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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 16:06

Aujourd'hui, Sarkozy nous refait le coup du "karcher", l'épargne est sauvée et les obèses craignent pour leur vie. Faute d'en pleurer, mieux vaut en rire.

Dessin d'actu (2)
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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 14:01

Absent depuis un bon moment sur ce blog, je me suis dit qu'il fallait le remettre un peu à jour. Nouvelle rubrique donc, alimentée régulièrement, des dessins d'actualité, en soutien évident à tous ces dessinateurs qui se battent pour tout dire... mais surtout dire n'importe quoi. 

 

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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 19:43

fall-wallpaper-1.jpg

 

Quelque part...

 

C’était un jour de pluie. Un mardi, je pense. Ou peut-être un autre jour, mais au fond peu importe. La lumière du jour était grise, une fine bruine s’était installé et déversait son chagrin monotone à travers le ciel immense. J’attendais, comme je le fais toujours. Le banc sur lequel j’étais assis depuis des heures était plein de monde. La gare était emplie de badauds et de gens de passages. Ils conversaient entre eux ou regardaient les dernières infos sur leur portable, dans une vaine tentative de s’occuper l’esprit. C’était un jour de départ, un jour ou je quittais le charmant et désuet cocon familial, ou régnait autrefois une chaleur doucereuse.

 

Une maison qui avait une façade triste, mais où les gens défilaient comme s’il s’agissait d’un hôtel : nombreux, souriants, un joyeux bordel qui ne finissait que lorsque les valises étaient faites et que venait l’heure du grand départ. Là, prisonniers entre les vêtements, les cadeaux d’hier et les soucis d’aujourd’hui, quelques souvenirs éphémères qui restaient, comme un bonheur fugace, bien caché entre deux bouts de tissu. Nous étions en octobre. Ni tout à fait l’été ni tout à fait l’hiver. Je regardais à travers la vitre de la gare les feuilles des arbres du parvis qui se balançaient et dansaient éternellement dans le vent du soir. Une voix retentissait de temps en temps, annonçant une destination qui n’était pas la mienne. C’est sans doute ainsi qu’une aventure devrait commencer : prendre un billet sans retour vers un endroit inconnu. Mais l’endroit où j’allais, je le connaissais. J’y retournais à chaque fin de vacances, quand cessait l’immortel balai des aux-revoir. Les amis, la famille, les proches. Eux restaient là pendant que je m’enfuyais, que je me dérobais à la scène comme un acteur capricieux qui aurait voulu un meilleur rôle.

 

C’est ainsi, dirais-je, qu’a commencé le reste de ma vie. Perdu dans un hall de gare austère et froid, dans lequel je me reconnaissais, parfois, comme si j’avais regardé de l’autre côté d’un miroir sans teint. Assis sur ce banc, ma valise à la main, mon sac à dos serré entre mes jambes, j’attendais le moment fatidique. Au bout d’une heure, il vint. La petite voix annonçait enfin mon dernier voyage. Pas tout à fait le dernier, mais sans doute l’un de ceux que l’on oublie pas. Je montais avec les autres voyageurs dans le wagon 7, me pressant pour ne pas être trempé. Certains attendaient sur le quai, jusqu’à la dernière minute, jusqu’à ce que la fumée nocive de leur cigarette ait entamé la dernière parcelle de leurs poumons abimés par le goudron. La lumière du wagon était vacillante : ce train avait déjà entamé un long voyage vers l’oubli, dont il ne reviendrait sûrement jamais. Je m’assis à ma place, seul dans la rangée de sièges. J’attendis quelques minutes, en regardant le quai désert par la fenêtre, et cette machine à sucreries qui restait là, immobile, attendant qu’un voyageur vienne y glisser des pièces. Au bout d’un moment, lorsque je n’y croyais plus, la machinerie se mit en marche. Le hall de la gare était désormais totalement vide, comme un dimanche matin très tôt dans une banlieue déserte. Seuls restaient le chef de gare et un voyageur, perdu au milieu de ce vide. Il semblait heureux, un sourire se dessinait sur son visage en voyant un message inscrit sur l’écran de son téléphone portable.

 

Au bout d’un moment, le ciel et le sol ne firent qu’un, et l’homme au portable ne fut plus qu’une ombre, puis un point dans le décor, puis plus rien. Le voyage sembla durer des heures. Les champs de verdure et les villes défilèrent sans que personne n’en ait conscience, tous attendant avec impatience de débarquer enfin. Au bout de 8 heures d’un très long voyage, le train atteignit enfin sa destination finale. La mienne. Lorsque je débarquais à l’extérieur du hall en rénovation, je vis bien que personne ne m’y attendait. Personne. Sauf lui. Fidèle à lui même, avec son crâne un peu dégarni de quarantenaire sur le retour, les sourcils longs, épais et gris d’un fumeur de pipes, et la longue veste marron et élimée qui lui donnait l’air d’un détective privé de pacotille. Il me fit signe de la main, je lui rendis son salut en feignant un sourire. Il m’embrassa et nous montâmes dans un taxi qui attendait sur le parvis de la gare bondée. Le trajet se fit dans un silence assourdissant, de même que la marche jusqu’à son appartement, situé dans les hauteurs de la ville, là ou il pouvait admirer le monde sans se soucier d’être pris sur le fait. Il habitait au fond d’une cour, dans un appartement ou les deux immeubles centraux se faisaient face, comme dans une comédie ou un vaudeville, ou les voisins du dessus crient sur ceux d’en dessous. Il pouvait tout comprendre, tout savoir de là ou il était. Mais il se contentait de regarder. Parfois, c’est simplement ce qu’il y a à faire, on ne demande pas pourquoi, on ne pose aucune question.

Quand je pénétrais dans son petit appartement sombre, ou seul un rail de lumière provenant de la fenêtre du fond perçait, je fus heureux de voir que rien n’avait changé. Il régnait une étrange odeur à l’intérieur de cet appartement, comme celle des hommes qui vivent seuls et qui ne l’assument jamais vraiment. Je posais ma valise dans la chambre du fond, et m’assit sur le lit pour contempler ce qui avait été une partie de ma vie pendant tant d’années. « Rien n’a changé. Je n’ai touché à rien », me disait-il à chaque fois que je revenais. Comme s’il avait peur que je ne supporte pas qu’il ait pris un livre dans une de mes étagères pour se distraire. Il était trop tard pour lui reprocher quoi que ce soit. Trop tard pour lui demander de refaire sa vie : sa vie était déjà faite, et cela ne changerait pas. Je passais le voir, parfois, lorsque mon emploi du temps me le permettait, et c’était toujours avec la même liesse qu’il me recevait, celle d’un homme qui attendait les derniers jours de gloire. Il avait vieilli, ça se voyait à son regard fatigué. Mais je n’avais pas la force ni l’envie de le lui dire : il resterait pour moi à jamais celui qu’il était lorsque je n’avais pas encore le recul et l’âge nécessaire pour apprendre tout seul les choses de la vie.

 

C’est lui qui m’a tenu le premier dans ses bras, lui qui m’a appris à monter sur mon premier vélo, lui qui a vécu une encyclopédie de mes premières fois. Parfois, quand l’envie lui prend, il ressort les vieux albums photos et nous passons des nuits entières à les regarder et à rire. Nous ne regrettons rien, nous ne faisons qu’admirer et nous satisfaire dans ces instants figés sur de petites feuilles de papier glacé. Page après page, nous remontons les années, les voyages et les sourires figés. Mais ce soir, il n’a pas envie. Il n’a pas envie de ressasser tout ça, de se souvenir des bonnes ou des mauvaises choses qu’il a traversé. Il veut juste être là, maintenant. Le repas du soir se déroule dans le silence, un silence suspendu dans l’air lourd de l’orage qui s’annonce. Il n’a jamais été très bavard. Ses sentiments, il les exprimait souvent à travers ses yeux et ses humeurs, et j’avais appris, en grandissant, à deviner chacune d’entre elles. C’était une personne douce, et gentille, mais qui se murait souvent dans le silence et la solitude, comme s’ils avaient été un besoin viscéral caché au fond de lui-même. Il n’avait jamais dansé seul, on lui avait toujours montré la marche. « Que veux-tu faire ? » m’a t’il demandé une fois que notre repas s’était terminé. « Je ne sais pas », lui ais-je dis, « ce que tu veux ». « On a qu’à regarder un film, m’a t’il répondu. J’en ai loué un il y a une semaine, je ne l’ai toujours pas regardé. Pas le temps ». C’était bien lui. Il avait tout le temps qu’il voulait mais pourtant jamais le temps de rien. J’ai accepté et me suis installé sur le canapé du salon, lui sur le fauteuil, la télécommande dans les mains. Il avait toujours eu cette manie de monter le son quand le film devenait trop silencieux, comme s’il avait voulu combler un vide.

 

Des manies, il en avait accumulé beaucoup au fil des années. Par exemple, il se brossait toujours le haut du crâne, même si le moindre des cheveux qui y étaient autrefois accolés avaient disparu. Je riais souvent en le regardant faire, et il me disait que j’étais stupide de rire de lui comme ça. Certains matins, bien éveillé, il restait au lit de longues minutes, contemplant le plafond, jusqu’à ce qu’un bruit de pas (souvent le mien) ne vienne troubler le silence de la chambre. Puis, il prenait une longue inspiration, et se décidait enfin à sortir des draps. Il mettait toujours trois sucres dans son café, quelque soit la dose de lait qu’il y ajoutait, il disait que sinon le café avait ungoût de rance. Quand ma mère et lui étaient encore ensembles, il adorait aller faire des ballades en voiture, le plus souvent à la campagne. L’automne, c’était sa saison préférée, sa couleur le marron. Depuis quelques années, il s’était mis à pianoter sur son ordinateur. Il envoyait toujours des vidéos de chats insignifiantes, prétextant qu’il adorait ces petits moments, qu’ils le faisaient toujours rire. Il avait toujours un briquet coincé dans la poche de sa chemise, même s’il ne fumait plus de cigarettes depuis longtemps. C’était un héritage de ses années de travail à l’usine, ou il devait être prêt pour la clope de pause, et ou le temps, c’était encore de l’argent. Il aimait faire de la peinture à l’huile, même s’il était un piètre artiste, ça lui rappelait sa mère et son obsession. Elle voulait que son fils soit parfait, qu’il fréquente la haute société et qu’il devienne riche, pour se mettre lui et sa famille à l’abri du besoin. Ses illusions s’étaient freinées à un mur lorsque, à 14 ans, il avait décidé un beau matin qu’il n’irait plus à l’école, tout ça parce que l’entreprise d’à côté cherchait des travailleurs jeunes et motivés. Il y a 2 ans, il avait écrit son propre livre, lui qui était fan de littérature fantastique. Il dévorait les romans les plus insipides, peu importe pourvu qu’ils parlent d’espace, de vaisseaux et de guerres intergalactiques.

 

Je restais 2 heures sur le canapé, captivé par le film et attendant désespérément d’en savoir la fin. Lorsque les premières lignes du générique arrivèrent, je me tournais vers lui et constatais qu’il s’était endormi sur son petit fauteuil en cuir doux. Je repoussais la couverture en laine, la prenais dans mes mains et m’en servait pour le couvrir, comme une mère l’aurait fait pour son enfant. Dans ma poche, mon portable se mit à vibrer. C’était le boulot. Ils voulaient que je revienne vite de ma semaine de congés. Mon agence de pub avait trouvé un gros client, et c’était moi qui devais m’en occuper. Je ne lui en parlerais pas, mais décidais de partir le lendemain matin. La nuit fut courte, je restais éveillé de longues heures, les yeux ouverts et les bras tendus sur mon couvre-lit, anxieux de ce qui m’attendait dans les bureaux.

Le lendemain, je refis ma valise à la hâte, et l’appelais. Pas de réponse. Je chargeais mon sac à dos sur mes épaules, pris la poignée de ma valise dans la main gauche, et filait vers sa chambre. Vide, elle aussi. Je regagnais le salon, et le vit. Il était là, toujours prisonnier de son fauteuil, le petit crâne chauve et boursoufflé dépassant du sommet. Je posais mes affaires et décidais de le réveiller, pour le prévenir que je partais. C’est là que je le vis. Ce visage paisible, les yeux fermés, un sourire enfantin au lèvres, comme une poupée de porcelaine à l’épreuve du temps. Les mains posées paisiblement sur les genoux, la couverture figée sur lui. Je compris de suite qu’il ne se réveillerait plus. On dit que quand on perd quelqu’un de très proche, tous les moments que vous avez partagés avec lui défilent devant vos yeux.

 

C’est sans doute ce qui s’est produit, mais de manière différente. Dans ma tête, toutes les photos prisonnières de ces vieux albums usés se libéraient enfin, et s’envolaient par la fenêtre tels des oiseaux fuyant vers le printemps. Quelque chose s’était libéré. Une chose que, du haut de mes 40 ans, je n’avais encore jamais connu. Le silence de l’appartement avait changé. Tout était désormais paisible, à part les voitures qui roulaient et les klaxons qui pétaradaient au dehors. Je lui ai pris les mains. Elles étaient encore chaudes. Le matin venait à peine de se lever, mais, déjà, un immense soleil perçait à travers l’horizon bétonné de la ville. Le ciel était d’un bleu de carte postale. Nous étions en octobre. Mon père, comme la feuille usée mais joyeuse d’un chêne centenaire, venait de s’envoler dans le vent du matin. Pudique jusqu’au bout, il n’avait pas osé m’appeler, me prévenir. Il s’était éteint seul, dans le silence de la nuit. Mais je n’étais plus triste désormais.

Quelque part, là haut, je savais qu’une petite lumière discrète et légère s’était mise à briller, et qu’elle me regarderait toujours comme un enfant qui vient de naître.

 

      R.B, le 12/10/2014

 

 
 
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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 15:12

Humeur du jour, petite chanson avec un air à inventer, en fonction de votre inspiration... Excellente fin de semaine à tous. 

http://www.skyhdwallpapers.com/wp-content/uploads/2013/11/love-wallpaper-31.jpg

 

Cherches l'amour

Cours toujours

Et un jour, tu peux enfin te consoler

En partageant le verre... de l'amitié

Quelques rateaux, quelques tonneaux

Des baisers langoureux ? Rien que des mots

C'est l'amour, rien de nouveau

 

L'autre jour, sur internet, je me suis perdu

J'ai trouvé une p'tite nénette, et elle m'a bien plu

Fan des Rolling Stones, de Mick Jagger et d'son bagoût

Une petite roadie, qui voyageait sans le sou

On a pris un café, on s'est donné rendez-vous

On n'savait pas quoi dire, moi j'étais fan de Sardou

Le rock et les vestes à Frange, j'ai vu qu'c'était pas pour moi

Elle m'a dit "Si je te déranges, tu le dis..."

Et je lui ai dit

Et ça c'est terminé comme ça

 

Cherches l'amour

Cours toujours

Et un jour, tu peux enfin te consoler

En partageant le verre... de l'amitié

Quelques rateaux, quelques ragots

Des baisers langoureux sur le sable chaud

C'est la vie, rien de nouveau

 

La semaine d'après sur Facebook, dans une photo de profil

J'ai reconnu une pote avec qui la vie était facile

J'lavais pas vu d'puis 10 ans, je m'suis dit c'est l'occasion

Surpris de son texto qui ne disait clairement pas non

J'me suis senti pousser des ailes, j'lui ai déclamé du Baudelaire

J'ai fait mon intellectuel, elle n'en avait rien à faire

Elle a dit :  "Tu me gonfles, j'recherche pas la prise de tête"

Elle est partie en m'laissant le nez planté dans ma blanquette

 

Cherches l'amour

Cours toujours

Et un jour tu finis par te consoler

En partageant le verre de l'amitié

2,3 rateaux, quelques bistrots

Tu finis par oublier tes vilains maux

C'est la vie, rien de nouveau

 

Au bout d'un temps j'en avais marre d'enchaîner les conquêtes

Et d'être le type qu'elles fréquentent sans jamais se mettre avec

Alors j'ai dit stop, et puis je n'y ai plus pensé

Plongée dans un bouquin, c'est là que je l'ai rencontrée

Elle était toute pâle et cachée derrière ses lunettes

Elle me parlait du prince Charles de sa p'tite voix fluette

Je m'suis dit ça va le faire, elle est cool, elle fait l'affaire

Elle m'a dit : "Avec toi je suis bien"

Et je lui ai dit "moi aussi"

Alors ensembles on est partis

Histoire de faire un bout d'chemin. 

 

Cherches l'amour

Cours toujours

Et un jour, tu arrêtes de chercher

Et tu trouves celle que tu attendais

2,3 sourires, quelques soupirs

C'est de là que vient ce puissant élixir

La naissance du désir

 

Et j'ai toujours ça photo planquée dans mon smartphone

Comme ça je vois sa face timide sourire quand ça sonne

On s'échange des banalités, et on s'marre bien

A croire qu'on était fait pour suivre le même chemin. 

 

R.B

Le 28/02/2014

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 20:40

C'est l'heure de la conclusion, du dénouement de l'histoire et du voyage de 3 héros en devenir. En espérant qu'elle vous surprenne et vous fasse frissonner. 

 

http://maggiemusing.files.wordpress.com/2009/12/insane-eyes.jpg

 

Ils avaient parcourus des contrées entières, affronté la moiteur de la fin de l'été. Ils avaient connu des soirées mémorables, passées entre l'hydromel et les souvenirs d'auteurs de légende qui ne racontaient plus rien depuis des siècles. Ils avaient rattrapé de nombreuses décennies de retard, entre les souvenirs et les histoires chuchotées tard dans la nuit. il n'y avait pas grand chose à faire d'autre que tuer un temps qui n'existait pas, à bord de ce train fantôme qui roulait tout droit vers les limbes, reveillant la lande et ses créatures endormies. Parfois même, quand on regardait avec attention les paysages alentour, qui défilaient à une vitesse effarante, on pouvait voir des ombres danser sous un rayon de lune. Les animaux des forêts avoisinantes continuaient leur existence dans l'ombre d'une humanité trop concentrée sur elle-même pour voir aussi clair qu'eux. William, Max et Bob avaient choisi finalement. Ils avaient choisi la découverte, ils avaient choisi le silence de leurs proches trop inquiets. Pendant ce temps, dans un autre univers, dans un espace temps infiniment plus inquiet, on ne faisait que marteler sa peur. Les journaux télévisés avaient été rapidement alertés de la disparition de trois adolescents en pleine fleur de l'âge, au coeur de l'été. C'était à une époque ou alerte enlèvement n'existait pas encore, et ou les rumeurs remplaçaient les priorités au direct. Ou pouvaient-ils bien être ? Ils avaient certes l'habitude de vivre dans leur monde, mais jamais aussi longtemps, jamais avec autant de rage et de force envers leur famille, qui vivait désormais dans le déni et la procuration. Et plus que tout, l'attente. Une attente interminable qui se matérialisait par des journées suspendues au téléphone, guettant la moindre nouvelle, le moindre signe, le plus petit mouvement qui laisserait penser qu'envisager le pire n'était pas forcément la bonne solution. Là-bas, dans les ténèbres, la machine infernale ne semblait jamais s'arrêter. Les jours défilèrent, se transformèrent en semaines, puis en mois. Les trois garçons auraient mentis s'ils n'éprouvaient pas un manque de leur maison, de leur vie d'avant. Mais ils étaient tellement sollicités par les évènements et les histoires incroyables que déployaient la nouvelle qu'ils n'avaient pas le temps d'en être nostalgiques. Tout allait à une vitesse folle. Le temps, le train, le monde. Et puis un jour, tout s'arrêta. La machinerie diabolique et grotesque à la fois. Au milieu de nulle part. Les 3 amis se réfugièrent au dehors du bâtiment qui craquelait de toutes parts, conséquence d'un long voyage vers une éternité enfin accessible. Là, droit vers l'horizon se dessinait une immense forêt, et un soleil colossal trônait juste au dessus, comme pour souligner d'un air supérieur sa toute puissance. Poe fut le premier à leur adresser la parole. Il leur donna l'un de ses précieux conseils : "Suivez nous, mais ne vous perdez pas en chemin. Parfois, les lieux sombres se révèlent plein de pièges et de murmures. Ne les écoutez plus. Foncez, comme si votre vie en dépendait. Lorsque vous vous perdrez enfin, vous saurez ou vous êtes". Des paroles toujours aussi mystérieuses et fascinantes qui sortaient de cet esprit si brillant. Quelque chose se préparait. Quelque chose de sombre, d'immense. Un combat. Déjà, les kilomètres d'arbres à perte de vue semblaient nus, et les feuilles multicolores agitées par le vent de l'automne leur faisait prendre conscience qu'ils avaient été très loin. Lorsque tous furent enfin prêt, ils commencèrent leurs marches. Droit vers l'orée d'un bois sombre, celui  des songes et des mystères, tout droit sorti d'un conte de fée macabre et glaçant. Tandis qu'ils avançaient et s'enfonçaient toujours plus loin dans cet océan de souches paisibles, une sombre brume vint les envelopper d'un froid hivernal. Tous n'avaient aucune idée du chemin qu'ils entreprenaient, mais ils savaient au plus profond d'eux mêmes que le voyage en valait la peine. Mary Shelley fit quelques remarques absurdes sur d'éventuelles créatures célestes qui pourraient hanter ces lieux, et elle fit surgir un éclat de rire lorsqu'elle vit que Max se cachait derrière ses 2 amis, encore trop juvéniles pour paraître assez courageux. Howard Lovecraft fit stopper net l'étrange procession lorsque la lumière de la lune commençait à filtrer à travers la forêt qui devenait de moins en moins dense au fur et à mesure que les heures de marches s'écoulaient. 

- Chut. Vous entendez ? fit-il au reste de la troupe. 

- Quoi donc, Howard ? questionna Stocker. 

- Rien. Justement. Aucun son, aucun oiseau, aucun animal, plus un souffle de vent. Absolument rien. Nous sommes arrivés. 

Ils sortirent des bois, tous plus curieux les uns que les autres de ce qu'allait leur réserver la suite des évènements. Et il se tenait là, au milieu d'une colline, au elà d'une clairière abandonnée et touffue. Un gigantesque arbre mort, tortueux et certainement millénaire, dont les branches formaient des sillons tendres et immortels de souvenirs de jadis. L'arbre était loin de n'être qu'un parmi tant d'autres. C'était l'arbre de la destruction, la porte des enfers pour ces esprits brillants et à l'imagination flamboyante. C'était le portail dans lequel elles étaient enfermées, et attendaient patiemment la date de leur retour pour semer leur rage destructrice. Quelque chose avait changé dans l'esprit des jeunes aventuriers. Des images subliminales s'imprimaient dans leur tête, et aucun d'entre eux ne savait que l'autre avait les mêmes. Ils s'inquiétaient intérieurement de ces étranges visions, mais ne trouvaient pas le courage de se l'avouer à eux-mêmes, car ils craignaient de déranger le rituel ancestral qui était en train de s'opérer. Ils n'avaient aucune idée de quel jour nous étions, pourtant, ils avaient une date imprimée dans leur tête. Le 31 Octobre. Max regarda la montre bien cachée dans le fond de sa poche : il était 23h59. Quelques secondes plus tard, un souffle glacial parcourut le monde. Ils arrivaient. De l'arbre jaillit une lumière immense et rougeoyante, comme un feu d'un autre monde. Les créatures sortirent toutes d'un trou béant qui s'était creusé dans la souche. Le combat allait commencer. D'autres images, toujours plus nombreuses, s'imprimaient dans leurs têtes. Ils étaient les enfants choisis, les 3 bouc-émissaires qui disposaient de pouvoirs qu'ils ne soupçonnaient pas encore. Mais ils n'étaient pourtant que de vieux enfants. 

 

 

 

Le professeur Moriarty éteignit la lampe de son bureau et regarda la console. Tout se déroulait pour le mieux, les endorphines et l'écran d'images assénées au subconscient des 3 héros imaginaires commençait à avoir un effet plus qu'innatendu. Il regarda à travers le mur de verre. Rien ne bougeait. On aurait pu trouver de légers soubresauts au niveau des têtes bien sanglées dans leur casque de fer. Mais aucun d'eux n'en avait vraiment conscience. Il était minuit une. Le professeur l'attendait, mais elle ne se montrait pas. Enfin, lorsqu'il entendit craquer les talons sur le plancher asceptisé du couloir de l'ancien hôpital transformé en centre de traitement des maladies schyzophréniques avancées, il sut qu'elle venait vers lui. Qu'elle avait besoin de réponses. Elle entra dans le petit bureaux exigu et encombré de documents et de dossiers qui s'empilaient au delà de l'imaginable. Le professeur ne se retourna pas tout de suite, il attendit qu'elle dise quelques mots. Ce qu'elle fit. 

- Alors, ça avance votre... expérience ? Votre truc, là ? Parce que ça coûte de plus en plus cher. 

- Avez vous la moindre idée de ce qu'est un rêve partagé, Miss Kingsley ? 

- J'ai lu vos rapports. Du moins les grandes lignes. Mais je ne comprends toujours pas pourquoi eux et pas d'autres patients ! 

- Mais c'est qu'il s'agit de 3 cas en un, c'est un fait pathologique exceptionnel. Nous tentons de les comprendre, d'analyser leur esprit torturé, de voir comment ils pensent, comment ils réagissent à nos stimulis visuels et auditifs. 

- Je crois qu'il n'y a rien à expliquer, et que nous perdons notre temps dans des recherches vaines qui nous coûtent beaucoup trop d'argent et de temps, professeur... euh... 

- Moriarty. James Moriarty. Comme la némésis de Sherlock, avec moins de barbe et les yeux moins fuyants, docteur Kingsley. 

- Enfin, qu'est ce qui pourraient expliquer les motivations et les mobiles de 3 tueurs en puissance qui ont agi en collaboration les uns avec les autres et en connaissance du moindre de leurs actes ? Ne sont-ce pas juste des désaxés, des rebuts de la société élevés dans la violence et l'ignorance d'une famille dépassée ? 

- Cela va bien plus loin que ça. Ils ne tuaient pas des gens, miss Kingsley. Ils combattaient des monstres, des êtres vils et cruels. Dans leur tête, ils n'étaient rien d'autre que des justiciers. 

- Ironique. Quand on sait que du point de vue de la justice elle-même, ce sont d'immondes meurtriers. Gilles Francken, Rob Drac, Peter Jekyll... Et la dizaine d'autres sont là pour le prouver, vous ne croyez pas ? Arrêtez les recherche. Leur place n'est pas dans un labo mais dans un asile. Point final.

- Comme vous voudrez, Miss Kingsley. Ils étaient pourtant sur le point de révéler tous leurs mystères.  

- Vous n'avez pris aucune précaution en plus ! Ils ne sont pas attachés. Qui sait ce qu'ils seraient capables de faire à votre personnel, ou à vous mêmes. 
- Ils sont profondément endormis et dans l'état ou est leur subconscient, je doute fort qu'ils ne viennent déranger qui que ce soit. N'ayez crainte, le "trio sanglant" ne refera plus jamais surface. 

 

Soudain, l'écran de contrôle se mit à cligoter et la console à émettre des petits bips. James Moriarty et sa supérieur se retournèrent, et eûrent tout juste le temps de constater l'inconcevable. Les 3 hommes s'étaient réveillés en même temps, ils avaient passé la porte de sécurité et fondaient désormais sur le professeur Moriarty, redoublant de violence et de fureur. La nemesis moderne du plus grand détective du monde était une cible de choix. 

 

FIN !!!

 

 

 


 
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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 12:14

L'aventure continue ! Et il est temps pour nous tous d'enfin comprendre une partie du but de ce voyage. Attention, chapitre révélations ! 

 

http://doblelol.com/uploads/4/bablotech-funny.jpg

 

Il essayait de se persuader que ses trois garnements n’étaient partis que pour quelques instants. Qu’il ne fallait que quelques minutes avant qu’ils ne reviennent, chacun dans leur maison respective, effrayés par l’inconnu et le mystère du monde extérieur. Mais, en son for intérieur, et depuis toujours, il savait que ce temps là était bel et bien révolu depuis longtemps. Il les avait vus grandir, se transformer, pour ne plus jamais avoir à affronter le monde de l’éternelle jeunesse. Tandis que le vent changeait, qu’il semblait lui renvoyer en pleine face les souvenirs de sa propre enfance heureuse à Pennytown, à courir dans les champs de blé qui le rendaient invisible pendant un instant, il se rappelait de la beauté de sa propre innocence, et ne cessait de regarder en arrière pour savoir à quel moment il aurait pu la rattraper. Mais sa jeunesse, comme celle des autres, s’était bel et bien enfuie à jamais, et quelques pleurs aux moments les plus critiques venaient sans cesse le lui rappeler. Sa femme et son fils sortirent sur le perron. Ils le trouvèrent là, assis sur le rebord de l’escalier de l’entrée, frissonnant, ses cheveux battant la mesure d’une bourrasque soudaine et rebelle.

-       Ne t’inquiètes pas, dit le père de Max. Ils vont revenir. Ils n’en ont que pour un instant. La maison leur manquera. J’en suis sûr. Ils reviendront, comme ils le font toujours.

 

La machinerie était en place, les wagons, plongés dans les ténèbres de la folie, avançaient, tentant de battre les vents à leur propre jeu. William, Max, Bob. Tous trois le savaient, ils étaient partis pour bien plus longtemps que prévu. Edgar Allan Poe se tenait là, dans le wagon de tête. La démarche quasiment silencieuse, l’œil furtif, il semblait comme hypnotisé par une respiration qu’il n’avait pas l’habitude d’entendre. Quelque chose qu’il n’avait vraiment traité comme elle le méritait dans ses livres, mais à laquelle il avait tenté de s’accrocher jusqu’aux derniers instants : la vie. Elle était là, quelque part, et rien n’aurait pu le détourner de ce sentiment. Les autres, trop accaparés par eux-mêmes et par le trajet qui semblait déjà sans fin, étaient retournés à leurs tables respectives. Mais Poe était resté accroché à cette sensation qui, même après des années d’errance, ne le trompait jamais. Il y avait des passagers clandestins à bord de ce train.

 

-       Montrez vous, qui que vous soyez ! Montrez  vous, ou je lance toutes les furies des enfers contre vous, elles m’apporteront vos têtes comme des trophées.

 -       Non, s’il vous plaît, je tiens à ma tête ! cria Max, à la plus grande stupéfaction des deux autres.

 Leur couverture était grillée. S’ils en avaient jamais eu une. Max s’avança vers Poe, le cœur et le corps tremblants, le visage pâle et émacié de tâches de terreur. Il était le plus jeune, certes, mais pas le moins courageux.

-       Eh bien, jeune homme, que faites vous prisonnier de la noirceur de ces wagons poussiéreux ? Si je ne voyais pas si clair en vous, je dirais que vous vous êtes invités personnellement à notre petit… voyage annuel, n’est ce pas ?

 -       Alors vous êtes… vraiment… monsieur Poe ?

 -       Oh, je vois que tu connais mon nom jeune ami. Aurais je survécu au passage des siècles ?

 -       Vous plaisantez ? Je suis archi-fan de ce que vous faites ! Je vous lis presque tous les jours ! se lança à son tour Bob, plus sûr de lui-même.

 -       Et voilà qu’un nouveau passager montre sa jeune et fougueuse figure. Pardonne moi, mon jeune ami, mais je ne puis connaître la signification de ce mot… fan ?

 -       Oh, eh bien ça veut dire que j’apprécies beaucoup ce que vous avez fait pour le monde de la littérature, monsieur Poe. Vous êtes un modèle pour beaucoup de gens à travers le monde, un symbole.

 -       Tiens donc ! Cela fait bien des décennies que le monde n’a plus aucun contact avec moi. Nous, les écrivains disparus, sommes habitués à voyager seuls.

 -       Monsieur Poe, quel est le but de ce voyage ? demanda William, qui avait enfin décidé de sortir du silence.

-       Eh bien, que voilà donc. Un trio de compagnons courageux. Y’a t’il d’autres chérubins perdus qui, par hasard, vous accompagneraient ?

-       Non, monsieur, il n’y a que nous trois.

-       Tu me demandais, je crois, le but de ce voyage. Eh bien, toutes ces âmes errantes cherchent le repos. Mais la créature a dépassé le créateur. C’est ainsi que, chaque décennie, nous nous rendons dans le monde des ombres et combattons notre propre démon, celui que nous avons crée dans l’encre de la passion et de la souffrance, pour un jour espérer passer enfin de l’autre côté. Mais chaque fois, un obstacle se dresse sur notre route. Ces créatures sont trop fortes pour pouvoir être vaincues par nos mains poussiéreuses. Nous sommes lucides autant que nous sommes translucides.

-       Alors chaque… auteur doit combattre sa propre création ? Mais pourquoi ?

-       Pour ne pas que le monde ait un jour à connaître l’époque ou elles seront libérées, ou elles erreront dans cet univers, dévorant tout ce qui leur passera sous la main, voyons. Pourquoi crois tu que vos rêves sont si paisibles, depuis votre naissance ? Pourquoi crois tu que les cauchemars ne se matérialisent jamais ? Parce qu’ils sont prisonniers des limbes, des songes enfouis, que nous essayons à tout prix de garder prisonniers ! Mais, pauvre de nous, nous ne parvenons jamais à les vaincre. Jamais par nous même, en tout cas. Depuis un siècle, maintenant, nous avons enfin réussi à découvrir comment les combattre sans nous sacrifier pour cela. Ce train… il est notre purgatoire, notre rédemption, notre machine de mort des cauchemars assassins. Mais tous les dix ans, ils reviennent, ils tentent de forcer le passage vers votre monde. Ce serait une catastrophe s’ils parvenaient à s’enfuir de leurs geôles de verre. Le monstre du docteur Frankenstein, Dracula le vampire des ténèbres, le monstre de Moby Dick, le mythique destructeur de mondes, Ctulluh (oh, lui, il nous donne du fil à retordre…), Mister Hyde, le terrifiant Dorian Gray, et ce maudit corbeau ! Tous sont nos propres créations, mais ils ont dépassé nos ambitions les plus folles. Ils sont devenus immortels ! Et tant qu’ils ne seront pas détruits une bonne fois pour toute, nous ne trouverons jamais le repos. Oups… Je crois bien avoir un peu trop abusé de l'hydromel... une boisson du diable, n'en consommez jamais ! Je dois vous quitter, les enfants, restez là en attendant le prochain arrêt du train. Mais par pitié, descendez en une bonne fois pour toutes, que vous n’ayez jamais à affronter ces visions si… terrifiantes qu’elles ont fait de nous bien pire que des morts… Des damnés ! Je dois rejoindre les autres, sinon ils vont se demander ou je suis passé. Prenez garde, chérubins et adolescents en mal d’aventure, il se pourrait bien que celle ci soit la dernière…

 

Encore abasourdis par ce qu’ils n’osaient croire quelques minutes auparavant, les trois garçons ne savaient que décider. Ecouter leurs désirs les plus profonds, ou les battements de leurs cœurs qui s’accéléraient et menaçaient de se rompre ? Ils étaient confrontés au pire choix de leur existence : choisir, laquelle des deux, entre l’envie et la raison, allait avoir leurs faveurs. Dehors, le vent d'un monde invisible et secret redoublait de fureur. 

 

 

 

R.B

Le 11/10/2013


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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 11:03

Vous avez faim de mystère ? Ca tombe bien, eux aussi. Qui ça ? Mais les héros d'"Ombres et lumière", bien sûr. Et aujourd"hui, ils vont être confrontés à une inconcevable vérité. Je vous laisse la découvrir ! 

 

http://1.bp.blogspot.com/-Vldo5Ci4QdM/TdHoxmTQ0uI/AAAAAAAAAYw/M_b6EM7_0J4/s1600/Poe_and_Phillips_by_raulman.jpg

 

 

Le vent frais et humide d’un matin naissant soufflait déjà sur les herbes hautes alentour. Beaucoup de personnes étaient montées dans le train. Dans le silence le plus total, elles s’étaient dirigées bien naturellement vers ce qui paraissait maintenant être leur havre de paix éternel. A la plus haute heure de la nuit, ils auraient ressemblé à des démons luminescents, ou des êtres de lumière déchus de leurs rangs divins qui seraient venus s’échouer dans le monde comme on vient y mourir. La folie de leurs guenilles avaient d’abord sauté aux yeux des trois adolescents clandestins, mais il n’avait fallu que quelques instants pour découvrir qu’il n’avait pas grand chose d’étranger. Ils s’étaient réfugiés dans le wagon du fond, éclairé et dans lequel on entendait désormais cris, rires et hurlements en tous genres. Tout le monde semblait célébrer une fête quelconque, une procession étrange qui se serait terminé par un immense banquet. William avait décidé d’en avoir le cœur net. Ensembles, ils avaient franchi l’infranchissable. Ils voyaient désormais un spectacle étrange. A la lumière d’une lampe qui pendait au plafond comme une poupée démembrée, il y avait une table. Une table comme toutes les autres, bien sûr. Autour de cette table, il y avait des individus assis en rond, sur des chaises en bois qui semblaient déjà trop vieilles pour les porter. Et ces individus avaient quelque chose d’étrange, sans que William ne sache dire quoi au premier abord. Tout autour de la table, dans la pièce qui s’étendait comme un couloir vers un infini accessible, il y avait d’autres personnes. Certaines étaient assises contre les murs du wagon, d’autres discutaient joyeusement debout autour d’un verre d’on ne savait quel breuvage, gazeux et semblait-il phosphorescent. C’est Bob qui eut le premier l’illumination qui servirait à tout les autres pour faire l’inconcevable constat.

 


  - Regardez, là, le type qui tient les dés dans sa main, à gauche, accoudé à la table ! chuchota t’il, apparemment stupéfait.

 -       Eh bien, quoi ? Qu’est ce qu’il a, ce type ? fit William d’un air dédaigneux.

 -       Mais… c’est… tu ne le reconnais pas ? Soit c’est un sosie beaucoup trop ressemblant, soit…

 


Ils détaillèrent tous ce corps long et filiforme, presque longiligne. Ce costume sur mesure, d’un noir pénétrant, cette chemise blanche presque hypnotique, cette cravate sombre, d’un noir de jais. Ce long coup qui semblait descendre au lieu de monter jusqu'à un visage ovale et tout en longueur. Un nez pointu et presque diabolique, une minuscule bouche qui se formait par des lèvres discrètes et qui partaient dans un sens, puis dans l’autre. Ces yeux étrangement grands cachés derrière ces lunettes opaques d’un autre temps, d’un autre siècle plus clément que celui du temps présent. Cette voix très douce, inoffensive et presque féminine, qui murmurait ce que les autres semblaient éructer. Ces oreilles pointues et verticales comme le reste de son visage, et ce fin filet de cheveux coiffés en raie sur le côté, qui avaient presque l’air d’appartenir à quelqu’un d’autre. Il n’y avait pas de doute possible. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il semblait bien que ce soit lui.

 

 

-       C’est Lovecraft ! dit Bob, abasourdi.

 -       Quoi Lovecraft… L’écrivain ? Le Lovecraft des Montagnes Hallucinées ? Tu délires !

 -       Mais il est mort, non ? dit innocemment Max.

 -       Evidemment, crétin. Il est mort dans les années 30.

 -       Le 15 mars 1937 très exactement. Et pourtant, regardez bien ! Il semble là, à quelques mètres de nous.

 -       C’est une personne qui s’est sans doute déguisée en lui.

 -       Non, il n’y a pas de doute possible. Même le meilleur des déguisements ne ressemble pas autant au vrai ! Cet homme est bien Howard Phillips Lovecraft, dut se résoudre à dire Bob. Et là, presque à côté de lui, regardez ! Mais regardez donc !

 


Et ils regardèrent. Leurs yeux s’agrandirent à une vitesse folle tandis qu’ils détaillaient ce nouvel individu, dont le corps semblait auréolé de mystère et de prestigieux. Ils reconnurent ces cheveux fous, qui descendaient longuement jusqu’au cou et semblaient vouloir descendre encore. Ils l’avait vus dans les livres de la bibliothèque de Pennytown, ils avaient étudié ses mots à l’école où ils allaient depuis leur enfance. Cette moustache fraichement taillée par un barbier à la mode. Ces sourcils larges et broussailleux mais sans hauteur, qui lui donnaient un front proéminent. Ces yeux torturés et cernés par on ne savait quel démon de l’au delà. Cette écharpe blanche et presque poussiéreuse, qui cachait un coup fin. Ces petits bras maigrelets et cette tunique unie et sombre qu’il n’enlevait presque jamais lors des sorties officielles. Il était tel que ce que son portrait avait fait de lui : un être poétique, mélancolique, sombre et hanté par des amours perdus. L’être au corbeau fantôme, qui semblait être en permanence être posé sur son dos comme un message de mauvais augure, alors qu’il ne l’était jamais vraiment sauf dans l’imaginaire des esprits les plus créatifs. Ils avaient devant eux Edgar Allan Poe, le génie du fantastique, qui se tenait là en chair et en os, et semblait dévisager Lovecraft en attendant avec une impatience visible qu’il finisse de jouer son coup de dé.

 


-       Mais Poe est mort en 1849, non ?

 -       Je sais, fit Bob, comme pour éluder cette question qui en réalité ne donnait pas plus de sens à la situation. Je sais. Ces deux là ne se sont jamais connus. Pourtant, ils sont assis face à face ! Vous les voyez, vous aussi, non ?

 -       Arrêtez avec vos histoires, vous commencez à me foutre la trouille, dit Max, encore frissonnant.

 -       A côté de Lovecraft, ce n’est pas…

 -       Asimov. Isaac Asimov. Et là, sur la droite, c’est…

 -       Aldous Huxley, l’auteur du meilleur des mondes. Et cette femme qui rit à gorge déployée, avec la coiffe bouclée…

 -       C’est Mary Shelley, madame Frankenstein. Elle est assise face à Mr Dracula !

-       Bram Stocker. Mais… c’est incroyable ! Et ça continue, là !

-       Edgar Rice Burroughs ! Le cycle de mars, le livre de la jungle…

-       Oscar Wilde, et même Ray Bradbury, là !

-       Mais Bradbury est encore vivant, non ?

-       Ne cherche aucune logique. Ici, elle n’existe plus. Je crois que nous sommes face à l’un des plus grands mystères de l’histoire, les amis.

-       Mais tous ces gens sont morts ! Certains depuis des siècles, non ?

-       Tu oublies quel jour nous sommes, Max.

-       Le… 31 Octobre. Nous sommes le soir d’Halloween.

-       Aussi appelé Samhain dans la tradition celtique, ou encore la fête des morts. Tous ces gens sont morts, certes. Mais il semble qu’ils aient encore des histoires à raconter…

 


Alors que le voyage semblait de plus en plus sombrer dans la folie, nos 3 amis se posaient toujours plus de questions sur le but de celui-ci. Le présent et le passé se mélangeaient avec une grâce étonnante, et dans un frisson ultime de peur et d’appréhension, William mit fin à cette vision surnaturelle en quelques gestes, tandis que les génies du mal se levaient de leurs tables et se dirigeaient, hagards, vers la chaleur des voix qu’ils avaient entendues murmurer. La nuit promettait d’être encore plus longue que prévue. 

 

 

RB

LE 25/09/2013


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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 15:27

L'histoire continue, remontant toujours plus loin dans la folle épopée de trois garçons en quête de réponses... 

 

http://94.23.8.188/~datavip/medias/0511/un-pacte-avec-satan-vip-blog-com-7488762098331025_1.jpg

 

 

La machine infernale avançait à vive allure. Le ciel s’éclaircissait au fur et à mesure. Entre les collines qui bordaient Pennytown se dessinaient d’étranges fantômes  prisonniers d’une lande translucide. Des cris se faisaient entendre, au détour de quelques rails usés, comme des soubresauts d’un passé emprisonné dans un écrin de porcelaine. Max avait un secret. Un secret qu’il n’était pas encore prêt à dévoiler. Bien emprisonné dans une poche de son jean qui datait de la veille, un objet auquel il tenait tout particulièrement veillait sur lui, du moins le croyait-il. La petite montre à gousset, pour laquelle le temps n’avait plus aucun secret, restait là, immobile, prisonnière du bout de tissu infime qui lui servait de poche, et attendait son heure. Il la gardait comme une relique, un gri-gri, un porte-bonheur qui pouvait lui permettre, en un instant, ou peut être en un peu plus de temps, de surmonter tous les obstacles qui s’étendaient sur sa petite route. Mais la donne avait changé. La route, là haut, s’était transformée en rails. Et les rails s’étaient  élargis, là bas, vers l’infini du monde. Will était à présent assis sur un siège du wagon, réfléchissant à ce qu’ils venaient d’accomplir. Un méfait qu’aucun qualifierait d’insensé, d’impardonnable : la curiosité. Max, lui, réfléchissait, une main prisonnière de sa poche, tenant son objet fétiche comme un anneau précieux, remontant le temps par le simple pouvoir de sa mémoire sélective, et des quelques bribes d’histoires qu’on lui avait fournies de lui même.

 


Il fut une époque, pas si lointaine, ou Max n’était pas si glouton et potelé. Un temps ou il habitait un petit pavillon dans la banlieue de Gracetown, une ville voisine de la sienne, passablement similaire quoiqu’un peu plus lumineuse. Il apprenait à peine à découvrir son monde réduit, et ses parents étaient fiers de le voir évoluer dans le microcosme qu’ils avaient construit autour de lui. Son grand frère, un peu boudeur, et jaloux depuis des années de son arrivée tardive, faisait semblant de ne pas le voir, comme s’il n’avait été qu’une infinie goutte de rosée dans la danse tremblante et redondante du matin naissant. Max était né avec une minceur singulière. Au tout début, ses parents n’arrivaient même pas à le faire manger. Il pleurait toujours lorsqu’un biberon se présentait devant ses lèvres asséchées. Il avait une anomalie de l’estomac qui faisait qu’il ne mangeait presque rien pendant les 5 interminables premières années de son existence. Et puis un jour, tout a changé. Un jour, Max et ses parents ont décidé de tout quitter, lorsqu’ils ont appris l’effroyable cauchemar qui s’était déroulé dans la maison qu’ils habitaient. Une sombre affaire de squat, ancien lieu de villégiature d’une sombre bande de tueurs satanistes, qui avaient choisi volontairement l’endroit pour son étrange disposition architecturale. Au début, les petites marques présentes sous le papier peint n’avaient pas gêné, les étranges découvertes dans la cabane du jardin d’en face n’avaient alerté personne. Et puis, au fil des heures, des jours, des semaines, des mois, des années, le mystère qui s’épaississait s’était enfin levé.

 


La fameuse secte se faisait appeler la confrérie du pentacle, elle comprenait environ une trentaine de membres, qui évoluaient en grade en saccageant et cambriolant les maisons, et en omettant de dire aux autorités locales la provenance de leur financement qui ne passait plus que par des larcins, parfois sommaires, parfois bien plus élaborés. La confrérie du pentacle était dirigé par un étrange homme aux tatouages envahissants, que l’on appelait « l’homme illustre », en référence à sa toute puissance de l’époque comme aux illustrations qui envahissaient chaque pore de sa peau, chacune semblant raconter une histoire différente. Il se prénommait en réalité Spencer, mais tout le monde l’appelait par son surnom d’usage. C’était en fait un ancien repris de justice, condamné pour plusieurs vols à l’arrachée, dont certains sous la menace d’une arme. Sa secte avait commencé à faire parler d’elle dans les murs de la prison dans laquelle il avait passé quelques années. Dans l’ombre de ses couloirs ou la folie devient le moteur de l’existence, dans le vide de ces cellules minuscules ou la torture de l’esprit remplace son développement, il avait en secret engagé des partisans, qui n’avaient plus rien d’autre que sa théorie futile à laquelle s’accrocher. Celle qui disait que le comté était dirigé par des forces occultes qui envahissaient chaque recoin de leur monde, et que cela durait depuis des millénaires, qu’il fallait en finir avant qu’ils n’envahissent leur âme toute entière. Un ancien cambrioleur, un violeur de petites filles, un tueur de vieilles dames, et même une veuve noire –ces femmes qui, par simple cupidité, cumulent les mariages et les enterrements étranges, habillés en veuves mais portant le lourd secret de l’avarice- qui venait d’un autre état, emprisonnée ici par choix. Il avait réussi à recruter une dizaine de personne, et avaient commandité avec eux une évasion, en plein cœur d’une nuit froide et sans étoiles.  La petite bande de criminels avait longtemps survécu, vagabondant parmi les champs aux cultures hautes, se frayant un chemin sous les ponts de pierres anonymes, nageant dans les eaux troubles des rivières cachées, mangeant à leur faim, en volant dans les masures et autres fermes de la région. Tout le comté de Gracetown étant une région très agricole, il n’était pas trop difficile de trouver de quoi se sustenter. Lorsque l’hiver commença à pointer le bout de ses flocons, il fallut bien trouver un endroit ou s’abriter du froid.

 

 

C’est ainsi qu’ils prirent possession de cette maison, entièrement neuve mais jamais vraiment finie, qui avait presque failli appartenir à un couple de propriétaires récemment fortunés, qui avaient trouvé de quoi dépenser leurs gains aux jeux entre ces 4 murs qui promettaient un jolie paradis une fois quelques transformations faites. La construction ne s’était jamais terminée, le propriétaire immobilier avait fait faillite et la maison était désormais prisonnière du vide, n’appartenant plus qu’à quelques squatteurs de passage. Et désormais à la secte naissante. Nouvellement riches de leurs larcins, les membres commencèrent à faire parler deux aux alentours. Voyant là qu’ils risquaient d’être découverts, ils changèrent régulièrement d’apparence. Spencer avait, et c’était très étonnant, gardé un ancien contact dans la police de la ville, un ami à lui qui avait fait plusieurs cambriolages en sa compagnie dans une lointaine jeunesse, et qui ironiquement s’était retrouvé à porter une insigne et à évoluer dans un système qu’il détestait profondément. Lorsque le policier rejoignit la secte, elle ne lui demanda rien en échange, hormis d’assurer leurs arrières si jamais ils étaient démasqués. C’était un âge de corruption, un âge un peu plus ancien, en plein cœur d’une petite ville de campagne, que celui des grandes métropoles qui couraient déjà vers l progrès et la consommation à très grande échelle. Les membres de l’organisation s’étaient étendus, ils ont atteint leur apogée lorsqu’on retrouvait des bêtes éventrées dans les étals des fermes voisines, d’étranges inscriptions sur les arbres des forêts alentours.

 

 

Un jour, bien sûr, plusieurs semaines après et alors que la police était sur le pied de guerre, devant tant de pression populaire pour régler ce problème qui gangrénait leur bien être quotidien, les choses ont dû bouger d’elles mêmes. Le policier membre de la secte, devant l’insistance de ses supérieurs, changea de nouveau de camp. Il allait faire croire à Spencer qu’il était toujours de son bord, infiltrer dans sa bande quelques nouvelles recrues, et enfin les avoir tous un par un pour les remettre en prison tous le restant de leur jour. Par un beau jour de printemps, il entra dans le bâtiment, croyant y trouver l’ensemble de la nouvelle fratrie. Mais ils avaient tous disparus, tout le monde s’était volatilisé, comme si toute cette folie, hormis les quelques traces physiques qu’elle avait laissé, n’avait jamais véritablement existé. Des patrouilles entamèrent des recherches pour retrouver les fugitifs, mais, tels des ectoplasmes insaisissables, ils avaient, selon toute vraisemblance, disparu du monde réel. Peut être avaient ils été happés par les enfers qu’ils adoraient temps. Peut être avaient ils senti le vent tourner, et avaient décidé de fuir à l’aube, avant qu’on ne leur tombe dessus. On n’entendit plus jamais parler de la confrérie du pentacle dans le comté de Gracetown, ni, à la connaissance de chacun, aucun autre comté d’ailleurs. Ils disparurent dans les méandres des affaires irrésolues et classées sans suite des forces de l’ordre, et le calme revint peu à peu dans la ville. Les promoteurs immobiliers, après la crise des années 80, vinrent de nouveau s’installer en ville et construisirent des agences pour tenter de relancer un marché qui allait peu à peu devenir florissant dans le monde rural.

 

 

C’est alors qu’un jeune couple eût pour projet de venir s’installer dans leur propre petit pavillon, alors même que la jeune femme avait très à coeur de devenir mère. Ils allaient devenir un couple influent dans la région, l’un étant un homme politique de second plan, mais tout de même assez influent, l’autre étant une infirmière en chef très réputée dans son secteur. Ils restèrent un peu plus de 5 ans à Gracetown, dans cette maison vendue comme une « authentique merveille de la nouvelle architecture ». Jusqu'à ce qu’ils comprennent qu’élever son enfant dans ce milieu si sombre et si glauque n’allait pas leur apporter un environnement suffisamment sain pour son futur. Enfin, le couple et le tout jeune enfant mirent un jour les pieds à Pennytown. A partir du moment où ils quittèrent les murs de leur ancienne demeure, tout changea. Le petit Max fêta ses 6 ans dans sa nouvelle maison, et commença à dévorer tout ce qui lui passait sous la main, et à reprendre une seconde assiette presque à tous les repas, au plus grand étonnement de ses parents. Et après quelques années de prospérité, après quelques noël joyeux, après quelques étés heureux et insouciants, voilà où il en était : prisonnier, avec ses deux seuls amis, d’un endroit qu’il redoutait plus que tout au monde, parce qu’il ne lui inspirait rien de plus familier que la peur.

 

 

Soudain, alors qu’il tournait déjà à vive allure, le train s’arrêta. Tous trois en furent surpris, eux qui s’attendaient à faire face à un voyage sans fin. Loin devant, à quelques centaines de mètres déjà, puis à moins de 800 mètres, puis à quelques mètres d’eux, la machine à l’arrêt, se dessinait une nouvelle gare vide. Un endroit familier pour Max. il s’agissait de la grande gare de Pennytown, construite après son départ, et dans laquelle il aimait toujours venir farfouiller, avec ses parents, là ou se tenait un petit brocanteur sur le déclin mais qui possédait des merveilles, soit de valeur inestimables, soit qui ne valaient pas un clou, mais qui possédaient toutefois un cachet indiscutable de vieillerie à valeur plus sentimentale que pécuniaire. Ils entendirent les pas du conducteur se ruer au dehors, sur les graviers, et crier : « Gracetown, 5 minutes d’arrêt ».

Ils entendirent d’autres pas, plus soutenus et plus caverneux, se diriger droit vers eux. En un éclair, sans réfléchir, ils se cachèrent sous les banquettes vieillies et rongées par la poussière. Ils ne purent que l’entrevoir, mais furent encore une fois étonnés par l’immensité de l’homme à la capuche sombre. Il avait une stature digne de celle d’un personnage de la haute noblesse. Cependant, il paraissait torturé, rongé par un vice qu’il gardait caché au fond de sa boîte à souvenir, qui, à en juger par sa voix toussoteuse, devait être sans fond.

 

-       Allons bon, Valmont, allez donc dire aux domestiques qu’ils veuillent bien fournir d’autre mets. Nous ne sommes plus tout à fait seuls ce soir.

 -       Mais, monseigneur, souhaitez vous vous charger de cette tâche vous même ? Cela représente un bien lourd fardeau, à votre âge.

 -       Ne m’insulte pas, être difforme ! Je suis encore bien assez jeune pour m’occuper des choses importantes. Et celle ci en est une. Va, maintenant, je dois accueillir mes éventuels nouveaux invités comme il se doit.

 


Dans l’étendue des rues vides, au delà des lampadaires crasseux, dans l’heure la plus froide de la nuit, des formes fugitives, comme des être filandreux sortant tout droit d’un canevas poussiéreux, descendaient les rues en contrebas en se dirigeant vers la gare. On ne les voyait guère que quelques dixièmes de secondes, mais assez pour savoir qu’ils étaient bien là. Le train des âmes perdues continuait sa moisson d’âmes, inlassable rituel millénaire, pour les conduire vers un ailleurs qui deviendrait leur diabolique paradis.

 

 

`


 

 

RBéteille

LE  11/09/2013

 

 

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 12:46

http://fc05.deviantart.net/fs71/i/2010/153/5/a/Enter__Doomtrain_by_Grrrod.jpg

 

Will et Bob avaient cessé de voir les lumières de la rue. Ils couraient, à perdre haleine, vers une destination dont ils ne savaient encore rien. Max, qui suivait derrière, avait encore un peu de mal à se mettre à leur niveau. Il traînait, courait quelques mètres puis s'arrêtait de nouveau, haletant, le souffle coupé par tant d'efforts inhabituels. Etait-ce une lente transpiration ou une peur primaire qui coulait le long de son dos ? En cet instant, même lui en doutait. 

- Vous aviez dit que ce n'était qu'a 5 minutes de marche ! se plaignait-il, entre deux fortes respirations.

- Cesse de geindre, Max. On arrive.

 

Et c'était vrai. Ils entendaient la lente respiration souterraine des épis de blés qui voletaient au contact d'une minuscule brise. Ils semblaient murmurer des choses aux 3 garçons. Comme un avertissement qui dirait : fuyez donc, vous ne savez pas dans quoi vous vous engagez. Mais, bien sûr, aucun des 3 ne l'entendait, car il était couvert par le bruit étonnant de la curiosité et des hypothèses, toutes plus fantasques les unes que les autres, qui se bousculaient dans leur tête. Une mer de fantasmes et d'interdits qui voulaient chacun avoir une place de choix dans les instants qui allaient venir.

- Il n'y a absolument rien. Enfin, moi en tout cas, je...

-Chuuuut ! Vous entendez ?

- Entendre quoi ? Will, tu sais bien que tu es le seul à entendre des...

- Ferme là et écoute !

 


Max se sentit vexé et se réfugia dans le silence pesant de la remontrance. On les entendait, certes, mais ils étaient si minces et brefs qu'ils auraient pu passer pour de petits cris d'insecte. Des chuchotements. Vifs et très doux à la fois. Les 3 garçons se glissèrent avec précaution entre les tiges de blé. Le voyage vers le chemin de fer, pas après pas, s'éternisa. Et puis, comme un prédateur qui observe sa proie, Will écarta les feuillages pour glisser un oeil or de cet océan. Et il le vit. Un train noir comme la nuit, semblable à aucun autre. Un vieil homme à casquette était descendu de la locomotive, c'était sûrement le conducteur de l'engin, frêle fantôme n'attendant que le signal de l'éternel pour reprendre sa couse folle vers un ailleurs plus verdoyant. Il était très noir, très vieux et très bizarre, dans ses formes pointues et nonchalantes. Il émanait de cet engin un certain orgueil, une fierté qui, dans le fond, était bien justifiée. Will remarqua les deux énormes cornes à l'avant, comme des défenses d'éléphants faites de fer et d'acier.  

 

Le conducteur aussi avait quelque chose de singulier. Le visage blafard, tel un enfant de lune, le geste évasif, comme un esprit voguant au vent des plages, précipité dans l’abîme par ses gestes fous. Il parlait, gesticulait, éructait une colère qu’il ne pouvait plus contenir. Les 3 garçons prêtèrent une oreille attentive. Et c’est là qu’ils arrivèrent enfin à l’entendre clairement, comme l’écho de ce voix d’outre tombe, qui murmurerait au fond d’un couloir aussi sombre que le monde.

"Je leur avais dit : vous allez voir, le train ne va pas tenir le choc. Nous avons trop de route à faire, qu’ils ont répété. On ne peut pas se permettre de perdre du temps à faire une révision lorsqu’il n’y en a pas besoin. Alors on est partis, et est arrivé ce qui est arrivé. Et voilà qu’on se retrouve au milieu de nulle part. Mais personne n’écoute jamais le conducteur de la locomotive. C’est juste un type qui est coincé dans une cabine et qui doit mettre du charbon dans la machine. Peuh !"

Les mains noires et la peau blanche tachetée de suie, le conducteur s’arrêta net. De parler, de bouger, de respirer. Il tourna la tête derrière lui, droit vers la fente laissée par le regard de 3 jeunes curieux qui n’auraient pas du se trouver là. William recula, Max haleta, Bob s’étonna en une flamboyante levée de sourcils. Avaient-ils fait trop de bruit ? A moins que ce ne soit pas eux qui aient attiré l’homme, mais quelque chose d'autre, caché dans les épis, attendant au ras du sol tel un insecte empoisonnant ? Petit, râblé et pourtant menaçant, il resta quelques secondes immobile, comme s’il jouait au jeu de la statue. Il scrutait de ses yeux fins la nuit alentour, et tentait de sentir de son nez aquilin une odeur qui sortirait de l’ordinaire. Tel un félin, de son pas frêle et silencieux, il se dirigea vers sa cabine, dans la locomotive.

 

-       Vous croyez qu’il nous a vu ? fit Max, apeuré.

 -       Qui c’est ce type ? et ce train… Il est tellement… bizarre ! Vous ne trouvez pas ?

 -       La seule chose que je sais, c’est que les trucs « bizarres », c’est forcément ceux qui attirent des ennuis…

 -       Chuuuut ! Taisez vous, tous les deux, asséna Will.

 

Les pas étaient lourds, mais les gestes semblaient encore jeunes et rapides. Un étrange homme sortit du premier wagon, suivi de près par le conducteur. Il était revêtu d’une cape très longue et sombre, aussi sombre que les traits de son visage, quasiment invisibles et cachés sous une capuche, celle d'un vêtement de soie noire. Les longues manches qui pendaient de ses bras, les plis de son vêtement uni qui dansaient le long de ses pieds chaussés d'étranges bottes : tout chez cet individu relevait d'un autre réel, sans relief et plus évanescent que celui dans lequel il se trouvait. 

- "Ou en sommes nous, Valmont ? Avez vous réparé cette fichue locomotive ? Nous avons encore beaucoup de voyage à faire", dit l'immense silhouette qui semblait surplomber le ciel et le toiser d'un regard accusateur, comme pour le blâmer d'avoir jeté sur eux une malédiction tenace. 

- Certes, monseigneur, j'en suis conscient. Mais, voyez vous, je suis tout seul pour m'occuper de la maintenance. Mon second nous a quitté voilà trois jours et... je ne puis avancer aussi vite que s'il s'était trouvé à mes côtés. 

- Je vois. Bien. Dès que nous serons prêts à partir, faites nous signes. Nous nous sommes réfugiés dans le wagon de queue. 

- Bien monseigneur. 

- Et pour l'amour du ciel, appellez moi Archibald ! 

- Jamais je ne me permettrais cette familiarité, monseigneur. Après tout, je ne suis qu'un diablotin qui fait marcher la machine des enfers. 

 

Archibald et Valmont. Voilà donc les noms que portaient ces deux gaillards, l'un dépassant facilement l'autre d'une tête et demie. Les garçons ne perdaient pas une miette de ce tableau de maître si singulièrement familier. Valmont retourna à ses occupations, l'air un peu bougon, encore sali par tant de remontrances. Il avait pris un air vexé, mais gardait, dans un coin de sa face difforme, un coin de culpabilité. Dans une fabuleuse procession qui ressemblait plus à de la télékinésie qu'a du bricolage traditionnel, Valmont fit mine, une fois les derniers écrous remis en place, de redémarrer la machine, furieuse et indomtable furie du vent. Un éclair jaillit de nulle part, on eut le temps de voir l'absence d'un corps d'athlète chez le conducteur, plutôt celui d'un bossu sorti d'un autre âge, la pauvreté se dessinnant en filigrannes sur ses traits usés, ses sourcils grisonnants et fournis, son nez arqué et sa bouche effacée. La fumée noire ne tarda pas à monter, haut dans le ciel argenté, cachant de son voile éphémère une lune passée sous brillantine.

Valmont remonta dans sa cabine, et d'un geste décidé, fit retentir le signal, un sifflement strident qui ne pouvait signifier qu'une chose : le train allait quitter la gare. Cette longue tige de folie et de métal rouillé allait de nouveau partir vers l'enfer d'où elle était venue, à moins que sa destination n'ait changée entre temps. Will, Max et Bob se regardèrent tous trois, ne sachant que faire devant tant de mystère irrésoluble. A l'affût, Will parla le premier.

- Ce train et ces types n'ont rien de normal. On dirait qu'il sortent tout droit d'un autre siècle ! Je veux des réponses. Sur eux, sur ce train, et peut être même sur ce qui m'arrive. On doit monter.

- Mais t'es malade ? s'étrangla Max. On ne sait même pas où il va, on a pris aucune affaire, juste un petit sac à dos, et puis on ne peut pas partir comme ça, sans rien dire à personne, sans même savoir à qui appartient cet engin !

- Max a un peu raison, Will. C'est risqué. Et si ces types nous capturent et nous enferment on ne sait où ? Qui pourra dire à nos parents où nous sommes allés ? Il ne restera aucune trace de nous, ce sera comme si nous n'avions jamais existé.

- Je préfère voir ce qui existe ailleurs que continuer à ne pas exister ici.

Un silence suivit. Un silence lourd de menaces et de sous-entendus. Le train, lentement et avec application, démarra sa course. Les rouages de la locomotive, comme celle d'une horloge bien agencée, se mirent à faire le même mouvement uniforme, et le temps, comme ralenti, reprit sa marche folle. Dans une nuit froide et vide de sens, Will courut vers le train et sauta dans le wagon de tête, s'engouffra dans son silence et se perdit dans les ombres de ses couloirs vides. Voyant s'éloigner sa meilleure chance de s'intégrer dans le monde, Bob et son sang ne firent qu'un tour. Il prit la même direction, et en un saut élancé et d'une rapidité surprenante, pénétra à son tour dans la machine infernale. Max, mort de peur et d'excitation, ne pouvait pas rester là et expliquer à tout le monde où ses amis étaient allés, qu'ils avaient disparu à tout jamais et que lui seul les avait regardés partir vers l'horizon ombrageux. Il ne pouvait porter le poids de l'inconscience de ses amis sur son dos toute sa vie. Il ne pouvait supporter un jour de plus les brimades des autres, et les ravages de leur ironie acérée. Lentement, encore peu sûr de lui, puis de plus en plus rapidement à mesure que la vitesse du train s'intensifiait, il sauta brusquement dans le wagon, et la main de son ami rattrapa la sienne, comme un signe d'indéfectible soutien et d'amitié sincère. Cette main voulait dire : je ne te laisserai jamais tomber. 

Ensembles, cachés dans le noir, comme des enfants se cacheraient dans leurs draps par crainte du monstre caché sous leur lit, ils entamèrent un voyage vers quelque chose qu'ils ne pouvaient imaginer. Lentement, en cadence, le sifflement du train et le bruit de son moteur toussoteux se perdit dans le lointain, disant adieu à Pennytown comme à une amie d'enfance qu'ils se désolaient de quitter, alors qu'ils n'en avaient vu que les formes. Pour les 3 garçons, en revanche, c'était un adieu. Un adieu à leur vie d'avant, un adieu soudain et désespéré à leurs journées d'été, un adieu enfin à leur enfance, bien cachée dans les replis de leurs vêtements trop étroits. 

 

A suivre... 

 

 


 

R.B

Le 09/09/2013

 

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 13:21

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- Tu l'as vu, comme moi ! Un éclair blanc, comme de la foudre. Mais ce n'était pas vraiment de la foudre, hein ? 

- C'est peut être l'armée qui fait des expériences ? 

- Arrêtes un peu, Max, tu veux ? A chaque fois que quelque chose se passe ici, tu crois qu'ils font des expériences. Y'a longtemps que l'armée a quitté le secteur..." fit remarquer ironiquement Will. "Tiens, voilà Bob"; continua t'il en entendant le minuscule grincement de la porte de la chambre. 

 

Le visage de leur nouvel arrivant était circonspect, comme s'il s'attendait à voir quelque chose d'hors du commun, quelque chose qui défiait la réalité. Une moue de déception s'imprima tandis qu'il voyait les deux lurons assis côte à côte sur le lit, la fenêtre ouverte, observant l'immensité et le silence de la nuit. Ses cheveux d'un blond fin volèrent au contact d'une infime brise qui le surprit. Ses minuscules et quasi-invisibles sourcils se haussèrent puis disparurent devant l'éclat de ses yeux d'un vert à la fois malin et diabolique. Bob était encore un enfant, ou en tout cas s'habillait comme tel et faisait en sorte que l'on pense qu'il n'avait jamais vraiment remarqué avoir grandi. Pourtant, du moins en taille, il était le plus haut de tous, celui qui dominait tous les autres. Il paraissait néanmoins frèle, en raison de son allergie chronique au contact de toute activité sportive. Même élancé, il paraissait comme perdu dans sa chemise à carreaux rouge et noire trop grande pour lui, son jean taille basse qui se perdait dans les plis convexes de ses formes encore maigrelettes, et ses chaussures qui donnaient de lui l'impression d'un homme perdu en train de folâtrer dans des habits de clown d'un cirque de quartier aux décors bon marché. Les lunettes en rond d'aviateur n'arrangeaient rien...

 

Bob avait souvent les yeux en l'air, et lui seul savait ce qu'il voyait à l'intérieur même des nuages, qu'il se complaisait à personnifier. Il avait les habitudes d'une personne âgée : le soir, confortablement installé dans son fauteuil, les chaussons aux pieds et la robe de chambre qui se baladait au rythme de ses changements de positions, il tentait de se concentrer sur sa lecture, qui était bien souvent plus vieille que lui de plusieurs siècles. Bob aimait les classiques, les tisanes au tilleul (héritage, selon lui, d'une vieille tradition qu'il tenait de sa mère -où l'on devinait qu'il parlait ici avec la voix et l'esprit de son grand père, sa propre mère préférant plutôt le whisky ou le cocktail à la menthe- et dont on avait jamais vraiment pu expliquer la provenance), les films de Ray Harryhausen et autres ancêtres à la technique géniale. Il préférait le café noir au chocolat au lait, les biscuits secs et un peu mous aux brioches grillées et tartinées, les films du dimanche soir aux séries télé à la mode. Tout chez lui, du moins dans son esprit, paraissait ne pas correspondre avec le reste de son corps. Sa façon de marcher et de siffler bêtement, parfois, lorsque l'envie lui prenait et que l'air était assez chaud pour éveiller un peu de gaieté dans les esprits les plus moribonds. 

 

 

- Les parents n'ont rien entendu, personne ne sait qu'on est là. Ce sifflement... vous lavez entendu ? Ca ressemblait à celui d'une locomotive, celle d'un vieux train ou un truc comme ça...

- En pleine nuit, un dimanche ? Il faudrait être fou pour envoyer un train à cette heure là, non ?" fit remarquer Max avec une certaine désinvolture. 

- Mon grand père m'avait raconté une vieille histoire, à propos d'une locomotive fantôme. Elle ne sait ni où elle se trouve, ni où elle va. Ses passagers sont invisibles, mais sa terreur se répand à travers les champs aussi rapidement que la folie des hommes. L'air change à sa venue, tout devient plus froid. Et puis il y a ce sifflement. Sinistre. Effrayant et que seules les personnes qui n'ont pas encore perdu leur innocence peuvent entendre. Le train de la mort. 

- Et ce train de la mort... est ce que l'histoire dit quand il s'en va ? Mourir aujourd'hui, ça me gène un peu. C'est que j'ai plein de choses à faire demain... 

- Arrêtons donc un peu ces bêtises bonnes à effrayer les gosses. Ce ne sont que des histoires, des légendes trop vieilles pour être vérifiées et de toute façon bien trop invraisemblable pour que quiconque ne prenne la peine de le faire. Will, arrêtes un peu avec tes trucs macabres, tu vas filer la trouille de sa vie à notre pauvre Max. 

- Non, moi ça va. Enfin, si aucun train de la mort ne traîne dans les parages, bien sûr. 

- Je crois qu'il n'y a qu'une seule solution pour savoir de quoi il s'agit exactement. 

- Oui, si on veut découvrir qui s'est arrêté dans notre ville à cette heure ci, il nous faut nous rendre là bas. 

- Quoi ? Aller au chemin de fer en pleine nuit ? Mais... Et les bêtes... et puis si mes parents découvrent que je ne suis pas dans mon lit, je vais me prendre une sévère dérouillée, c'est sûr ! 

- Arrêtes un peu de jouer ton trouillard, Max ! Ce n'est qu'une petite excursion. La gare de chemin de fer n'est qu'a 5 minutes à pied d'ici, on va juste voir ce qui se passe et on rentre. Les parents n'en sauront rien. 

- Bon... d'accord. Mais je vous préviens, s'ils s'en rendent compte, je dis que c'est de votre faute. 

- Tu diras tout ce que tu veux plus tard. En attendant, prends une lampe de poche et filons !, chuchota violemment Bob, le plus déterminé mais aussi le plus intrigué de tous. 

 

 

 

Ce remue ménage n'avait rien d'exceptionnel, et les excursions des trois jeunes aventuriers de l'étrange avaient tendance, avec Octobre qui allait bientôt se terminer par la plus effroyable et la plus festive des nuits, dans un déluge d'orange, d'éclats de bougies et de morts vivants à la lanterne vieillie, à se multiplier de plus en plus tôt et à des intervalles de plus en plus réguliers. C'est que, si les adultes avaient tendance à être supersticieux, les enfants, eux, l'étaient encore plus mais sur des sujets bien différents. Max ferma tout. La fenêtre et la porte de sa chambre. Le parquet grinça quelque peu, mais rien de trop bruyant. La porte d'entrée se ferma aussi doucement que le reste. Puis ils s'enfuirent dans les ténêbres, vers la lumière du mystère et de l'inconnu. Chacun sa lampe de poche, chacun sa peur, chacun son appréhension mais tous le même objectif : découvrir la folie et la passionnante quintessence de l'inconnu. 

 

 

Dans la précipitation de la découverte, ils avaient tous eu un autre point commun : celui d'oublier d'éteindre la lumière de la table de chevet dans la chambre de Max. Billy, qui se réveillait d'un cauchemard incroyable mais dont il ne parvenait plus à se rappeller l'origine, fut étonné de voir ce halo jaune et transparent illuminé le dessous de la porte de la chambre de son frère en se levant pour aller à la salle de bain. Il ouvrit donc la porte pour vérifier ce qui avait causé ce réveil soudain et innatendu. Il fut d'autant plus surpris, du reste, d'y trouver le silence pesant de l'absence. Il fit le tour de la maison, en passant par la cuisine, pour vérifier que son frère n'avait pas eu une crise soudaine de "somnambulisme à tendance goinfre", comme il aimait souvent à s'en moquer. Le frigo était fermé, chaque chose était à sa place, la pénombre et le vide régnaient dans la salle à manger autant que dans toutes les autres pièces. Il marcha vers la porte, l'ouvrit et eût alors une vision des plus singulières : trois ombres, dont une un peu plus petite que les autres, courant dans la nuit noire, leurs ombres fugaces se dessinant à travers la lueur des lampadaires échauffés. 

 

 

Il remonta les marches quatre à quatre, ouvrit la porte de la chambre de ses parents, et, un sourire gracieux et festif aux lèvres, déclara : 

 

- Papa, je crois... je crois qu'on a un problème... 

 

A suivre ! 

 

RB

Le 29/08/2013

 


 

 


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