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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 13:31

 

banniere-20-ans

 

 

Je m'en rappelle comme si c'était hier. Lorsque j'ai ouvert le premier tome d'un album de Titeuf. La première BD de ma vie. Ces formes rondes, cette envie de tout découvrir, cette curiosité enfantine si drôle et innocente à la fois. Cette mèche, comme d'autres enfants avant moi, m'a largement intriguée : comment pouvait-elle tenir sur sa tête ? J'avais beau y réfléchir, je ne trouvais pas la réponse, et c'est justement ça qui me poussait à y revenir.

 

L'éclat des couleurs, la simplicité de la narration et la folie du gag. J'ai vécu un coup de coeur de 48 pages, c'était le Tome 8 : "Lâchez moi le Slip". Ensuite tout s'est enchaîné très vite. J'ai tanné mes parents pour qu'ils m'achètent les autres. A l'époque, peu m'importait de savoir qui était l'auteur ou combien cela aurait du coûter. Tout ce que je voulais, c'était me retrouver à nouveau dans cette cour de récré, avec ces personnages caricaturaux et charismatiques. Manu avec ses sandales et son pull rayé. Hugo avec son surpoids et ses théories fumeuses sur la sexualité. La belle Nadia, insaisissable peste. On a tous un jour eu ce sentiment envers la fille que personne ne peut avoir mais que tout le monde veut en secret. On a tous eu des potes qui ressemblaient de près ou de loin à cette bande là.

 

Et plus on grandit, plus on s'aperçoit que cette époque est loin mais qu'on l'aime toujours autant. On aime toujours autant cette candeur, cette bêtise confondante, parce que lorsque la cloche sonne la fin de la récré, on rechigne encore à rentrer dans les rangs. L'école est à juste titre considérée comme une mini-société. Lorsque ma mère marquait au fur et à mesure ma poussée au feutre sur la porte de la cuisine, je découvrais quand à moi très vite que cette bande dessinée, si elle pouvait paraître innocente, était en réalité une idée totalement géniale, et une source quasi-inépuisable d'idées, presque autant que la vie elle même.

 

En se promenant au détour d'une cour de récré, on entendait ces insultes si reconnaissables, les "Tchô" et les "tête de slip" fusaient : Titeuf était devenu un membre à part entière de toutes les cours de récréation à travers le monde. Après avoir relu jusqu'a outrance les centaines de pages qui renfermaient cet univers, je me suis mis à la série. le générique de Titeuf tournait à longueur de journée dans mon lecteur DVD, et je me souviens même en avoir eu marre au bout d'un moment. Mais mon envie de découvrir ce que ZEP allait proposer à la génération qui me suivrait me démangeant trop, j'ai suivi le mouvement et j'ai acheté chaque nouvel album dont la sortie était annoncée en grande pompe. J'ai fait partie de cette masse de gosses qui a vécu plus qu'un épisode, mais un véritable phénomène de l'édition. Je m'enfermais des heures entières dans ma chambre avec un crayon à papier, des feutres et des feuilles blanches pour tenter de le reproduire à mon échelle de perfection (qui n'était pas bien haute). Il fut le moteur de mon envie pour le dessin, comme Donald ou Lucky Luke le furent pour son auteur. 

 

Il y a quelques temps, Titeuf a connu la consécration avec un film au cinéma. Il a prouvé avec brio qu'il pouvait tenir en 8 cases comme en une heure et demi, et s'est désormais installé dans les classiques, ceux dont la promo est nécessaire, mais pas vitale. Je me souviens avoir adressé des lettres, des dessins, et même une histoire complète qui confrontait les deux mondes dans lesquels j'aimais tant me réfugier à l'époque (coincidence troublante, leurs héros évoulaient chacun au sein d'un école) : Titeuf et Harry Potter. J'ai reçu en réponse une carte adressée aux fans, avec un simple mot derrière, mais qui signifiait tant pour moi. Elle repose aujourd'hui bien sagement au sein du tome 1, et elle ne quittera sans doute jamais cet endroit. 

 

Dans 20 ans, je retrouverais certainement dans mon grenier le cartable à roulette, la trousse, les cahiers, le pot à crayon, le jeu game boy, et toutes ces choses que j'ai eu la chance d'avoir qui me rapprochaient toujours un peu plus de cette idole qui a fédéré des millions de petits fans. Aujourd'hui, je suis plus que jamais chaque livre que sort ZEP, et j'ai appris à découvrir ses talents multiples (à travers Happy Sex, L'enfer des Concerts, Les filles électriques, Découpé en tranches et le tout récent et merveilleux Carnet de Voyages). Je caresse toujours l'idée de pouvoir un jour lui serrer la main. Le 17 Mars, soit aujoud'hui même, nous célébrons les 20 ans de ce personnage qui n'a jamais pris une ride ni un an sur le visage, mais qui a sans cesse vu grandir plusieurs générations de mômes. Ca ne rajeunit personne, certes, et certainement pas moi qui vais bientôt avoir 20 berges aussi. 

 

Et je peux le dire haut et fort, j'ai adoré ces moments passés dans mon fauteuil à rire aux éclats pour des gags que je connaissais par coeur. Et j'adores toujours ça, parce que la magie de la bande dessinée est restée intacte, inaltérable passé artistique, comme le cinéma ou la littérature ont pu l'être avant elle. Pour ça, et pour tout le reste, je voulais remercier Zep d'être toujours resté fidèle à l'essence même de ce personnage. Bien que mon hommage soit modeste, il reste des plus sincères. Et je suis heureux que cette mêche blonde surmontant un crâne beaucoup trop lustré ait bercé mon enfance. 

 

Merci, et bon anniversaire... 20 ans ça ne s'oublie pas. 


 

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 21:45

Aujourd'hui, une envie d'innover m'a pris. Alors en écoutant un instant les quelques pensées dont je dispose, je vais les disposer par écrits. Rien de bien prétentieux, juste quelques musiques que j'écoutes en ce moment avec un grand plaisir et les quelques mots que j'ai eu envie de mettre dessus, comme une interprétation toute personnelle et intrinsèque à la vision que chacun de nous a de la musique en elle même. Des citations, une image, et un morceau de texte qui correspondent le plus possible à la chanson... tout en étant bien sûr très subjectif. Laissez vous guider. 


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L'intermède musical

 

 

 

 

Sur une plage, en hiver

 

Commençons donc tout doucement avec une ballade au pays des songes, ou le passé et le présent s'entremèlent, et ou la mélodie d'un été perdu résonne encore dans le vent du large. 

 

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"L'amour est la nostalgie inconsciente du ciel"

Augusta Amiel Lapeyre

 

 

 

Revolver 

"The Letter"


Les nuages sont bas aujourd'hui. Commes les souvenirs. Ils forment une marée, qui entre en osmose avec l'écume des vagues échouées sur nos sentiments. Hier était hier, et aujourd'hui est un nouveau jour. Pourtant, même si le futur me réjouit, je ne peux m'empêcher de repenser à ces jours, ou le soleil envahissait autant mon visage que ton sourire, rayonnant tous deux et apportant un peu de lumière à mon existence.

Tellement de jours, tellement de nuits ou l'on a l'impression de n'être qu'un seul être. Et la vie de nous surprendre toujours lorsque les corps s'entremêlent comme des notes de musiques, formant une mélodie de désirs, tantôt calme, tantôt sauvage mais toujours passionnée. Je sens le sable dans mes mains, je le retourne en pensant que l'été va soudain en surgir, que je verrais à nouveau les enfants crier et courir sur cette plage désormais déserte. Le froid de décembre et le vent du large me bercent d'idées noires, et forment un purgatoire à mes envies passagères.

Il semble qu'une vague qui vient s'échouer sur les rochers surprends quelques promeneurs de passage. J'aurais aimé qu'elle me fasse prendre conscience de la futilité de mes pensées, mais il n'en est rien. Au contraire, elle les renforce. Un ritournelle, incessante et hypnotique, qui prouve que même si rien n'a fondamentalement changé, tout est pourtant différent. C'est ainsi que la vie devrait se concevoir. Des moments que tout le monde vit à tour de rôle. Une même scène répéteé avec des acteurs différents et donc des interprétations intrinsèquement opposées. 

Un fil de soie dans la candeur d'une nature dense. 

Alors que j'aperçois dans le ciel la forme de mes envies, la réalité me souffle de rentrer, alors je la suis. En espérant toujours qu'en chemin, le rêve se matérialise, et que les bruits de la fête deviennent réalité, et que je puisse encore apercevoir la folie de la jeunesse. Je suis heureux, malgré tout. Car aujourd'hui, pour moi, cet endroit sera toujours figé dans l'espace, comme un idéal et un ciel vers lequel se tourner. La paix de l'esprit ne tient qu'a peu de choses, finalement. 

 

Et vous, quel est votre plus bel été ? 

 

 

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 22:33

 

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Aux premières lueurs du petit matin, lorsque ses yeux se furent habitués à la lumière naissante, elle sut que cette journée serait particulière. Il avait fait froid aux abords de l’immense forêt cette nuit là. Mais peu lui, de même que de dormir plus que de raison. Elle avait trouvé leur campement, et épiait le moindre de leurs faits et gestes, car elle savait que leur départ était imminent. Elle avait ouvert les yeux pour s’apercevoir que quelque chose était en train de bouger, que les préparatifs étaient, lentement mais sûrement, en train de s’accélérer. Elle rêvait de ce jour ou elle aurait enfin pu quitter cet endroit, cette ville maudite ou tant de malheurs en un seul s’étaient abattus sur elle.


Tendrement, en une larme, elle se revoyait encore, serrant sa jeune sœur dans ses bras, la protégeant de l’extérieur, froid et inhospitalier, qu’était la vie. Elle savait, comme une mère protège son enfant, qu’un jour ou l’autre le désir de partir prendrait le dessus. Elle se désolait simplement qu’elle dut le faire seule, et à l’insu de deux êtres étrangement vêtus dont elle ne connaissait rien. Lorsque les deux hommes, affublés de leur étrange masure qui avait rétréci à vu d’œil puisqu’elle se trouvait désormais sur leur dos trapus, se dirigèrent vers la forêt, elle sut qu’il était tant, pour elle aussi, de laisser le passé derrière elle. Elle regarda les derniers flocons tomber comme de la suie, traduisant les cendres de son existence qu’elle avait décidé d’abandonner. Le ciel gris ne lui faisait guère regretter ce nouveau départ. Pourtant, elle ne put s’empêcher de se demander ou étaient ses parents en cet instant. Ce qu’ils espéraient pour elle, pour son avenir qu’ils savaient incertain.

 

Ils n’avaient pas eu le temps de lui apprendre tout ce qu’ils avaient à lui apprendre, et leur graine n’était pas encore tout à fait devenu une fleur. Elle le ferait brutalement, dramatiquement, en apprenant que la vie ne valait d’être vécue s’il n’y avait pas un espoir, un être ici bas à qui se raccrocher. Elle projeta à nouveau son regard vers l’avant, certaine que dans son dos, les démons de son enfance s’agitaient encore comme des esprits maléfiques dans le vent, faisant tournoyer ses certitudes et se jouant d’elles comme s’il s’agissait de vulgaires rubans, qui ploient sous le vent glacial du nord. Elle marcha à pas cadencé, seul son souffle traduisant une appréhension certaine. Mais elle n’écoutait pas plus son corps qu’un athlète qui voulait se dépasser lui-même. Lentement, elle se dirigeait, pas après pas, vers les ténèbres de verdures, les arbres gémissant et les fougères envahissantes d’un futur dont elle ignorait encore hier soir qu’il pouvait exister ailleurs qu’entre ces murs. Oppressée par tant de grandeur, elle ne s’était même pas aperçue que la marche des deux hommes s’était accélérée.

Lorsqu’ils s’arrêtèrent après quelques instants de marche qui avaient semblé durer des heures entières, elle crut à une simple pause de fatigue. Mais plus les arbres semblaient s’étirer dans le ciel, plus le terrain formait un labyrinthe dont nul ne pouvait se défaire. Il fallait se rendre à l’évidence : personne n’aurait pu se rendre dans cet endroit seul, et c’était justement ce que les deux individus cherchait. L’absence de témoin. Malheureusement pour eux, Ludmila était tout sauf un individu comme les autres. Elle se cacha derrière un arbre, et le bruit de ses pas sur les feuilles fit tourner subrepticement le regard au plus vieux. Il crut percevoir une anomalie, quelque chose qui n’aurait pas du se trouver ici.

 

Pourtant, il se détourna bientôt de cette idée et commença ce pourquoi ils étaient venus. Lorsqu’elle vit ce gigantesque rayon de lumière, si tendre et violent à la fois, la jeune fille crut tout d’abord qu’il s’agissait d’une lumière divine, comme si un morceau de paradis avait échoué entre leurs mains toutes puissantes. Et puis elle comprit que jamais le Très-Haut n’irait interférer avec le Très bas. C’était eux qui accomplissaient ce prodige angélique. Elle aurait aimé que sa plus jeune sœur puisse, elle aussi, posséder ce moment si particulier dans sa mémoire, et qu’elles puissent se le raconter lorsque leurs tempes seraient devenues blanches. Mais il fallait se rendre à l’évidence : ceci n’arriverait jamais.

 

Lorsqu’elle vit que les deux hommes ne devenaient plus que des formes, morceaux de brouillard incertains, elle courut à leur rencontre, et se précipita elle aussi dans ce flot de lumière qui devenait noirâtre, avant de disparaître dans un flot noir de ténèbres et d’obscurité. La forêt n’avait pas bougée, elle était toujours aussi silencieuse. Mais les trois êtres qui avaient perturbés sa tranquillité, eux, avaient disparu.


De l’autre côté, à des milliers de nuages de là, une nouvelle porte vers le monde s’ouvrait. Ils atterrirent tous les trois au milieu d’une immense court vide, cachés par des jardins et un bâtiment de pierre colossal, ancien et majestueux. C’est là qu’était leur place. Du moins pour deux d’entre eux. La jeune fille recula brusquement, une lame acérée entre les doigts. Elle était terrifiée, et plus elle sentait la peur monter, plus elle serait sa lame qui lui avait déjà profondément entaillé la main droite. Demius et Aerendel la regardèrent, tous deux stupéfaits qu’elle ait réussi à berner leur vigilance.

Elle avait été la première depuis bien longtemps, lorsque la barbe du vieil homme ne s’allongeait pas encore en signe de faiblesse. Ils savaient tous deux qu’elle pouvait constituer un danger si elle était découverte. Mais elle semblait vouloir être un problème même en cet instant.


- Que fait-tu là, jeune fille ? se hasarda Demius. Où sont tes parents ?

- Comment à tu réussi à passer ? Comment a-t-elle pu nous suivre ? Elle n’est pas des nôtres. Tuons là.

- Maître, ce n’est qu’une enfant.

- Oui, mais elle semble hostile, Demius. Tue là, maintenant, c’est un ordre !

- NOON ! hurla t’il alors qu’Aerendel accourait vers elle, une lame tranchante cachée dans sa manche. Il s’opposa à lui, et leurs regards se croisèrent. Ludmila eut l’impression de percevoir dans celui du plus âgé une pointe de déception, signe qu’une partie de la confiance qu’il avait accordée à autrui avait tout simplement disparu avec cet acte de sacrifice moral.

- Fais comme bon te semblera. Mais si je la revois ici, je n’aurai de pitié pour aucun de vous. Il me reste beaucoup à faire. Fais en sorte que quand je revienne, elle ait disparue.

- Bien maître ». Il se tourna vers Ludmila, qui relâcha son étreinte, elle semblait plus confiante envers le dénommé Demius. Après tout, il lui avait certainement sauvé la vie. C’était la première fois que quelqu’un d’autre qu’elle intervenait dans son destin, et le fardeau de la mémoire qui pesait sur ses épaules était toujours aussi lourd, mais elle avait peut être trouvé quelqu’un avec qui le partager. « Comment t’appelles-tu, mon enfant ?

- Je ne suis pas une enfant. N’approchez pas ! », cria t’elle tandis que celui-ci faisait un pas vers elle.

- Tout va bien, je ne te ferais aucun mal. Tu es en sécurité maintenant. C’est normal que tu aies peur. Tu viens de là-bas, n’est ce pas ? Ils sont rares à survivre dans ces terres désolées et pauvres.

- Vous ne me connaissez pas. Vous ne savez pas ce que j’ai du vivre pour m’en sortir vivante. Vous semblez bien riche, trop aisé pour connaître quoi que ce soit qui ne ressemble à la misère, n’est ce pas ?

- Certes, l’argent me met à l’abri du besoin. Mais je le hais par-dessus tout. J’ai vécu plus de chose qu’un riche propriétaire n’en vivra sans doute jamais. J’ai vu mes proches et mes certitudes se consumer dans les flammes de la haine. J’ai vu des yeux s’éteindre et des âmes disparaître, et elles appartenaient autant à des personnes qu’a des lieux qui m’étaient chers. Je ne sais rien de toi. Mais je décèle pourtant quelque chose de très singulier. Tu possèdes des capacités que j’ignore, et c’est essentiellement pour cela que je t’ai sauvée. Mais tu ne peux pas rester parmi nous pour autant, les habitants ne comprendraient pas ta présence ici, ils m’en tiendraient rigueur. Il existe un endroit, une forêt comme celle que tu viens de traverser. Si tu le désires, je peux t’y emmener et t’aider à t’y installer. Nous nous en servions de repli, mais personne ne l’utilise plus depuis des années.

 


Ludmila tendit les bras le long du corps, et lâcha brusquement son arme. Elle avait tout de suite su que cet homme avait quelque chose de spécial, et elle accepta promptement sa demande. Alors contre toute attente, ils se prirent la main, et un infime rail de lumière perça à nouveau la gloire d’un matin naissant. Ils se retrouvèrent au cœur d’une végétation touffue, des arbres bien plus immenses qu’elle n’en avait jamais vu, et un froid mordant qui lui glaçait déjà les os. De la neige perçait à travers les feuilles, et déjà le sol s’était paré de son fin manteau blanc, tandis que dans le lointain on pouvait apercevoir les frontières d’un royaume de brume. Ils marchèrent longtemps, si longtemps que Ludmila était en train de se vouer corps et âme à un simple inconnu qu’elle n’avait rencontré que depuis quelques heures.

 

Lorsqu’ils eurent escaladé assez de colline et descendu assez de pentes glissantes, ils arrivèrent dans un endroit ou les quelques arbres alentours avaient été coupés. A la place se tenait une maisonnette très étrange. Elle était en équilibre sur deux grandes pattes, qui ressemblaient étrangement à celles d’un poulet. Il y avait une petite clôture faite d’un matériau étrange, et la fumée douceâtre d’un foyer perçait à travers la petite cheminée de brique. C’était une chaumière tout ce qu’il y avait de plus singulière. L’angoisse s’empara à nouveau de la jeune âme, et Demius sourit en la voyant reculer de quelques pas.


- N’aie pas peur. Odessa ne sera pas engageante, au début, mais elle t’accueillera avec plaisir. Elle est comme toi, elle vient du même endroit. Mais vous avez sans doute quelques générations de différence. Odessa a parfaitement réussi à s’acclimater ici, et nous nous demandons même parfois comment elle réussit à survivre. Nus l’ignorons, et c’est mieux pour tout le monde.


 

Puis ce fut le flou, et l’histoire s’arrêta ici. On savait que sa vocation était de continuer. Ethan n’en fut que plus frustré. Le chef le regarda soudain, l’air désappointé, et parut vouloir dire quelque chose de plus, mais se tut à contrecoeur. Lorsqu’il reprit la parole, ce fut pour lui avouer qu’il ne savait rien de plus.


- C’est aux portes de cette maison que s’arrête ma connaissance. Un étranger m’a conté cette sombre histoire lors de sa venue dans ces contrées éloignées. Malheureusement il n’eut pas de temps de finir et mourut avant d’avoir terminé. Quasiment personne ne sait ce qu’est devenu Baba Yaga et comment elle y est parvenue, ce qui, je suppose, entretient la légende autour d’elle. En tout les cas, il semblerait qu’elle n’ait été au départ rien d’autre qu’une petite fille traumatisée. Une sorcière mangeuse d’enfant a obligatoirement du subir un traumatisme quelconque durant sa jeunesse. Je serai même étonné qu’elle en ait effectivement eue une.

- Je ne sais donc pas ce que j’affronte ?

- Nul ne le sait véritablement, mais il faut savoir s’affranchir de l’inconnu pour apprendre à l’utiliser à bon escient. Maintenant va. Lorsque le dernier matin viendra, tu sauras que nous serons prêts à t’aider. Ne nous abandonne pas, Ethan. Surtout ne nous abandonnes pas.

- Je saurai revenir lorsque le moment sera venu. Je vous en fais la promesse.


 

L’aigle s’envola dans les feuillages, et tandis qu’il s’éloignait, l’ours noir émit un grognement violent qui se fit entendre à travers toute la forêt, et fit même trembler les habitants de son propre camp, à quelques lieues de là. C’était un cri de confiance, un cri de victoire. Comme une espoir de renouveau qui se serait perdu dans la pâle froideur d’un hiver tenace. Et lorsque le chef vit Ethan redescendre au sol, et disparaître en marchant lentement sans se retourner vers un destin incertain, il crut se voir à lui, des années auparavant, seul, apeuré mais le cœur plein d’espoir. Cet espoir que l’inconnu qui tiraille la jeunesse et lui donne envie d’avancer, encore et encore. Il ne put retenir ses larmes, qui allèrent s’écraser sur le sol et firent des trous dans la neige. Puis il disparurent, chacun de leur côté.

Plus que jamais, si leur direction était différente, leurs destins étaient bel et bien liés.

 

R.B

Le 06/03/2012

 

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 12:26

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l Il existe une porte entre notre monde et notre autre monde. En fait, il en existe plusieurs. Pour ne pas que n'importe qui puisse les découvrirs et traverser ces dangereuses frontières, il existe tout un tas de gardiens. Des simples fantassins aux créatures les plus légendaires, on raconte les avoir vues sans jamais vraiment qu'elles aient été découvertes. Chupacabra, Loch Ness, dragons, calamar géant, elles sont répertoriées comme des espèces non identifiées dans le monde des hommes. Voici un portrait d'une des races de gardiens les plus ancestraux, qui évoluent sous nos yeux sans même que nous puissions percevoir leurs mouvements. Et si tout ceci était réel ? Pour le découvrir, mieux vaut encore remonter aux origines de toute chose. Vous êtes prêts ? Vous devriez, car voici la seconde annexe d'INITIUM. 

 

 

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Ou nous découvrons l'existence des gardiens anges des ténêbres

 

Elles étaient autrefois veilleuses, qu’elles soient saintes ou damnées, qu’importe

Elles étaient les gardiennes d’un monde que nous voulions tous protéger

Luttant dans l’ombre de la nuit  contre les ténèbres en cohortes

Rétablissant de leur faciès une paix jadis oubliée

 

Se tenant dociles et secrètes, au sommets de pierre venteux

On voyait leur ombre envoûtante s’animer sous les regards rouges

Silhouettes encapuchonnées voulant se rapprocher d’un Dieu

Elles dansaient dans le ciel sombre, sans que pourtant rien d’elles ne bouge

 

On dit qu’elles furent les gardiennes d’un secret qu’aujourd’hui encore

On n’ose révéler aux autres que par un tragique murmure

Déployant de leurs ailes noires leur force, se cachant dès l’aurore

Pour ne plus former rien d’autre qu’un énième pan de mur

 

Elles furent brisées par un vieux mage, et sa colère incontrôlable

Qui ne supportait plus d’être épié par ces regards englobant tout

En milles morceaux, tels des vieux pots, elles échouèrent dans l’étable

D’un fermier qui disait entendre leur voix et passait pour un fou

 

Une nuit alors que la lune brillait plus encore dans le néant

Les bris de pierre, en un seul roc se reformèrent en statues

Elles s’envolèrent en une nuée, poussant des longs cris si stridents

Que le fermier, épouvanté, eut un spasme violent et mourut

 

On murmure dans les ruelles que les morts les plus violentes

Finissent par devenir martyrs et que les martyrs se transforment

En créatures de la nuit, que le seigneur des ombres enchante

Pour qu’elles ne ressemblent guère plus qu’a des pauvres bêtes de somme

 

Entre nos mondes il est un pont, si invisible et dangereux

Qu’elles ne permettent pas aux mortels, quels qu’ils se nomment, de le franchir

Elles se tiennent devant ce portail, loin de leurs tourments malheureux

Tuant ceux qui désobéissent sans un espoir de revenir

 

Traversant les siècles mortels, elles sont à l'abri du temps

Jamais les rides sur leur front ne menaceront leur survie

Pour toujours prisonnières du ciel, dignes héritières de leur rang

Elles combattent éternellement les nombreux assauts ennemis

 

Magiciennes aux corps apatrides, leurs esprits veillent sur nos villes

Le chemin de la rédemption nous est montré facilement

Lorsque sonneront les cloches du glas, elles seront là, dociles

A attendre une fin probable qui ne viendra jamais vraiment

 

On ne peut détruire la fumée car elle s’échappe entre nos doigts

On ne peut attraper la pluie, lorsque c’est elle qui nous mouille

Leurs yeux vides soumettant l’asphalte, encore aujourd’hui on les voit

Gardiennes d’un secret bien enfoui, nous les avons nommées Gargouilles

 

AVENICUS, homme de foi

Année OREPTRE

 

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 14:09

C'est une sorte de hors série de "Petit éloge de la malchance positive" que je vous propose aujourd'hui. Un réalité qui n'existe pas encore, totalement fictive, et qui, nous l'espérons, n'existera jamais... Pourtant, cela n'empêche pas d'être décalé en ce jour ou tout le monde fête les amoureux. Enfin, ceux qui sont en couple, bien évidemment. Ou ceux qui sont amoureux d'eux même (il y en a). En tous les cas, j'espères que cette petite histoire anecdotique et satirique vous plaira. 

 

 

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Je me rappelle de ce jour là, l’air était froid. Je m’étais réveillé en écoutant Lio à la radio, autant vous dire que j’étais d’emblée de mauvaise humeur. Oui parce que, voyez vous, passer « Amoureux Solitaires » un 14 Février, je ne trouves pas ça du meilleur goût. Aujourd’hui, je suis toujours dans ma 30ème année et cela fait environ 3 ans que je suis seul. La dernière fois que j’ai eu une relation sérieuse, c’était avec ma mère, mais ce n’était pas le même genre d’amour (n’est pas Œdipe qui veut). Je suis fonctionnaire à la Mairie de Chalons, passionné par l’informatique, j’ai un petit strabisme divergeant. A côté de ça, disons pour me vendre que je dispose d’un corps somme toute assez entretenu (tout dépend évidemment ce que chacun entend par là), d’un sens de l’humour assez ouvert et d’une curiosité que je qualifierais de maladive (et ce parce qu’il n’y a pas de mot plus fort). Ce jour là était donc un jour comme les autres. Les journées ou tu t’habilles avec les fringues de la veille parce que t’as la flemme de les changer (je parles de TOUTES les fringues). Les journées ou ton « petit déjeuner », c’est un café froid et immonde qui macère dans la cafetière depuis que Liliane Bettencourt existe (ça remonte donc à la période néolithique), et ou tu sais que ta bagnole mettra un quart d’heure à démarrer.

 

Bien que je n’ai pas à me plaindre de ma 306, je dois tout de même admettre qu’elle me coûte une blinde, et ce environ 2 à 3 fois par an. Le lot de chacun, donc, par de quoi casser trois pattes à un canard. Lorsque j’arrive au boulot, la routine est déjà une bonne compagne. Elle pourrait même être celle de tous les jours, tant on s’habitue, plus par dépit qu’autre chose, à sa présence inopportune et soudaine (oui, on n’accepte pas la routine, on s’en aperçoit comme un choc, et voulant à tout prix changer, on finit par sombrer dans une autre routine, différente dans le fond mais en tout point semblable dans la forme). Il y a la machine à café. C’est là que je prends un thé, juste pour me convaincre que je suis l’espèce d’original qui ne fait pas comme tout le monde. Et puis il y a Dany qui arrive. Dany, mon meilleur pote, la quarantaine, l’expérience, la dégueulassitude. Dany en ce qui concerne les femmes n’a aucune pitié : pour lui, il ne s’agit de rien de plus qu’un investissement potentiel. C’est pour ça qu’il se serre tout ce qui passe, et aussi pour ça qu’il est le meilleur vendeur de soirées de tout le pays. Ce type sait se vendre à un point que même le roi des arnaqueurs (en l’occurrence chez nous Bernard Tapie) ne renierait pas.

 

Yvan le suit. Lui ne fait pas partie de la boîte, il est le gérant de la baraque à frites qui nous arnaque tous les jours quand on a la flemme d’aller courir au supermarché qui est à 3 kilomètres. 4 euros la portion de frites, et on se demande même des fois s’il n’existe pas une variété de patates que l’on ne connaîtrait pas, vu la couleur et le goût qui nous sont parfois proposés. Yvan est à l’image de sa baraque à frites : assez gras, suintant, et plutôt kebab que salade Caesar. Nous le soupçonnons également d’être zoophile, tant ses conquêtes ressemblent parfois étrangement plus à des mammifères marins qu’a des êtres humains. Alors vient Sylvie, la der des der, la secrétaire. On est dans le cliché, certes, mais qui ne l’est pas. Elle est gentille, Sylvie, un peu conne su les bords. Dommage que ses bords à elle soient larges.  Mariée depuis 15 ans, 2 enfants assez balèzes au basket (ils me dépassent, c’est vous dire), et une fâcheuse tendance à ragoter tout ce qui passe sur tout le monde. Ce matin là, elle avait son petit lot de scoops à nous annoncer, comme à son habitude. Mais j’allais apprendre que rien ne ressemblerait de près ou de loin à de l’habitude. Elle débarque tout sourire, fière du morceau qu’elle s’apprête à nous livrer en pâture.


- Dites, les gars, vous savez, Benjamin le nouveau ?

- Quoi, celui qui met ses chaussettes ailleurs qu’a ses pieds, c’est ça ?

- Très fin, Dany. Ouais, en gros, c’est celui là. Ca doit bien faire 5 ans qu’il est célibataire. Eh ben l’autre jour, à la terrasse du Brooks, je l’ai vu avec une femme. Et ils avaient l’air plutôt proche, si vous voyez ce que je veux dire.

- C’était main au dossier ou au panier ?

- Frotti-frotta et toute la panoplie. Alors figurez vous que je me suis renseigné. Eh ben il l’a achetée.

- Achetée ? Tu veux dire… au tapin ?

- Non, je veux dire véritablement acheté. Y’a un nouveau magasin qui vient d’ouvrir ses portes, une boutique de service. En échange d’argent, ils vous donnent une femme qui pourrait vous correspondre.

- Carrément ! Dis donc, ils n’ont pas lésiné sur les moyens ! Remarque, il lui restait plus que cette solution, au pauvre Ben.

- Il paraît que ça marche à tous les coups. Il l’a conseillé à certains de ses amis et ils ont obtenu le même résultat.


 

La, je devins pâle. Serait-il possible que le 14 Février de cette belle année 2032, je puisse enfin passer ma première St Valentin avec une nana depuis Mathusalem ? Evidemment, je gardais cette considération pour moi, et décidais de me taire pendant une bonne partie de la journée, si bien que mes collègues me remarquèrent encore moins que d’habitude. Oui, car je n’étais pas du genre à m’épancher plus que ça sur ma vie, qui par ailleurs n’aurait pas passionné grand monde (ceux qui disent le contraire sont de vulgaires charlatans de la relation sociale). Nous vivions à une époque ou tout pouvait s’acheter. L’argent, le bonheur, et maintenant l’amour : tout semblait économiquement lié. On mesurait votre passion à la quantité de bijoux que votre femme portait, du moins faisait-on comme ça dans la haute société, bien que cet esprit ait tendance à dériver dans les classes moyennes. Ce soir là, ayant débauché à 5 heures comme tous les jours, je décidais d’emprunter un trajet bien différent. J’avais donc besoin d’affection plus encore que de gagner ma vie. Lorsque je me garais dans cette étrange rue, je remarquais tout de suite le néon qui faisait tâche parmi tous les autres.

 

Celui-ci était plus petit, plus discret mais également bien plus neuf, il se remarquait donc beaucoup plus facilement. Le magasin portait le doux nom de « Money Love » et possédait cet étrange côté attractif qui faisait qu’on ne pouvait s’en détourner. Ni du corps ni du regard. En prenant bien soin de ne me faire reconnaître de personne, j’entrais doucement dans le magasin, plus gêné qu’autre chose. C’est en poussant la porte et en entendant le « Bienvenue, chercheur de love » que je compris l’idée absolument formidable que le type avait eu en construisant cette entreprise. Et personne ne pouvait nier l’inévitable : au vu de la file d’attente qu’il y avait, ça faisait fureur. Tout le monde se bousculait. Les hommes cherchant des femmes, les femmes cherchant des hommes. Souvent même ils recherchaient une personne du même sexe. Au même titre qu’une animalerie vous débarrassait de votre solitude, le « Money Love » vous débarrassait de l’animalerie. Plus de litière à changer, plus de cage pleine de merde à nettoyer. Vous étiez les garants de votre propre désir. Devant moi une femme, assez jeune, plutôt charmante, si bien que je ne comprenais pas ce qu’elle pouvait bien faire dans un endroit pareil. Mais cela revenait à me dévaloriser moi aussi, alors que je n’étais pas une calamité non plus.


J’ai du attendre environ 30 minutes, hypnotisé par ses écrans de télé qui diffusaient toujours la même publicité, rendu sourd par cette musique romantique et  niaise qui pullulait à la radio, et cet animateur à la voix de canard qui souhaitait une bonne journée à tous les amoureux. Finalement, la jolie fille devant moi avait une voix tellement aigue qu’elle en était inaudible. Son futur compagnon allait devoir être patient. Lorsque ce fut mon tour, je me retrouvais face à un individu souriant, très mince et avec un piercing à l’arcade, qui se moquait plus de moi que ce qu’il ne souhaitait réellement m’aider. Pourtant, il était avant tout là pour vendre et pas pour étaler ses états d’âme sur chacun de ses clients. Non, il me dévisagea un instant, mit la machine qui lui servait de cerveau en route et répéta son joli texte par cœur.

 

- Money L, c’est comme le tir à la carabine, vous gagnez à tous les coups. Alors monsieur, je peux vous proposer Hélène, 32 ans, brune cheveux longs, 1mètre78. Elle adore les chevaux, les courses autos à la télévision, et préfère les roses blanches aux noires. Elle travaille comme cadre dans une entreprise, gagne assez bien sa vie et aime avoir son indépendance. Elle est assez drôle, mais dispose cependant d’un léger défaut, à savoir qu’elle est extrêmement difficile en nourriture. Mais entre les premiers rendez vous et ceux ou vous l’invitez chez vous, vous devriez avoir le temps de vous perfectionner dans ce domaine !

- Je suis simplement curieux de savoir comment ça marche. Où est l’éthique, dans tout ce système ?

- Monsieur, l’éthique, c’est le petit anneau qui sert à emballer les blocs de foie gras : utile pour la forme, mais totalement obsolète quand il s’agit de vente. Ou est l’éthique dans la bourse de New York, quand certains se font des millions tandis que d’autres crèvent sous les ponts ? Où est l’éthique quand des mômes de 8 ans vendent leur corps pour 3 pièces de monnaie ? Vous êtes dans le temple de la quintessence individualiste : chacun pour les autres au service de soi même.

- Vous avez l’air de vous y connaître.

- Si vous saviez le nombre de fois ou l’on m’a posé cette question. Si nous avons crée ce service, monsieur, c’est parce qu’il y a de la demande. Dans notre logique, la diversité de la demande pousse à élargir la diversité de l’offre. Ce n’est plus le capitalisme mais le capitalove : on évalue vos capacités et on vous donne ce qui correspond à votre profil.


 

Ils m’avaient cerné avec ma puce d’identité. Tout marchait comme ça maintenant, individualisme et minimalisme : le secret d’une vie sans troubles. Je trouvais le principe de plus en plus intéressant, sorte de speed-dating-drive, ou pour convaincre il ne fallait qu’une puce de crédit. Je la leur donnais, et le rendez vous était pris ce soir à 21 heures au restaurant juste en face de chez moi, grâce à un service de localisation très performant. Evidemment, l’attente fut étonnamment beaucoup plus longue que la réalité ne l’aurait jamais permis. Je n’en fut que plus impatient. Habillé de pied en cap, j’avais ressorti mon costard de fête. J’allais enfin découvrir ce nouveau mode de consommation. Cela changerait de la masse. A notre époque, les fleuristes envahissaient les rues, les bouquets virtuels faisaient tomber leur pétale dans le ciel doré et froid, les rues étaient parfumées de jasmin, de roses, de lavande. Partout, des cœurs en bandoulières, des pubs virtuelles, des promotions dans les restaurants. La pub était devenue comme une entité à part entière, un organisme tout puissant au service des marchés, qui faisaient plus que jamais la loi. C’était la résultante de plusieurs décennies de libéralisme, et de dépersonnalisation de l’individu qui en était réduit à un « bénéfice potentiel ». Nous avions adopté cet univers aussi rapidement et subrepticement que le passage d’une saison à l’autre : sans bruit, sans protestations, sans incidents. En échange, la capacité des magasins, de ville comme de villages, s’était grandement améliorée, avait même triplé de volume, et la diversité des produits était devenue colossale. Le choix était d’autant plus difficile qu’il y en avait beaucoup, et tout cela nous obligeait évidemment à y revenir. Ca, tout le mondel’avait compris, même le génie qui s’en était servi pour épancher la solitude des célibataires.


Elle était plutôt belle, passait suffisamment inaperçue pour que je n’en sois jamais jaloux. Elle était comme moi, elle aussi. A la recherche de quelqu’un. Sauf que là, notre intermédiaire n’avait pas été un clavier, ni une souris, mais un homme. Un homme qui, pour  dollars européens, était prêt à tout pour nous trouver quelqu’un avec qui partager notre temps. Hélène souriait. Pourtant, je décelais comme un certain gène dans son regard. Où cela était de la timidité, ou bien de l’hypocrisie. En tous les cas, je sus d’entrée que j’allais avoir du mal à la convaincre. Et puis elle me dit un truc qui me parut plus brutal que prévu, lorsque nous étions à table. Moi, tranquillement en train de manger mon échalote, pendant qu’elle attaquait ses cœurs d’artichauts.


- Ecoute, je ne recherche que des aventures sans lendemain, pas de relations sérieuses pour le moment. Si tu croyais dénicher le grand amour, c’est loupé, autant être franche.


Un peu vexé, plus encore décontenancé, je ne tardais pas à répliquer par un bref :

 

- Pas de souci, c’est pareil pour moi.

- Bien, alors on est d’accord, dit elle avec ce sourire que je lui avais vu emprunter de nombreuses fois depuis le début de la soirée.

 

 

Autant vous dire que cette expérience était plutôt étrange. Je la ramenais chez moi, et nous couchions ensembles à peine une heure plus tard. Je ne pouvais m’empêcher de me poser tout un tas de questions. Pourtant, le lendemain, elles ne trouvèrent pas de réponse. Je l’avais trouvé étrange, pendant l’acte. Plutôt réservée, assez malhabile et étrangement… difficile à appréhender. Je me retrouvais seul, un dimanche matin, tandis que mes droits avaient été froissés pour de bonnes raisons, alors qu’ils ne l’avaient pas été depuis des mois. En me levant pour faire cet éternel bol de café dans la cuisine, je remarquais un mot.


 

Merci pour ce rendez-vous, c’était sympa.

La signature était électronique, mais je ne pus retenir un sursaut physique au vu des prénoms.

 

Hélène, Bernard, Phillipe Bichet

 

 

Encore abasourdi par le fait que je venais d’avoir une relation sexuelle avec une femme qui s’appellait Bernard en deuxième prénom, je courus a la boutique avec le ticket de caisse afin qu’ils m’expliquent cette monumentale erreur. Pour toute réponse, le jeune homme tatoué m’a une nouvelle fois sorti sa litanie.


 

- Nous ne sommes pas responsables des fraudes aux inscriptions, monsieur. Si Bernard dit s’appeler Hélène ou l’inverse et qu’il a les arguments pour, nous ne pouvons en aucun cas changer ça.

- Vous vous foutez de ma gueule ? Je suis hétéro, moi !  Vous dites que la consommation de l’amour a évolué, et vous me refilez un travesti opéré ?

- Vous savez, monsieur, il n’y a pas que l’amour qui a évolué. La science et la chirurgie ont aussi eu leur part d’innovation. Est-ce que vous souhaitez un deuxième rendez vous avec… votre premier choix statistique ?

- Non merci, je m’en passerais.


 

Tout bouge, tout se transforme. Un braquemart devient un vagin, et le monde ne s’en aperçoit même pas. Tout le monde est coupable, mais personne n’est responsable. On dirait que votre existence vous est vendu dans un lot commun, un panier garnit que l’on pèse et que l’on évalue dès votre naissance, et dont le poids ne pourra jamais être excédentaire de plaisirs. Ainsi, ce jour là fut le jour ou j’avais testé « Money LOVE ». Bien entendu, je n’y suis jamais retourné. L’ironie du sort voulut que l’homme auquel j’allais dérober ma future femme s’appelait… Bernard. Mais ça, c’est une autre histoire. Bonne Saint Valentin à tous les pessimistes de la Terre, et Dieu seul sait combien il y en a. 

 

 

http://www.suricat.net/web/images/2009/20090218-st-valentin.jpg

 

 

R.B

Le 14/02/2012

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 23:08

 

On naît d'accords

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Quelques notes en accord majeur

Qui résonnent en écho profond

Celles qui réchauffent les cœurs

Et que l’on chante à l’unisson

 

Elles nous séparent parfois

Mais nous réunissent souvent

Tous supportant la même loi

Car le bonheur vient en chantant

 

Et cette guitare à la main

Traversant les maigres sentiers

Avec nos bottes, comme des gamins

Nous rions notre liberté

 

C’est un bout de notre jeunesse

Qui passe dans nos cordes pincées

Et nous lançons un SOS

Pour que tout le monde puisse partager

 

Quand il arrive dans le stade

Et qu’il commence à fredonner

Le bonheur est à ce point palpable

Qu’on le sent nous faire frissonner

 

Et on l’entend soudain qui gronde,

Mouvement de foule éphémère

Qui, à son tour refait le monde

Et fait vivre cet univers

 

L’écho des voix qui s’harmonisent

Et l’osmose des musiciens

Qui, d’une simple note exquise

Arrivent à construire un chemin

 

Les bourgeons fleurissent dans nos têtes

Et deviennent des arbrisseaux

Les guitares sont à la fête

Et nos sourires sont un ruisseau

 

Est-ce que c’est ça, la vraie passion

Celle que l’on cherche toujours

Qui ne nous donne pas d’illusions

Comme le fait une romance d'un jour ?

 

Il est sur scène et nous en bas

Pour vivre des moments magiques

Une passion qui ne s’arrête pas

C’est ça, l’amour de la musique

 

R.B, 

Le 09/02/2012

 

 

 

 

Live Happy, Live Music. 

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 14:53

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La légende de Baba Yaga. 

Première partie

 

 

Il fut une période du Monde ou il n’était ni aussi innocent qu’un enfant, ni aussi cynique qu’un adulte. En ce temps de transition vivaient 3 jeunes sœurs. Ludmila, Techka et Anastasia, dans les bas-fonds de la ville de Moscou, splendeur hivernale, beauté glaciale. Elles se contentaient de peu de choses, car leurs parents étaient bien démunis. Elle n’avaient pour habits qu’une seule guenille, qui commençait sérieusement à leur être trop petite. Mais elles aimaient regarder le ciel et penser à l’avenir, à ce qu’elles n’auraient sans doute jamais. Tout le monde autour d’elles disait qu’elles étaient de petites filles charmantes mais nées au mauvais moment au mauvais endroit. Un soir ou leur candeur était plus curieuse que d’habitude, elles entendirent, du haut de leur seule chambre, un son qu’elles voulaient entendre depuis longtemps. Une symphonie musicale résonnait dans l’air glacial, et les flocons qui passaient par la fenêtre étaient comme des notes en suspension, prodiguant leur mélodie mélancolique et envoûtante.

 

C’est que, à quelques  centaines de mètres, il y avait la grande salle ou le Tsar donnait son fameux bal annuel. Les forces et les rois les plus puissants de la planète ainsi que toute la haute société était invitée au gigantesque banquet. Les trois sœurs étaient plus que tout curieuses de découvrir cet univers. Dans la nuit froide, elles se levèrent tranquillement de leur lit, en prenant soin de ne pas froisser leurs draps, et sortirent en silence de leur chambre. Elles parcoururent le chemin qui menait aux escaliers sans encombres. Anastasia, la cadette, avait cependant une peur phobique du vide, et ce grand escalier en bois de 16 marches ne lui paraissait ni solide ni fiable. Avec l’aide de ses deux sœurs, elle affronta sa peur, sachant qu’en bas de ce grand escalier, il y avait la porte d’entrée. Qu’au-delà de la porte d’entrée, il y avait la rue. Et qu’au-delà de toutes ces rues, elles réussiraient peut être à apercevoir la société mondaine qui paraissait si lointaine. Dès que la grande porte, de guingois, s’ouvrit, un vent glacial leur fouetta le visage.

 

Mais leur détermination était bien plus grande qu’une brusque chute de température. Cela faisait un an qu’elles attendaient cela. Jusqu'à présent, elles n’avaient jamais réussi à voir quoi que ce soit. Mais sans doute cette nuit, quelque chose allait changer. Encore toutes jeunes et naïves, elles espéraient qu’un grand prince du Nord allait les accompagner jusqu'à la grande salle de bal et leur faire danser la traditionnelle. Elles virent les murs sales, même de nuit. Les cheminées en briques vulgaires qui laissaient transpirer une fumée noire et emplissaient l’air de suie. Elles virent ces gens dans les rues, couchées au sol et couverts d’un simple duvet affronter la neige et le gel. Elles entendirent ces cris d’hommes ivres qui ne pouvaient plus marcher et se collaient contre les murs des vieilles maisons. Mais tout cela était leur quotidien, tout passait sans qu’elles y fassent véritablement attention.

 

Leur champ de vision se réduisait au maximum, pour éviter de regarder la misère en face, et poser les questions que les enfants posent toujours à cet âge, qui provoquent la colère de parents exaspérés par tant de curiosité maladive. Mais leur regard fut comme sommé de s’attarder sur un détail. Au fond de la rue, tandis qu’elles marchaient vers lui se tenait un magnifique jeune homme, apprêté comme pour aller à une soirée mondaine. Epaulettes, manchettes et boutonnières achevaient la parade qui le mettait plus que tout en valeur et effaçait ce monde terne qui évoluait autour de lui. Il vit ces trois enfants sans défense, et accourut vers elles. Les 3 sœurs ne purent s’empêcher d’être émerveillées par ce visage qu’elles ne connaissaient pas.


- Que font 3 enfants dehors par cette froide nuit ? demanda-t’il, innocemment.

- Nous voulons voir le bal. Vous êtes l’un deux ?

- En effet. Toute cette agitation m’agace. Mais si vous le désirez, je puis vous y conduire !

- Vraiment, vous feriez ça ?

- Bien sûr, mais personne ne doit nous voir. Suivez moi.

 


C’était le temps ou les parents n’avaient pas assez de jugeote pour faire promettre à leurs enfants de ne pas suivre des inconnus. C’était aussi le temps ou les 3 sœurs étaient encore trop petites pour comprendre cette règle. Alors elles le suivirent. Elles empruntèrent à sa suite des ruelles, celles des vieux faubourgs, trop innocentes pour s’apercevoir qu’elles s’éloignaient de la salle de bal. Ludmila, qui avait environ 7 ans, ne put s’empêcher cependant de trouver tout ce manège étrange, mais la joie de ses sœurs ne lui fit espérer qu’un nouveau sourire. Mais soudain, tout s’arrêta net. Les sourires, les espoirs, la marche vers les lumières. Plongées dans une pénombre sans fond, Techka et Anastasia poussèrent un cri d’effroi et de douleur étouffé. C’est qu’un morceau de fer venait de leur trancher la gorge. L’homme se tenait là, le visage caché par la noirceur de la nuit.

 

Un éclair de lumière jaillit, et Ludmila aperçut son sourire, ses yeux injectés de haine et de sang. Elle sentit une colère incommensurable monter en elle, devant ce spectacle d’effroi dont elle prenait peu à peu conscience. Elle n’avait vécu tout ce temps que pour le bien de ses deux sœurs, et en une fraction de seconde, on les lui avait enlevées. Ses yeux devinrent rouges, tandis que la lumière entraperçue ne venait de nulle part ailleurs que d’elle-même. Terrifié, l’homme prit la fuite sans demander son reste. Encore abasourdie par ce qui venait de se dérouler, Ludmila vit son incompréhension se changer en effroi.  Elle se rendit également compte que jamais elle ne pourrait faire face aux conséquences de cet acte terrible, et que jamais ses parents ne lui pardonneraient d’avoir fui en pleine nuit avec les sœurs dont elle avait la responsabilité. Alors elle décida de fuir, et de ne jamais revenir sur ces lieux maudits, qui lui avaient enlevé tout ce qu’elle avait de plus cher au monde.

 

*

Les hivers passèrent, et Ludmila ne reçut jamais aucune nouvelle de personne. Elle n’en donna guère plus de son côté. Elle avait appris l’art des rues, et le vol n’avait plus aucun secret pour elle. Ainsi avait-elle pu se créer une situation confortable, du moins plus que si elle avait du prêcher l’aumône.  Pourtant, chaque nuit, la vision de cet évènement revenait la hanter au plus profond de ses terreurs secrètes, et elle vivait chaque jour avec le poids de ce fardeau, toujours plus lourd à porter. C’est qu’elle avait appris à vivre, elle avait eu une seconde chance. Désormais âgée de 21 ans, elle semblait si forte qu’elle en était glaciale. Personne ne l’approchait car personne n’avait envie de la froisser. Elle avait accumulé une colère et une haine qu’elle n’arrivait pas à dépenser. Elle semblait sans fin, et la rassasier l’aurait sans doute poussée à commettre des actes terribles.

 

Un appartement vétuste, délabré et abandonné lui servait désormais de maison, mais elle passait le plus clair de son temps dehors à chaparder quelques pièces ou de quoi manger. Personne n’osait réclamer. Elle était devenu la fille « sans passé », et tout le monde ne savait d’elle que cela. Par sa simple réputation impitoyable, elle avait réussi à ne plus être dérangée par personne, car elle connaissait tout le monde ; elle avait appris à déceler le moindre petit secret de la vie des gens par un don qui lui échappait une fois encore. Un jour de printemps, alors qu’elle était en ville à détrousser quelques poches, elle aperçut deux individus étrangement vêtus. Ceux là n’étaient pas habituels. De plus, elle ne connaissait pas leurs visages.  Sans bruit, elle décida de les suivre à bonne distance. Elle entendit tout de même quelques bribes de leur conversation.


- Il faut partir, nous n’avons plus rien à faire ici.

- Mais on ne peut pas s'en aller comme bon nous semble !

- Trop de nos hommes ont été tués dans leur mission de reconnaissance. C’est un endroit malfamé, ou le crime règne. Nous ne devons faire courir aucun risque aux prochains. C’est décidé. Je ne reviendrais pas sur ma décision. Demain, à l’aube, nous partirons et nous laisserons tout cela derrière nous.

- Comme il vous plaira. 


Là-dessus, plus aucun d’eux n’osa sortir un seul mot. Qu’étais-ce là sinon une chance pour Ludmila de quitter à tout jamais cette ville maudite, qui lui avait valu tant de malheurs ? Peu lui importait de connaître leur destination. Elle savait que demain serait un nouveau jour, et qu’elle se réveillerait dans un endroit dont elle ne connaissait rien. Elle ne savait pas ce qui permettait à ces hommes de partir, mais il fallait qu’elle s’en empare. A n’importe quel prix.

 

http://de.img.v4.skyrock.net/de8/monstresmythiques/pics/2985842909_1_3_PR8ApR5X.jpg

 

 

 

 

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 13:18

http://camelotarmy.wikispaces.com/file/view/dark_forest.jpg/96866100/dark_forest.jpg

 

Les saisons changeaient autour d’eux. Le printemps et ses bourgeons s’était transformés en Automne, et les feuilles mortes avaient peu à peu laissées place aux froids flocons de décembre. Désormais, lorsque le soleil se levait à l’est, on pouvait apercevoir, sur le flanc des hautes montagnes du monde, un nouveau manteau, protecteur de l’éternelle innocence de la nature. Mais par delà ces monts, par delà les vallons, un jeune être encore bien inexpérimenté avait déjà entamé un long voyage. Le flocon qui traversa le premier les hauts conifères pour aller se poser sur son nez fut donc d’autant plus surprenant qu’il n’était pas censé arrivé avant des semaines.


Il était déjà là, pourtant, alors qu’un nouveau matin sonnait aussi à sa porte. La nuit avait été d’ancre, malgré qu’Ethan eut entendu quelquefois d’étranges cris d’animaux dont il ne connaissait pas l’existence. Mais il avait fait semblant de ne rien entendre, et son esprit avait fait de même. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il vit que le jour, au-delà des plus hautes cimes, était déjà bien entamé . La lumière perçait à travers sa tente. Il se leva de la couche qu’on lui avait gracieusement préparé et, encore un peu endormi, se vêtit lentement.


Lorsqu’il sortit de la tente, il s’aperçut bien vite qu’il était attendu. Le chef de tribu, dont il avait appris le nom la veille lorsque la nuit était déjà bien installée, se tenait auprès du feu depuis longtemps éteint. Bien que les cendres fumaient encore, on pouvait deviner que quelqu’un avait refusé de le laisser brûler toute la nuit. Il leva la tête en apercevant ce si jeune étranger, alors qu’une étrange relation de confiance s’était déjà installée entre eux, alors qu’ils ne se connaissaient que depuis 24 heures.


 

- Alors, jeune premier ! », fit-il dans un demi sourire. Encore une fois, son tempérament bourru le rendait incapable d’émettre un véritable sourire franc, il restait toujours cet air très sérieux derrière chaque expression de son visage, de sorte qu’on ne perdait jamais de vu le fait que plaisanter avec ce genre d’individu ne pourrait que vous attirer toutes sortes d’ennuis. « Nous t’avons laissé dormir car le voyage que tu vas entamer à partir d’aujourd’hui n’est pas des plus indulgent. Ni pour le corps, ni pour l’esprit. Si tu tiens ta promesse, nous tiendrons la notre. Je t’indiquerais le chemin à suivre pour continuer ton voyage, et les pièges à éviter.

- Bien, fit Ethan d’un ton qui se voulait docile et rassurant. Dans ce cas, trouvons un endroit éloigné ou personne ne viendra nous déranger.

- Nous avons de la chance, ce ne sont pas les endroits qui manquent ici. Suis moi.

 

           

Ils avancèrent lentement. Bizarrement, aucun garde du corps ne les accompagnait. Ou le chef avait suffisamment confiance en lui, ou il comptait sur Ethan pour sauver la situation. Dans ce cas, il commettait sûrement une erreur. De plus, Ethan n’ignorait pas que l’opération n’était pas sans comporter de risques. Il savait aussi que s’il ne tenait pas ses engagements, cette redoutable force de la nature n’hésiterait pas à le briser en deux. Les rires ne sont bien souvent que le masque, un masque qui cache de bien plus sombres desseins. Lorsqu’ils s’arrêtèrent dans un coin aussi vide que le plus aride des déserts, une très fine couche de neige avait déjà traversée le ciel de feuillages pour se poser sur le sol nu.

 


- Alors, dis moi, fit l’autochtone. En quoi donc vais-je me transformer ?

- On ne peut pas prévoir à l’avance. C’est en fonction de la personnalité de chaque individu. Il faut tout d’abord que vous ressentiez un sentiment très fort. Pour certains il s’agit de la colère, pour d’autres l’envie de liberté. Quel est le sentiment le plus fort que vous ayez au fond de vous-même sans jamais pouvoir l’accomplir ?

- La vengeance », dit il d’un air convaincu. Il avait cette étrange flamme de haine dans le regard, -mêlé par un irrépressible désir de voir comment les choses allaient bien pouvoir se dérouler par la suite.

- Bien. Alors vous allez imaginer que je suis l’objet de ce sentiment. Que je suis l’être le plus vil que vous avez jamais pu rencontrer, le vecteur de toutes vos souffrances, le responsable de votre exil. Je n’ai aucun scrupule à avoir accompli ce que j’ai accompli, j’en suis même fier car pour moi vous et votre peuple n’êtes rien d’autre que des parasites.

 


L’homme se concentra. Il essayait de concentrer sa haine en un seul point : le jeune homme innocent qu’il y avait juste devant lui. Mais rien ne venait : ni l’envie, ni la vengeance, ni l’accomplissement. Il avait l’impression que ce sentiment était mort, car il le cachait en lui depuis trop longtemps. Pourtant, à force d’insistance et au bout de longs instants de silence, il put entrevoir un début de lumière au bout de ce long tunnel qu’était son esprit. Il demanda qu’on l’insulte ; Ethan s’exécuta. Il revécut alors le jour de son bannissement, le jour ou on lui avait tout pris et obliger à se terrer dans cette forêt sombre et silencieuse. Il revit ce visage sérieux s’emplir soudain d’un sourire de satisfaction cruel. Il n’en fallut pas plus : dans un geste délibéré, il bondit vers celui qu’il ne considérait plus comme un jeune étranger mais comme son bourreau.

 

Pendant le bref instant ou il était en l’air, sa vision se brouilla, un violent coup lui frappa dans les tempes. Il ne vit pas ses mais se transformer en longues pattes crochues. Il ne vit pas ces poils noirs et drus lui pousser sur tout le corps. Il ne vit pas non plus son nez se changer en truffe, ses yeux devenir noir et remplis d’instinct sauvage. Ethan, lui, assista à tout. Il vit cet homme, autrefois si contenu, se transformer en l’ours le plus gigantesque et le plus fort qu’il n’eût jamais vu. Il prit bien soin de se reculer afin d’éviter son coup. Puis, une fois que l’ours était à terre, courant vers lui et prêt à bondir à nouveau, il tendit les bras vers lui brusquement.

 

L’animal fut violemment projeté en arrière, et le peu de conscience qui restait en lui se réveilla. Allongé au sol, il se releva péniblement, et redevint l’homme qu’il avait toujours été. Mais cette fois, un long sourire se dessinait sur son visage, comme s’il avait retrouvé goût à la vie. Il s’était découvert un pouvoir qui avait toujours sommeillé à l’intérieur de lui, et il était libre de l’utiliser comme bon lui semblait. Il n’était plus un homme, mais un homme ours. Il respira longuement l’air vivifiant et frais de la forêt enneigée et dit :

 


- Fantastique ! Je me sens plus fort, mes sens sont plus aiguisés. Je pouvais être un ours, et il a fallu attendre ta venue pour que je puisse m’en rendre compte. Ta part du marché est tenue. Vois tu, nous sommes ici au point culminant de notre route, là ou mon territoire se termine. Tu devineras deux sentiers à travers les feuillages. L’un te conduiras vers les ténèbres, l’autre vers la lumière du jour. Nous n’avons jamais trouvé la sortie de cet endroit. Chaque fois, un ennemi invisible nous bloquait le passage.


 

Ethan comprit alors que s’il arrivait à trouver la sortie, cet homme et sa tribu pouvaient aisément constituer de précieux alliés.  Il fit une promesse qui n’engageait pas que lui, ce jour là.


 

- Je promets de vous faire sortir de cet endroit, de vous rendre la liberté et de vous offrir une occasion de vous venger. Mais vous devez m’en dire plus, beaucoup plus.

- Eh bien… Il existe un être dont toute la forêt craint le courroux. On dit que… »


A ces simples mots, il frissonna. Pour qu’une telle nature n’en vienne à être effrayée, il en fallait certainement beaucoup. Mais il tenta une manœuvre de retournement, en essayant de se rassurer lui-même.

 


- Ce ne sont que des sornettes, petit. De simples légendes de bonnes femmes pour effrayer les petits enfants.

- Peut importe. Il faut que je sache ce que je suis susceptible d’affronter, même si ce ne sont que des illusions.

- Eh bien… la légende dit qu’au départ, cette forêt n’existait pas. On ne l’aurait construit que pour une seule personne. Elle vivrait toujours au fin fond de la forêt, dévorant les imprudents. Peu de gens ont tenté de s’aventurer dans son antre. Mais nous n’avons eu aucun témoignage, tu te doutes de la raison. Elle serait la dernière de son espèce, d’autant plus puissantes qu’elle serait également l’une des premières. Oh bien sûr nous nous doutons bien qu’elle ne baigne pas dans ses chaudrons et ses potions. Qu’elle ne fait pas de soupe qui rend invisible avec des queues de rats. Mais on dit que c’est elle qui décide de tout ici. Qu’elle est le lien entre votre monde et le nôtre.

- Vous parlez bien de ce que je crois ? Une sorcière, ici ?

- Oh, mon garçon, c’est tout sauf une sorcière. C’est LA sorcière. Son nom est Baba Yaga. Bien des légendes circulent à son sujet. Mais une seule semble pourtant se détacher des autres. Laisse moi te conter cette histoire que nous léguons depuis des générations…

 

Ethan pénétra dans ce livre grandeur nature. Et, une fois encore, il vit se matérialiser sous ses yeux un royaume lointain et ancestral, comme un écho à la fois fort et frêle. Une fumée solide, en suspension dans l’air depuis des siècles : la fumée du passé. Car une histoire vaut tous les trésors du monde lorsqu’elle est bien racontée. C’est ainsi que, d’une voix lente et passionnée, alors que les flocons tombaient toujours plus nombreux sur leurs têtes, l’homme commença à faire vivre son histoire.

 

A suivre ! 

 

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R.B, le 31/01/2012
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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 16:36

http://a31.idata.over-blog.com/500x373/1/28/14/75/2009/2009-08-09---37---lac-de-la-lande.jpg

 

Josh avait toujours préféré se taire plutôt que de faire un scandale et qu’on parle de lui sans qu’il puisse contrôler les choses. Les incidents qui s’étaient produits une heure auparavant restèrent donc dans l’ombre, lui et sa femme étant les seuls détenteurs d’instants bien étranges. L’horloge sonnait déjà 18 heures et la journée semblait s’être enfuie par la fenêtre, pour respirer l’air vivifiant de l’herbe trempée par la bruine. Josh s’était assis près du feu, et semblait rêver en voyant danser les flammes qui se reflétaient dans ses yeux tel des rubis d’opale.

 

Ce sont les cris d’une dispute lointaine qui l’arrachèrent de son demi-sommeil. Elles émanaient d’au dehors. Il traversa le salon et souleva le rideau de la fenêtre. La tenancière discutait avec le vieil homme qui s’était introduit dans leurs chambres. Apparemment, sa requête semblait insistante. Que pouvaient-ils bien se dire ? Josh, dont la curiosité était un atout autant qu’un fardeau, ne put s’empêcher d’entrouvrir la fenêtre le plus silencieusement possible, en ayant bien pris soin de se dissimuler dans l’angle du mur, rideaux baissés, feignant de s’intéresser aux poupées qui trônaient encore sur l’étagère. Il n’entendit que quelques bribes, des murmures qui auraient sans doute du rester secrets.

 

- Tu n’as pas le droit de t’introduire chez les gens comme ça, Phil. Ce n’est pas parce que tu habites ici que tu peux vagabonder à travers les chambres comme un malappris

- Mais je ne faisais rien de mal, je voulais juste trouver un lit ou me reposer. J’ai été dans la première chambre vide de l’étage où je me trouvais.

      - Le fait est que tu as dérangé un client. On aurait pu facilement avoir des problèmes, te rends tu compte ? Maintenant va ! J’ai le dîner du soir à préparer. Il ne va pas se faire tout seul !

- Elle te manque. Je le vois chaque jour un peu plus. Tu sais que c’est ta plus grande erreur. Et pourtant, tu te mures dans le silence.

- Je ne t’ai rien demandé. Vas-t’en.


Puis les deux hôtes se quittèrent, partant chacun de leur côté. Josh referma rapidement la fenêtre, lorsque la vieille entra par la porte d’entrée. Elle l’aperçut, encore en train d’admirer sa collection de joyaux. Elle ne put s’empêcher de réprimer un sourire.

 

- C’est elle qui l’avait commencé. La collection. La robe de mariée était la première. Elle est partie avec une autre, une qui lui accordait plus d’attention. Chaque poupée que vous voyez ici reflète l’un de nos projets.

- Mais pas les 7 qui sont sur ce meuble, je me trompe ? Celles là sont plus récentes.

- Celles là sont différentes. Ce sont les miennes. Celles que j’ai fabriquées depuis son départ. J’essayes de ne pas oublier qui je suis, et ce qu’elle m’a fait. Personne ne devrait oublier les souffrances pour ne garder que les bons moments. Ce n’est pas comme ça que l’on nous a appris à vivre. Le couvent des Magdalènes… Ca n’aura jamais été une partie de plaisir. Ces journées entières, en hiver comme en été, à blanchir des vêtements et des draps. Ca marque une vie/ Et ça apprends aussi l’humilité.


La vieille dame sembla émerger d’un songe, le songe qu’avait été sa vie durant le bref instant ou elle s’en était souvenue.


- Bien. Le dîner sera servi dans une petite demi-heure. Soupe de légumes au potiron, ça réchauffe les cœurs les plus refroidis !


Elle lui tourna le dos, et partit silencieusement, le dos légèrement voûter. C’était une dame qui n’avait sans doute pas souvent l’occasion de parler aux gens. Et pourtant elle semblait avoir vécu tant de belles choses, bonnes ou mauvaises, que c’en était intimidant.


La soirée se déroula comme prévu, le dîner fut charmant et convivial. Sarah restait dans un profond mutisme. Ca n’allait pas trop fort entre eux. C’était aussi pour ça que leur départ avait été plus rapide que prévu. Un enfant en route, et toute la vie se précipite. On croit avoir gagner à la loterie alors que l’on a que les Joker Plus. Les nuits passèrent. Avec à chaque fois un bruit. Un bruit intriguant, comme du verre que l’on travaille. Une étrange symphonie d’éclats. La vieille dame devait être en train de préparer dans sa cuisine, ou bien étais-ce le vieil homme insomniaque qui continuait à travailler la terre, même de nuit ? Rien n’était moins sûr, et Josh préférait ne pas savoir. Il tenait à son petit culte du secret, qui provoquait chez lui un rare sentiment d’excitation. Les journées était calme, et l’admiration de ces petits bouts de femmes apprêtées faisait maintenant partie d’une sorte de rituel. Josh comprit pourquoi elles étaient poussiéreuses. Elle les haïssait. Toutes ces femmes que la sienne avait admirées, toutes ces femmes dont elle avait pris soin sans s’occuper de celle qu’il y avait, juste là, en chair et en os à ses côtés. Elles étaient là, témoins d’une trahison.

Mais elles pouvaient pourrir, brûler ou se consumer de l’intérieur que cela n’aurait pas eu la moindre importance. Les nouvelles marquaient l’indépendance, une tentative de nouveau départ. Chacune symbolisait une période de la vie, un segment de l’existence. Même si désormais il connaissait ces visages faussement souriants par cœur, il ne pouvait s’empêcher d’admirer toujours autant le spectacle qu’elles représentaient.

Le 7ème jour, en fin de matinée, il pénétra dans la cuisine, l’antre du chef, et crut bon de demander quelques renseignements.

 

- Ma femme et moi voudrions aller dans un restaurant. Quel est le meilleur coin que vous pourriez nous conseiller, en ville ?

- Il y a bien le Lauren’s, mais je crois qu’ils sont fermés le samedi.

- Nous… sommes vendredi…

- Suis-je bête ! Vous savez, quand on tient une pension comme ça, on a tendance à perdre un peu la boule ! Dans ce cas, ça devrait être bon. Vous allez vous régaler, là bas.

- C’est que… ma femme est assez pointilleuse en ce qui concerne la cuisine. Que servent-ils ?

- Votre femme, hein ? C’est de la cuisine irlandaise, typiquement de chez nous. Vous goûterez et vous l’adopterez. C’est le meilleur faiseur d’omelettes à des kilomètres à la ronde. Le vieux Brisby a encore un sacré doigté !


Josh et Sarah appelèrent un Taxi qui vint les chercher devant la porte de la maison. Le Laren’s n’avait pas énormément de client ce midi là. Comme tous les jours, s’imaginait déjà le jeune homme.  

 

- On nous a conseillé de prendre une omelette.

- C’est encore cette vieille folle ! Heureusement qu’elle est encore là pour m’envoyer ses touristes de passage !

- C’est un endroit plutôt étrange… Nous n’avions jamais vu une maison aussi spacieuse et vide en même temps.

- Elle y garde ses secrets. Mais tout le monde sait qu’elle couchait avec une femme, ici. D’ailleurs, elle ne peut pas s’empêcher de le répéter à tout le monde. Et cette collection de poupées… Elle n’est pas commode avec les femmes !

- Elle n’a pas cessé de m’ignorer depuis que nous sommes arrivés, dit Sarah en souriant vaguement.

- Faites gaffe, vous lui faites peut être de l’effet ! Vous seriez surpris de voir la libido qu’elles ont encore, à leur âge…

- Qui ça ?

- Eh ben… les homos, quoi !

 

 

Cet endroit était décidément bien ancré dans des clichés de la vieille époque. Comme s’ils étaient revenus, en quelques centaines de kilomètres, des décennies en arrière, en ce temps ou la sexualité était condamnée par le bûcher. Le restaurant était sombre, le plafond fait de poutres en bois. Brisby leur prépara son omelette traditionnelle, et ils furent tous deux ravis du résultat. La nuit vint vite. Josh se réveilla encore une fois en entendant cet étrange son de machine qui tournait. Mais cette fois, c’était différent. Cette fois, Sarah était éveillée aussi. Elle l’avait entendu, comme lui. Ce n’était donc pas normal, étant donné que son sommeil à elle était plus profond que le sien.


 

- Josh, je n’aime pas cet endroit. Ce n’est pas accueillant, ça en serait même sinistre. Ces gens sont… différents. Et si nous partions plus tôt que prévu ? J’ai comme… un mauvais pressentiment.

- Voyons, chérie. Nous l’avons voulu cet endroit. Alors restons y encore la durée du séjour. Nous n’y retournerons pas de sitôt, ensuite ! C’est une opportunité que nous avons de profiter du calme et de la tranquillité. Ce que font les gens, ce n’est pas important ; Le plus important, c’est nous.


 

Ils se rendormirent, en ayant chacun des doutes sur l’autres, dos à dos, sans se regarder. Le lendemain matin, la lumière du jour perça encore la chambre, et le réveil n’en fut que plus brutal. Pour la seconde fois en 8 jours, Josh constata que sa femme n’était plus dans le lit. Mais lorsqu’il se leva et scruta au loin à travers la fenêtre, il n’y vit qu’une plaine déserte et un lac d’argent silencieux. Ou avait-elle bien pu aller cette fois ? Après avoir accompli le même rituel matinal, il sortit au dehors et fit le tour de la maison. Non seulement il n’y trouva pas Sarah, mais en plus l’endroit semblait désert. Il commençait à s’inquiéter lorsque, quelques minutes plus tard, la vieille dame, accompagnée du moustachu, entrèrent par la porte d’entrée, portant chacun deux grands sacs de courses.


 

- Ah, vous voilà. Dites, auriez-vous vu ma femme, ce matin ?


La vieille dame souffla. Josh eut pendant un instant l’impression qu’elle se lassait de lui, et qu’elle montrait une certaine forme d’insistance afin de bien le lui montrer.


- D’habitude, on ne cherche pas à poser de questions. Mais je dois le faire dans votre cas. Depuis combien de temps êtes vous mariés ?

- Quelques semaines. Nous sommes en lune de miel. Pourquoi cette question ?

- Mais parce que, mon cher monsieur, vous avez toujours été tout seul. Il n’y avait personne d’autre que vous ! Je ne sais pas d’où sort cette femme que vous mentionnez sans cesse. J’ignore même si vous avez été marié un jour.

- Est-ce que vous vous moqueriez de moi, par hasard ? éructa Josh au visage de la vieille dame qui semblait le prendre en pitié.

- Regardez par vous-même. Vous étiez seul à signer le registre. Vous étiez seul à table. Le vieux Brisby n’a servi qu’une assiette ce jour là : la vôtre ! Ressaisissez vous, mon jeune ami. Il n’y a toujours eu que vous.


 

Josh semblait totalement décontenancé, il ne comprenait absolument rien à ce qui était en train de se passer. Etait-elle devenue folle ? Ou bien était-ce lui ? Il s’en moquait, tant la situation paraissait totalement absurde. C’est alors qu’en tournant la tête n signe de dédain et de moquerie, il aperçut que quelque chose avait changé dans la disposition du salon. Il avait l’habitude de s’y rendre tous les jours, et l’endroit était devenu familier.

Or, quelque chose n’était pas comme avant. Alors qu’il se posait à lui-même la question, il entraperçut avec effroi l’abominable réponse. Sur la commode du salon, bien rangées par ordre d’importance, il y avait 8 Poupées de porcelaine, brillantes à la lumière du feu de la cheminée. Une en robe rose, l’autre blanche, l’autre Bleue avec un nœud dans les cheveux. La quatrième avait une robe beige et un parapluie dans la main. La cinquième était sobrement habillée d’une échancrure couleur Saphir, tandis que la sixième portait des frous-frous d’un rouge plus flamboyant encore. La septième était une réplique de celle de la robe de mariée, poussiéreuse, posée au pied de la cheminée.

Enfin, la huitième portait la robe et le voile noir du deuil, le visage dissimulé derrière cet impénétrable rideau de tissu.

Elles étaient 8. Une de trop. En se retournant, encore terrifié par sa déduction insensé, il vit le visage de la vieille dame. Celle-ci introduisit un sourire, poli et docile.

Il n’y avait toujours eu que lui. 

 

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Fin ? 

 

 

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 16:50

http://favim.com/orig/201102/23/Favim.com-547.jpg

 

 

Lorsque les premiers rayons du soleil percèrent le sommeil de Josh au petit matin, il ouvrit les yeux et s’aperçut bien vite qu’il était seul. Les draps à ses côtés étaient froissés, la couverture dépliée sur le côté et il régnait encore le fantôme de Sarah. L’odeur de son parfum, lancinante, avant empli l’oreiller. Josh se leva assez péniblement, la tête encore un peu enfarinée de ce long voyage qui les avaient épuisés. Il s’habilla en hâte et regarda par la fenêtre, de l’autre côté de la pièce. Elle donnait sur une légère nappe de brouillard qui couvrait le grand lac, tel un manteau de brume, traître de surface et gardien des profondeurs.

 

Elle était assise dans l’herbe, toute petite au loin, sans doute couverte par le châle blanc qu’il lui avait offert il y a peu. Elle regardait le spectacle immobile et fascinant de la nature qui évoluait à une lenteur vertigineuse. Il ouvrit la porte, regarda si personne n’était dans le couloir en train d’attendre on ne savait quoi, puis descendit le grand escalier. Assez rapidement et sans bruit, il s’engouffra à l’extérieur. Il faisait frais, et un petit vent parachevait le sentiment qui emplissait la grisaille de l’atmosphère. Josh contourna le grand bâtiment blanc, quelque peu vétuste, et courut vers sa femme dès qu’il l’aperçut en en coupant à l’angle. Il vint s’asseoir auprès d’elle, et contempla ce sol mouvant qu’était l’eau, visible et pourtant si secret.

 

Il était venu la chercher. Pendant un instant ils se serrèrent l’un contre l’autre, elle posa sa tête contre son épaule et ils demeurèrent ainsi sans parler pendant de longues minutes. Leur sentiment de complétude écourtait ce temps passé ensemble, et il semblait n’y en avoir jamais assez. Une fois que cette conversation silencieuse fût achevée, ils rentrèrent à l’intérieur de l’auberge prendre le petit déjeuner. Mais Sarah l’ayant déjà pris plus tôt dans la matinée, elle ne fit qu’accompagner son mari, par simple politesse. La vieille dame était là, en train de discuter avec un homme d’un âge mur lui aussi.

 

Affublé d’une moustache et d’un crâne blanc et dégarni, d’un pantalon en tweed et d’un sweater à motifs pointus, il ne faisait pas attention à l’arrivée des deux jeunes gens. La tenancière les vit pourtant, et interrompit la conversation pour guider le couple vers une table de libre. Il n’y en avait pas 50, et ils étaient les seuls. Mais cela devait certainement faire partie d’un certain code de conduite à appliquer envers quiconque en ferait implicitement la demande. Et c’est justement ce que Josh souhaitait lui faire comprendre. Le serveur, un peu potelé et aux cheveux bouclés, vint lui apporter un café et deux croissants, ainsi que le journal du matin comme il en avait fait la demande.

 

Sarah observait le monde autour d’elle, cet établissement qui semblait aussi étroit qu’une chambre de bonne et qui était pourtant assez immense pour contenir une entreprise bien plus ambitieuse. Puis elle décida de remonter dans la chambre et de lire, avant que Josh et elle aillent faire une ballade. La dame allait certainement leur appeler un taxi. Josh resta quelques instants immobile, dans la candeur d’un matin d’automne, à siroter tranquillement son café, déguster ses viennoiseries et lire les dernières horreurs qui s’étaient déroulées dans le monde sans qu’il puisse jamais intervenir.

 

Et il repensa à ces poupées. Bien ordonnées, apprêtées comme si elles cherchaient qu’un prince charmant ne vienne les prendre pour les emmener au paradis des jouets décoratifs. Il repensa à tout ce que cela devait représenter pour cette dame, tous les souvenirs qui devait orner chacun de ces objets d’orfèvre. Trop curieux pour que les questions qu’ils se posaient sur cette étrange vieille femme restent en suspens, il attendit qu’elle ait fini de parler au vieil homme à la moustache pour engager la conversation.


 

- Le service vous convient-il ? demanda-elle lorsqu’elle vit qu’il s’approchait de manière impulsive.

- Oui, oui, tout cela est parfait merci. Je ne peux pas m’empêcher de penser à cette collection. Ma mère aussi collectionnait ce genre d’objets. Mais elles étaient bien moins nombreuses et bien moins entretenues que les autres.

- Ah, ça… Elles sont comme les filles que je n’ai jamais eues.

- Que diraient vos enfants de tout cela ?

- Mais ce sont mes enfants, toutes autant qu’elles sont. Je ne me suis jamais marié.

- Comment ça… Jamais ? C’est très surprenant ! fit sincèrement remarquer Josh, qui ne cessait d’être de plus en plus intrigué par ce destin singulier.

- Oh, j’ai été amoureuse, oui. Mais… différemment. D’une manière que les gens n’acceptent pas toujours.

- Vous voulez dire que vous…

- Elle s’appelait Marthe. Elle était magnifique. Nous nous étions rencontrées au cours d’un bal à Dublin. Elle avait… mais je vous ennuie. Je devrais cesser mes radotages, cela ne m’apporte que des ennuis. Et c’est que j’ai du travail à faire, moi, j’ai une pension à tenir.

 

Josh était maintenant persuadé qu’elle voulait à tout prix éviter cette conversation, et que cette tentative d’évasion ne datait pas d’hier. Elle devait être usée par toutes ces années de silence et de tabou, ou l’amour avait eu un prix : celui de la honte et de l’humiliation. Il décernait dans ce regard une indicible souffrance, une existence partagée dans les lignes d’une main ridée par le destin. Il retourna alors dans le salon après qu’elle l’ait congédié et resta quelques instants à admirer les sept joyaux de cette collection de l’ancien temps. C’était véritablement effrayant. Ces yeux, cette bouche naturelle et ce nez aquilin : elles semblaient si réelles que c’en était ahurissant. C’était un véritable travail de maître, personne ne se serait permis d’en douter.


Un hurlement l’arracha à ses pensées. Pas seulement des hurlements de femme mais ceux de la sienne. Aussi vif que l’éclair, il traversa le salon, monta les escaliers 4 à 4 et ouvrit la porte de toute la violence de son appréhension. Il se hâta de demander à sa femme l’objet de son cri.

 

- Rien, seulement une souris. Mais elle est partie. Surtout, n’en parle pas à la logeuse. Je ne veux pas faire d’histoire.

- Tu plaisantes ? La prochaine fois que je la verrais sera l’occasion de lui en toucher deux mots. J’ai demandé à passer un séjour dans une auberge, pas dans un taudis empli de rongeurs.

 


Les stores étaient à moitié baissés, Sarah lisait avec la veilleuse qu’elle avait allumée sur sa table de chevet. Lentement, il se coucha sur elle et l’emplit de baisers. Ils s’embrassèrent fougueusement, et là, dans le silence et l’anonymat d’une chambre vide, ils s’unirent pour ne faire qu’un, encore. Ils s’endormirent ensuite ensembles, plus que de raisons, et, alors qu’ils étaient censés bouger ailleurs, ils passèrent une bonne partie de la matinée à dormir enlacés. Un cliquetis de porte se fit brusquement entendre. Il semblait discret, mais étant donné l’absence tout bruit intempestif autour, il semblait avoir produit un chaos indescriptible.

Josh n’y fit pas attention. Du moins pas jusqu'à ce qu’un cri plus assourdissant encore que le précédent ne lui perce les tympans. Il se retourna et vit un homme au chevet de sa femme. Il semblait agonisant, ou bien terrifié, personne n’aurait véritablement su le dire. En tout les cas il suffoquait, hors d’haleine, cherchant ses mots dans tout l’absurde de la situation.

 

- Elle était là… Je l’ai cherchée… Longtemps… Elle aussi. La prochaine…

- Eloignez vous de nous. Allez vous en ! éructa Josh en se levant et en menaçant l’individu.


 Il le reconnaissait maintenant. C’était le vieil homme à la moustache qui semblait avoir eu une querelle avec la vieille dame au petit déjeuner. Hors de lui, il le chassa de sa chambre et ferma la porte. Encore sous le choc, il regarda Sarah d’un air ahuri en disant :

 

- Des souris dans les chambres… Des hommes qui s’introduisent chez les autres… Une tenancière obsessionnelle...  Mais dans quelle maison de fous sommes-nous tombés ?

 

 

Il en parlerait à la dame dès qu’ils seraient revenus. Mais pour l’instant, il fallait sortir, coûte que coûte. Echapper à cette atmosphère oppressante et vide de sens qui emplissait peu à peu leurs pensées. Ils enfilèrent leurs manteaux et s’en allèrent gambader dans la lande, et le souffle du vent qui leur emplit alors la tête chassa leurs idées noires. Pas pour longtemps.

 

 

http://infospigot.typepad.com/infospigot_the_chronicles/fog122907-1.jpg

A suivre… 

 

 

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