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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 10:39

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J’ai toujours considéré qu’il était faux de dire que les hivers passent au fur et à mesure que les enfants grandissent. Il existe chez certains d’entre nous une envie de vieillir, de posséder plus d’expériences et d’avoir plus de choses à raconter. Mais en réalité, c’est simplement parce qu’ils se sentent désœuvrés devant des souvenirs d’enfances qui le resteront pour toujours, et une époque qui ne sera plus jamais là. Des bras chaud pour les enserrer dans le cocon familial, les après-midi d’été à expérimenter de nouveaux jeux, à aller explorer des endroits encore inconnus, là, à quelques mètres de chez eux, et de se prendre pour des aventuriers. Les jours maussades passés avec le martèlement des gouttes de pluies qui tombent comme les guenilles du ciel sur le sol, et ces rires qu’on entendait, synonymes d’éclaboussures et de sauts dans les flaques d’eau. Ces printemps à s’allonger gracieusement dans l’herbe, à ramasser des marguerites comme on irait décrocher des morceaux de nuages. Les tenir précieusement dans nos mains, et attendre qu’elles fanent en vérifiant chaque jour dans le vase celles qui avaient été perdues.


Tout cela et tant d’autres choses, nous ne prenons plus le temps de les faire lorsque nous sommes adultes. Peut être parce que le poids des préoccupations et de la vie nous empêchent de nous y consacrer. Peut être parce que nous pensons que les autres trouveraient ça stupide si nous portions une cape et nous élancions, du haut du petit muret du jardin, vers celui d’en face. La vérité, c’est que de l’autre côté, un voisin furibard avec une carabine à la main nous attendrait certainement. Nous voudrions croire que l’enfance est à jamais derrière nous. C’est une formidable erreur que l’on est pourtant bien en droit de commettre. Cette époque forge nous goûts, nos sentiments, dont certains que nous garderons au plus près de notre cœur, murmurant en écho tel un chant d’église une envie ou une conviction profonde. Nous gardons près de nous ce que nous chérissons, car nous en avions certainement pris l’habitude du temps ou nous serrions notre peluche préférée dans nos bras pour ne pas qu’elle s’échappe ; ou que nous laissions notre pouce dans notre bouche, croyant nous apaiser ou nous protéger d’on ne savait quel maléfice qui tuerait à tout jamais notre lendemain.


En vérité, si nous ne pensions pas au lendemain, c’est parce qu’il n’y en avait peut être pas. Tous les jours nous semblaient redondants. Nous n’avions alors pas pris en considération les dates du calendrier, les heures qui changeaient et la nuit qui tombait plus vite. De même, nous regardions passer les saisons en simples spectateurs, curieux de tous ces changements qui intervenaient sans que l’on puisse s’expliquer pourquoi. Etant enfants, nous nous posions des tas de questions, et nous avons d’ailleurs bien souvent exaspéré nos parents ou nos proches en les posant. Mais n’était-ce pas grisant au fond de connaître la réponse et de l’oublier quelques secondes après simplement par envie de poser une autre question, même si celle-ci n’était pas justifiable ?


Je me souviens de cet arbre gigantesque ou je grimpais, me prenant pour Jack, faisant l’ascension de ce haricot magique pour arriver à voir de l’autre côté du ciel, cet espace caché par un bleu de façade, ou une crème blanchâtre que j’aurais rêvé de goûter. Avait-elle un goût de crème, un goût de glace, un goût d’existence ? J’enviais alors, comme tous les jeunes garçons de mon âge, les astronautes. Ceux qui découvraient l’espace et ses merveilles, qui s’échappaient un moment et arrêtaient de poser leur pied sur le sol pour les laisser en suspension dans l’air. Voler sur la terre m’aurait alors paru bien maussade en comparaison. Paradoxalement, je rêvais d’être pompier pour éteindre les feux, tandis que j’espérais chaque jour que la flamme de l’insouciance qu’il y avait en moi ne s’éteigne jamais.


Je vivais les anniversaires comme des réunions qui étaient presque devenues habituelles, je dois vous dire que nous sommes bien orgueilleux en ce temps là. Le monde tel qu’il est, c’est le nôtre. Ceux qui ne le comprennent pas périront certainement. Ceux qui désirent en faire partie doivent obéir à nos règles. Quelle charmante attention que l’autocratie enfantine, même si elle disparaît heureusement au fil des années chez la plupart des gens. L’innocence n’excuse cependant pas tout, qu’on se le dise. J’avais des rêves. J’en ai toujours, mais ils sont différents. Dans certains domaines ils ont été revus à la hausse, dans d’autres à la baisse. Ce qui comptait n’est plus que réminiscences, avec lesquelles on rit parfois entre amis. Ne dit-on pas que les amis d’enfance sont les seuls véritables, ceux qui ne vous décevront jamais ? Peut être parce qu’ils ont vu grandir, prendre de l’assurance, et qu’ils ont évolué comme vous, prenant peu à peu connaissance des choses au fur et à mesure que leurs peurs de l’inconnu trouvaient des réponses.


Pourtant, il y a certaines périodes, certains instants qui ne disparaissent jamais vraiment dans votre imaginaire, même s’ils ont tendance à s’amenuiser pour le reste du monde. Je ne puis dire que la désillusion ne s’est pas produite un instant, et que le doute ne m’a pas tiraillé jusqu'à me torturer mentalement. Mais j’ai choisi d’y croire plus qu’en tout autre chose. Pour moi, ce sont ces lumières qui réchauffent le cœur. Ce sont les longues discussions au coin du feu avec une tasse de chocolat chaud en guise de remontant. C’est aussi cette délicieuse odeur de marrons qui se mêlent à celle de la magie, presque palpable, qui s’immisce alors dans les foyers. Cette odeur de neige au dehors, que l’on attend chaque année comme un signal. Un signal dont on ne saurait rien : ni la venue ni le départ. Mais c’était avant tout cette attente, celle du fameux jour, qui m’avait fasciné et le faisait encore, malgré la moue dubitative de mes enfants qui étaient déjà, à 8 et 10 ans, plus adultes que moi. Je n’ai pas honte de dire que je crois toujours en l’esprit de Noël, en toutes ces choses qui nous font nous sentir plus près les uns des autres, qui forgent l’union des familles du monde entier.


Je ne prétends pas que mon histoire soit exceptionnelle, bien qu’elle le soit aux yeux de bien des gens qui me prennent désormais pour un illuminé. Je ne prétends pas non plus qu’elle soit la seule vérité, mes yeux ayant sans doute été altérés par ma croyance profonde. C’est l’histoire d’un voyage, mais aussi d’un changement. Celle qui prouve qu’avec de l’espoir, rien ou presque ne paraît inaccessible. Et qui prouve que l’enfant est bien la plus chanceuse et la plus vive des lumières dans le ciel d’une innocence perdue.

 

 

Un compte de Noël

 

R.B


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