom fait sa rentrée ! 

Retrouvez moi dans le nouvel annuaire !

Les Vieux De La Vieille

Texte Libre