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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 13:45

Entamons en ce mardi la suite de l'histoire qui a commencé il y a quelques jours à peine. Le mystère s'épaissit toujours plus... 

 

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Quelque part, au cours de cette nuit de prime abord semblable à toutes les autres, une étrange procession était en marche. Une masse de fumée se déplaçait dans les airs, aidée par la masse de vapeur, de charbon et de bras qui l'apportaient au monde encore innocent. Découpé comme une forme indistincte sur un rouleau usé de papier journal, celui qui était apparu n'avait pas vraiment de nom. Son origine était encore bien inconnue de tout univers tangible. Pourtant on pouvait voir, à l'usure des écrous, à la saleté des fenêtre, à la pousssière qui envahissait la tôle froissée et bâtarde, qu'il devait parcourir l'univers tout entier depuis déjà bien trop d'automnes. Sa fumée était d'un noir de suie, sablonneuse, telle une pousière sortant d'un désert argenté et éloigné de toute forme de présence. Tout autour de lui, une étrange fumée verte, brume surnaturelle sortie des livres de sortilèges anciens, semblait l'auréoler d'une symbolique légendaire toute relative. On ne voyait que de l'extérieur, 2 longues cornes et quasi symétriques sur le devant, symboles sculpturaux longs, filiformes et agressifs en même temps que nauséeux. Tout autour, le monde du visible ne voyait pour le moment que le sommeil et la chaleur de ses draps éprouvés. Les champs de blé ondulaient au ryhtme d'un vent survenu comme un sursaut dans les ombres mouvantes d'un passé reconstitué. Une fameuse odeur avait empli l'air ce soir là : une odeur de fumée et de mystère.


Un très long sifflement, strident, déchira le silence. Celui qui lui appartenait, à lui et à lui seul. Lui dont personne ne connaissait ni le nom ni l'origine. Il s'immobilisa, mais ne fit descendre aucun passager. Le train restait là, de longues minutes, à éprouver le poids du néant et du vide de l'existence, à peser toute l'étendue de la crainte qu'il aurait pu susciter s'il avait été découvert. Le train, comme le temps, restait suspendu dans le vide, ne craignant pas que quiconque ne puisse apercevoir un engin semblable à tous les autres (à quelques détails prêt), vagabonder en plein mois d'Octobre à la faveur d'une nuit silencieuse et sans étoiles. 

 

 

Will arrivait déjà sur le pas de la porte de Max. Il fut surpris, devant cette grande bâtisse beige à la clôture en bois blanc un peu usée par les ans, d'apercevoir la porte d'entrée entrouverte. Il se demanda tout d'abord qui avait bien pu faire une bêtise pareille, ne croyant pas une seconde qu'il s'agissait de son ami, précautionneux et maniaque au possible. C'était là une autre de ses particularités : Max était plus méticuleux qu'aucun autre garçon de son âge. Dans sa chambre, tous les livres, les jouets, l'univers blanc et épuré, étaient à leur place respective. Rares étaient ceux qui pouvaient d'un seul geste de la main bouger le moindre objet du moindre centimètre. Il s'agissait là d'une certaine forme d'obsession plutôt que d'une réelle folie du rangement, mais cela ne dérangeait pas Will plus que d'ordinaire. Cette porte, en revanche, cette longue meurtrière noirâtre et anéantie que constituait son ouverture, avait tout d'une anomalie universelle et inquiétante. Il n'appella pas, de peur de révéler sa présence à une autre, plus invisible et pernicieuse.


Il choisit de prendre un minuscule cailloux, posé dans le jardin comme un trophée du dimanche par les parents de son ami, et de viser sa fenêtre comme le font la plupart des garçons de son âge en guise de signal pour dire que la voie est libre, ou simplement comme une invitation. Will se souvenait si bien de son enfance, de ces rues qu'il avait appris à arpenter et à connaître par coeur. Par les quelques pas qu'il faisait tous les jours, marche corrosive et inutile. De ces lieux qui respiraient l'odeur familière du cocon de l'enfance, qu'il était peu à peu en train de perdre. Les posters de femmes se cachaient désormais sous ceux, beaucoup plus innocents, de groupes musicaux éclectiques et obscures, dont seul lui connaissait l'origine moribonde et le style désuet et un poil trop revanchard. Par les histoires que lui avait raconté son grand père, les soirs de grand vent ou le feu rougeoyait dans l'âtre et ou trainaîent dans l'air une tenace odeur de fumée vieille et reposante, qui le faisait se sentir en sécurité. Il traînait autour, et dans les murs de Pennytown, tout un folklore qu'aucun, de Lovecraft à Stocker, n'aurait jamais pu renier tant il était riche en secrets. Une ce ces histoires l'avait cependant marqué plus que les autres. C'est qu'elle s'était déroulée à quelques maisons de là, plusieurs siècles plus tôt, d'un temps où le passé semblait encore le fasciner.


"Cette histoire là est différente de toutes les autres. La femme dont je vais te raconter le tragique destin, je l'ai connue, je l'ai sérrée dans mes bras au travers des pages d'un énorme almanach désormais prisonnier de la bibliothèque et de sa poussière envahissante. Bien sûr, je ne l'ai jamais vue de mes yeux, car sinon je serais bien trop vieux pour pouvoir te la raconter", avait commecé grand père Oggy, les yeux pleins de malice, et la gorge emplie de la fumée de sa pipe en bois blanc qu'il gardait comme une relique d'un passé dont il ne parlait quasiment jamais. Le traumatisme avait été peu à peu remplacé par l'oubli, et même lui, parfois, avait des trous de mémoire quand à son destin singulier.


"Il fut un temps où les gens pensaient, peut être à tort, peut être à raison, que les femmes, détentrices du secret de la vie éternelle, fomentaient en secret sortilèges et incantations contre eux et leurs familles, et en arrivaient même parfois à menacer la paix d'une bourgade toute entière. Bien que Pennytown n'en fût jamais fière, elle a participé à cet élan de peur moyenâgeux qui consistait à croire en l'existence des sorcières. L'élégante Rosa, tenancière, avec son mari, d'une ferronerie dans le quartier dit de la Roseraie, exigeait beaucoup de sa moitié. En échange de son travail permanent, elle tenait la caisse, passait les commandes, vivait au rythme prospère d'un couple vivant et en harmonie. Une seule ombre vint cependait obscurcir cet idyllique tableau. Rosa, malgré maintes tentatives infructueuses, dut se résoudre à une inconcevable vérité : elle ne pourrait jamais avoir d'enfant, elle ne serait jamais capable de concevoir. Elle avait eu une enfance malheureuse, entre les désirs nomades de ses parents adoptifs, la maltraitance dont elle faisait quotidiennement l'objet, et cette période de paix brève dans son couple avait été la plus heureuse expérience de sa vie. Malgré tout, Rufus, son mari, aimant et dévoué, changea de comportement du tout au tout au moment où la nouvelle tomba, avec fracas et désinvolture. il s'était définitivement renfermé sur lui même, rentré dans sa coquille, ondulant à chaque question de quiconque comme un serpent, pour éviter d'y répondre. 


Rosa décida alors d'entreprendre tout ce qui était en son pouvoir pour conjurer ce qu'elle considérait comme une véritable malédiction qui la poursuivait. Elle se mit à faire appel à des puissances qu'elle n'aurait jamais dû troubler, récitant des incantations étranges lordque les nuits s'étiraient en éternités. Les gens du villages, qui avaient bien sûr entendu parler de la chasse aux sorcières, en vinrent à s'apercevoir des nouvelles lubies de la tenancière, qui se mit à avoir soudainement la réputation d'être maléfique. Pennytown était, à cette époque, le petit hameau reculé d'un royaume bien trop lointain, et légendes et superstitions rythmaient la vie bien monotone d'un peuple qui n'exigeait que peu de choses pour vivre et prospérer. 


Une nuit, alors que les yeux de Rosa étaient pétrifiés de sommeil mais toujours ouverts pour réciter une nouvelle incantations et tirer un nouveau et éventuel providentiel destin aux cartes de tarot, le peuple se souleva contre cette présence intrusive de l'occulte dans son univers si terre-à-terre. Ils décidèrent de brûler la maison, et le plus étonnant de tout, c'est que Rufus, le propre mari de la pauvre damnée, faisait partie du cortège consumant et consumé. Rosa ne survécut pas à un tel acharnement, et elle mourrut bien vite suite à l'inhalation des gaz toxiques et aux brûlures des flammes. 


Depuis ce tragique épisode, Rosa aurait, paraît-il et selon un folklore tenace, jeté une malédiction sur tous les prochains enfants à naître de cette ville. Lorsque ceux ci atteindraient l'âge de 6 ans, âge qui était le sien lorsqu'lle fut séparée de ses parents, ils seraient confrontés au monde de l'invisible, aux secrets de l'occulte, et disposeraient, comme aucun autre avant eux, d'un étrange pouvoir qui circulerait autour d'eux, comme une ombre maléfique qui les poursuivrait toute leur vie durant. Oh, bien sûr, ce n'est qu'une histoire, mais le personnage est depuis resté célèbre dans la ville et ses alentours, et on regarde souvent si les enfants, lorsqu'ils atteingent l'âge fatidique n'auraient pas, par hasard, des symptômes curieux et inexpliqués". 

 

 

Le nombre de fois ou il avait raconté cette histoire à Will ne pouvait désormais plus se compter sur les doigts de ses deux mains. De même que le nombre de versions qui lui avait été apportées, presque chaque fois différentes. Mais il en gardait ce souvenir, intact, comme cristallisé dans son esprit par on ne sait quel prodigieux procédé de sa mémoire sélective. 

 

 

La lumière de la chambre de Max s'alluma. Il était temps de revenir à la réalité. Dehors, quelque part dans le vide et l'inconnu, un train sifflait, strident et unique possesseur de l'ombre. 

 

 

R.B 
Le 27/08/2013

 

 

 


 
 
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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 17:39

La suite d'une étrange histoire. Mais rassurez vous, ce n'est que le début...

 

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Bob était en train de dormir à poings fermés. Dans ses propres songes, il ne se reconnaissait pas. Des formes indistinctes et floues faisaient monter en lui des envies profondes, des envies dont il ignorait encore tout. Comme tout adolescent de son âge, il croit tout savoir des choses de la vie, avoir tout vécu alors qu’il n’en effleure encore que la surface. Il tâtonne, comme un enfant égoïste et jaloux de ce qu’il n’aura pas avant longtemps. Un temps qui est alors terriblement long, chaque minute qui passe lui paraît une éternité de plus, chaque instant pourrait tout aussi bien être une vie entière. 


Max, quand à lui, guettait le silence de la maison, les ronflements de son père, la respiration des animaux endormis dans le couloir. Lentement, il descendit les escaliers à tâtons dans la pénombre. Il savait que ses désirs à lui étaient différents. Aussi lentement et doucement que possible, il se dirigea vers la cuisine. Il ouvrit la porte du frigo en prenant bien soin de ne pas faire claquer la poignée contre un meuble. Là, il dévora, encore tout ruisselant de faim et d’un plaisir coupable, tout ce qui lui passa sous la main. Max souffrait d’un assez fort embonpoint pour son âge. Cela n’inquiétait pas ses parents outre mesure, qui eux étaient déjà de forte carrure. En revanche, cela avait souvent le don de déclencher les railleries assassines de ses camarades de classe. C’est qu’a l’école du comté de Pennytown, on était aussi méchant qu’un groupe d’enfants moqueurs pouvait l’être dans chacun des pays existants en ce monde. Tous le traitaient de cochon, n’hésitaient pas à renâcler à son passage. Max avait appris à vivre avec, comme tout le reste. Il aimait manger, oui, et la nuit, comme un somnambule, il assouvissait ses envies refoulées au cours de la journée. Tous le dénigraient, il ne pouvait pas jouer au ballon avec eux, il les aurait ralenti.

 

Tous, certes. Sauf peut être Bob et William, qui, eux aussi, avaient une particularité que personne ne leur enviait. Tandis que William affirmait voir des choses bizarres et inexplicables, Bob, lui, était persuadé qu’il était la réincarnation de son grand père, mort trente ans plus tôt. Il affirmait savoir des choses, des secrets sur sa famille qui n’avaient pas envie d’être déterrés. Bien sûr, nombre de ses proches, ses parents comme ses instituteurs, avaient tenté de l’en dissuader. Mais il était passionné par la guerre de quatorze, connaissait par coeur l’ensemble des régimes d’infanterie et ou ils avaient servi, aimait les vieilles voitures et particulièrement les modèles Chevrolet (il affirmait avoir eu une Impala dans sa jeunesse, mais ne pas l’avoir gardée assez longtemps pour que quiconque s’en souvienne). C’était un gosse introverti, au comportement souvent mystérieux, aux cernes toujours prononcées et aux yeux noirs comme la nuit : le parfait prototype du garçon rejeté.

 

Max voyait dans son propre somnambulisme à l’appétit accru une certaine forme de bizarrerie, qui, plutôt que de l’aider à se faire aimer de tous, lui avait appris à faire plus ample connaissance avec le reste du monde, ceux qui n’avaient pas l’envie et l’ambition de devenir tout le monde. Ceux qui étaient nés différents, ceux qui croyaient l’être, ceux qui s'efforçaient de le devenir. A Pennytown, ils étaient trois, mais peut être bien plus à l’aune des sentiers vides et poussiéreux. Leur monde était minuscule, mais le vrai monde était si vaste que personne ne pouvait vraiment répertorier l’ensemble des créatures qu’il contenait. Tandis que ses deux amis de jeux avaient une quinzaine d’années, Max était plus jeune. Avec ses deux ans de moins, il était le benjamin de la bande, celui qui traînait toujours derrière, celui auquel on pouvait faire croire toutes sortes de choses insensées. A 12 ans et trois quart, Max fermait toujours la porte du placard de sa chambre avant d’aller se coucher. Il ne savait pas ce qu’il craignait, ni pour quelle raison. C’était comme ça, c’est tout. Tous trois habitaient à 5 minutes à pied les uns des autres. Tous trois avaient vue sur la place centrale, celle ou les magasins ouvraient à 8 heures du matin. 


Le marchand de bonbons et sa délicieuse odeur de réglisse qui flottait dans l’air et se mêlait à celle du boulanger qui venait de sortir les croissants du four. Jamais, pas un seul jours de l’année, ils n’avaient trouvé porte close lorsqu’ils entraient chez le vendeur/raccommodeur de semelles de chaussures, ou le parfum entêtant et remuant du cuir les faisait parfois vaciller. Mr Browning, le propriétaire, était un charmant vieil homme aux traits tirés et aux mains calleuses, usées par les longues années de labeur qui l’avaient poussé à entretenir sa boutique. Il ne faisait pas que vendre des semelles, non.

Dans son arrière boutique, ou il emmenait parfois le trio d’aventuriers en herbes, il y avait une sorte de caverne magique qui renfermait toutes sortes d’objets bien mystérieux. Des cages à oiseaux aux formes étranges, des boîtes à musiques aux sonorités singulières qui tournaient à l’envers, de petits animaux empaillés qui semblaient encore emplis d’une âme qui ne s’éteindrait jamais.

 

Un jour où Max avait passé le rideau perlé de petites boules rondes et multicolores, le vieillard lui avait fait cadeau d’une étrange montre à gousset, dont seule l’aiguille des secondes tournait à l’envers. Selon la légende qui tournait autour de cet objet qui avait appartenu à un illustre horloger de New York, mort d’épuisement dans l’anonymat le plus total, cet objet pouvait retourner le temps, le faire disparaître en volutes de fumée et créer de nouvelles heures, de nouvelles secondes qui n’auraient parues ni trop courtes, ni trop longues pour un adolescent. Cette montre gardait ainsi une éternelle jeunesse, son fonctionnement et son allure n’étaient pas altérées, bien qu’elle fut créée il y a bientôt 60 ans. Elle paraissait comme neuve. Depuis, Max la gardait comme une relique, dans le fond du tiroir de sa commode en pin. Il ne la montrait à personne, c’était une révélation qu’il préférait garder pour lui. Et quand, après de longs moments d’ennuis pendant la classe, il la sortait, il lui semblait que le temps, en effet, passait toujours un peu plus vite lorsqu’il la tenait entre ses mains.

L’odeur de l’encre sèche sur le papier épais emplissait la librairie, où il traînait toujours un lecteur érudit pour faire part de ses expériences nocturnes et donc rallongées. Car, comme chacun sait, et même si ce n’est écrit dans aucun manuel et que tout horloger digne de ce nom vous dira le contraire, la nuit est toujours plus longue que le jour, et lorsque la lune d’argent remplace le soleil de plomb, le tic tac incessant courant sur le cadran des heures ralentit bien malgré lui. 

Mr Browning avait depuis longtemps éteint la lampe qui lui servait de veilleuse, tandis que presque chaque jour, un livre différent trônait sur sa table de nuit. 


C’est alors qu’un étrange éclair emplit le ciel. Pourtant, aucun nuage n’était venu l’obscurcir au cours de la journée, aucun orage n’avait été annoncé, ni dans le journal ni au cours des informations régionales. Un éclair aussi bref que le souffle du vent, jaillissant des ténèbres, au loin, dans les champs, tout près de la ligne de chemin de fer ou les trois amis allaient parfois traîner, attendant un train qui ne passerait plus. Tous trois le virent. Max, de la fenêtre de sa cuisine, William de celle de sa chambre, Bob de celle des toilettes, là, dans le couloir attenant à la sienne. Ils en furent tous les trois surpris, car cet éclair n’émit aucun son. Ni avant, ni après. D’habitude, le rugissement de la foudre est violent et tendre à la fois, on l’attend aussi fort qu’on le redoute. Mais là, rien, pas un son, pas un souffle de vent. Pas une goutte de pluie de Novembre qui ne viendrait se poser sur la chaussée. Les feuilles tombées des arbres dans l’allée centrale ne bougèrent pas d’un centimètre. 


Cet éclair foudroyant ne semblait avoir réveillé personne, si bien qu’ils se demandèrent s’il avait jamais existé. Poussé par une curiosité à la fois bénéfique et malsaine, William ouvrit sa fenêtre en grand, et se pencha pour admirer le silence qui régnait au dehors. Rien, pas même un son étrange pour venir le troubler. Pas une odeur, pas un chat pour miauler en bas de sa fenêtre. Ce silence, alors même qu’il aurait du paraître apaisant, avait tout de celui qui précède un évènement singulier. William s’habilla de pied en cap avec ses vêtements de la veille, chaussa ses souliers en silence, et descendit par la minuscule échelle qu’il avait fixée sous le lierre du mur, jusqu’en bas. Jusqu’au jardin, jusqu’a l’herbe fraîchement coupée. Il voulait avoir la certitude qu’il n’était pas le seul à avoir eu le visage illuminée par cette lumière éphémère et envahissante. Et qui mieux qu’un trio d’enfants emplis d’imagination pour tenter d’expliquer l’inexplicable ? 

 


 
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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 17:24

Une histoire que j'ai eu envie d'écrire après une lecture particulièrement inspirante. C'est une histoire de rêve, d'adolescence, de fin de l'innocence, ou se mêlent le fantastique, l'effroyable, le visible et l'invisible. j'espères qu'elle vous plaira. 

 

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Il était 2h58. Ni le soir, ni le matin, ni rien d’autre de vraiment tangible. L’air était froid, demain était flou. Ses lignes se dessinaient peu à peu dans la nuit d’opale, tel un lézard dont les membres découpés dans le néant repoussent sans cesse. Il régnait dans l’atmosphère comme une aura de mystère et d’inconnu. 


Le quartier, le pâté de maison, la ville, la région entière sûrement, dormaient à poings fermés. Tout le monde était plongé au milieu de songes qu’il ne valait mieux pas décrire. Il s’en serait fallu de peu pour que l’on considère certains comme fous après ça. Les rêveries adolescentes se trouvaient souvent dans les têtes les moins jeunes. C’était un royaume qui, pour le bien de tous, devait rester secret. 


Mais quelque part, dans l’ombre de cette nuit calme et glaciale, deux petits yeux fuyants et curieux étaient bien ouverts. Ce qu’ils attendaient, nul n’aurait su le dire, mais ils étaient impatients. Il y a bien des heures qu’ils étaient sortis de la chaleur étouffante des draps trop bien bordés. Ils appartenaient au jeune William, posés bien confortablement sous ses paupières. Pour ce petit homme de 15 ans à peine, les yeux étaient plus que jamais le reflet de l’âme : beaucoup de choses échappaient à sa vue, fuyaient son regard perçant. Des choses à jamais prisonnières des ténèbres de l’inconnu.  


Adossé à sa fenêtre, William observait la lune. Toujours aussi ronde, tachetée et brillante telle les yeux d’un félin avide de proies. Le vent soulevait ses cheveux de paille et les battants de sa fenêtre faisaient des va et vient. Un petit grincement caractéristique, que seul lui pouvait entendre. Tout était calme, plus aucune chaumière allumée. C’était un rêve parmi tant d’autres qui avait réveillé William. Il avait vu quelque chose d’étrange avancer vers lui, dans le noir, et lui murmurer à l’oreille qu’il devrait se réveiller, que quelque chose allait se dérouler. 


De tous les enfants de la famille Shaft, William était à la fois le plus jeune et le plus singulier. Ses véritables amis, il pouvait les compter sur les doigts d’une main. Ses autres amis, ceux que personne ne pouvait voir et que l’on disaient prisonniers de sa tête, eux, étaient bien plus nombreux. Les choses étranges avaient commencé à l’aube de ses 6 ans, lorsque d’étranges rails de lumières évanescentes que personne ne pouvait expliquer étaient apparues sur les photos. Cela n’avait duré qu’une année, mais encore aujourd’hui on craignait plus que tout que cela recommence. William ressentait plus de choses que les autres, si bien que tout le monde dans la famille, ou presque, le croyait fou ou désaxé. 


Sa mère lui avait même fait subir de nombreux tests, qui n’avaient absolument rien révélé qui ne sorte de l’ordinaire. Ca ne venait pas de lui. Ca venait des autres, de ceux qui s’adressaient à lui. Au fil du temps, voyant qu’il ne répondait pas, les choses avaient disparues. Non pas qu’elles ne soient jamais apparues, elles préféraient rester discrète et se glisser dans la pénombre. Chaque fois qu’il sentait un drap se froisser, chaque fois que la porte du placard s’ouvrait toute seule sans explication plausible, il savait qu’elles lui rendaient une petite visite. Cela faisait un peu plus de deux ans maintenant qu’elles avaient totalement disparues. C’est que d’autres préoccupations étaient venues recouvrir ses peurs enfantines et primaires. D’autres fruits, plus défendus, avaient supplanté ceux que lui et Bob, et Max, dévoraient à pleines dents au coeur des vergers de l’été finissant. Ils portaient des prénoms et des formes féminines, et personne, du moins pour le moment, n’était venu s’en rendre compte. Pourtant, les yeux de William dérivaient parfois, comme d’étranges fantômes emplis de désirs évanescents. 


Cette nuit là, bien que n’ayant rien de singulier dans son déroulement, présageait pourtant quelque chose. Quelque chose d’extraordinaire, d’incroyable, comme une inconcevable vérité, un monstre affreux qui ne voudrait jamais se montrer à la lumière du jour par peur de subir les railleries de sa différence. Cette chose arriva à une heure que l’on ne saurait dire. Elle survint, comme en écho, à travers un étrange et pesant néant sombre et silencieux. Et elle changea des vies à jamais. 

 

 

 


 

 

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 18:47

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Je sonne avec mon petit paquet cadeau à la main bien caché dans mon veston en cuir. Bruit d’interphone. Je dis « Allo femmes à chattes, ici vieux débris ». J’entends un rire discret, et la porte qui s’ouvre. Je monte les escaliers de ce boui boui assez infâme. 600 dollars de loyer pour un appart’ au 6ème étage sans ascenseur, c’est comme se faire baiser une fois par mois par son propriétaire.  Bien profond, parce que même l’eau chaude se fait rare. Elle m’ouvre et me serre dans ses bras. J’ai l’impression de venir chez une vieille tante faire un pèlerinage. Sarah aurait pu s’appeler Willy, ou Max. C’est comme une espèce rare de femme masculine. Cheveux courts, relevés à la mode hérisson. Vêtements large, corps un peu pareil. T shirt des Saxons. Tatouages partout sur le bras droit. Pantalon mi-jean mi-baggy. Chaussure de skater. Piercing au nez et boucle d’oreille en anneau sur l’oreille gauche. Eye Liner prononcé, chapeau de dandy balancé à l’arrière de la tête. 27 ans et des poussières. Et un lesbianisme prononcé. C’est la seule nana que je connaisse vraiment que je ne pourrais jamais me taper. J’ai essayé pourtant. C’est comme ça qu’on s’est rencontrés. A l’époque, elle avait les cheveux longs, un cul d’enfer et une sérieuse tendance à le coller un peu partout pour tester son sex-appeal. C’était avant qu’elle ne découvre sa foutue vérité : son vagin ne s’exprimerait jamais qu’en la présence d’autres vagins. Mais ça m’allait parce que c’était un vrai phénomène, cette gonzesse. Je lui dis de me lâcher. Elle s’exécute. Et me fout un coup de poing dans le ventre. J’ai mal, elle a la droite d’un boxeur sur le déclin. Mais je ne dis rien, pas envie de passer pour une tafiolle.

 


 - Alors, sale goujat. Ca fait un bail. Pourquoi tu viens jamais me voir ? Tu crois que je suis une de ces meufs qu’on appelle jamais et qu’on laisse pourrir au fond d’un tiroir jusqu'à ce qu’on soit en manque ?  

 - Bordel, je viens d’arriver et je me fais déjà engueuler. C’est pour ça que je viens pas souvent, Bernard.

 - Ha ha Bernard. Nom de dieu que c’est moche comme prénom.

 - C’est français, on ne fait pas de miracles. Mets un peu de musique, j’ai l’impression d’être à une veillée funèbre.

 - Ca tombe bien. Laisse moi te montrer un truc.

Elle tape dans les mains deux fois. Et l’écran plat du salon s’allume, sur une playlist perso de son lecteur dvd. Les Dallas Frasca.

- Putain, c’est incroyable !

- J’aime bien bidouiller deux trois trucs quand je fourre pas ma langue dans des jeunes folles en chaleur.

- Tu m’étonneras toujours. Bref, comment se porte ma sale petite goudou de service depuis le temps ? Comment va ton boulot ?

- Tu veux vraiment que je te parle de mon taf ? Tu veux partir en dépression ou pas ? C’est aussi intéressant qu’une encyclopédie des champignons !

- Ca dépend des champignons.

- T’as porté la came ? Putain, si t’as rien je te fous dehors sur le champ.

- Du calme, jeune dépravée. Jerry te passe le bonjour. Et il veut que t’arrêtes de ta per des ados sur le retour.

- J’emmerde ce vieil ermite. Et toi, la pub ?

- J’ai un contrat avec une marque de jus d’orange à finir, mais j’ai pas du tout d’inspiration. Du jus d’orange, merde ! Sans la pulpe ! C’est comme une femme sans vagin : un travelo de premier choix !

- « Ce jus là coule plus sec que les autres ».

- Je fais une campagne pour un jus d’orange, pas pour un bocal de pruneaux !

- Allez, creuse toi un peu, je suis sûre que tu vas trouver. Je t’ai toujours dit que t’irais loin, vieux. Et quand on voit la boite ou t’as commencé et celle ou t’es aujourd’hui, on se dit que j’ai quand même un peu raison.

- Ouais, enfin… c’est pas gagné. Y’a toujours Will qui tente de me faire de la concurrence. Il bosse pour Chanel et Dior en même temps.

- Ce lécheur de cul n’a aucun mérite. Il sait pas ce que c’est que la vraie vie. Il a passé la moitié de la sienne entre les jupons de la même gonzesse à s’emmerder comme un rat mort dans son pavillon de banlieue et sa voiture de fonction. D’ailleurs, toi et les femmes, ça donne quoi ?

- Rien de bien concret. Ca baise à droite à gauche, mais ça se pose jamais. Quoi que j’ai vécu un truc assez particulier la dernière fois. Une nana qui m’a fait sauter dans une piscine tout habillée en me promettant la moitié d’un buzz et qui s’est tirée pendant que j’étais sous l’eau en me faisant un doigt d’honneur quand je lui ai couru après pour la rattraper. Je me suis tapé l’arrière de sa Dodge. Je sais même pas vraiment qui c’est, je sais juste qu’elle a des couilles en béton.

- Enfin, t’as peut être trouvé une nana à ta mesure.

- T’emballes pas, je la reverrai jamais et il s’est absolument rien passé.

- Mais c’est ça qui est fort. Elle t’as fait sauter dans une piscine tout habillé et s’est barré en courant. J’appelle ça du génie.

- Tu veux ta coke ? Alors arrête de me les briser avec le génie féminin. C’est qu’un paquet de conneries.

- Ouais ouais, ben j’en serai pas si sûre, moi. Après tout, je vis avec en permanence.

 


Silence. On se regarde. Elle éclate de rire. Je suis. Je sors le sachet, le prépare dans un silence relatif. Sarah est partie aux chiottes. J’ai 5 lignes, à tout casser. Mais pas des petites lignes. Jerry n’est pas un radin, c’est le moins qu’on puisse dire.


- Tu veux un truc à boire ? J’ai de la bière… ou du JUS D’ORANGE, BITCHES !


Je fais semblant de gerber. Avec toutes les dégustations que j’ai subi depuis que j’ai chopé ce contrat maudit, je pense que je ne pourrais plus jamais boire une goutte de jus de quoi que ce soit de ma vie. Un peu de reggae ne fait pas de mal. Dreadlock Holiday. Aucun de nous n’en a. Du moins pas dans les cheveux. Y’a longtemps que j’ai pas été faire une excavation sous marine dans la ceinture de chasteté de Bernard l’ermite. Elle s’envoie la première dans le nez.


- Je suis LA REINE DU MONDE ! crie t’ elle en se tenant au bastingage de la table.


La fenêtre du salon est ouverte. Celles des autres aussi apparemment, puisqu’on entend « Eh, la reine du monde, tu veux pas fermer ta grande gueule ? ». J’éclate de rire. Je me prends un rail dans le nez. Je commence à dérailler un peu. Pour une fois, ce n’est pas le jus d’orange qui me met en forme. J’ai chaud. Très chaud. J’enlève ma veste. J’ai de plus en plus chaud. J’enlève mon t-shirt. Je me retrouve torse nu. Sarah Bernhart, en grande tragédienne du 21ème siècle, me lance une de ses nombreuses saillies.

 


- Du calme, l’étalon. C’est pas une raison pour te déshabiller. Tu sais combien d’hommes se sont foutus à poil chez moi ? AUCUN ! Enfin si, mon père, mais il est venu passer 10 jours, il a bien fallu qu’il prenne son bain une fois. Et encore, je l’ai forcé. Je croyais ne jamais avoir à faire ça.

- Je pourrais être ton père… si j’avais été très précoce.

- Et si mon père s’envoyait des lignes de coke aussi facilement qu’il fait ses lacets ou qu’il fourre une inconnue.

- Pas d’amalgame. J’essaye de les connaître avant.

- C’est ce que t’as fait avec moi, hein ? Dans un de ces moments de faiblesses ou je ne sentais pas encore la douceur des abricots contre ma peau, tu a voulu me refiler ta petite aubergine et tes deux minuscules noix de coco.

- Et je garde toujours en secret le désir qu’un jour, ta chatte se transforme en garage à aubergines. Mais si tu me veux, va falloir changer cette coupe. Et… ce look ! On dirait un vieux mafieux russe.

- Je t’emmerde ! tiens, c’est notre chanson. Allez, lève toi et danse, vieux débris.

 


Dancing in the street. Il n’en faut pas plus pour nous faire danser comme des débiles sous le feu des projecteurs de la lampe du salon. Le son monte, le ton des voisins aussi. On s’en fout. La soirée passe sans qu’on la voie. Quelques rails de plus et une bouteille de vodka plus tard, je me retrouve à 8 heures du matin couché sur le canapé, la tête dans la l’abricot de Sarah (enfin, là ou il se trouve, elle a quand même gardé son pantalon), aveuglé par le soleil qui commence à pointer le bout de son nez. Ces moments là, c’est ceux que je déteste le plus. Mais Sarah est mon meilleur pote depuis de nombreuses années, maintenant. Et je prends la résolution de passer la voir bien plus souvent. Je regarde l’état du salon. La table basse est complètement pétée. On a du monter dessus. Avec la bouteille de vodka, apparemment, puisque y’a encore plein de traces d’alcool sur le sol. Je ne l’avais pas remarquée il y a quelques instants. Cette casquette de flic pointée fièrement sur la tête de la lesbiche. Qu’est ce qui a pu se passer pour qu’elle ressorte un de ses vieux déguisements de jeux sexuels ? Elle ouvre les yeux. Et commence la journée par un éclat de rire.

 


-Ha ha, mec, t’es parti tellement loin que j’ai du bien ramer pour te rattraper. Les flics sont venus nous rendre une petite visite. Comme ils réclamaient un tapage nocturne, j’en ai pris un et je lui ai foutu un bon gros coup de pied dans les couilles. Et j’ai pris son képi en guise de loyer.

- Et ils t’ont pas embarquée ?

- Tu parles, ils étaient pétés comme des coings ! Le week end, c’est sacré aussi chez les poulets !

- Et moi j’étais ou dans tout ça ?

- Sur la table en train de chanter du Georges Michael. Ta fibre gay ressort quand tu sniffes trop de coke. N’en prends jamais plus de trois rails, sinon tu vas te retrouver à quatre pattes avec des couilles derrière toi !

- Ferme la, Sarah. Je repasse mercredi. Mais sans coke. Va falloir t’habituer à me voir totalement sobre.

- Bonne chance pour ton taf’, vieux ! Et si T’ES DANS LE JUS, APPELLE MOI ! Haaaa Ha ha !

 

 

Elle n’a pas changé. Et elle ne le fera sans doute jamais. Et ça me rassure. De toutes les saloperies de gonzesses que j’ai rencontré, c’est peut être l’une des seules qui n’a pas tenté de me foutre un couteau dans le dos. Je repars de l’appart de Sarah la tragédienne avec un mal de tête effroyable, le nez défoncé d’avoir trop reniflé, et un étrange sourire aux lèvres. La simple idée qu’elle a rendu un flic impuissant suffit à me faire retrouver ma bonne humeur. Je repensais aux paroles de la lesbiche en début de soirée, à propos de la nana au pétard. C’était peut être bien vrai. J’avais peut être enfin trouvé une femme à ma mesure. Il fallait que j’avance vite dans mon boulot. Si jamais on se recroisait et qu’elle apprenait que je bossais pour une marque de jus d’orange, là pour le coup je serais vraiment dans le jus. Je passe un coup de nez sous mes bras. On dirait que toutes mes glandes se sont données rendez vous pour la fête de l’odeur. Ca pue le chacal. En plus, je crois que je me suis pissé dessus. De rire peut être. Je sens un courant d’air jaunâtre le long de ma jambe gauche. Ah, les doux embruns du lundi matin !


Je continue à marcher vers le chemin, vers la route, vers nulle part. Aucune route n'est vraiment tracée. Les lignes n'existent que pour être franchies. 


R.B Le 22/07/2013

 

 

Si vous avez du retard :

Partie 1

Partie 2

Partie 3 


 

 

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 13:13

 

Quand un démon entre dans un lieu sacré, forcément, ça fait des étincelles... Rock and roll ! 


http://www.lefrelonvert.com/wp-content/uploads/2011/06/acdcLET-THERE-BE-ROCK-AND-ROLL.jpg

 

Il fait sombre. Mes pas s’accordent mal avec le décor. Ils sont rapides, alors que le temps semble s’être ralenti de lui même. Je me les pèle sévère. Mais il fallait que je vienne. C’est comme ça que tous les connards de la terre, quoi qu’ils aient fait et tiré, viennent se faire pardonner. On ne peut pas dire qu’il y a foule. C’est sans doute que je dois être le seul connard en ville. Ou en tout cas le seul qui ai trouvé le courage de me l’avouer. C’est la folie dans mon pantalon en ce moment. Trois jours que je ne me suis tapé personne, apparemment j’ai pas l’humeur pour. Je rentre dans la petite pièce. Le battant s’ouvre. Je suis d’abord incapable d’ouvrir la bouche, parce que je connais bien le mec qu’il y a derrière. Il s’appelle Jerry. Les derniers cheveux qu’il a commencent sérieusement à blanchir. Une vie d’ascétisme, ça fait plus de mal au corps que n’importe quelle drogue merdique. Derrière le noir de la grille, j’entends sa respiration bien trop calme pour être crédible. Ce type a presque la soixantaine et aucun défaut dans les poumons. Il n’a jamais fumé une clope, a rarement bu d’alcool et s’est tiré peut être 2 femmes dans sa jeunesse, avant de prendre un virage serré. Mon contraire, en somme. Je ne le fais pas attendre plus longtemps.

 -       Pardonnez moi, Jerry, parce que j’ai péché.

 -       On dit mon père, Bob. Mon père. D’ailleurs, je devrais t’appeler fils.

 -       T’as l’âge pour être mon vieux, mais c’est pas une raison. Bref, j’ai fait des conneries, encore une fois.

 -       Ne blasphémons pas ici. C’est le lieu idéal pour te faire pardonner, alors essaye d’être décent, pour une fois dans ta vie.

 -       Ouais. Enfin bref. Ca doit faire un bon mois que je ne suis pas venu dans ta boîte à péchés, alors je vais la faire courte parce que j’ai pas envie de m’éterniser. J’ai encore bu comme un trou, fumé comme un camé en manque qui vient de sortir de désintox et baisé comme un criminel qui vient de sortir de 10 ans de mitard. J’avais promis de me ranger, mais il faut croire que ma jeunesse ne veut jamais vraiment partir. J’ai 36 balais et pourtant j’agis comme un type de 15 ans. Mais le pire dans tout ça, c’est que je n’ai pas le moindre remord. J’adore ce que je me fais subir.

 -       Bien souvent se réfugier dans le péché est plus facile qu’embrasser la foi. Le seigneur nous a donné un corps et une conscience, mais il nous a aussi donné 7 pêchés capitaux. Le fait que tu les utilises pleinement ne fait pas de toi un monstre, simplement une créature du seigneur.

 -       Ouais, bla bla. Bref, encore une fois je viens vers toi. J’ai un gros entretien demain matin et j’aimerais me détendre un peu. Oublier que j’ai pas tiré de nana depuis plusieurs jours et que j’ai les couilles aussi pleines qu’un cheval asexué.

 -       J’ai ce qu’il vous faut, mon fils. Rejoignez moi dans mes appartements, je vous en ferai grâce. Au nom du père, du fils et du Saint Esprit…

 -       Ah, merde, j’ai oublié. Vous avez le bonjour de Sarah.

 -       Amen. Rends le lui.

 

Je sors du confessionnal. Jerry aussi, nous nous rejoignons dans la minuscule pièce qui lui sert de lieu de vie. Il me sourit. Et enfin, il parle normalement à nouveau.

 

-       On m’a refilé ce stock de coke, mais j’en ferai rien, donc je te le file. Mais c’est la dernière fois, je suis pas ton dealer, Bob.

 -       Bien sûr que non, pauvre bougre. Au fait, Sarah me fait dire que tu devrais t’envoyer en l’air de temps en temps.

 -       Les plus pauvres sont à 50 dollars la pipe, et si tu voyais leur tronche, tu préfèrerais rester vierge toi aussi.

 -       Sauf qu’on ne l’est plus depuis longtemps. Et seigneur, que dieu nous garde de l’avoir été un jour.

 -       Arrête de blasphémer comme ça, foutu démon. Tiens.

 

Il me passe le sachet. De la jolie poudre blanche toute neuve, plaisir fugace pour mes naseaux encrassés.

 

-       Et tu diras à Sarah qu’elle arrête de se faire des jeunes de 25 ans, sinon sa chatte va ressembler à la plaque de beurre d’un meuf de 60 ans.

 -       Le message sera passé, ne t’inquiète pas, je lance en riant. Bon, Jerry, merci pour la petite livraison, on se revoit bientôt.

-       Ouais, mais je suis pas la poste des dealers, donc la prochaine fois, je fournis rien du tout. A toi de donner.

-       Bien. Qu’est ce qui te ferait plaisir ?

-       Un petit porno. Soft, j’aime pas les trucs trop hardcore ou on a l’impression de voir s’enfiler une bande d’animaux.

-       Je te trouverais ça. Mais il faudrait que t’arrêtes de fantasmer sur ton magnétoscope et que tu sortes vraiment, pour une fois.

-       Tu sais bien que ma vie me l’interdit. Je donne mon corps tout entier à la foi.

-       Ouais, mais la foi ne te pompe pas le dard.


J’ai un peu honte d’être venu dans une église et d’avoir fini avec ces mots. Mais la honte, c’est comme tout. Et chez moi, comme j’ai rarement des remords, ça passe plus vite.

 

 

A.S...
RB, le 18/05/2013 

 

 

 

 

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 21:41

 

http://24.media.tumblr.com/tumblr_m73xgerNMv1qdb4hto1_500.png 

 

 

23h30. J’ai chaud. Ca doit être la vodka. Ou la musique, ça fait trois fois dans la soirée qu’ils repassent American Idiot. Des faux rebelles de médeu qui se prennent pour des révolutionnaires. Une fois arrivés chez eux, ils écoutent du Pavarotti dans leur fauteuil en faux cuir en buvant un jus de goyave. La red bull ne fait rien, j’ai l’impression d’être un fifou de 15 ans dans une soirée diapo. Elles passent et repassent sans cesse, toujours les mêmes anecdotes à la con. Je suis seul, assis sur la terrasse à l’extérieur de la maison. Sacrée baraque. Clara est partie je ne sais où, fricoter avec je ne sais qui. J’étais le moyen de transport, ce soir. Sacré pigeon. Comment ais-je fait pour en arriver là ? Il faudrait sûrement remonter le fil de la soirée pour le savoir. Ca tombe bien, j’ai rien d’autre à foutre.

Arrivée de bonne heure, il y a déjà foule. Des gens hyper bien habillés et serrés dans leur costard bon marché. Un type est déjà en train de se rouler par terre dans le jardin de devant, complètement défoncé. Un de ses potes essaie de le résonner. C’est comme taper contre une plaque de béton. Clara va se chercher un verre. Elle tombe sur un type qu’elle connaît, et je commence déjà à voir se dessiner le fil de la soirée. Un peu de coke, des cocktails insipides et des chambres toutes occupées. La musique est à chier, c’est déjà ça. Au moins, je ne pourrais pas dire que la soirée était super et que c’était juste moi qui n’étais pas dans le coup. Je suis assis au bar, en train de déguster ma deuxième vodka. Sûrement achetée dans le supermarché en bas de la rue. Elle a un sale goût de pétrole distillé. Une nana est assise sur le tabouret d’à côté, les coudes sur le bar, une main sur le visage, sûrement en train de reluquer ses états d’âme. J’entame la conversation.

 -       Toi aussi, t’es invitée à ce qu’on t’a promis comme la fête du siècle ?

 

Elle se tourne, me regarde bizarrement, comme si elle hésitait à demander si je lui parlais à elle ou à moi même. Premier vent de la soirée. Pas vraiment, en fait, parce qu’elle ne tarde pas à répondre.

 

-       Foutue blague, ouais. J’ai un gosse chez la nounou pour ça.

 -       Elle est sûrement en train d’appeler son petit copain en fumant un gros pet’ pendant que le gosse braille à côté.

 -       A peu de chose près, tu dois avoir bon. Parce que vu sa gueule, c’est à sa meilleure amie qu’elle parle. Je les choisis plutôt moches pour ne pas avoir à subir les dommages collatéraux de leurs jambes écartées.

 -       Tu bois un truc ?

 -       Ouais, je suis en train, là.

 Deuxième vent. Son verre est vide pourtant. Celle là ne sera pas simple. Ca tombe bien, j’aime les défis.

 -       T’as porté… Du matos ?

 -       Ouais, mais je suis pas un dealer. Il faut la mériter.

 -       Si je te disais que je suis censé venir avec mon rencard mais qu’elle est sûrement en train de fourrer sa langue dans celle d’un type torché à la vodka et que ma vie est merdique et que j’ai besoin de me détendre un peu… ça te parle ?

 -       Si t’allonges 5 dollars, ça me parlerait encore plus.

 -       T’es une de ces putes de l’herbe. T’allonges la dose, et moi je t’arroses, c’est ça ?

 -       Non, je blaguais. Prends pas la mouche comme ça, merde ! T’es sacrément coincé comme mec.

 -       C’est le costard qui fait ça. J’ai l’impression que ma queue est serrée dans un étau. Pourtant, je suis quand même obligé de caler le bout dans ma chaussette.

 

Premier éclat de rire. Et un point pour le blagueur du dimanche, un.

 

-       Suis moi.

 -       C’est toi qui mènes.


 

Cour intérieure. Grand balcon avec piscine ouverte. Terrasse aménagée. Muret. Putain de vue sur les hauteurs de Chicago. Plutôt classe. Il est déjà roulé, on a même pas à attendre. Liberian Girl de Jackson. L’air se charge de phéromones. Ca s’embrasse de partout, ça se colle comme des chiens en chaleur. Notre attention dérive un instant. Un type est en train de se faire démonter la tronche par une espèce inconnue de gros balourd. Apparemment, une histoire de fric. C’est toujours une histoire de fric.

 

-       Je vois le genre de type que tu es. Tu penses qu’avec quelques lattes, je vais me donner gratis et que tu pourras rentabiliser ta soirée.

 -       Tu me vexes. J’aurais plutôt misé sur la vodka. Avec un petit cachet à l’intérieur.

 -       Je m’appelle Roxanne.

 -       Roxanne. Ca sonne comme un bonbon à la menthe. Tout frais, tout léger mais sacrément fort quand on l’a en bouche.

 -       Ouais, ben ce serait plutôt un bonbon à l’arsenic.

 -       Du genre qui n’a l’air de rien comme ça mais qui te foudroie d’un coup quand tu le lèches ? Pas mal non plus.

 

Second éclat de rire. Je suis en forme ce soir. A moins que ce soit la Red bull. On va dire que c’est moi.

 

-       Tu sais quoi, je trouve cette soirée chiante à mourir. Il faudrait égayer un peu tout ça. T’aimes faire des paris ?

 -       J’adores ça, surtout si je gagne quelque chose à la fin.

 -       Du genre le droit d’enlever les ceintures de chasteté ?

 -       L’amour est un mot bien trop galvaudé. La baise et la défonce, c’est tout ce à quoi des gens de notre âge ont le droit. Et je dois dire que je m’en accommode assez.

 -       T’oublies le chiard que j’ai porté dans mon ventre pendant 9 mois et qui ensuite m’a pourri la vie pendant 6 ans et demie.

 -       Je suis pas du genre à donner des leçons, mais un gosse, c’est comme une seconde jeunesse.

 -       Pour un père, peut être. La mère, elle, est déformée, à dix kilos de trop sur les hanches, une alliance qui ne sert à rien et une liste de corvée sur le frigo qui ne cesse pas de s’allonger.

 -       Pauvre bougresse. Pour un peu, je te plaindrais. La vérité, c’est que j’aimerais bien me ranger, moi aussi. Mais y’a toujours un truc qui me pousse à revenir à cette vie un peu sauvage.

 -       Ouais. Et c’est là que la conversation devient chiante. Je te files le reste du pet’ si tu te fous tout habillé dans la piscine.

 -       Pourquoi ce serait moi ?

 -       Parce que moi j’ai autant d’herbe que je veux. Toi t’es à sec et je suis prêt à t’en donner pour rendre la soirée un peu plus divertissante.


 

J’avale d’un trait ma troisième vodka. Nasdrovia. Je me prépare mentalement à ce que je vais faire. Et puis je me dis que c’est stupide de se préparer pour un truc aussi débile. Alors j’y vais. Parce que je trouve ça drôle. Parce que je la trouve séduisante. Parce que j’ai un peu envie de me la faire. Splash. Une grosse bombe. J’entends des cris quand je suis sous l’eau. Étrange moment de flottement. À la fois poétique et incroyablement suspendu. Je souris. C’est vrai que c’est plutôt marrant. En remontant, la réalité me rattrape. Quelques insultes, des visages ahuris tournés vers moi, comme si je venais de me foutre à poil en public. Je regarde à nouveau vers la murette. C’est pour y apercevoir une absence. Cette connasse s’est barrée. Elle m’a bien eue. Je remonte à la hâte, traverse le salon à moitié en furie, à moitié complètement trempé. Un type m’accoste. Au vu de sa dégaine de dandy, ça doit être l’hôte de la soirée.

 

-       Qu’est ce que fous, pauvre abruti ? Vire de ma baraque tout de suite ou je te fous une dérouillée que tu seras pas prêt d’oublier.


 

Je me retrouve dehors, la porte se ferme d’un coup sec. J’ai l’air d’un pauvre clochard trempé par la flotte qui vient de se faire flouer de sa dernière once de dignité. Une voiture démarre. Je parie que c’est mon arnaqueuse en chef. Comme un chien, je cours après. J’arrive à la rattraper. Elle m’a sûrement vu, elle le fait sûrement exprès. Elle accélère. Je cours plus vite. Elle pile d’un coup sec. C’est la première fois que je prends le cul d’une bagnole. Ca fait un mal de chien. Elle se barre, sans oublier de me laisser un petit doigt bien senti à la fenêtre. C’est rare que je tombe sur un caractère aussi merdique. Je me retrouve en plein milieu de la rue, complètement trempé, essoufflé comme un diable sorti trop de fois de sa boite, et une gaule d’enfer qui fait souffrir mon pauvre service trois pièces coincé dans trop de distinction futile.

Le ciel est étonnamment clair, ce soir. Ces foutues anges peuvent me voir dans toute ma déchéance et se foutre gaiement de ma gueule pendant que je remonte la rue. Je m’assois sur le perron et allume une clope d’un paquet que j’ai chouravé sur la table du salon. Je n’ai pas le temps de tirer 3 taffes que la porte d’entrée s’ouvre déjà violemment. Je n’ai même pas à me retourner pour savoir de qui il s’agit. Clara a eu la bonté de ravaler sa langue et sa bave pour venir me faire un gentil sermon.

 

-       Putain, j’étais sûr que c’était toi. Tu sais pas te tenir en fait.

-       C’était de la super came. Et elle m’en avait promis la moitié.

-       Tiens donc. Et qu’est ce que je vais dire à Richard moi ? T’inquiètes pas, je l’ai passé à un abruti qui me tires quand t’es pas là mais ça va sécher vite. Il est foutu, bordel ! Et moi avec. Je savais que c’était pas une bonne idée. C’est comme emmener son gosse à la fête foraine. Il essaye tous les manèges et on finit par passer toutes ses fringues à la machine parce qu’il s’est roulé dans toutes les merdes qu’il a pu trouver.

-       Au moins j’ai su détourner ton attention. Et au fait, tu me sonnes quand tu veux que je te ramène, que j’aie le temps de me barrer sans toi.

-       Tu sais quoi ? Tu ferais mieux de te tirer maintenant.

-       Pour que tu te fasses tirer tranquillement.

-       Penses ce que tu veux, je m’en tapes.

 

Silence gêné. Je ne sais plus quoi dire. Elle si, mais elle le réserve et fait durer le malaise.

 

-       Je t’appelle ce week-end. Mais la fête, on la fera au pieu.

-       C’est trop gentil à vous, gente dame.


 

Elle se tire. Je souris à moitié. C’est fou comme on peut tout gagner en ayant tout perdu juste avant.

Et voilà, j’en suis là. Je n’ai raconté que le principal. Le reste n’est constitué que de marches vides et de conversations futiles avec les mêmes lèche-bottes qui nous conchient à longueur de journée. C’est vachement redescendu. Je suis à nouveau au niveau de la mer. Je sens le chlore autant que le talc sur le cul d’un bébé. Pauvres créatures. Les femmes sont comme les Gremlins. Il ne faut surtout pas leur donner de quoi se remplir la bouche après minuit, et encore moins les mouiller. Et je ne parle même pas de les mettre en pleine lumière. Elles vous font tenir le spot comme un pantin pendant qu’elles profitent d’une gloire qu’elles ont toujours rêvé d’avoir.

 

Je reste quand même un peu, peut être pour me donner bonne conscience, peut être pour tout autre chose. Et puis je m’en vais définitivement de cette débauche de victuailles et de poudre pour le nez. Je reviens vers la voiture. Le froid me transperce, mes habits sont maintenant devenus totalement glacés. Je ne peux plus les porter. Je les mets un à un dans le coffre, en boule (au point où on en est). Me voilà donc complètement à poil en pleine rue. Bizarrement, j’ai moins froid. Je sens enfin le petit air frais qu’il manquait à ma paire de couilles compressée. Je remonte dans la voiture. Je fouille dans le vide poche. Un pétard flambant neuf, qui n’y étais pas quand je suis venu chercher Clara. Est ce elle qui l’a mis là ? Ou est ce quelqu’un d’autre qui savait que la porte côté passager ne pouvait pas se fermer ? Je ne sais pour quelle solution pencher, mais je sais quel briquet utiliser. Une fois attrapé dans le paquet de clopes lâchement volé à un sombre inconnu qui a sans doute déjà piqué sa crise. Je fume mes dernières barres de la soirée, à poil dans ma caisse usée et pleine de choses et autres sur la banquette arrière. Je ne peux pas vraiment m’en séparer, c’est toute mon adolescence. Les découvertes de mes premiers émois, quelques jeunes chattes qui n’avaient pas encore trouvé le chemin du salut phallique qui y ont laissé leurs traces. C’est ce que j’ai communément appelé mon « festin nu ». J’allume le moteur, la radio retentit, seule pièce moderne dans cet océan de vieilleries.

 

Naked and Famous passe en pleine nuit. C’est ce qu’on appelle une putain de coïncidence. J’ouvre la vitre et je commence à rouler. Sur le périph, les cheveux et les poils de la queue dans le vent, le cerveau un peu dans le vide, mais le foie et l’estomac dans le vert ; je pense. Cette fille n’est plus une salope qui m’a planté comme un moins que rien. C’est un défi. Et je serai curieux de voir comment je pourrais le relever. Un slip dans le placard, un verre d’eau pour la gorge, une courte branlette de dépit. Comme mon sommeil, je viens vite. Aucune femme n’est vraiment indispensable. Je devrais penser à me mettre à poil plus souvent.

 

A SUIVRE... 

 

 

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 21:29

La suite d'INITIUM : les époques se croisent, les camps se dessinnent, le temps se resserre et le pouvoir est la clé de tout... Voici donc la suite de l'aventure, le 40ème chapitre de la saga. Tous les héros vont bientôt se rencontrer... Des secrets seront bientôt révélés. Alors ne manquez pas les prochains rebondissements ! 

 

http://images.alphacoders.com/130/130931.jpg 

 

 

La violence du lever de soleil sur le parc paraissait toujours aussi resplendissante. Même avec les yeux du passé. Aerendel se promenait dans l’immense domaine qui lui servait de demeure. Déjà, au milieu de la nuit, il avait ouvert les yeux, percevant dans l’air un infime changement. Dans la folie du jour, il ne pourrait sans doute plus le percevoir, s’était-il dit. Mais cela avait continué. Il savait que là, dehors, peut être même de l’autre côté ou entre les deux, des forces s’établissaient pendant que d’autres, plus déterminées que jamais, avançaient dans l’ombre. Calendro, son serviteur, n’était pas revenu depuis plusieurs lunes, et le vieux sage savait qu’il cherchait quelque chose, sans toutefois arriver à bien savoir de quoi il s’agissait.

« Quelque chose a changé. Je le ressens. N’y a t’il que moi pour le percevoir ? » Avait-il demandé à ses autres serviteurs, qui avaient, eux, répondu poliment à l’affirmative pour, sans doute, ne pas le contrarier. Aerendel en avait assez de toute cette hypocrisie, de tous ces carcans trop ancrés dans des rites ancestraux. Mais il savait que s’il fallait préserver la paix, ce serait avec ces règles là et pas d’autres. Depuis son ascension au pouvoir, beaucoup l’avaient critiqué. Beaucoup avaient remis en cause sa toute puissance dans les mains du Haut Conseil. Mais il n’avait jamais failli. Malgré toutes les adversités qu’il avait rencontrés. Il avait désormais l’air faible, presque chétif. Mais sa force avait simplement changé de forme. Alors que sa toge verte touchait les herbes qui commençaient à devenir envahissantes, tandis qu’un faible manteau de brume se dissipait dans la clarté du matin naissant, il sut que le changement s’était rapproché. Il venait vers lui.

Tandis qu’il se retournait, il aperçut une étrange silhouette encapuchonnée, vêtue entièrement de noir et au visage caché par le tissu s’approcher de lui. L’être avait l’air petit, sans grande force physique. Mais il émanait de lui quelque chose de différent. Peut être de la rancœur, sans doute de la haine. Au fur et à mesure qu’il se rapprochait, Aerendel put sentir son odeur toute particulière, un mélange d’expérience et de solitude. Comme s’il avait passé des années coincé dans les vieux bouquins d’une bibliothèque, ruminant une colère sous jacente.


 -       Quelle belle journée, maître, ne trouvez vous pas ?

 -       Très belle, en effet, Helphias. Je ne m’attendais guère à ta venue.

 -       Ne vous moquez pas de moi. Vous m’avez senti arriver à des kilomètres.

 -       Et qu’est ce qui te fait croire ça ?

 -       Parce que j’ai vécu la même chose pour vous. Savez vous pourquoi je suis là ?

 -       Comment le pourrais-je ? Voilà des semaines maintenant que tu as disparu. Avec ce qui était arrivé à ton corps et à ton… visage… nous commencions à nous inquiéter.

 -       Mensonge ! Vous vous moquez éperdument du destin des autres, nous le savons tous les deux. Mais je n’ai guère le temps de bavarder de tout et de rien avec un vieil homme sénile. Je suis venu le chercher. Ou l’avez vous caché ?

 -       Comme toujours, je ne sais pas de quoi vous parler.

 -       Le bâtard. Le traitre à son sang. Celui de l’autre monde. Où est Damian, Aerendel ? Méfiez vous, je n’ai pas sa patience.

 -       Avez vous la moindre idée de la personne qui se trouve en face de vous, Helphias ?

 -       Oui, et elle me fait peine à voir. Vous ne le protègerez pas éternellement. Les liens du sang ne peuvent guère durer éternellement.

 -       Je n’ai pas vu mon frère depuis des temps immémoriaux, Helphias. Et au vu de la dernière conversation que nous avons eu ensembles, il ne semble pas lui non plus enclin à désirer que nous nous rencontrions à nouveau…

 -       Je dois le voir. Il doit se justifier auprès de… auprès de lui.

 -       Alors c’est donc ça. Raleigh vous a rallié à sa cause, défendant les purs contre les impurs, défendant les naissants contre les vagabonds.

 -       Ne vous avisez surtout pas de me juger. Maintenant, dites moi ou il est, ou je serai obligé d’employer des moyens moins courtois.

 -       Il est de l’autre côté. En tout cas depuis la dernière fois que nous nous sommes rencontrés.

 -       Je vous laisse à vos rêves vains, j’ai des choses à faire.

 -       Je ne crois pas. Vous osez venir ici, dans ma demeure, me menacer et me traiter comme si j’étais l’un de vos servants. On ne peut agir ainsi. Je suis le grand dirigeant, je me dois d’agir en tant que tel.

 -       Vous êtes faible, Aerendel. Ne vous avisez jamais de me défier.

-       Votre seule motivation est la haine, Helphias. La haine envers un être qui n’a jamais fait que tenter de vous sauver la vie.

-       Vous n’étiez pas là ! Vous n’avez rien vu.

-       Gardes. Offrez lui notre meilleure geôle. Ca lui laissera le temps de réfléchir.

-       Si vous croyez que je vais me laisser faire… vous avez tort.


Lorsque deux serviteurs d’Aerendel fondirent sur Helphias, celui ci révéla sa vraie nature. Une nature faite de ténèbres et de rancœur. Une nature faite de ténèbres. Avec une surprenante agilité, il esquiva les attaques simultanées de ses assaillants. Un bruit sourd. Puis ce fut le silence. De l’individu ne restait que la réminiscence. L’homme et la cape avaient disparus en un éclair, sous l’œil médusé des gardes belliqueux. Le premier n’eût guère le temps de voir le coup venir. Il vint, pourtant, aussi tranchant qu’une lame lorsqu’une ombre surgit et lui trancha violemment la gorge. Le deuxième se rendit vite compte qu’il était dans une situation critique. Mais pas assez vite. En s’élevant dans les airs tel une plume de ténèbres, Helphias, dont il ne restait guère plus qu’une fugace fumée noire, fondit sur sa proie avec l’agilité d’un prédateur, sauvage et déterminé. Lorsque le sang coula de nouveau, Aerendel n’en fut que plus surpris. Son serviteur avait acquis, en quelques années, une force et une agilité que peu lui soupçonnaient. L’ombre redevint solide, et l’homme toujours caché derrière la capuche, laissa apparaître un morceau de son masque, d’un blanc immaculé. Un masque sans expression, pour un homme qui avait perdu son visage depuis déjà bien longtemps. 


-       Après cette nuit, dans la bibliothèque, j’ai découvert que mon maître me faisait passer une épreuve. Celle de la première mort. Il m’a réparé, m’a formé. Peu à peu, je suis devenu quelque chose d’autre. Je ne suis plus le petit membre chétif du conseil que vous passiez votre temps à rabrouer. Je suis un homme nouveau désormais. Il faut laisser la place à l’avenir, Aerendel. Et vous êtes tout sauf l’avenir.

-       Tu as certes gagné en force, mais tu n’es plus un homme. Tu ne le seras plus jamais. Tu n’es qu’un vulgaire chien.

-       Je ne vous laisserez pas m’insulteeeer !

 

Helphias, ombre fugace et sévère, fondit de nouveau sur sa nouvelle cible. Mais celle ci était bien décidée à ne pas se laisser faire. En un clin d’œil, Aerendel devinait déjà le geste préparé du jeune homme. Il évita ses assauts répétés. C’est qu’il avait un don particulier. L’anticipation des mouvements était devenu un art plus qu’un véritable atout. Il était peut être vieillissant, mais il gardait encore de la force, une force qu’il puisait dans son désir de faire régner l’ordre et la justice. Plus que tout en ce monde, ce qu’il redoutait portait un nom : l’anarchie. Rien que de prononcer ce mot, ou de le penser, une lueur de dégoût emplissait ses yeux autrefois inexpressifs. Il tenta de porter une série de coups. Mais comment attaquer un écran de fumée noirâtre ? il fallait se rendre à l’évidence, il ne pouvait rien faire, du moins physiquement. Il tendit soudain les bras, et avec une concentration redoutable, réussit à transformer l’ombre qu’il ne pouvait attraper en une masse que ses mains pouvaient attraper, et que sa force pouvaient projeter. La masse, prise de secousses, prit la direction du ciel sur plus de deux mètres de haut, avant de retomber et de se fracasser dans l’herbe drue et sèche.

 

-       Que m’avez vous fait ? hurla Helphias d’une voix qui semblait déjà sombrer dans le flou.

-       La fougue et la détermination de la jeunesse. Vous n’irez pas plus loin ici, Helphias. Fuyez. Ou subissez en les conséquences.

 

 

Soudain, un bruit sourd détourna l’attention du vieux sage. Un nouvel ennemi semblait faire son apparition.

 

-       Vas t’en Helphias. Tu ne pourras rien faire contre lui aujourd’hui.

-       Mais… maître…

-       Je te l’ordonne ! Va ! Nous avons d’autres projets pour toi.

-       La lâcheté montre enfin son vrai visage. Voilà le grand cerveau, le chef de la nouvelle armée. Pauvres fous.

-       Ton règne s’achève bientôt, Aerendel. Mais tu ne dois pas t’en faire. Nous te réservons une place spéciale dans notre ordre nouveau ! Il sera celui de la justice, celui de la pureté et de l’excellence. Il sera un nouvel âge d’or.

-       Tu n’arriveras jamais à tes fins. Si c’est une guerre que tu veux, elle arrivera bientôt. Beaucoup de sang va couler, et je me ferai une joie de te saigner à mon tour lorsque le moment viendra.

-       Tu auras ta gloire, vieux fou. Mais pas aujourd’hui. Pendant que tu perds ton temps, nos forces avancent. Lorsque nous mettrons la main sur ton frère, le traître à son propre sang, le déserteur, alors les vrais camps se révèleront Et ta chance tournera aussi vite qu’une brise de vent passagère.

-       Que cherches tu ?

-       La paix.

-       En tuant des gens ? En voulant à tout prix le pouvoir ?

-       Le livre me dira quoi faire.

-       La prophétie a déjà été écrite. Tu ne peux plus la changer.

-       C’est ce qu’on verra.

 

A nouveau, Aerendel se retrouva seul,  tel un fantôme errant parmi les herbes bousculées, au milieu d’un carnage sanglant et pathétique. Ne restait du combat que les corps des deux gardes mutilés, et un étrange silence. Le silence qui précède le chaos.

 

- Viens vite, Damian. J’ai peur que nos forces s’amenuisent de jour en jour. Viens vite.

 

Mais il n’eut pour toute réponse qu’un maigre vent qui faisait s’agiter les branches des peupliers centenaires. Il ne sut dire si c’était un signe, mais il sentit dans ces bourrasques une odeur étrange, lui signalant qu’en ces temps de troubles, un seul sentiment lui était permis : l’espoir de vivre. L’espoir de changer les cartes. L’espoir que son destin s’inscrive en lettres d’or sur les grandes portes de la Cité Sombre, sans pour cela accompagner ses funérailles. Aerendel regarda le ciel. Il s’était assombri. Encore un signe des jours qui allaient venir. Encore un signe de la folie grandissante du monde qui était peut à peu devenu le sien. 

 

A suivre... 

 


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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 22:45

 

Voici la vie d'un trentenaire au Etats Unis. Il est publicitaire, coureur de jupons, junkie et incorrigible cinglé. Il profite de la vie à fond, avec tout ce que ça implique, et beaucoup de second degré. Aujourd'hui, elle vous est servie sur un plateau. Elle est volontairement rempli de clichés, de langage cru et d'exagérations en tous genres. J'espères qu'elle vous plaira. 

 

 

 

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Les étoiles scintillent sur mon Hollywood Boulevard à moi. C’est assez con à dire, mais je crois que je viens de marquer un sacré but. Droit dans la lucarne. Elle se tient là, sur le pieu, comme la statue d’une divinité grecque, attendant un je ne sais quoi pour se réveiller enfin. Je n’ai pas grand-chose à penser, le pétard est en train de m’emmener sacrément à l’ouest.

 - Alors, dis-je. Ca va, tu es satisfaite ?

 - Ne pense pas que ca va résoudre les choses, pauvre con. Mon mari serait sacrément en rogne contre toi s’il savait ce que tu m’as fait ce soir.

 -  Je propose qu’on fasse une liste et qu’on lui envoie le détail par la poste avec un timbre « cocu » collé dessus. Il n’a pas à se faire de souci, sa colère ne transparaîtra pas trop. Il peut pas perdre de cheveux, il est déjà aussi chauve qu’une putain de boule de billard ! 

 - Ironises, ironises tant que tu veux. Je garderais ma chatte au chaud la prochaine fois.

 -       Fais donc.

 -       Et toi, tu devrais te tirer illico avant que je t’arrache la bite pour avoir abusé de moi.

 -       Tu es la seule responsable de ton propre abus. Ne rejette pas la faute sur tous les pauvres bougres qui ont voulu se fourrer dans ton… problème.

 -       Barre toi, fait-elle en me balançant mes fringues au visage alors que je tire ma dernière latte, le corps nu et impur encore coincé entre ses draps.

 

 

Pour une fois, je ne suis pas sorti de la baraque d’une femme avec perte et fracas, ca pourrait bien se fêter. Mais je ne suis pas d’humeur à ça en ce moment. Je me promène dans les tristes allées de Chicago par une matinée pluvieuse. La pisse de dieu remplit déjà mes cheveux quand je me glisse dans la vieille guimbarde qui me sert de bagnole, aux premières lueurs du petit matin. J’ai une sale odeur de whisky bon marché sur mes fringues. Va falloir que je pense à arrêter sérieusement la clope avec l’alcool : j’ai bousillé un paquet en une seule soirée, et elle n’a pas fini tard. J’aimerais bien réussir à caser mon cul dans une de ces baraques des beaux quartiers, un jour. Pour l’instant, s’ils me voyaient débarquer avec cette bagnole, tous les riches de cette foutue ville m’enverraient direct au bûcher. Ils ont de l’argent pour rester les plus modernes possibles, mais leurs valeurs morales sont restées bloquées en plein cœur du moyen âge. Je démarre. Une étrange fumée sort d’un seul coup du pot d’échappement, rituel matinal. J’ai l’impression de répéter les mêmes gestes encore et encore. Je regarde ma montre. 7 heures et demi. Je suis encore à l’heure pour le boulot.

La circulation dans le centre est plus chiante de jour en jour. Des milliers d’infidèles et de cocus qui se croisent et se disent bonjour poliment, sans savoir que l’un a tiré la femme de l’autre et inversement. Un bac à sable assez navrant dans lequel on a tous un point commun : trimer au minimum 8 heures par jour pour que des gros plein de soupe se fasse du fric sur notre dos. Esther m’accueille avec un sourire nonchalant. Je devine déjà ce qu’elle va me dire avant même qu’elle ouvre sa grosse bouche et qu’elle lève son gros cul du standard.

 -       Vous auriez au moins pu vous changer. Vous empestez l’alcool et le sexe à des kilomètres !

 -       Cette nuit j’ai vengé vos décennies de prières dans l’église du quartier, scotché à votre croix faute de l’être à la queue d’un mâle.

 -       Tu riras moins quand tu sauras ce qui t’attends. A ta place, je ne serais pas serein.


 

Je ne l’écoute déjà plus, les oreillettes de mon MP3 me cache son discours putride et monotone. Heat of the Moment d’Asia. J’ai baisé plus qu’il n’était possible à n’importe qui sur cette chanson, j’ai rentabilisé les droits d’auteurs du groupe à moi tout seul.

Au dessus de la salle de réunion principale, toujours ce même logo pourri. On est une agence de pub et on arrive même pas  se faire de la pub pour nous. Si j’étais le patron, je dépoussièrerais tout ça à coup de couleurs flashy et de campagne de pub à la « Candy Shop » avec des meufs à poil partout et des types en doudounes. Pas sûr que ca fasse l’unanimité, mais aucun génie ne la fait. « ADDS Corporation ». Le big boss s’appelle Eddie, c’est un misérable incapable, jeune puceau de 35 ans qui a eu du piston de son père, ancien gérant de la société. Lui, on l’admirait beaucoup. Son fils, tout le monde l’a dans le pif. Ironie du sort, il se remplit le sien avec des kilos de cocaïne comme il irait acheter du sucre roux à l’épicerie de nuit.


 -       Vous êtes en retard, Bob.

 -       Et vous êtes con, Eddie. Comme quoi rien ne change.

 -       Attention, pauvre abruti. Je peux vous faire virer quand je veux.

 -       C’est la seule petite parcelle de pouvoir qu’il vous reste. Moi aussi, je suis ravi de vous retrouver en cette merveilleuse nouvelle journée de travail.

 -       La réunion est déjà passée. Rien de nouveau, il faut terminer le dossier de cette stupide marque de jus d’orange, sinon on l’aura sur les bras encore 2 semaines de plus.

 -       Il est encore là ?

 -       Evidemment, il vient tous les jours pour voir l’avancement des travaux. Et… mais bordel, vous avez passé votre nuit dans une décharge publique ou quoi ? Vous schlinguez grave ! On a une réunion avec le client, aujourd’hui. Qu’est ce que je vais lui dire ? Ne vous inquiétez pas, ce type est un fétichiste de la merde, mais dans son boulot, il est très bon !

 -       Ca fera au moins un compliment. Je prends. Bon, je vais essayer de trouver deux trois fringues et je repasse au bureau.

-       Pas question. Je préfère avoir un gars qui pue la mort en train de bosser qu’un type entretenu comme une gonzesse qui ne fout rien de ses journées. Au boulot. Qu’est ce que vous attendez ? Vous voulez mériter votre paye ? Sortez moi une putain de campagne de génie de cette tête de gros débile !

 

 

Triste vie que la mienne en ce moment. Je passe mes journées à trouver une catchline pour un jus d’orange dégueulasse, et mes nuits à tâter des fruits défendus. Au moins je respecte l’adage des 5 fruits et légumes par jour. C’est la moindre des choses, c’est moi qui l’ai créée. Welcome to my life.

 

 

ADD ICT

 

 

 

C’est violent. Comme un coup de poing en pleine tronche. Quand Eddie le puceau vous dit textuellement que votre projet, « même une merde n’en voudrait pas », ça vous fiche un sacré coup de mou et des fourmillements dans les jambes et les poings pendant tout le reste de la journée. Ca me vexe un peu. Non pas que j’accorde une quelconque importance à ce trou du cul natif du fin fond de l’Alabama, pays ou tous les cousins se tirent entre eux et donnent naissance à des petits monstres illégitimes à trois bras, mais ça veut dire que je vais devoir bosser deux fois plus que Will. Will, le foutu chouchou dans les papiers de la direction. Marié, deux enfants, un cours de tennis dans sa villa plein pied. Une vie bien emmerdante, en quelques mots. Je sors pour fumer une vieille clope qui était restée coincée dans la poche de ma veste. Will est là, il fume aussi. Mais pas une cigarette. Il sent la weed comme s’il s’était baigné dedans. C’est un humain après tout, sa vie n’est sûrement pas si parfaite que ce qu’il veut bien le dire. Il fait mine de n’avoir rien à se reprocher, écrase son pétard par terre, comme s’il se sentait coupable d’avoir accepté les deux feuilles d’un inconnu dans la rue.

 

-       Alors, Fornicator ? Encore une nuit agitée ? T’es sacrément crade.

 -       Je t’emmerde, monsieur parfait. D’ailleurs, je t’étranglerais bien pour avoir écrasé ce reste de pétard sous mes yeux sans m’en avoir proposé une latte.

 -       Pas un mot à la direction, hein, poto ?

 -       D’un côté, je serais trop content de te voir faire tes cartons après t’être fait virer comme un malpropre. Mais bon, je suppose que c’est ce qu’on appelle un bien pour un mal. Je ne peux pas blâmer un tox quand j’en suis moi même un.

 -       Tu vas vite en besogne. Un petit pet’ de temps en temps, ça ne fait de mal à personne.

 -       Et ce type là va à l’église tous les dimanches. Et il éduque ses enfants pour que plus tard, ils ne dérivent pas. Voir sa fille faire le trottoir, c’est le cauchemar de n’importe quel papa.

 -       Ferme la, Bob. T’en es ou de ton projet ? Toujours dans le jus ?

 -       Plus que jamais. L’autre pédale pense que c’est nul et qu’il faut que je repense ma phrase clé. Moi je trouvais que « Ca cool bien », c’était plutôt pas mal.

 -       C’est aussi pourri que les pires taules de Broadway.

 -       Et toi, ca marche mieux ?

 -       Dior est une marque en or. Tu peux faire avaler tout ce que tu veux à ces gros pleins de pognon, tant que ca casse l’image, ça fera vendre !

 -       On est d’accord au moins sur un point !

 -       Bon, je te laisse glander, c’est pas tout mais y’en a qui ont du boulot.

 -       Entre deux lattes, bosser, ça aide parfois.

 

 

Il rentre dans la boîte, comme si cette dernière remarque ne lui avait fait aucun effet. La journée sera stérile de tout trait de génie. La folie douce, ça ne va à personne, surtout dans ce milieu de chiens. 6 heures et demi. Je reçois un appel de l’autre folle. Je croyais qu’elle avait compris la leçon après m’avoir vu dans les jupes de sa collègue de boulot. Mais il faut croire qu’elle est restée accrochée.

 

-       8 heures, devant chez moi. Et pas un mot sinon je te castres, ok ?

 

 

Je raccroche. Non pas que je sois un toutou obéissant, mais je ne sais pas ce que j’aurais été capable de lui dire. Et puis, un trou, c’est un trou, et même si ils m’accusent de parler comme le dernier des beaufs, ils n’ont sûrement pas autant de petits culs que moi à portée de main. J’ai 36 ans, mais je suis un putain de mac. Sauf que je ne partage pas, je prends à la fois le fric et les coups. Parfois ceux de femmes un peu trop passionnées, parfois ceux de leurs maris fous furieux. Mais quand on joue avec le feu, se faire cramer une fois sur trois n’est pas tellement surprenant. Je rentre chez moi. J’ai pas trop la tête au boulot en ce moment. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j’ai mes périodes. Mes cycles mensuels. Les rues de Chicago sont encore pleines de consommateurs fébriles et de jeunes cadres pas si dynamiques. Mon appartement est resté le même. Toujours ce foutu taudis où je me demande comment je paye un loyer aussi élevé alors que je peux à la limite bouger. Je peux attraper un sandwich au frigo et me palucher en même temps. Pas sûr que ce soit un avantage. Une douche me lave de mes affres de la veille, mais je sais qu’elle est inutile parce que cette nuit, ça va sans doute recommencer.

Encore et encore, comme une clope qui ne finit jamais et vous laisse un goût amer en bouche. Vous vous dites que vous arrêtez parce que c’est sacrément dégueulasse. Jusqu'à la prochaine. Mais j’ai encore quelques années avant le cancer, alors autant en profiter. Pourquoi pas comme cadeau pour noël prochain ? Ca m’aiderait enfin à me ranger. J’ai envie de faire l’amour à des dizaines de nanas qui se foutent complètement de ma gueule. J’ai envie de fumer deux trois pétards  à la suite, et pourquoi pas de goûter à deux trois buzz plus violents, pour voir ce que ça fait.

Je me prends pas pour une rockstar, loin de là. Ces gars là ont tout testé tellement vite qu’aujourd’hui, ils en sont dégoûtés. Vous leur fileriez de la terre de votre jardin en leur disant que c’est nouveau sur le marché, ils vous feraient une pipe pour l’avoir. 8 heures et demie. Je suis encore à la bourre. Je sonne, comme un gentil voisin. Ou un plombier qui vient reboucher la fuite. La fuite en question s’appelle Clara, 28 ans, blonde platine et de sacrées jambes (qui lui restent d’une gloire passée). Un mari un peu volage par ci par là (mais rien de très sérieux) et de douteux remords de n’avoir pas assez profité de sa jeunesse, alors qu’elle est en plein dedans. Sans doute la frustration de n’avoir eu aucune expérience lesbienne au cours de sa vie comme toutes les autres, et de ne pas pouvoir le raconter lors des soirées pyjamas post-modernes (shit, bouteilles de vin blanc et films de boules soft).

Elle m’ouvre, visiblement furax. Elles le sont toujours, peu importe que vous ayez votre propre vie ou que vous rampiez comme un petit chien à leur pied en espérant qu’elle va vous donner son susucre. Foutues hypocrites.

 

-       Grouilles toi, on est à la bourre. T’es bien sapé ? Mon dieu, regarde moi ça, on dirait un clodo qui rentre dans une boutique de luxe.

-       Ma parole, t’as un rencard ?

-       Ouais, il est devant moi et il fait mine de ne rien entendre comme un abruti. Viens, je vais te passer une des vestes de Richard. 

-       Il n’est pas là, ce soir ?

-       Soirée brandy. Je parie qu’il doit le déguster bien tranquillement dans un hôtel miteux entre les jambes d’une de ses salopes qu’il a payées parce qu’il ne peut pas avoir un rapport sexuel consenti sans son pognon. Tiens, regarde, dit-elle en me tendant un costard flambant neuf, encore emballé dans le sac du nettoyeur.

-       Je n’ai rien contre les pingouins, mais je préfère que la banquise reste loin de moi.

-       T’es pas drôle. Et t’es mal sapé. Je t’emmène à la fête.

-       Une fête ?

-       Pas une. La. C’est mon patron qui l’organise. Apparemment, il va y avoir du beau monde.

-       Tu veux dire qu’on va rester encore coincés comme des culs entre la baronne de machin chose et le conte de St Truc ?

-       Non, pas ce beau monde là. Tu verras bien. Je t’attends dans la bagnole. Et fais vite.

-       Je serais aussi rapide que ce que je suis enthousiaste à l’idée d’aller guincher chez les milliardaires et fumer du caviar !

 

 

Elle n’a même pas écouté ma dernière saillie. Non pas que je sois susceptible, mais mon humour devient frustré quand il n’y a personne pour l’entendre. En général, les fêtes des patrons de boîte craignent un max. Mais comme je n’aurais aucune autre idée et que lui proposer un verre de rosé et une petite souille viteuf serait sûrement trop déplacé pour une nana de son rang, je me dis qu’il faut faire avec. En montant dans la voiture, j’ai une nouvelle idée. Une pub pour les canards vibrants. Un type en costard dans une voiture, les couilles serrées dans un complet noir ridicule avec marqué « Sex Toy ? » sur son front. Et puis je le garde pour moi. Et puis merde. 

 

 

A SUIVRE... 

 


 

 

 

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 15:31

 

Voici une déclaration d'amour pour une littérature et deux auteurs que le monde entier admire depuis plusieurs décénnies déjà. Livres de chevets, bibles de la littérature classique, pour une rencontre au sommet. Et vous, auriez vous aimé lire cette enquête ? 

http://www.skyscanner.net/sites/default/files/image_import/transylvania.JPG

 

De toutes les affaires auxquelles j’ai activement participé, je ne me souviens guère en avoir vu une aussi étrange que celle ci. Aujourd’hui encore, mon esprit est à remettre en doute, tant ce que nous avons vécu il y a quelques semaines semble incroyable. Même en écrivant ces lignes, qui seront sans doute les dernières, la patience de mon hôte semblant s’atténuer au fil des preuves de l’inexplicables, je ne puis me souvenir de plus inconcevable vérité.

 

Tout commença par une froide journée de novembre. J’avais pris congé de mon cher ami détective pour me reposer dans un hôtel de Londres. Je me réveillais dans une aube grise et crépusculaire. Je n’entendais que les larges gouttes de pluie qui tombait au dehors et sur le toit du bâtiment. Le sommeil m’ayant gagné dès que j’avais ouvert la porte de ma chambre provisoire, je n’avais guère pu m’apercevoir de l’état de celle ci. Les fresques de papier sur le mur semblaient décrépir à vue d’œil, certains morceaux étaient décrochés. La moquette avait une fine molécule de poussière qui se dégageait lorsque je posais les pieds dessus en me levant. Tout semblait un peu trop usé pour le prix que j’en avais obtenu. Je ne resterai sans doute pas ici plus de deux nuits, car même si l’hôtel est situé en plein cœur de Londres, cela n’en justifie pas le prix exorbitant demandé, qui plus est pour l’état du mobilier de la maigre pièce.

 

Je ne pris pas plus le soin de refaire ma couche, m’habillais en hâte, prenais ma canne et mon chapeau sur lequel s’était déposé une fine pellicule de poussière. Après l’avoir épousseté, je partais de cet endroit miteux sans demander mon reste. J’ai certes lutté contre la pluie en m’en protégeant, mais le cocher me mena sans peine jusqu'à ma destination première. Rien ne changerait jamais ici. Toujours ce maigre couloir sombre, dans lequel je rentrais comme si je faisais à nouveau partie des murs. Je débouchais sur ce salon que je connaissais si bien, lorsqu’une ombre familière remettait quelques braises dans le feu de la cheminée en pierre. Lorsqu’il se releva, je pus apercevoir son étonnante stature, qui me prodiguait toujours autant de surprises, même après des années de loyaux services à ses côtés. Lorsqu’il se retourna, je vis ses yeux qui accusaient un manque de sommeil certain. Ses réflexions avaient encore pris le pas sur sa mesure toute relative de la réalité des choses, et je n’eus pas le temps de m’en désoler que, déjà, il m’invitait à m’asseoir sur le fauteuil du salon. Il prit quand à lui sa traditionnelle chaise, accolée à son bureau. Je ne pus sortir un mot, car, comme à son habitude, ce fut lui qui ouvrit la bouche le premier.

 

Pardonnez moi pour cette piètre présentation que je vous fait de moi, mon cher docteur, mais je n’ai pas eu le temps de m’apprêter convenablement.

 Ne vous en faites pas, cher ami, je ne suis pas plus choqué par l’absence de manières. En revanche, les cernes sombres qui coulent sous vos yeux me paraissent bien plus inquiétantes que votre habit du dimanche.

 C’est que, j’ai reçu une lettre quelque peu explicite aujourd’hui. Vous souvenez vous de notre enquête dans le Derbyshire ? De cette atmosphère très étrange qui accompagnait notre visite furtive et épouvantée ?

 Comment pourrais-je l’oublier ? Sans doute l’une des plus brillantes affaires de votre carrière.

 Nous avons résolu de nombreux cas épineux ensembles. Dont certains étaient à la limite de l’inexplicable. Je commençais même à être fatigué de cette absence de logique de plus en plus déroutante dans nombre d’affaires présentes. Mais la lettre que j’ai reçue hier m’a renvoyé mes vieux démons en plein visage.

 Allons, point de mystères ! Dites moi donc ce qui vous a tant dérangé dans cette missive. De qui venait-elle ?

 Connaissez vous la Transylvanie, mon bon docteur ?

 Bien sûr. Nous y avions séjourné avec quelques amis lors d’un colloque de médecine il y a de cela des années. Un pays charmant, quoiqu’un peu sombre.

J’ai reçu une lettre d’un dénommé Morton. Daniel Morton.

Ce nom ne me dit rien…

C’est bien normal, il ne réside pas dans notre bonne vieille ville de Londres. Il nous a mandaté pour résoudre un mystère bien singulier. Depuis plusieurs semaines déjà, des enfants d’un village du compté de Transylvanie disparaissent sans qu’aucun habitant ne puisse l’expliquer. Ces disparitions étranges interviennent toujours dans la nuit. Aucun témoin qui ne puisse rendre compte de ces étranges évènements. Mais les rumeurs commencent à circuler. Est adossé sur une grande colline environnante un château abandonné depuis maintenant des années. Il était habité auparavant par un compte, le dernier d’une lignée de nobles combattants. Mais depuis quelques temps, on voit des lueurs s’allumer par les fenêtres de cette imposante bâtisse. Nul ne sait ce que cela signifie, et les gens ont très peur de pénétrer dans ce château. Les superstitions ont la dent dure dans ces pays éloignés de tout, docteur. Toujours est-il que nous devons nous rendre là-bas pour enquêter sur ces étranges faits. La notoriété a parfois des inconvénients, permettez moi de vous le certifier.

Mes valises sont encore à l’hôtel. Ma foi, voilà un cas bien singulier qu’il faut résoudre au plus vite, afin qu’aucun crime ne reste impuni !

Ils ne peuvent pas se déplacer, ils ont trop peur qu’on leur vole les maigres biens qui leur reste. Et ce Daniel Morton indique être l’ami d’un certain Jonathan Harker.

Je le connaissais ! Il résidait à Londres il y a bien dix ans de cela, c’était un fameux clerc de notaire, un fin limier ! Les journaux se sont très vite emparés de sa disparition, mais il n’a jamais été retrouvé. C’est un bon ami à moi, le docteur Van Helsing, qui a longtemps enquêté sur sa disparition soudaine. Je crois savoir qu’il s’était rendu en Transylvanie avant de… Oh mon dieu… Se pourrait-il que cette affaire ait un rapport avec la disparition de ce jeune homme ?

Il ne faut rien présumer, mon ami. Mais c’est ce qui m’attire principalement. Le docteur Van Helsing m’a mandaté pour relever des preuves de cette affaire vieille de maintenant 10 ans. Cela nous fait désormais 2 affaires à résoudre en un seul endroit, un peu trop pour être une simple coïncidence, si vous voulez mon avis.

Et ce fameux château, qui donc le possédait autrefois ?

Un certain comte Orlock, un être très mystérieux dont on sait très peu de chose, si ce n’est sa ruine dans des placements immobiliers douteux aujourd’hui mis en vente par la ville de Londres elle même en temps que bien de l’Etat d’Angleterre.

Bien. Je vais de ce pas à l’hôtel, prendre quelques affaires.

Parfait. Et… Watson ? Prenez quelques vêtements chauds. Là ou nous allons, le soleil sera sans doute encore moins clément qu’ici bas.

Élémentaire, mon cher Holmes, élémentaire. 

Et cessez donc de me prendre pour exemple.

 

Le compte Orlock était en effet le descendant d’une lignée de guerriers germains qui avaient fièrement défendu leur couleur lors de différents combats à l’issue très sanglante et glorieuse. C’était un amoureux de l’Angleterre, et il souhaitait plus que tout y habiter. Le docteur Van Helsing m’avait déclaré qu’il avait mandaté le jeune Harker pour lui trouver une demeure digne de son rang. Cependant, il avait feint de signer le registre de vente sous un autre nom, et la maison ne lui a jamais vraiment appartenu, car il n’y a jamais mis les pieds. Cependant, la trace de son nom sur le registre était présente lorsque Van Helsing m’en avait montré les papiers officiels (un cas bien épineux que celui ci). Le nom inscrit sur le document était celui d’un certain Vlad Dracul. Je savais que de sombres réflexions trottaient dans la tête de ce cher Holmes, mais, plus que jamais, je sentais le goût de l’aventure et de l’inconnu qui me tiraillait de nouveau. Nous revenions aux affaires. Que n’ais-je pas écrit là ? Nous revenions à l’affaire. L’affaire du siècle.

 

 

Sherlock Holmes et le Docteur Watson dans

Un Destin de sang

 

RB, Le 05/03/2013

 

 

 

 



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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 19:08

 

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Zack posa le lourd carnet sur la table de son bureau. Il éprouvait une étrange réserve à lire la suite du récit. Cela ressemblait bien à un roman à l’eau de rose. Tout cela était très imagé, aussi innocent qu’une écriture adolescente. Il empoigna son verre de whisky avec force. La glace tinta dans le liquide ambré. Les stores de la pièce étaient fermés, et une étrange odeur de renfermé régnait dans la pièce. Seule la lampe sur pied éclairait les quelques doutes qui régnaient en lui. Il se sentait vaporeux, un peu perdu. Il avait jusqu'à présent réussi à déchiffrer facilement les premières pages. Une écriture assez soignée, penchée, des r et des t aux rondeurs encore imprécises. Zack était persuadé que cette écriture n’était pas innocente, que son auteur avait choisi ses mots. Que chaque image avait été réfléchie en amont, comme on planifie un crime crapuleux des semaines à l’avance. On frappa à la porte. Il porta son regard vers la poignée, qui se tordit en quelques microsecondes qui lui parurent des heures. La secrétaire se tenait là, sur le pas de la porte, elle attendait qu’on lui donne la parole.

 Qu’y a t-il, Helena ?

 Désolé de vous déranger, monsieur. Un détenu veut vous parler, il semble que ce soit important. Je lui ai dit que vous étiez très occupé, mais il a… comment dire… insisté,  à sa manière.

 Je ne réponds pas à tous les caprices de mes résidants, Helena. Vous devriez le savoir plus que quiconque. Ca ne peut vraiment pas attendre ?

 Il menace de se mutiler si vous n’allez pas à sa rencontre. Et tout porte à croire que c’est très sérieux.

Bien. Demandez à Peter et Bob qu’ils m’escortent, je ne veux rien risquer avec ces tarés.

Ils sont déjà là, monsieur.

 

Zack Winter se leva de son siège confortable, reposant le verre de whisky à côté du manuscrit. Il prit ses clefs dans un des tiroirs droits, mit son manteau qui était resté accroché derrière la porte, mais ne put chasser sa moue, dégoûté d’être dérangé dans ses méditations par un pauvre bougre qui allait certainement clamer son innocence, comme les trois quarts des types enfermés ici. Bob était là, dans le long corridor, devant la porte du bureau des gardes. Il attendait qu’on veuille bien venir à lui. Zack détestait ces types, ils ne lui inspiraient que de l’ennui. Un ennui qu’il matérialisa en refermant lentement et à double tour sa porte. Il avança dans ce couloir sombre, seulement éclairé par la lumière du jour qui dépassait des fenêtres cachées.

 

Bonjour, boss. Désolé de vous déranger. C’est Harper. Il a des revendications, et il ne veut parler qu’a vous.

Vous auriez du tenter de le raisonner, je ne suis pas un émissaire ni un pigeon voyageur.

Nous avons tenté de le calmer, bien sûr. Peter est en bas, dans la fosse. Il nous attend.

 

Il se demandait toujours ce qu’il y avait dans ce bouquin. Et surtout qui lui avait envoyé, et pourquoi à lui ? Avait-il un rapport de près ou de loin avec cette histoire ? Il n’en avait pas le souvenir, mais tout ce qu’il voulait à présent, c’était en connaître la suite. L’ascenseur fut étrangement silencieux, il n’osa pas demander au garde s’il savait quelque chose sur cet appel soudain. Il savait, malgré lui, que non. Une fois la porte en métal de l’étage 2 ouverte, Peter le mena dans le long couloir des cellules du quartier protégé. Il entendit les cris, les railleries des détenus lorsqu’ils virent que le « patron » était de sortie. Une folie étrange et sale régnait ici, et l’air avait une odeur de sperme et de vieille merde. Il ne porta guère d’attention aux appels, aux insultes et aux menaces. Une horreur qui était devenue une triste habitude. La cellule d’Harper était tout au fond du couloir. Il vit tout de suite l’obsession de ce dernier : la cellule était beaucoup plus propre que les autres. Les draps étaient propres et pliés au fond du lit. Les toilettes étaient bien tenus, et la table qui lui servait à la fois de cuisine et de salon était remplie de feuilles, certaines blanches, d’autres remplies de notes, toutes rangées en deux piles bien distinctes dont aucun coin ne dépassaient. Harper se tenait là, sur sa chaise, faisant face aux trois hommes. Sa tenue était fraichement repassée, et sa coiffure était soignée. Il avait de longs cheveux gris qui partaient en arrière. Une peau quasi synthétique : aucune pore, aucun point noir, aucun signe d’une expérience criminelle ou d’une vieillesse quelconque. Zack put observer ses longues mains qui reflétaient une intelligence certaine, mais aussi une émotion à fleur de peau. On aurait su dire si cet individu était ou non un saint, sans connaître la gravité et la lourdeur de son casier judiciaire.

 

Bien le bonjour, Monseigneur Winter. Il fait un temps de chien, aujourd’hui, n’est ce pas ? Le ciel est plus sombre que d’habitude.

Je n’ai pas le temps pour vos fantaisies, Harper. Que me voulez vous donc ?

Chaque chose en son temps, ne soyez pas trop pressé. C’est toujours votre problème, vous, les types de l’administration. Totalement incapables de lever votre gros cul de votre putain de chaise de bureau.

Je vous interdit de me parler sur ce ton. Vous êtes sous ma direction, cet établissement m’appartient, et je ne tolérerais plus aucun écart, même de la part d’une plaie purulente telle que vous.

Ce n’est pas très gentil. Si vous voulez que je sois plus courtois, veuillez virer vos deux chiens de gardes, nous devons parler seul à seul.

Ils ne partiront pas. Soit vous crachez le morceau maintenant, sois je m’en vais et je vous colle au mitard pour m’avoir dérangé pour rien.

C’est dommage. Je crois que votre femme n’est pas allée à son travail ce matin. Ce qui est très bizarre, compte-tenu de sa ponctualité traditionnelle.

Que vient faire ma femme ici, Harper ?

Pas grand chose, mais elle pourrait découvrir ce que vous, vous faites. Votre secrétaire ne serait pas très contente que vos assauts violents sur son cul soient divulgués au grand jour, n’est ce pas ?

Je vous interdis vos insinuations infondées et dégueulasses, vous m’entendez ? Peter, collez le dans la cellule noire pendant une semaine. Qu’il voie ce qu’il en coûte de faire preuve d’insolence quand on a un dossier long comme un bras.

Vous souhaiteriez vraiment faire ça ? Et ignorer ce que je sais sur ce qu’on vous a envoyé la semaine dernière ? Ce manuscrit que vous gardez jalousement dans un tiroir de votre bureau.

Comment cette merde est-elle au courant ? Vous avez craché le morceau ?

L’agent Jones ne sait rien, Zack. Il n’y a que vous et moi qui sommes au courant de vos petits secrets.

Abrégez. Que pouvez vous me dire dessus ?

Je sais qui l’a écrit. Je sais qui l’a envoyé.

Comment pouvez vous être au courant de ça ?

Je ne vous le dirai que si j’ai une contrepartie.

Que voulez vous ?

Une visite conjugale par semaine. Je pense que c’est un prix assez juste pour ce que je vais vous dire.

Vous voulez vous envoyer en l’air après m’avoir dit l’auteur d’un manuscrit dont je ne sais rien ? Vous devez vous foutre de moi.

Croyez moi, ça vaut bien l’information.

Je ne vous promets rien. Tout dépendra si vous dites ou non la vérité. Et ce sera une visite par mois, uniquement.

2.

Ne tentez pas de négocier. Ce sera une ou le mitard, ou vous aurez tout le temps de ruminer sur votre soi disant secret.

Cette info en vaut au moins 2. Je préfère passer ma putain de vie au mitard plutôt que de céder à ça.

Crachez.

Donnez moi des garanties.

Vous n’êtes pas en position de négocier. Vite.

Désolé, patron. Si je n’ai pas de garanties, je crains de ne pas pouvoir faire grand chose pour vous.

Vous me répugnez. Je ne sais même pas pourquoi je vous écoute.

Ce n’est pas quelqu’un de chez vous.

Ca me fait une belle jambe.

Nous avons été amis.

 

Le regard de Zack s’illumina soudain. Un sourire dominait maintenant son visage.

 

Quelle sorte d’amis ?

Des amis très proches. Apparemment, vous n’avez pas encore assez avancé dans le récit. Je vous laisse le découvrir. Lorsque vous saurez quelles questions me poser, j’aurais les réponses.

Je vous jure que si vous me racontez des bobards, vous allez payer le triple de ce que je vous réservais au départ. Peter, 5 jours au mitard. Aucune négociation, cette fois ci, c’est un ordre de votre supérieur.

Allez-y, punissez moi, j’ai l’habitude des châtiments difficiles. Mais je suis sûr que vous reviendrez vers moi, et ce plus tôt que vous ne le croyez.

 

Zack s’éloigna du quartier protégé. Il n’avait qu’une hâte désormais, savoir ce que cachait ce satané bouquin. 

 

 

Prochain épisode : Dérives

RB

Le 29/12/2012

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Published by Rom - dans ImaginaRom
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