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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 16:59

Nouvel exercice d'"Aujourd'hui, je suis" sur le blog. Souvenez vous : on décrit une émotion, un sentiment, une chose ou un état de fait. Plus besoin de deviner cette fois, la réponse se livre d'elle même. Voici un texte que je voulais écrire et partager avec vous depuis longtemps. Je me lance, en espérant que vous l'apprécierez.  

 

 

http://annapiot.typepad.fr/.a/6a00e5521b5a6e883401053689481d970b-800wi

 

 

Aujourd'hui, je suis l'écriture. Je suis ce compagnon de toujours, aussi fidèle que vous le serez à vous même durant le reste de votre vie. Ce sentiment de solitude aussi bien que d'égarement qui vous tiraille certains soirs, ou votre esprit semble seulement éclairé par la lueur d'une bougie, ou votre champ de vision ne cesse d'entrevoir ces dizaines de pages vides qui ont besoin d'être remplies par une part de vous même.

 

Que votre coeur soit en fête ou en souffrance, que la liesse ou la perversion vous tiraille, je suis les mots que vous déversez sur vos émotions et vos passions, comme un flot jaillissant dont on a peur au début, puis dans lequel on s'oublie vite. Une danse de lettres et de consonnances qui vous plongent dans un univers qui n'est plus le votre mais celui de votre imaginaire, qui respire dans chaque pore de votre peau comme un être à part entière qui ne demande qu'a naître.

 

Dans la fougue de la jeunesse ou dans l'intimité d'un jour vieillissant, je suis autant à l'aube de vos démons qu'au crépuscule de vos amours les plus passionnés. Sentez vous ma caresse, lorsque vos yeux sont lourds de fatigue, et que je vous pousse à continuer ? Sentez vous mon appel lorsque votre bonheur de tout partager avec moi est si immense que vous ne savez comment l'exprimer ne serait ce qu'une seconde et que vous entendez ce champ dans votre esprit ?

 

Celui qui vous dit que tout va bien aller, que tout ce que vous aurez à faire sera d'écouter cette voix, de la suivre dans les couloirs les plus sombres et les recoins les plus enfouis de votre mémoire. Qu'en un souffle, qu'en quelques verbes, vous n'aurez plus qu'a vivre, qu'a respirer comme vous l'avez toujours voulu au fond de vous même. Sans aucun supérieur pour vous dicter vos lois, sans aucun esprit fourbe pour materner l'enfant qui naît entre vos mains.

 

Votre douleur comme votre enchantement sont mon moteur, et vous faites de moi un reflet mouvant, un esprit qui se cache sous votre surface. Votre carapace en moi n'est que secondaire, car vous vous livrez entièrement. Alors, chaque instant j'en deviens le plus passionné et le plus fougueux de vos amours de jeunesse, un jeunesse que vous pourrez toujours retrouver.


Ecrire, c'est être, c'est respirer au rythme de cet ami imaginaire qui ne vous laissera jamais tomber. C'est être dans le prolongement de la gigantesque courbe que représentera votre passé lorsque les hivers et les automnes ne pourront plus se compter sur les doigts d'une main. Ecrire, c'est ne jamais oublier qui l'on est. C'est nous même en plus drôle, en plus cruel, en plus immonde aussi. C'est sans doute la recherche du bonheur tant espéré qui se cache en chacun de nous. 


Ici, dans la malformation de ces lettres, dans les larmes qui transpirent et dans l'encre qui murmure. Vivre une chose si passionnément qu'il y a des instants ou l'on finit par ne plus respirer qu'avec ça. Et si les plus grandes oeuvres ont enchanté des millions d'imaginaires, elles ont été conçues par la plume de la passion, dans l'encre de la souffrance. Ecrire, c'est faire exister. Et par cette existence, c'est exister soi même. 

 

 

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 15:34

Ethan et Helphias seraient-ils perdu ? Leur fuite les aurait-elle condamné ? Trouveront ils des réponses aux nombreuses questions qu'ils se posent ? Tentez de découvrir des bribes de réponses à l'aide de ce nouvel arc d'INITIUM. Avis aux claustrophobes : vous n'allez pas vous sentir bien... 

 

 

http://farm4.static.flickr.com/3377/3451532044_e75d4b0aea.jpg

 

Une clochette. Douce, élément détaché de l’orchestre, qui tintait à intervalles réguliers. Aussi apaisant que le tic tac d’une horloge, aussi crispant que le bruit de la glace qui se brise ou celui de la craie blanche et insistante sur le tableau noir. C’était ce bruit caricatural et sobre que l’on entendait particulièrement en cet instant. Mais il n’était pas audible de tout le monde, bien au contraire. Seul quelques privilégiés pouvaient faire en sorte de se pencher pour tenter de le percevoir. Comme l’étrange vous devient familier lorsqu’il vous rappelle un souvenir lointain. Soudain, votre esprit fait alors une digression et les années passent aussi vite que les secondes.


Puis le temps s’arrête, vous revivez ce souvenir comme si vous le sélectionniez parmi des pellicules de cinéma ou des diapositives mouvantes dans votre seul esprit. Mais quand vous entendez ce son sans percevoir d’image, cela veut souvent dire deux choses : l’une est qu’il est sans doute déjà trop tard pour revenir en arrière, l’autre étant le fait qu’il soit l’heure de se projeter en avant, de prendre une longueur de plus dans ce grand océan qu’était l’existence, de jouer une carte particulièrement retorse que vous aviez dans votre jeu depuis longtemps. Cette carte n’était ici qu’une simple lettre, une missive écrite aussi rapidement que l’œil humain pouvait percevoir la matière.


Mais c’était pourtant loin d’être un message ordinaire : un préavis de traque, un ordre de mort programmée. Sous l’image qui représentait une photographie d’Ethan prise il y a quelques temps déjà et qui avait du finir aux archives ou dans un bureau quelconque, il n’y avait que deux mots, anodins mais sauvages. Ces deux mots avaient été écrits d’une main bien connue des hommes qui tenaient désormais la lettre entre leurs mains. Il fallait à tout prix les suivre à la lettre, quoiqu’il en coûte.

 

Il était sans doute trop tôt pour parler d’aube, trop tard pour parler de nuit. Nous étions dans cet instant de transition ou chaque élément se met en place, et ou, de la même manière qu’un décor de théâtre, on use de la machinerie pour en faire apparaître un nouveau tout en s’emparant de l’autre dans un esthétique fondu au noir. Même les histoires les plus ancestrales décrivaient la nature comme en perpétuelle évolution. Ici, c’était le court moment ou elle restait immobile, ou rien ne bougeait, et ou le temps et l’espace semblaient en suspens. Encore prisonnier du sommeil, Ethan et Helphias ne virent pas la lumière entrer peu à peu dans leur abri de fortune, de même qu’ils ne s’aperçurent pas des ombres qui s’y glissèrent.

 

Au nombre de trois, elles fondirent sur leur proie tel un triangle infernal duquel on ne peut s’échapper, terrorisé par la claustrophobie diabolique qu’ils vous font éprouver. Les deux amis ne purent se défendre. Ils tentèrent de pousser des cris, mais seule la nature, impitoyablement aveugle et sourde, voyait leurs cris se perdre dans l’écho et les herbes hautes. Aussi noir que l’œil du monde, aussi profond que le puits de Lazare, la lueur de leurs yeux s’éteignit en un éclair, et ce fut le noir. Lorsqu’ils les rouvrirent, ce fut pour s’apercevoir qu’ils étaient solidement ligoté dans un espace si exigu qu’il ne laissait échapper presque aucune lumière. L’endroit était si étroit qu’ils se rendirent vite compte qu’ils pouvaient étrangement s’entendre respirer.

 

L’un avait la respiration saccadée par la terreur, l’autre ralenti par le malaise profond que les drogues avaient du provoquer en lui. Il n’en fallut guère plus pour qu’Ethan se ressaisisse et, faisant preuve de son légendaire sang froid, n’en vienne à chercher un moyen de sortie. Il sut que son ami avait besoin d’être apaisé. Il fallait lui parler.


 -          Helph ! Calme toi, on va s’en sortir. Tu m’entends ?


 Celui-ci était si paniqué qu’il ne répondit même pas à ces sollicitations. Mais le tempérament téméraire qu’il connaissait d’Ethan le poussa à se délier la langue.


 -          Trouvons un moyen de sortir d’ici, l’air va bientôt commencer à manquer. Ou sommes nous ?

 -          Je ne sais pas. Je ne me souviens que d’une attaque dans la nuit, des hommes sont venus et nous ont sûrement enlevés. Mais comment ont-ils fait pour nous trouver ? Je ne comprends pas.

 -          L’heure n’est pas aux bavardages et au questionnement. Ces problèmes là, on pourra sûrement tenter de les résoudre, mais uniquement une fois que nous serons sortis d’ici.      

 

Leurs yeux firent rapidement le tour de la pièce, plus étroite encore que leur champ de vision ne leur avait permis de l’apercevoir jusqu'à présent. Puis leurs yeux se levèrent, et une lueur d’espoir apparut aussitôt. En hauteur, loin dans un ciel incertain, il y avait une fenêtre. Mais elle était si haute que même en se faisant la courte échelle, aucun des deux n’y arriverait. L'air devenait de plus en plus malsain, et l'étroitesse des lieux commencait à leur monter à la tête. Ils voyaient les murs se resserer toujours plus pour finir par les écraser pour de bon. Leur respiration devenait plus rapide au fur et à mesure que le stress de rester coincé ici pour toujours les gagnaient. Pourtant, il y avait bien une solution à laquelle ils n’avaient pas pensé mais qui semblait évidente.


 -          Transformons-nous. Helph, essaye de te faufiler et de passer au travers de la fenêtre. Ensuite, tu viendras m’ouvrir. Je pense que nous sommes sous terre. Cet endroit est vraiment… étrange.

 -          Je ne peux pas. Je n’arrive pas à me transformer.

 -          Mais c’est impossible. Il doit bien y avoir un moyen, sinon, comment réussirons-nous à atteindre cette fenêtre ?

 -          Je ne sais pas, mais ce ne sera certainement pas en volant. Ni par la force. Aucune de nos aptitudes ne marchera ici. Nous sommes prisonniers.

 -          Allons, ne cédons pas à la panique. Dans ces cas là, réfléchir est la meilleure des solutions. Essayons déjà de nous détacher.

En effet, ils étaient solidement attachés à deux chaises, dos à dos, et les deux murs de part et d’autre d’eux achevait tout espoir. Ils pouvaient à peine tendre les bras, et toucher les deux extrémités de la pièce.

 -          Ils nous ont pris nos armes de chasse. Ils nous ont tout pris.

 -          Non, pas tout. Ils nous ont laissé l’essentiel : la volonté.


Les mains d’Ethan bougèrent en tous sens, son visage devint rouge sous l’effet de la concentration et de l’effort surhumain qu’il tentait d’accomplir. Lorsque ses ongles devinrent plus pointus que la plus acérée des lames, Helphias comprit que son effort n’allait pas être vain. A l’aide de ses serres, il défit ses cordages et ceux de son ami. Epuisé, il s’affala alors à terre, et ses mains reprirent leur condition habituelle, les phalanges remplaçant les encornures.


 -          Impossible de se transformer complètement. Quelque chose nous bloque. Mais à défaut de descendre, nous pouvons toujours tenter de grimper.


Il se releva alors, et comme pour montrer l’exemple à un jeune esprit naïf, il mit ses pieds de part et d’autre des deux extrémités des murs et à l’aide de ses mains, commença à grimper. A mesure qu’il avançait et que son esprit se forcer à continuer, les serres au bout de ses bras réapparurent, et il put de nouveau prendre appui sur le mur de manière moins instable. Arrivé presque à hauteur de la fenêtre, il sauta dans sa direction sur le mur opposé, et s’agrippa tant bien que mal, mais il ne put s’empêcher d’émettre un cri de douleur lorsque les pointes de ses serres s’enfoncèrent dans la pierre dure, et lorsque l’une d’elle se brisa.

 

La douleur lui battait désormais les tempes, et menaçait sérieusement son équilibre. Mais il parvint tout de même à ouvrir la fenêtre et à se faufiler, en faisant preuve d’une force peu commune, à travers l’entrebâillement. Le jour l’aveugla. La chaleur du soleil lui paraissait brulante, tandis qu’il était plus pâle que véritablement resplendissant. Il resta affalé au sol, et tendit une main à Helphias qui dut redoubler d’efforts pour sortir à son tour. Tout semblait irréel. On les avait amenés à mille lieux de chez eux, et ils ne savaient pas non plus à qui ils avaient à faire. Qu’est ce qui est plus préoccupant qu’un ennemi invisible ?

Il peut se mouvoir dans l’ombre de notre effroi et attendre, tapi dans l’obscurité, que nous courrions vers sa lumière et que dans un râle, il mette définitivement fin à notre fuite. Mais lorsqu’ils tentèrent de se relever et qu’ils sentirent le froid d’une lame sur leurs gorges menues et asséchées, ils surent que tout ceci était bel et bien réel. Et qu’ils allaient devoir lutter pour s’en sortir. 

 

 

http://fc06.deviantart.net/fs30/f/2008/172/5/b/claustrophobia_by_Rok_n_roll.jpg

 

A suivre... 

R.B 

Le 30/10/2011


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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 21:06

http://www.weesk.com/wallpaper/art-digital/reves/pensee-dautomne/pensee-dautomne-720px.jpg

 

En ce moment, je suis un peu occupé à tous les bords. En ce moment, je suis aussi en vacances, je me suis donc accordé un peu de répit sur le blog. En effet, l'écriture d'INITIUM, me prends pas mal de temps en ce moment, et je me torture l'esprit pour essayer de donner un bon angle à cette histoire que vous suivez peut être. Une petite panne d'inspiration dans les autres rubriques en est peut être aussi un peu la cause. De même, les retrouvailles avec les amis et la familles sont agréables, et on s'y habituerait presque, en se disant que ça va toujours rester comme ça. Mais encore quelques jours de repos ne seront pas de trop pour faire à nouveau la part des choses et réorganiser un peu le calendrier des articles.

Surtout que j'ai plein de choses à vous proposer : la critique de Tintin avec sa bande originale de John Williams en intégralité; celle d'un bouquin édifiant, "Le Quai de Ouistreham" de Florence Aubenas; ou encore du jeu vidéo avec un focus sur deux des meilleurs jeux de l'année : l'un qui ravira les fans de BATMAN et l'autre pour les amateurs d'aventure: Uncharted 3 en propose une d'exceptionnelle. Coté musique, il y a le nouvel album de Coldplay sur lequel j'ai hâte de donner mon avis après écoute. Et puis il y a la politique, dont je vais essayer de varier la forme pour rendre le tout plus ludique. Le fil rouge continuera lui aussi. Et vous n'êtes pas à l'abri de voir arriver quelques nouveautés, puisque je vais par exemple tenter une petite surprise pour Halloween !

En attendant, je vous donne tous rendez vous dès dimanche pour une rerpise en bonne et due forme avec la 11ème partie d'INITIUM et une nouvelle semaine qui va commencer. On va essayer de rattraper le retard ! En attendant, détente, farniente, proches et classiques sont les maîtres mots. Merci pour tous vos commentaires et vos visites qui continuent de me faire un grand plaisir chaque jour, en espérant que cela dure encore longtemps. Du temps, j'en ai quand même pris ici pour faire un petit poème en attendant le retour de l'inspiration... A bientôt tout le monde ! 

 

 

Souffle d'automne

 

http://www.fondecrangratuit.fr/albums/automne/automne_01.jpg

 

 

Dans la pâle froideur d'une soirée d'automne

On voudrait que le jour dure toute la nuit

A voir tomber les feuilles, à croire que l'on s'étonne

Encore du familier, du cerné, de l'acquis

 

Pourtant règne en nous même une pensée profonde

Qu'il en est un de plus qui passe et que l'hiver

Est déjà à nos portes, lointain, qui vagabonde 

En attendant qu'on lui ouvre la chaleur de nos terres

 

La couleur des feuillages emplit l'esprit des hommes

Et le souffle du vent balaye les allées

Sonnant d'un souffle creux sa langueur monotone

Prouvant que les beaux jours enfin, s'en sont allés

 

Avec eux, souvenirs d'une vieille rengaine

Une musique lointaine et des photos jaunies

La chaleur d'une main qui emplissait la sienne

On a beau croire, jamais le passé ne s'oublie

 

Au dehors, le grand froid a le sourire aux lèvres

Et la Lune d'Argent semble chaque jours plus pâle

L'humeur vagabonde, elle sort tout droit d'un rêve

Ou nos esprits, voleurs, jouissent d'un matin d'opale

 

Les lumières chaleureuses sont dans les chaumières

Le feu follet de l'âtre rappelle un peu l'esprit

Qui brulerait soudain d'une humeur passagère

Révélant en son âtre l'ampleur de sa folie

 

Pourtant rien ne s'ignore, tout ploit et se transforme

Et le soleil brûlant devient un vagabond

Qui vient qui va, sur une route à hauteur d'homme

Qui n'oubliera jamais sa si belle chanson

 

Automne, dans ton froid donne moi des "Je t'aime"

Inspire moi et ensembles faisons union

Pour que tes feuilles mortes inspirent à la mienne

De quoi donner un peu de vie à mon crayon. 

 

 

R.B 

Le 26/10/2011

 


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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 15:16

Déjà le dixième article consacré à INITIUM. A quelle ambiance aurez vous affaire dans le prochain arc ? Quels en seront les enjeux ? C'est ce à quoi tente de répondre ce chapitre que l'on pourrait considérer comme une transition. En espérant que tout cela vous plaise, et en vous donnant rendez vous dimanche prochain pour la suite, qui sera, je vous l'assure, remplie de rebondissements ! 

 

http://www.fotosmix.com/images/fotos-terror.jpg

 

La flamme ne vacillait guère. Elle ne le devait pas. C’était comme si elle disposait d’une volonté propre, celle de ne pas ployer et s’éteindre en un rail de fumée sous la force d’un souffle divin. Cette nuit, le vent était plus fort que toutes les autres. On aurait dit que les peupliers allaient s’arracher littéralement de leurs racines et s’envoler dans les airs en formant une tornade de bois brut plus forte que tous les piliers réunis. On imaginait bien les arbres lutter, de toute leur âme et de toute leur force spirituelle, contre les affres de leur mère nourricière, et les délinquances diverses de leur frères de sèves. C’était un vent inhabituel.


On était passé d’une température douce à une brusque chute de degrés qui annonçaient un nouveau rituel. On entendait plus que le champ des corbeaux, noir et luisant, qui attendait une nouvelle moisson qui ne viendrait sûrement guère. Du moins en ce temps là, il n’en fut pas question une seconde. Tous les arbres étaient calmes, mais ils ployaient sous le vent comme le roseau sous la pluie : ils se noyaient dans un océan d’air. Et au centre de tout, à la lisière du bois sombre ou l’on entendait des bruits toujours plus étranges lorsqu’ils étaient pervertis par la peur que les adultes enseignaient aux jeunes enfants pour ne pas qu’ils s’éloignent trop de leur vue, il y avait le Chêne.


Ce n’était en rien un arbre comme les autres. Celui là avait vu venir des saisons entières, des générations de bambins avaient tentés d’y monter en désobéissant à leurs parents. Des millions de pensées désireuses et de baisers fougueux et souvent volés s’étaient échangés, tellement d’ailleurs que la sève composait désormais volontiers avec les phéromones. Des dizaines d’étés à se prélasser sous la chaleur écrasante. Des automnes à subir la bruine et des hivers à ployer sous la neige. Il avait vu des gens se réunir, d’autres se séparer, et il formait à lui seul un cycle, celui de centaines d’existences, qui composaient avec lui un glorieux passé, respectueux pour chacune de ses immenses branches qui semblaient s’étendre jusqu'à l’infini pour vouloir attraper un bout de ciel, alors qu’il n’y avait pourtant rien à atteindre là haut.

 

Il était immense, tellement immense d’ailleurs que l’on disait aux enfants que s’ils devaient regarder en l’air jusqu’en haut pour en voir l’extrémité, ils se retrouveraient littéralement la tête à l’envers, ce qui ne les incitait guère à tenter l’aventure, malgré leur naturel goût pour les défis en tous genres. Avenicus éteignit la fameuse flamme. L’âtre était désormais comme mort, plongé dans les ténèbres du jour frémissant, attendant la relève d’un rituel depuis longtemps monotone. Mais pourtant, la nécessité des croyances poussait à l’accomplir avec toujours plus de ferveur. Si le chêne en venait à se briser, c’eut été une infamie ou l’œuvre d’un vil hérétique qui ne serait venu là que pour châtier les croyances de toute une communauté. Jusqu'à présent, cela n’était jamais arrivé. Mais on ne savait pas de toute façon comment on allait bien pouvoir empêcher au premier opportun d’accomplir sa basse besogne. Ce soir là, le premier sacrifice fut végétal.

 

Des bribes de mémoires se reliaient alors les unes aux autres, et formaient un univers de plus en plus cohérent dans la tête de Demius, qui semblait tout de même toujours aussi perplexe quand à l’avenir de son propre sort.

 

Le vieux Chêne avait vécu trop d’hivers et commençait à sentir le poids des souvenirs et la souffrance de la nostalgie qui pesait sur ses feuilles multicolores et qui n’attendaient que la mort pour s’accomplir en se desséchant enfin, sans avoir à subir les affres de la tourmente et de l’existence encore 10 ans de plus. Les hommes s’abattirent de leur haches meurtrières sur le tronc de ce majestueux dieu de la nature, et tandis que chaque meurtrissure semblait pour eux un déchirement, c’était pour les racines une forme infiniment douloureuse de la délivrance.

 

Lorsque les deux extrémités des entailles se rejoignirent presque, on entendit un grand craquement : le doyen venait de rendre son dernier soupir. Ce souffle, cet étranglement, paraissait promettre de nouveaux soleils, et un avenir plus heureux que la malédiction qui aurait pu peser sur eux s’ils l’avaient laissé en vie. Les paysans de tous bords et de tous âges se chargèrent ensuite de le découper en copeaux et rondins, ce qui ne fut pas la tâche la plus facile. Ils s’y prirent dès la coupe, à la lueur des premiers rayons de l’aube précédent la nuit fatidique, et tombèrent de sommeil lorsque la lumière du jour fermait peu à peu son unique paupière dorée et morne. Avenicus et ses confrères se chargeraient de réunir les moutons pour le sacrifice animal, promettant ainsi à la population du bourg une protection d’une durée de 365 jours, soit l’an, et un renouvellement dès que la Terre aurait une nouvelle fois fait le tour du jouet d’Helios, le dieu Grec en charge de la lumière d’un Soleil qu’ils ne vénéraient pourtant plus, considérant cette admiration comme dépassée : ils n’étaient pas des mayas, et leur civilisation se devait d’être plus évoluée pour cesser ces pratiques hérétiques.

 

Ces histoires là faisaient appel à une mémoire qu’il croyait enfouie dans l’abîme de son propre oubli. Mais tout ça remontait à la surface, comme la douleur d’une vieille blessure qui semblait l’appeler à se souvenir de son origine.

 

Au pied des autels endormis et plongés dans l’obscurité quasi-totale, il voyait désormais l’heure fatidique approcher. Elle se traduisait par un brouillard de plus en plus opaque, qui semblait vouloir les cacher pour que les hommes ne puissent pas les allumer, voilées par trop d’humidité. La brume se concentrait sur chaque autel, de la même manière qu’un esprit facétieux refusant de communiquer avec les vivants, préférant garder la porte de son monde secrète. Peut être par cruauté, ou bien par sentiment protecteur, les dangers de la mort étant jusque là bien inconnus. Ils le seraient d’ailleurs toujours, car quiconque entrerait dans son royaume serait châtié de l’y avoir dérangé.

 

L’air devint soudain glacial, il fallait se dépêcher d’allumer toutes les lumières. Dès qu’on apporta les premières branches du chêne autour du premier autel, la lumière jaillit en une gigantesque étincelle. La flamme sembla vaciller par intermittences comme si quelqu’un soufflait dessus. Mais la volonté de communion et le droit au sacrifice fut le plus fort, et on la vit rapidement monter et devenir de plus en plus imposante. Et de la même manière qu’une réaction en chaîne, il en fut de même pour les autres. Une, deux, trois, quatre. Enfin, on ne pouvait plus les compter assez rapidement, si bien qu’a chaque fois qu’on tournait le regard vers celle qui venait de s’allumer, une autre attirait immédiatement l’attention sur elle. Cet étrange duel de regards dura quelques secondes, et mêla les paysans aussi bien que les Druides et les gens de biens. Lorsque la flamme des autels fut entièrement répartie convenablement, ce fut celle des yeux des jeunes moutons qui s’éteignit en un éclair, et l’on procéda au sacrifice sous les yeux attentifs et avides de la population.

 

Tout le monde se dirigea alors vers les gigantesques tables dressées non loin de là, et le copieux festin fut alors servi. L’alcool coula alors à flot, et la mastication de la viande raisonna dans toutes les bouches. Pourtant, Avenicus semblait contrarié. Il n’était pas sans savoir que cette méthode semblait un peu trop ancienne désormais, et qu’il allait devoir la changer. Ce temps était peut être révolu. Mais il se retenait tant la joie de chaque nouveau festin était pour lui synonyme de partage, et tant on le respectait lui et ses semblables.


Là, tout devint à nouveau flou, et le message fut de nouveau indéchiffrable. En réalité, ces rappels ne durèrent que quelques secondes, mais il avait l’impression que des décennies était en train de s’écouler entre lui et sa prochaine pensée. Il suivit le bruit du souvenir, écho d’une voix chantant au fond d’un couloir sombre et tortueux.


Alors, une nouvelle image se forma inconsciemment dans son esprit. De nombreuses années passèrent, et cette tradition perdura dans les mémoires. Les autels enflammés furent alors remplacés par ce qui pouvait sans doute être la plus effrayante chose au monde pour les esprits facétieux : le sourire malsain et les yeux vides d’énormes citrouilles, disposées ça et là autour des chaumières pour en combattre le mauvais sort. On jugea cela plus conventionnel et moins moyenâgeux. Pourtant, les festins furent les mêmes, et les superstitions demeurèrent autant que la peur sur les visages des hommes modernes. De même, la lumière vacillante prenait maintenant des teintes orangées, et les bougies à l’intérieur des citrouilles semblaient vouloir mettre des millénaires à se consumer entièrement. Le processus de renouvellement était plus long. Il fallait certainement trouver de quoi s’occuper.

 

C’est alors que les conteurs en tous genres inventèrent la tragique histoire de cet homme qui avait conclu un pacte avec le diable qui n’était pourtant pas décidé à l’absoudre de ses pêchés. Cette histoire devint populaire, et encore aujourd’hui dans des terres reculées et des manoirs isolés, on pourrait encore apercevoir cette lanterne protéiforme, qui pendrait corps de nos peurs les plus secrètes et errerait là, à la recherche éternelle d’un chemin qui ne finirait sans doute jamais. La réalité et le commerce prirent le dessus : cette tradition ancestrale fut encore déformée et devint un vulgaire produit de consommation, qui perdit encore de sa vigueur religieuse. Mais tout cela n’était peut être que légende, vulgaire superstition engendrée par la paranoïa éternelle du genre humain. La lanterne représentait peut être l’âme de tout pénitent qui aurait alors légitimement cherché le salut.

 

Désormais, tout revenait dans la tête de Demius, chaque détail que ses lointains ancêtres lui avaient transmis sur l’histoire concrète et inaltérable de l’humanité. Il en ressentait une étrange appréhension, qui provoquait un léger frisson et un infime goutte de sueur coulant le long de son dos. Etait-il prêt à affronter ce royaume de la mort, de la légende, de la peur et des secrets les plus intimes ? Il fallait se rendre à l’évidence, il s’agissait pourtant là de son seul espoir, et tandis que tous les autres semblaient perdus, il se disait que cette alternative allait peut être lui apporter d’insoupçonnés bienfaits. Pourtant il était loin de s’imaginer à quel point il se tromper, et l’effroyable voyage dans lequel il s’était inconsciemment embarqué.

 

 

A Suivre... 

R.B

Le 24/10/2011

http://4.bp.blogspot.com/-2uFX-BYLRzs/TcmVWCxc0II/AAAAAAAAGys/71skzWnYp4o/s1600/casa-de-terror1.jpg

 

 


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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 15:09

Bon dimanche à tous. Aujourd'hui, découvrez donc ce qu'il advient de Mary, de Demius ou encore de Relinka, qui sont sur le point d'amorcer un voyage initiatique aux origines de la grande cérémonie de Samhain, nuit ou le monde des morts et celui des vivants entre enfin en interaction. Un voyage qui commence à travers un miroir, dont ils ne sont pas sûr de revenir, et dont le gardien n'est pas vraiment loquace... Pour tous ceux qui n'auraient pas suivi l'article précédent, il vaudrait mieux le faire par ici. Quand à ceux qui découvrent INITIUM, revenez donc au début ! En espérant que tout cela vous donne envie de lire la suite !

 

 

Dark-Art-Wallpapers-05.jpg

 

 

 

 

Ce froid qui l’avait saisi à travers cette fenêtre ouverte, dans sa chambre, celle qu’il se souvenait avoir refermé soigneusement, en tournant 2 fois le loquet.

- Tu veux dire que Samhain est… réel ?

- Plus réel encore que nous deux réunis. Samhain est une fête ancienne, très ancienne. Mais les adorateurs de l’esprit de la mort sont toujours présents. C’est un moyen pour nous de revenir à la cité. Un passage, que peu de gens connaissent et considèrent comme réellement valable. Il l’est pourtant, et je m’y suis plusieurs fois essayé. Mais je n’ai jamais fait appel à Mary La Sanglante. Les lieux dans lesquels je suis allé durant mes voyages… les miroirs étaient rares. C’est le moins qu’on puisse dire.

- Ou es tu allée ?

- Ca n’a pas d’importance. Il va être minuit dans quelques secondes. Observe et aies confiance.

 

D’instinct, Demius se recula, laissant Relinka devant ce miroir si banal. Celle-ci retira sa capuche et laissa apparaître son visage, marqué de pourpre. Le vent sembla émettre un frisson, ou pousser un cri d’horreur. Mais ce n’était que son inaltérable sifflement qui faisait encore des siennes.

 

- Mary. Je suis désolé de tout ce qu’il t’a fait. Mais c’est fini maintenant, tu n’as plus à avoir peur. Je t’en prie, montre-nous le passage.

 

Tremblant de tous ses membres, il entendit un souffle régulier. De plus en plus fort. Puis, une voix diminuée, comme celle d’un serpent fourchu, murmurer : « JAMAIS ! »

 

- Mary, le meurtre ne résoudra pas ta souffrance. Toutes ces années… Je connais ta douleur, je l’imagine. Ce doit être effroyable que de ne plus rien attendre de l’existence.

« TU NE SAIS RIEN DE MOI », fit la voix secrète sortant d’on ne savait ou.

- Si, je connais ton histoire. Je sais ce qu’il t’a fait à toi et à ton enfant. Montre-nous le passage, et nous t’honorerons comme le veut Samhain. Je t’en prie, Mary. Tu es notre seul espoir. Nous ne te ferons aucun mal, je te le promets.

- VOIS OU LES PROMESSES M’ONT CONDUIT ! DES PROMESSES D’AVENIR, D’AMOUR ET DE TENDRESSE. TOUT CE QUE J’AI PU RECOLTER JUSQU'A PRESENT, C’EST DE LA SOUFFRANCE !

- Je sais tout ça, Mary. Chacun connaît ta terrible histoire. Personne n’a oublié ta beauté, la manière dont il te l’a volée. Personne n’a oublié ta gentillesse naturelle et ta bonté bienfaitrice. Tu es toujours dans nos mémoires, Mary. Comme le feu sera indissociable de la fumée, comme le sable sera inséparable du désert. Je te supplie encore, Mary. Montre-nous le passage.

 

Elle apparut alors, tout de blanc vêtu, envoûtante et divinement belle. Elle était dans cette robe qui leur avait tant plu. La beauté et la candeur de son visage filiforme n’avait d’égal que la blancheur de son corps de reine, qui semblait encore vierge de tout réel amour. Demius fut ébloui par la somptueuse lumière qui émanait de son corps, quasi irréelle, fantomatique et qui poussait à la désirer toujours plus. Elle dévisagea les deux individus qui avaient osé l’importuner dans son sommeil éternel. Ils restaient pétrifiés par la peur et la contemplation. On aurait dit une poupée de porcelaine, en robe du dimanche, au trait et à la blancheur si parfaite qu’elle aurait été fabriquée par le plus passionné des artisans. L’intensité de la lumière que provoquait la Lune à travers la fenêtre semblait changer soudain. Le souffle du vent s’était tu, comme pour laisser débarquer le silence de ce qu’elle représentait : une des apôtres de la mort, personnification du martyr et de la vengeresse magnifiquement parfaite.

 

- Il faisait si froid, j’avais si peur. Et ces yeux… Je voyais la cruauté dans ses yeux. Je croyais que ce n’était que du désir. Mais je savais au fond de moi que la rancœur et la frustration avaient pris le dessus sur lui durant toutes ces années. Je peux vous faire passer de l’autre côté, mais vous affronterez bien pire que moi en cette nuit, sachez le.

- Aucune mort ne m’effraie sauf la mienne, la fatalité n’est pas un remède à la souffrance.

- A une seule condition. Je veux revenir à cette nuit, je veux revoir ce tyran odieux et en finir avec lui une bonne fois pour toute. - Je n’en ai pas le pouvoir. Personne ne peut altérer le temps et changer les choses qui ont déjà été faites. C’est un fardeau que tu devras toujours porter, et personne n’y pourra jamais rien.

- ALORS PASSEZ VOTRE CHEMIN !

- Attends, Mary.

Demius sortit de son silence en la voyant repartir des les ténèbres de son reflet, et pour la première fois il osa la regarder en face à face.

- Si nous faisons ce que vous demandez… Si nous vous ramenons à cette nuit tragique ou tout a basculé… Nous promettez vous de nous montrer le passage ?

- Je n’ai plus rien à perdre, et ma parole est unique. Si vous réussissez à contribuer à me faire accomplir ma vengeance, alors vous serez saufs, et un nouveau chemin vous sera ouvert.

- Comment comptes-tu faire pour accomplir cela, Demius ? dit Relinka d’un ton de reproche.

- Pour que le crépuscule laisse sa place à l’aube, il faut se perdre dans les limbes, la ou la nuit et le jour fusionnent pour ne former qu’un seul et même lien, indéfectible et divin.

- Tu cites Aerendel, maintenant ?

- Il est en route, il nous cherche. Et il va falloir qu’on se débrouille pour qu’il nous trouve…

 

 

 

A Suivre...

R.B

Le 23/10/2011

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 18:41

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Avez vous eu un jour dans le coup cette corde

Qui vous collait au corps dans une étreinte avide 

Répétant sans passion son sonnet monocorde

Lasse de vos démons; De votre vie cupide ? 

 

Elle hante et vous tresse en travers de la gorge

Un long noeud si coulant qu'il en devient abstrait

Sortant de vous un souffle dont soudain elle se forge

Amorçant votre fin; Terminant à vous pieds... 

 

Dans vos yeux cette absente qui hurle votre nom

Celle là croit en vous plus que tout être au monde

Elle revélait son corps qui soudain, dans l'union, 

Faisait durer dix ans en une simple seconde

 

Avez vous eu un jour dans le coup cette corde

Qui ne vous tenait pas sans vous lâcher vraiment

Révélant la douleur en vous comme une horde

De désirs sauvageons, en tout espoir absent ? 

 

A l'attrait de l'ennui vous pousse cette colombe

"Une paix plus durable s'offrirait aux déchûs ?"

Soudain, autour de vous, ce serait l'hécatombe

Et la malédiction dans le sang des pendus

 

Un cri des plus bestial vous saisirait alors

Et la solidité de votre esprit fondrait

Le sentiment d'angoisse en deviendrait plus fort

Et sortirait grandi de cette dualité

 

Chaque tourment viendrait, en une réunion

En un élan tragique, soudain, surgiraient

Une incroyable somme de persécutions

Dont chaque aspect furtif reviendrait vous hanter

 

Dans cette danse mortelle dont la délectation

Ne serait profitable qu'a la seule souffrance

Vous devriez alors pour votre exécution

Prier pour obtenir l'ultime délivrance

 

Ceci chacun de nous, dans son jour le plus sombre

L'a expérimenté mais sans l'avoir vécu

En ce temps là, être noir était la fin d'un monde

Une malédiction dont on était pourvus

 

Ils étaient des centaines à réclamer la fin

Dans tout achèvement advient donc un début

Des femmes, des enfants et des hommes de bien

Qui admiraient la chose en riant, bien têtus

 

La pomme était pourrie dès qu'adam l'a touchée

La preuve  : un fruit trop mur bien souvent en noircit

Nous étions travailleurs, bien souvent à vos pieds

Mais comme le dit l'Histoire, cela n'a pas suffi. 

 

R.B

Le 19/10/2011

 

 


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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 18:21

C'est ainsi, tout est lié, d'une manière ou d'une autre. Dans ce nouveau morceau d'INITIUM, vous allez comprendre certains choix que j'ai fait auparavant et les liens qui unissent certains personnages qui sont plus étroits qu'il ne le paraissent. Une introduction à un nouveau voyage : celui de Samhain, qui sera bientôt compté au travers d'une légende comme l'a été Bloody Mary en son temps. Mary qui fait d'ailleurs son grand retour. Et Sahmain qui est aussi lié étroitement à un autre lieu décrit dans la première partie de ce texte : Stonehenge. Tout est lié, tout a un but. Mais chaque chose en son temps. En espérant que vous apprécierez, et en vous donnant rendez vous dimance pour la suite. 

 

http://www.wiccanwallpapers.com/wallpapers/samhain-wallpaper-1280-x-800.jpg

 

 

Demius se réveilla en sursaut de son inconfortable lit à baldaquin. La sueur qui perlait de son front lui donna des frissons. Le froid intense qui s’était emparé de la pièce lui transperçait même jusqu’aux vêtements. La fenêtre de la chambre était grande ouverte et les rideaux volaient au vent, tels des esprits en vagabondage, qui ne chercheraient le repos que par le mouvement, aidés par le bruissement et le souffle du vent glacial. C’est ce froid là qui incita Demius à se relever et à fermer ces battants, qu’il ne se rappelait pas avoir ouvert dans la soirée. Mais il semblait que si le froid avait peu à peu disparu, le sommeil de Morphée était parti avec lui.

 

Il restait donc couché, mais les yeux grands ouverts, pensant au mystérieux chemin qui les attendaient lui et Relinka, et à l’envie qu’il avait de le parcourir le plus vite possible. Elle ne lui avait rien révélé de plus, et chacun était allé dans sa propre chambre, celle qu’ils avaient loué à la taverne pour une nuit, après avoir abusé des pintes et des festins. Le tenancier, par peur ou peut être aussi par respect, leur avait offert des tonnes de nourriture sans l’inscrire sur une quelconque ardoise. Elle avait été tentée, enivrée qu’elle était, de se jeter sur lui et de l’embrasser fougueusement, mais elle ne l’a pas fait par peur des effroyables conséquences.

 

Quand à lui, il aurait eu honte d’embrasser celle qui aurait pu être sa fille. Le vin n’avait pas fait trop de dégâts, et ils s’étaient séparés au moment propice. On dit que la nuit porte conseil, mais tout ce qu’elle avait donné à Demius était une somme de tourments considérables. Il aurait voulu se confondre dans l’oubli, dans la tendre sérénade du passé et des bienfaits d’une jeunesse avide. Mais il savait que le démon de la mélancolie ne serait pas loin de le faire basculer et se morfondre. Et la tendresse était de mauvais augures, quand on connaissait la puissance du désir et de l’amour véritable qui lui n’en était qu’a son énième partie de manipulation, confondant les hérétiques et les croyants en une seule et même sarabande.

 

Le souffle d’une lente agonie se serait alors emparé de lui, ses yeux se seraient vidés de toute projection dans l’avenir, rien n’aurait plus compté que le déjà accompli, et le présent serait devenu comme un lointain écho, celui d’un temps ou tout aurait eu une meilleure saveur qu’actuellement. Ou les pommiers auraient eu une chair plus ferme et un fruit plus juteux. Ou les couleurs de l’automne auraient été plus flamboyantes que celles, ternes, des arbres morts du sentier d’en face. Ou la pluie aurait été plus chaude et tendre que la colère qui s’emparait parfois des divins qui crachaient tous leur venin sur une terre meuble et en souffrance. Perdu dans ce temps que lui seul aurait pu à tout jamais chérir, il n’avait même pas conscience du temps qui s’était écoulé depuis son bannissement, et ne comptait guerre sur la jeune fille pour l’aider dans son questionnement.

 

Elle paraissait amicale, mais il savait pourtant qu’elle pourrait se montrer glaciale et sans pitié dès que l’occasion s’en présenterait. Elle avait le caractère de son père, il l’avait découvert à la minute ou il l’avait entendu parler pour la première fois sans émettre des borborygmes incompréhensibles. Elle avait été le déclencheur d’une sombre colère dans les yeux d’Aerendel, et leur amitié qui avait autrefois été sans faille s’en était vue bouleversée. Les rides s’étaient superposées sur les années de bien, et le cœur d’Aerendel était devenu plus noir et plus désabusé que jamais. Sans doute était-ce cette désillusion qui lui avait fait prendre cette décision emplie d’une injustice flagrante : celle de laisser sa fille aux mains de la nature et d’elle-même.

 

Pourtant, il pouvait aussi se montrer d’une bonté rassurante et d’un naturel très joyeux, les jours ou ses démons ne surpassaient pas sa pensée. Il avait la nature des grands sages, impartial et dont on ne discute pas le jugement ni les actes. Cette stature, qui lui donnait un air majestueux, ses larges épaules dominant la plupart des membres du conseil. Sa grandeur réelle ne reflétait rien d’autre que celle de son esprit, et Demius était attristé de voir comme les usures d’un présent moribond avaient changé cet être de lumière en un individu torturé par des cauchemars incessants et des pensées plus sombres encore que les cernes de ses yeux fatigués et sans envie.

Mais Demius, alors que tous ces souvenirs passaient un par un dans sa tête et dans un ordre aisément discutable, fut interrompu dans ses pensées par des coups frappés à sa porte. D’abord maigres, puis de plus en plus insistants. Une sorte de déclic le fit se lever à nouveau. Il enfila son somptueux habit, et ouvrit pour découvrir que sur le pas de sa porte se trouvait une Relinka métamorphosée. Sur sa figure, des marques rouges, comme un rituel dont on ne connaissait rien.


 -          Savez vous quelle heure il est ? Savez-vous quel jour nous sommes ?

 -          Je n’en ai aucune idée. Mais pourquoi débarquer dans ma chambre en plein milieu de la nuit, peinturlurée comme vous l’êtes ? Nous avions bien instauré une règle : chacun son quartier.

 -          Vous ne comprendrez donc jamais que tout ce que je fais, je le fais par nécessité ? Il est très exactement 23 heures 57. Et c’est notre seul moyen de sortir d’ici que je vous propose. Nous n’aurons pas à voyager jusqu’au prochain portail. Il existe un passage que seul mon père et moi connaissons.

 -          De quoi parlez-vous ? Soyez plus claire, je ne comprends absolument rien à votre charabia. Vous devriez vous détendre et recommencer.

 -          Mais nous n’avons pas le temps. L’heure va bientôt sonner, et nous devons être devant un miroir. Je sais ou il y en a un. J’ai vu une suite de luxe qui n’était pas occupée au second étage. Suivez-moi.


Sans en attendre plus de la part de la jeune fille, Demius suivit son pas, encore intrigué par sa mystérieuse visite nocturne. Il se disait que l’ivresse ne s’était peut être pas encore dissipée, ou que son somnambulisme était peut être plus grave qu’elle ne le pensait. Il essayait désespérément de se souvenir de la date du jour mais rien au monde ne lui paraissait plus lointain que cette somme de lettres et de chiffres temporels. Ils pénétrèrent, sans émettre aucun son, dans la chambre vide. La pénombre leur donnait un sentiment d’insécurité, mais il fut comme chassé par cette vision.

 

Un gigantesque miroir tournant se tenait là, devant eux, et reflétait leur personne de manière froide et désintéressée. Demius fut surpris. Cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas regardé dans un de ces reflets de vérité : il détestait vieillir et voir toutes ces rides de soucis sur son front ne le rassurait guerre quand aux éventuelles années à venir. Et d’un autre côté, il regardait cette gamine qui disait être plus âgée qu’elle ne le paraissait. Il voyait, sous les traits et les apparats, cette fausse innocence qui le laissais pantois : celle d’une enfant encore faible et qui ne connaissait rien du monde dans lequel elle vivait.


-          « Vas-tu enfin m’expliquer ce que représente tout ce grabuge ? » chuchota Demius à voix basse pour ne pas qu’un éventuel client constate qu’ils étaient dans une chambre ou ils ne devaient pas être.

 -          Alors tu ne vois vraiment pas ? Nous sommes le 31 Octobre ! Que fête-t-on traditionnellement le 31 octobre ? Quelle fête païenne aux origines celtiques vient chaque année semer le trouble au sein du monde des vivants ?

 -          Halloween. Voyons, tu ne crois pas à toutes ces sornettes de Jack O’ Lantern !

 -          Non ! Halloween est la version américaine de cet événement. Les hommes ont voulu lui donner une consonance plus moderne et moins effrayante. Remonte plus loin. Bien souvent, les origines reflètent non pas le passé mais l’avenir. Regarde de plus près. Que vois-tu ?

 -          Je nous vois en train de perdre notre temps devant un miroir sans teint dans une chambre vide.

 -          Demius ! Te souviens-tu d’une légende avec un miroir ? Transposée de manière plus actuelle par de talentueux auteurs ? Elle est toujours dans ce miroir. Elle attend que quelqu’un lui vienne en aide. Mais elle attendra toute son existence, puisque rien ne viendra jamais apaiser ses tourments.

 -          Tu parles de…

 -          Mary la sanglante. Nous sommes le soir de Samhain ! Le soir ou la porte entre le monde des vivants et celui des morts est censé s’ouvrir, et libérer ces derniers dans une relation de respect et d’honneur. Regardes au dehors, que vois-tu de différent par rapport aux autres nuits ? N’as-tu pas constaté des phénomènes étranges ou sortants de l’ordinaire ?


Demius se tut. En silence et avec des yeux attentifs et curieux, il observa. La lune au dehors semblait lui sourire, un sourire diabolique et aussi tranchant qu’une faucille sous la luzerne. D’une blancheur anormale, elle semblait les regarder d’un œil vif et puissant, sans cesse surveillant le monde d’en bas de son éclatante lumière ténébreuse. L’arbre mort de l’allée d’en bas, au milieu de tous les autres platanes, projetait son ombre à travers les murs de la chambre. Il semblait s’être transformé en main, craquelée, crochue, cruelle. On aurait dit la main d’un défunt sortant de l’enfer pour venir les prendre en s’amusant un peu.

 

Il vit à travers le miroir, sur le lit derrière eux, une poupée en forme de clown qui semblait les dévisager, l’ombre jouant avec son corps poupon comme les reflets d’une lumière artificielle dans les vaguelettes d’une mer calme et prédatrice. On entendait le vent siffler à travers les battants de la maigre fenêtre, et les volets grinçants de manière régulière ne faisaient qu’amplifier ce sentiment d’insécurité. Et puis il y avait le froid. Il était saisissant, plus saisissant encore que l’appréhension, qui s’était transformée en terreur. 

 

 

A Suivre

 

R.B, 

Le 17/10/2011

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 12:03

Terminons donc la semaine par la suite et la fin du nouvel arc d'INITIUM. Tout commence à se mettre en place, les personnages commencent à se définir et les caractères à se dévoiler. De même que les enjeux d'une quête sans fin, aux conséquences bien plus importantes qu'on ne l'imaginait au départ. Evidemment, le flou est ici volontaire. Cependant, j'espères de tout coeur vous plaire avec ces quelques mots. 

http://fc05.deviantart.net/fs51/i/2009/279/4/4/The_Dark_Passenger_by_bloodeagle13.jpg

 

Lost Crows (deuxième partie)

 


Le jeune Helphias avait toujours eu peur de l’orage, surtout lorsqu’il était violent. Ce n’est pas quelque chose qu’un être peut contrôler, il n’y a que le ciel qui puisse donner tant de terreur, même le pire des hommes en lui-même en est incapable. Il voyait en Ethan un protecteur, une âme plus sage que son âge ne permettait de le deviner, et il faisait pour lui figure de guide, un guide encore jeune, mais moins innocent que la plupart de ses autres amis du même âge que lui. Il devinait dans son regard un chemin, qu’ils étaient désormais sûrs de parcourir ensembles.


Et même si la poussière et la distance ne leur dévoilaient encore que très peu le bout de ce chemin, ils savaient que le plus important ne serait certainement pas l’arrivée, ni le départ, d’ailleurs, mais le parcours. Cette perspective le mettait en joie, et il tentait donc de se plaindre le moins possible, sachant qu’un autre être aussi jeune que lui partageait son même destin sans pourtant n’en dire aucun mot. Ils regardaient pourtant dans tous les sens, guettant le danger de leurs yeux aussi prisonniers du néant que les serres qui leur servait de pattes lors de leurs secondes inassouvies. Mais les herbes émettaient toujours ce murmure qui était une invitation au repos, et tandis que, tel le chant des sirènes, elles essayaient d’envoûter nos deux hommes en leur comptant de sombres légendes des temps anciens, ils continuaient d’avancer, désespérément sensibles aux charmes de ces plaines verdoyantes et ténébreuses, mais assez téméraires pour en faire un instant l’abstraction totale.


Mais plus ils avançaient, plus leurs pas étaient lourds, comme emprisonnés de plus en plus par le froid qui devenait saisissant, et les soubresauts de la pluie glacée qui commençait à infiltrer, après leurs vêtements détrempés, toutes les pores de leur peau. Helphias commençait à ne plus supporter cet état de transition, cet éternel questionnement qui le poussait toujours à se remettre en question, à se dire qu’il ne restait plus que quelques mètres tandis qu’il voyait tout de même la distance à parcourir qui s’allongeait de plus en plus sous ses yeux à mesure que le brouillard s’épaississait. Tandis que celui-ci gagnait du terrain, telle une armée de Brume au service d’on ne savait quel Mont Venteux, les questions se faisaient plus insistantes et le chemin à parcourir devenait de moins en moins clair.


Lorsqu’au bout de quelques heures, ils passèrent devant un grand rocher sombre et irrégulier, Ethan décida d’y apposer sa marque, en déchirant un morceau de sa toge, celui de la manche, pour tenter de se repérer dans cet immortel néant passager ; Un brouillard dans une terre inconnue, vierge de toute pollution et population, c’est comme une tempête de sable dans le désert, et l’idée de mourir de soif ou de faim, ou même de folie en cherchant désespérément leur chemin ne décourageait pourtant guère les deux hommes animés par une volonté que seule la jeunesse aurait pu amplifier. C’est effectivement ce qu’il se passait en ce moment, et leurs soupirs dédaigneux ne pouvaient cacher cette irréfutable vérité : ils étaient perdus dans ce piège humide et noir, et ne savaient comment en sortir. Il fallait alors laisser des marques, comme les Frères Grimm l’enseigneraient plus tard, et tenter désespérément de ne pas les recroiser de nouveau. Les heures ne se comptaient plus qu’au nombre de leurs pas, et eux-mêmes ne savaient pas combien ils en avaient fait jusque là.


Alors qu’ils commençaient à désespérer de trouver ne serait-ce qu’une grotte, ou du moins une cache convenable où établir un campement de fortune, ils s’étonnèrent et commencèrent à sombrer dans une colère incompréhensible lorsqu’ils croisèrent le même bout de tissus sur le même rocher. Ethan s’avança alors, et prit le bout de tissus entre ses mains. Quelque chose n’allait pas. Il y avait une étrange marque rouge sur la manche qu’il ne se souvenait pas avoir laissé lors de leur premier passage. On aurait dit un trait de peinture, grossièrement posé là. Ce n’était certainement pas du sang, ça n’en avait pas la consistance. Mais cela avait probablement été apposé ici intentionnellement, peut être même pour qu’on le trouve, ou du moins pour que les deux compagnons en fassent eux même la découverte. Ethan fixa Helphias, d’un air étrangement inquiet :


 -          Redoublons notre marche, Helph. Je sens que quelque chose ici ne tourne pas aussi rond qu’il ne le devrait.

 -          Que proposes-tu ? Il semble bien que nous soyons perdus ! Nous marchons depuis des heures entières, et nous venons justement de retomber au même endroit.

 -          Essayons de voler à tire d’ailes, au niveau du sol, pour essayer d’avancer plus vite. L’œil de l’aigle est plus acéré que celui de notre espèce. Contente-toi de me suivre, c’est d’accord ?

 -          Allons-y, je pense que c’est la seule solution qu’il nous reste.


Tandis qu’ils en venaient à cette conclusion, Ethan reposa la manche marquée à sa place. Il s’en servirait comme d’une assurance pour un éventuel passage à cet endroit. Ethan s’élança alors courut aussi vite qu’il le put, la pluie s’étalant violemment sur sa figure, et il dut fermer les yeux un instant pour ne pas en être éborgné. Il s’envola avec une grâce encore incertaine mais déjà digne d’un jeune sage, et lorsqu’il fut assez haut dans le ciel, il redescendit en piqué, tel un avion de chasse vivant, fondant sur sa proie comme le métal sous la fusion. Il se mit à hauteur d’homme, et n’eut qu’a faire quelques battements d’ailes pour produire une accélération conséquente. Helphias peinant à suivre, émit un petit hululement à son attention, et celui-ci ralentit un peu son allure.


C’était étrange à dire, mais Ethan semblait y voir bien mieux à travers le brouillard qu’il n’avait pu l’observer auparavant. Il pouvait voir un massif de roches, là, juste sur sa droite, et un vallon de l’autre côté, dont le relief surgissait comme une furie, comme si un Dieu colérique avait façonné ces creux et ces bosses, en tapant du point sur la terre meuble. Mais à peine quelques secondes de répit ne suffisent pas à trouver un endroit convenable ou s’abriter. Tout de suite, presque instantanément après s’être posé la question, ils retombèrent sur ce même rocher, avec le même morceau de tissu déchiré. Ethan sut alors que la normalité ne devait désormais plus faire partie de leur vocabulaire. Quelque chose ne collait pas dans la topographie de cet endroit, ils avaient l’impression de tourner toujours en rond, de recroiser sans cesse les mêmes endroits.


Jusqu'à ce que deux ombres ne se dévoilent juste au dessus d’eux, alors même que les nuages étaient toujours lourds et violacés et que presque aucun brin de lumière ne perçait au travers de ce filtre de plomb. Ethan leva alors la tête vers ces deux ombres géantes et vit deux gigantesques oiseaux noirs prêts à fondre sur eux comme des lions sur des gazelles fraîches. L’évidence même fut d’abord d’éviter leur attaque, qui se fit en un éclair, aussi bref que celui qui résonnait au loin lorsqu’Helphias s’aperçut avec effroi que l’orage était bien en chemin. Ils avaient le pelage d’un noir sale et affreux, les yeux comme deux billes de néant qui regardaient en direction de leurs cibles, des machines préprogrammés pour tuer. Lorsqu’Ethan fut assez loin dans le ciel pour se perdre dans le front laiteux des nuages encore menaçants, il attendit.


Il attendit pendant une seconde, peut être un siècle ou une éternité. Lorsqu’un cri déchirant perça le sol et parvint jusqu'à ses tympans d’ovipare. Il n’eut qu’à réfléchir la somme d’un instant pour savoir qu’Helphias n’avait pas été aussi agile que lui. Il fonça tête baissée vers le sol tel un oiseau kamikaze, prêt pourtant à tout pour sauver non pas la vie de sa nation mais celle de son compagnon. D’un coup de serre violent et brutal, il arracha l’œil d’un des gigantesques corbeaux qui en voulaient à leur vie. Celui-ci émit un cri qui résonna dans la lande comme le désespoir d’un homme dans les méandres de son fragile inconscient triste et fou. Il laissa tomber l’œil à terre et fit demi-tour. Dans une manœuvre assez lourde mais avec une précision pourtant redoutable, il se jeta sur le deuxième et le coucha à terre, avant de se retransformer en homme et de lui asséner de violents coups à la gorge.


Il prit alors conscience de sa nouvelle condition et prit des deux mains ce coup charnu et d’un mouvement sec, le tordit. On entendit plus un son, seulement le cri de douleur du premier corbeau qui écumait encore de rage on ne savait ou dans les hauteurs. Il n’avait pas vu trace d’Helphias au cours de son combat. Lorsqu’il tenta de regarder alentour pour apercevoir ne serait-ce que la forme de son jeune ami, un violent coup de poignard lui perfora l’épaule. Le corbeau n’était pas qu’un oiseau, il était aussi comme lui un être de chair et à hauteur d’homme. Mais affaibli par la perte de son œil droit, il ne put viser juste. D’un geste virtuose, Ethan s’empara du long poignard dentelé du traitre qui l’avait attaqué par derrière et en se contorsionnant pour se mettre derrière l’inconnu, affublé d’une gigantesque toge noire à la capuche qui lui recouvrait la moitié du visage, il l’égorgea.


A ce moment il sentit sa peau morte, et son visage paraissait comme une gigantesque cicatrice. Cet être là était d’une époque ancienne, bien plus ancienne que sa génération ou même celle d’avant. L’inconnu tout de noir vêtu, une fois à terre, demeura inerte, tandis qu’aucune goutte de sang ne coulait de sa plaie pourtant béante. Ethan le laissa pour mort, ne prenant même pas la peine de le fouiller, considérant qu’un esprit vide reflétait l’état de ses poches. Il était bien trop pressé de retrouver Helphias. Celui-ci était couché un peu plus loin, il avait repris sa forme originelle, et suffoquait, cette fois baignant bien dans son propre sang. Le corbeau l’avait touché au ventre. La lame était posée à côté de son corps, il avait sûrement du souffrir en la retirant, ce qui avait provoqué son cri.


 -          Tiens bon, Helph. Je les ai eu, ils sont morts tous les deux.

 -          Qu’est ce… que c’était ? suffoqua-t-il, le visage encore crispé et tordu par une douleur infernale.

 - Je n’en sais rien, mais ce n’était en tout cas pas des amis. Comprends-tu quand je te dis qu’il faut redoubler de prudence ? Nous sommes en danger de mort, parce que le Conseil considère que nous sommes en dissidence ! Ils ne nous feront aucun cadeau, pas même celui de la pitié ou d’une mort rapide. Ces deux êtres étaient là pour nous assassiner, et mettre fin à notre quête. Et quelque chose me dit qu’ils ne seront certainement pas les derniers.

Il fixa de ses yeux acérés le ventre de son compagnon.

 -          Dieu merci, la lame n’a pas perforé d’organe. Tu peux faire l’opération sans danger.

Helphias défit ses mains expertes et d’un mouvement qui parût lui infliger plus de souffrance que la blessure elle-même, il fit disparaître la plaie qui s’était creusé à côté de son estomac.

 -          Ca va mieux, fit-il dans un souffle rauque. Mais je suis épuisé. Trouvons vite un endroit sûr, je ne pourrais pas tenir bien longtemps, je crois que je vais tomber de fatigue.

 -          Ne t’inquiètes pas, nous avons fait face au danger. Il ne nous reste maintenant qu’a trouver le bon chemin.


Alors qu’il tentait de rassurer Helphias lorsqu’il ne savait pas lui-même comment ils allaient faire pour s’en sortir, les nuages s’écartèrent et le soleil revint, aussi chaud et bienfaiteur que lors de son premier jour d’existence. La brume se dissipa en un éclair, en même temps que les incertitudes sur le reste du chemin à parcourir. Ethan parut soudain éclairé par une sorte de lueur divine et confia à son ami :


-          Je sais ce qui a causé notre perdition. Ces deux êtres sont capables d’emprisonner leurs proies dans un manteau de brume et de perdre les esprits simples jusqu'à ce qu’ils en deviennent fous. C’est une chance que nous ayons survécu. Mon père m’a parlé de ces phénomènes comme d’une simple légende, murmurant à qui voulait bien l’entendre que bien des aventuriers s’étaient perdus dans leur propre délire et avaient tué leurs compagnons de route ou leur famille. Ils influent sur le mental, poussent à la colère et au désespoir. Je n’en avais jamais croisé jusque là. Mon père dit en avoir affronté un une fois, mais je ne l’en croyais alors pas capable. Pourquoi de telles créatures en avaient après nous ? Quel bien si précieux avons-nous en notre possession ?

-          La volonté, Ethan. Celle du changement, celle de bouleverser le monde et l’ordre établi. Cette volonté qui vaut tous les biens du monde.


Sur ces mots, ils marchèrent quelques instants jusqu'à trouver une grotte ou s’abriter pour la nuit. Le rocher et le bout d’étoffe étaient déjà bien loin, alors qu’on avait voulu leur faire croire qu’il était là, tout près d’eux, et qu’ils ne cesseraient jamais de le croiser. La peur, tout comme la nuit, le brouillard, la pluie, la pénombre, n’étaient désormais que du passé, et qui plus est des illusions dont leurs deux anciens ennemis étaient prêts à user et abuser pour parvenir à leur sombre dessein. Ils attendirent de voir le soleil disparaître dans l’horizon vallonné pour que la sérénité de leurs jeunes âmes refasse de nouveau surface et que la véritable nuit s’insinue dans leurs yeux. Et tandis que le sommeil s’emparait d’eux, il semblait que les animaux et les plantes, tout autour, s’éveillaient, comme l’espoir d’un éternel renouveau dans le coeur des hommes.   

 

R.B

Le 16/10/2011

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 18:10

Voici un texte absolument unique, d'un auteur que j'affectionne tout particulièrement dont je n'aurais certainement jamais le talent. Ray Bradbury est considéré comme le maître du fantastique, de la poésie et de  l'imaginaire. Vous allez voir que çe n'est pas pour rien. En attendant ce dimanche la critique d'un des nombreux livres de lui que j'ai eu la chance de lire, je vous propose aujourd'hui de reprendre une célèbre nouvelle intitulée le Dragon. Elle est fantastique dans le sens littéraire du terme, ou elle ne fait pas la part entre le réel et l'imaginaire, et confonds le lecteur dans un flou total et une poésie protéiforme et mélancolique. C'est un de ces textes qui me donnent de l'inspiration lorsque j'en manque, un de ceux qui vous font réfléchir et vous fascinent par l'étonnante imagination de son auteur. Ecrit en 1948, il n'a étonnamment pas vieilli, comme tous les romans de cet auteur de génie (qui est au passage, mon écrivain favori), et il me revient quelquefois, par diverses phrases, en mémoire, lorsque le temps me vient de ne penser à rien d'autre qu'aux mondes que j'aime à construire en divaguant. 

 

 

Le Dragon

 


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Le vent de la nuit faisait frémir l’herbe rase de la lande ; rien d’autre ne bougeait. Depuis des siècles, aucun oiseau n’avait rayé de son vol la voûte immense et sombre du ciel. Il y avait une éternité que quelques rares pierres n’avaient, en s’effritant et en tombant en poussière, créé un semblant de vie. La nuit régnait en maîtresse sur les pensées des deux hommes accroupis auprès de leur feu solitaire. L’obscurité, lourde de menaces, s’insinuait dans leurs veines et accélérait leur pouls.

Les flammes dansaient sur leurs visages farouches, faisant jaillir au fond de leurs prunelles sombres des éclairs orangés. Immobiles, effrayés, ils écoutaient leur respiration contenue, mutuellement fascinés par le battement nerveux de leurs paupières. 
À la fin, l’un d’eux attisa le feu avec son épée.
- Arrête ! Idiot, tu vas révéler notre présence !
- Qu’est-ce que ça peut faire ? Le dragon la sentira de toute façon à des kilomètres à la ronde. Grands Dieux ! Quel froid ! Si seulement j’étais resté au château !
- Ce n’est pas le sommeil : c’est le froid de la mort. N’oublie pas que nous sommes là pour...
- Mais pourquoi, nous ? Le dragon n’a jamais mis le pied dans notre ville !
- Tu sais bien qu’il dévore les voyageurs solitaires se rendant de la ville à la ville voisine...
- Qu’il les dévore en paix ! Et nous, retournons d’où nous venons !
- Tais-toi ! Écoute...

Les deux hommes frissonnèrent.
Ils prêtèrent l’oreille un long moment. En vain. Seul, le tintement des boucles des étriers d’argent agitées, telles des piécettes de tambourin, par le tremblement convulsif de leurs montures à la robe noire et soyeuse, trouait le silence.

Le second chevalier se mit à se lamenter.
- Oh ! Quel pays de cauchemar ! Tout peut arriver ici ! Les choses les plus horribles... Cette nuit ne finira-t-elle donc jamais ? Et ce dragon ! On dit que ses yeux sont deux braises ardentes, son souffle, une fumée blanche et que, tel un trait de feu, il fonce à travers la campagne, dans un fracas de tonnerre, un ouragan d’étincelles, enflammant l’herbe des champs. À sa vue, pris de panique, les moutons s’enfuient et périssent piétinés, les femmes accouchent de monstres. Les murs des donjons s’écroulent à son passage. Au lever du jour, on découvre ses victimes éparses sur les collines. Combien de chevaliers, je te le demande, sont partis combattre ce monstre et ne sont jamais revenus ? Comme nous, d’ailleurs...
- Assez ! Tais-toi !
- Je ne le redirai jamais assez ! Perdu dans cette nuit je suis même incapable de dire en quelle année nous sommes !
- Neuf cents ans se sont écoulés depuis la nativité...
- Ce n’est pas vrai, murmura le second chevalier en fermant les yeux. Sur cette terre ingrate, le Temps n’existe pas. Nous sommes déjà dans l’Éternité. Il me semble que si je revenais sur mes pas, si je refaisais le chemin parcouru pour venir jusqu’ici, notre ville aurait cessé d’exister, ses habitants seraient encore dans les limbes, et que même les choses auraient changé. Les pierres qui ont servi à construire nos châteaux dormiraient encore dans les carrières, les poutres équarries, au cœur des chênes de nos forêts. Ne me demande pas comment je le sais ! Je le sais, c’est tout. Cette terre le sait et me le dit. Nous sommes tout seuls dans le pays du dragon. Que Dieu nous protège !
- Si tu as si peur que ça, mets ton armure !
- À quoi me servirait-elle ? Le dragon surgit d’on ne sait où. Nous ignorons où se trouve son repaire. Il disparaît comme il est venu. Nous ne pouvons deviner où il se rend. Eh bien, soit ! Revêtons nos armures. Au moins nous mourrons dans nos vêtements de parade.

Le second chevalier n’avait pas fini d’endosser son pourpoint d’argent qu’il s’interrompit et détourna la tête.

Sur cette campagne noire, noyée dans la nuit, plongée dans un néant qui semblait sourdre de la terre elle-même, le vent s’était levé. Il soufflait sur la plaine une poussière qui semblait venir du fond des âges. Des soleils noirs, des feuilles mortes tombées de l’autre côté de la ligne d’horizon, tourbillonnaient en son sein. Il fondait dans son creuset les paysages, il étirait les os comme de la cire molle, il figeait les sang dans les cervelles. Son hurlement, c’était la plainte de milliers de créatures à l’agonie, égarées et errantes à tout jamais. Le brouillard était si dense, cerné de ténèbres si profondes, le lieu si désolé, que le Temps était aboli, que l’Homme était absent. Et cependant deux créatures affrontaient ce vide insupportable, ce froid glacial, cette tempête effroyable, cette foudre en marche derrière le grand rideau d’éclairs blancs qui zébraient le ciel. Une rafale de pluie détrempa le sol. Le paysage s’évanouit. Il n’y eut plus désormais que deux hommes, dans une chape de glace, qui se taisaient, angoissés.

- Là chuchota le premier chevalier. Regarde ! Oh Mon Dieu !

A plusieurs lieues de là, se précipitant vers eux dans un rugissement grandiose et monotone : le dragon.

Sans dire un mot, les deux chevaliers ajustèrent leurs armures et enfourchèrent leurs montures.
Au fur et à mesure qu’il se rapprochait, sa monstrueuse exubérance déchirait en lambeau le manteau de la nuit. Son oeil jaune et fixe, dont l’éclat s’accentuait quand il accélérait son allure pour grimper une pente, faisait surgir brusquement une colline de l’ombre puis disparaissait au fond de quelque vallée ; la masse sombre de son corps, tantôt distincte, tantôt cachée derrière quelque repli, épousait tous les accidents du terrain.

- Dépêchons-nous.

Ils éperonnèrent leurs chevaux et s’élancèrent en direction d’un vallon voisin.

- Il va passer par là.

De leur poing ganté de fer, ils saisirent leurs lances et rabattirent les visières sur les yeux de leurs chevaux.

- Seigneur !
- Invoquons Son nom et Son secours !

A cet instant, le dragon contourna la colline. Son oeil, sans paupière, couleur d’ambre clair, les absorba, embrasa leurs armures de lueurs rouges et sinistres. Dans un horrible gémissement, à une vitesse effrayante, il fondit sur eux.

- Seigneur ! Ayez pitié de nous !

La lance frappa un peu au-dessous de l’œil jaune et fixe. Elle rebondit et l’homme vola dans les airs. Le dragon chargea, désarçonna le cavalier, le projeta à terre, lui passa sur le corps, l’écrabouilla.
Quant au second cheval et à son cavalier, le choc fut d’une violence telle, qu’ils rebondirent à trente mètres de là et allèrent s’écraser contre un rocher.
Dans un hurlement aigu, des gerbes d’étincelles roses, jaunes et orange, un aveuglant panache de fumée blanche, le dragon était passé...
- Tu as vu ? cria une voix. Je te l’avais dit !
- Ça alors ! Un chevalier en armure ! Nom de tous les tonnerres ! Mais c’est que nous l’avons touché !
- Tu t’arrêtes ?
- Un jour, je me suis arrêté et je n’ai rien vu. Je n’aime pas stopper dans cette lande. J’ai les foies.
- Pourtant nous avons touché quelque chose...
- Mon vieux, j’ai appuyé à fond sur le sifflet. Pour un empire, le gars n’aurait pas reculé...

La vapeur, qui s’échappait par petits jets, coupait le brouillard en deux.
- Faut arriver à l’heure. Fred ! Du charbon !

Un second coup de sifflet ébranla le ciel vide. Le train de nuit, dans un grondement sourd, s’enfonça dans une gorge, gravit une montée et disparut bientôt en direction du nord. Il laissait derrière lui une fumée si épaisse qu’elle stagnait dans l’air froid des minutes après qu’il fut passé et eut disparu à tout jamais.

 

http://www.usgennet.org/usa/nc/county/beaufort/sellersrr/12sm.jpg

 

Qu'est ce que Bradbury s'est plu à nous écrire ? Une question qui restera sans doute en suspends, et c'est bien là l'effet recherché. Et vous, aimez vous ce texte ? Avez vous un auteur préféré ? Le débat est lancé, à vos références ! 

 


 

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 17:55

Nouvel arc qui reprends deux personnages que l'on connaît, désormais la trame de fond est suffisamment établi pour tenter de vous familiariser avec l'univers d'INITIUM. Ils vont par contre se retrouver dans une situation bien particulière, dont seule la volonté pourra les extirper. C'est aussi un moyen d'apporter un peu de voyage, d'évasion dans ce monde un peu désillusionné. En espérant de tout coeur que ce voyage vous inspire. 

 

http://freetrance.net/wp-content/uploads/tdomf/892/Dark_nature.jpg

 

La pénombre d’une nuit sans étoiles avait laissé place à un crépuscule teinté d’incertitudes, et plus que tout ce qu’on entendait du plus profond de la noirceur absolue du ciel, c’était bel et bien le silence, plus bruyant encore que des feuilles mortes balayant un trottoir un matin d’automne, plus fracassant que le bruit d’une goutte de rosée qui s’écrase sur une feuille assoiffée avant que la forêt ne se réveille et ne se prépare à son rituel quotidien ; qui se distinguait de tous les autres sons.

En dessous du gigantesque aigle qui étendait ses ailes comme pour cacher à la galaxie la vue d’une terre inconnue juste là, tout près d’eux ; il y avait des nuages, morceaux de chairs galactique amovibles et pourtant tellement inertes, qui écoutaient le bruissement des ailes de l’oiseau dans le vent automnal et incertain, changeant sans cesse d’humeur de par ses bourrasques autant que ses accalmies momentanées et surprenantes de poésie. Ils étaient désormais assez loin de toute présence hostile, et c’est lorsque Helphias en fit la demande opportune qu’Ethan commença lentement à faire sa descente royale.

Il traversa cette gigantesque étendue de brume infime aussi aisément qu’un battement de cils, et ils découvrirent alors la lande vierge, tels qu’ils l’avaient imaginé pendant tout le reste du voyage ou ils n’avaient vu que le soleil réduire à néant tous ses espoirs de retours au moyen d’un fondu au noir des plus intriguant, chaque jour plus mystérieux et fascinant que la veille. On ne comprendrait certainement cette vénération pour le soleil qu’une fois qu’il aurait définitivement disparu. Un matin, les êtres se lèveraient comme chaque jour, prêts à démarrer une nouvelle journée de routine, une nouvelle vulgarité ordinaire. Mais le soleil, lui, ne se lèverait pas.

Le monde resterait plongé dans la pénombre, et les incertitudes d’une espèce toute entière s’en trouveraient bouleversées, peut être même autant que l’ensemble de leurs convictions profondes. Mais ce jour n’était pas encore arrivé. Il planait pourtant, comme un sursis qui n’attendrait qu’un feu vert d’une entité plus puissante que le monde lui-même pour exécuter sa basse besogne. La nuit éternelle fait peur, parce que c’est en elle que s’accomplissent tous les vices, les terreurs cachées, les monstres dans les placards. Mais la peur elle-même n’est pas la nuit, elle peut s’accomplir en pleine journée. La nuit n’est qu’un moment propice à l’imagination fertile des rebuts qui ne cherchent que la gloire de la haine et de la terreur. Et tout cela bien sûr, chacun en est éminemment conscient. De par ce doute permanent, ils avaient réussi à faire passer chaque jour comme s’il était exceptionnel, à ne pas attendre que le temps passe, plutôt qu’il s’arrête d’un seul coup, à tout jamais, comme l’eau qui s’infiltre dans les ailes d’un signe. Comme la paresse bénéfique et fascinante d’une ombrelle, comme la flamme vacillante mais néanmoins vivante emprisonnée dans les yeux d’un chat.

Les deux êtres formant un seul et même ensemble, comme fusionnel, du cavalier et de son destrier, se séparèrent soudain. D’un mouvement aérien et virtuose, Helphias se transforma en cette frêle et innocente créature qui le caractérisait et le représenterait certainement à tout jamais, et suivit Ethan vers le sol avec une rapidité presque maladive. Ils rabattirent tous deux leurs ailes comme un parapente qui voudrait planer plus longtemps, et touchèrent le sol comme une goutte de sang l’aurait fait dans un corps déjà fonctionnel et avide.

Comme c’était de coutume, leurs serres se transformèrent en orteils, leurs pattes en jambes, leurs ailes en bras, et les plumes furent rapidement remplacées par des poils. Alors qu’ils étaient là, les habits en lambeaux, Helphias n’eut qu’à faire un simple mouvement du poignet pour que les toges déchirées ne se reconstituent d’elles même. Un tour de passe-passe fascinant, qu’il avait du répéter maintes fois avant d’intégrer la chambre du Conseil pour tenter vainement de prendre de l’importance en son sein.

-Il semble que l’endroit soit sûr. Vient, Helphias, trouvons un endroit à l’abri de la bruine ou nous pourrions passer la nuit, dit Ethan d’un ton incertain, essayant de visualiser le terrain pour repérer tous danger éventuel qui pourrait les stopper dans leur course.

En effet, ils ne l’avaient pas remarqué jusqu'à présent mais la pluie, légère et salvatrice pour une nature aussi indomptable qu’une plume dans les tourments venteux d’une montagne assourdissante et endormie, faisait désormais partie du paysage. Et les nuages autrefois si légers étaient maintenant pesants de colère et de leur mine assombrie contemplaient le désert de verdure qui profitait de leurs humeurs régénératrices.

Malgré toute cette agitation, cette activité de perpétuel mouvement, la nature, hormis la pluie qui émettait ce clapotis caractéristique en touchant le sol, semblait encore endormie. Comme si le temps n’avait plus aucune incidence sur ce morceau de terre désolé, ou toute vie semblait absente. Helphias et Ethan marchèrent de longs instant dans ce sombre désert de verdure, se protégeant le visage et le corps avec le bout de tissus qui leur servait d’habit, et qui leur empêchait de montrer au monde leurs meurtrissures et leurs démons intérieurs.

Deux individus qui se cachaient derrière des paravents, et dont la vie respective ne pouvait se deviner qu’à travers leurs jeux d’ombres chinoises, orientales, envoûtantes et secrètes.

 

 

A suivre... 

http://cache.20minutes.fr/img/photos/jdn/2010-11/2010-11-14/article_photo_1289747494326-1-HD.jpg

 


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