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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 10:39

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J’ai toujours considéré qu’il était faux de dire que les hivers passent au fur et à mesure que les enfants grandissent. Il existe chez certains d’entre nous une envie de vieillir, de posséder plus d’expériences et d’avoir plus de choses à raconter. Mais en réalité, c’est simplement parce qu’ils se sentent désœuvrés devant des souvenirs d’enfances qui le resteront pour toujours, et une époque qui ne sera plus jamais là. Des bras chaud pour les enserrer dans le cocon familial, les après-midi d’été à expérimenter de nouveaux jeux, à aller explorer des endroits encore inconnus, là, à quelques mètres de chez eux, et de se prendre pour des aventuriers. Les jours maussades passés avec le martèlement des gouttes de pluies qui tombent comme les guenilles du ciel sur le sol, et ces rires qu’on entendait, synonymes d’éclaboussures et de sauts dans les flaques d’eau. Ces printemps à s’allonger gracieusement dans l’herbe, à ramasser des marguerites comme on irait décrocher des morceaux de nuages. Les tenir précieusement dans nos mains, et attendre qu’elles fanent en vérifiant chaque jour dans le vase celles qui avaient été perdues.


Tout cela et tant d’autres choses, nous ne prenons plus le temps de les faire lorsque nous sommes adultes. Peut être parce que le poids des préoccupations et de la vie nous empêchent de nous y consacrer. Peut être parce que nous pensons que les autres trouveraient ça stupide si nous portions une cape et nous élancions, du haut du petit muret du jardin, vers celui d’en face. La vérité, c’est que de l’autre côté, un voisin furibard avec une carabine à la main nous attendrait certainement. Nous voudrions croire que l’enfance est à jamais derrière nous. C’est une formidable erreur que l’on est pourtant bien en droit de commettre. Cette époque forge nous goûts, nos sentiments, dont certains que nous garderons au plus près de notre cœur, murmurant en écho tel un chant d’église une envie ou une conviction profonde. Nous gardons près de nous ce que nous chérissons, car nous en avions certainement pris l’habitude du temps ou nous serrions notre peluche préférée dans nos bras pour ne pas qu’elle s’échappe ; ou que nous laissions notre pouce dans notre bouche, croyant nous apaiser ou nous protéger d’on ne savait quel maléfice qui tuerait à tout jamais notre lendemain.


En vérité, si nous ne pensions pas au lendemain, c’est parce qu’il n’y en avait peut être pas. Tous les jours nous semblaient redondants. Nous n’avions alors pas pris en considération les dates du calendrier, les heures qui changeaient et la nuit qui tombait plus vite. De même, nous regardions passer les saisons en simples spectateurs, curieux de tous ces changements qui intervenaient sans que l’on puisse s’expliquer pourquoi. Etant enfants, nous nous posions des tas de questions, et nous avons d’ailleurs bien souvent exaspéré nos parents ou nos proches en les posant. Mais n’était-ce pas grisant au fond de connaître la réponse et de l’oublier quelques secondes après simplement par envie de poser une autre question, même si celle-ci n’était pas justifiable ?


Je me souviens de cet arbre gigantesque ou je grimpais, me prenant pour Jack, faisant l’ascension de ce haricot magique pour arriver à voir de l’autre côté du ciel, cet espace caché par un bleu de façade, ou une crème blanchâtre que j’aurais rêvé de goûter. Avait-elle un goût de crème, un goût de glace, un goût d’existence ? J’enviais alors, comme tous les jeunes garçons de mon âge, les astronautes. Ceux qui découvraient l’espace et ses merveilles, qui s’échappaient un moment et arrêtaient de poser leur pied sur le sol pour les laisser en suspension dans l’air. Voler sur la terre m’aurait alors paru bien maussade en comparaison. Paradoxalement, je rêvais d’être pompier pour éteindre les feux, tandis que j’espérais chaque jour que la flamme de l’insouciance qu’il y avait en moi ne s’éteigne jamais.


Je vivais les anniversaires comme des réunions qui étaient presque devenues habituelles, je dois vous dire que nous sommes bien orgueilleux en ce temps là. Le monde tel qu’il est, c’est le nôtre. Ceux qui ne le comprennent pas périront certainement. Ceux qui désirent en faire partie doivent obéir à nos règles. Quelle charmante attention que l’autocratie enfantine, même si elle disparaît heureusement au fil des années chez la plupart des gens. L’innocence n’excuse cependant pas tout, qu’on se le dise. J’avais des rêves. J’en ai toujours, mais ils sont différents. Dans certains domaines ils ont été revus à la hausse, dans d’autres à la baisse. Ce qui comptait n’est plus que réminiscences, avec lesquelles on rit parfois entre amis. Ne dit-on pas que les amis d’enfance sont les seuls véritables, ceux qui ne vous décevront jamais ? Peut être parce qu’ils ont vu grandir, prendre de l’assurance, et qu’ils ont évolué comme vous, prenant peu à peu connaissance des choses au fur et à mesure que leurs peurs de l’inconnu trouvaient des réponses.


Pourtant, il y a certaines périodes, certains instants qui ne disparaissent jamais vraiment dans votre imaginaire, même s’ils ont tendance à s’amenuiser pour le reste du monde. Je ne puis dire que la désillusion ne s’est pas produite un instant, et que le doute ne m’a pas tiraillé jusqu'à me torturer mentalement. Mais j’ai choisi d’y croire plus qu’en tout autre chose. Pour moi, ce sont ces lumières qui réchauffent le cœur. Ce sont les longues discussions au coin du feu avec une tasse de chocolat chaud en guise de remontant. C’est aussi cette délicieuse odeur de marrons qui se mêlent à celle de la magie, presque palpable, qui s’immisce alors dans les foyers. Cette odeur de neige au dehors, que l’on attend chaque année comme un signal. Un signal dont on ne saurait rien : ni la venue ni le départ. Mais c’était avant tout cette attente, celle du fameux jour, qui m’avait fasciné et le faisait encore, malgré la moue dubitative de mes enfants qui étaient déjà, à 8 et 10 ans, plus adultes que moi. Je n’ai pas honte de dire que je crois toujours en l’esprit de Noël, en toutes ces choses qui nous font nous sentir plus près les uns des autres, qui forgent l’union des familles du monde entier.


Je ne prétends pas que mon histoire soit exceptionnelle, bien qu’elle le soit aux yeux de bien des gens qui me prennent désormais pour un illuminé. Je ne prétends pas non plus qu’elle soit la seule vérité, mes yeux ayant sans doute été altérés par ma croyance profonde. C’est l’histoire d’un voyage, mais aussi d’un changement. Celle qui prouve qu’avec de l’espoir, rien ou presque ne paraît inaccessible. Et qui prouve que l’enfant est bien la plus chanceuse et la plus vive des lumières dans le ciel d’une innocence perdue.

 

 

Un compte de Noël

 

R.B


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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 18:39


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Peter

La maison était silencieuse. Au dehors, les lourds flocons tombaient et venaient s’écraser sur les reliefs de la rue paisible. Ils étaient autant d’yeux du ciel braqué sur des êtres insignifiants, un matin d’hiver comme un autre dans le silence de la solitude familiale. Aussi chaleureuse dans le cœur qu’elle était froide au contact des doigts. Précieuse comme les ailes d’un ange, mais glaciale et traitresse dans la froideur indécise d’un hiver rude. Ce matin là, pourtant, le jeune Peter se réveilla plus dynamique et impatient que jamais : c’est bien que le jour était spécial.


Unique, excepté les 364 autres jours qui venaient de se dérouler. Il s’élança à la fenêtre pour voir le paysage recouvert, et s’imaginait, plein de désirs enfantins, ce qu’il allait bien pouvoir faire de cette journée. Les tourbillons des flocons laissaient entrevoir la danse que se livrer les courants d’air des nuages, tout la haut, la lutte permanente en haut des cieux pour imposer son manteau de froideur. Ce qui étonnait pourtant Peter, c’était le fait qu’il était le seul à y avoir pensé. Il n’y avait absolument aucun enfant dans la rue. D’habitude, il y avait toujours un avant-gardiste qui refusait d’attendre et de faire comme les autres, passait par la fenêtre de sa chambre et s’en aller gambader dans la rue, courant et faisant passer la symphonie neigeuse pour une tempête meurtrière.


Mais ce matin là, la rue était plus vide que d’habitude, ce qui paraissait inquiétant. En y repensant, ses sens ne s’étaient pas éveillés à l’odeur du pain grillé et du petit déjeuner qui l’attendait sûrement en bas, comme chaque année, en famille. C’était tellement rare d’avoir un véritable déjeuner. Certains étaient pressés, d’autres allaient travailler pendant qu’il allait se coucher. Tout ce petit monde se côtoyait chaque jour, mais ne semblait pas se voir. Cet étrange climat changeait radicalement le  25 décembre au matin. ON savait que le matin comme la journée entière allaient être un vrai festin. Mais rien ne laissait indiquer que cela allait être le cas aujourd’hui. Peter enfila un pantalon et un t-shirt à la hâte, et descendit les 12 marches qui le séparaient de la cuisine animée.


Lorsqu’il passa la porte, il fut toujours plus surpris d’y voir le vide et le silence. Les décorations de Noël avaient été retirées, plus de sapin, plus de boules lumineuses et brillantes ni de guirlandes emmurées dans les branches comme si elles en faisaient partie. Est-ce que tout cela était un rêve, et allait-il bientôt y mettre un terme ? Il décida d’explorer un peu plus les environs. Si c’était un songe, au moins souhaitait-il le déchiffrer et en comprendre la signification. Le salon, habituellement habité par ses deux jeunes sœurs qui regardaient la télé en attendant, passives, la distribution des cadeaux, était désormais plus silencieux encore que le souffle des flocons à travers la cheminée de la cuisine. Mais étrangement, le sentiment qui s’en dégageait était beaucoup moins rassurant. Il appela plusieurs fois leurs noms.


Mais comme il s’y attendait un peu, personne ne daigna répondre à ses supplications. Il se décida à sortir par la porte d’entrée, non sans enfiler un manteau au préalable, en le décrochant du vestiaire. Au fur et à mesure que ses doutes et son inquiétude s’épaississaient, une étrange brume glaciale se décidait à faire son apparition. Elle lui donnait des frissons à s’en glacer les os, et une incertitude qui demeurait croissante. Il n’alla pas bien loin, n’ayant remarqué aucune trace de pas dans la neige témoin de leur départ momentané. Ses battements de cœur vacillèrent un instant, en s’imaginant ce qu’il avait bien pu leur arriver.


L’horizon n’était désormais plus visible, et le blanc se confondait avec le gris clair, cachant définitivement la ligne d’horizon. On se serait cru dans un tableau abstrait, sans rupture, une longue et large ligne d’univers continue. Lorsque la brume rendit le tout quasiment invisible, Peter se résigna à rentrer et à attendre. Rien sans doute n’aurait pu lui paraître plus inutile. Il s'imaginait les néons lumineux et les magasins remplis de magnifiques présents innacessible. L'odeur délicieuse de la fumée hivernale qui sortait des cheminées, melée à l'humidité de l'air neigeux. Il sentait encore le délicieux poulet grillé à point sortant du four, et revoyait le désir dans ses yeux à l'idée d'en dévorer un bon morceau. Et puis il se souvint. 

 

R.B

 

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 19:14

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Le blog se met aux fêtes !


A partir du premier décembre, Retrouvez des articles consacrés à Noël : les origines, les conséquences actuelles, et ce que nous réserve ce Noël 2011.


Comment se déroule cette fête dans les autres pays ?


Qu'est ce qui se cachera sous les sapins cette année ?


A travers des articles thématiques, découvrez la critique de plusieurs éventuelles idées cadeaux idéales pour les fêtes : livres, dvd, jeu vidéo, high-tech, musique, électronique, goodies et d'autres encore !


Quelles tendances vont se dégager ?


Comment trouver le cadeau idéal ?


Ensembles, nous tenteront d'y répondre autour de contes de Noël, de poèmes et d'écrits persos, d'images féeriques, le tout dans une ambiance festive et une playlist spéciale 25 décembre qui viendra ponctuer les chroniques. 


La spéciale Noël commence le 1er Décembre. Alors soyez au rendez-vous ! 

 

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 16:01

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38


Une heure, un jour, une éternité. Parfois, un simple instant peut durer l’une de ces trois unités de temps. Paradoxalement, les moments que vous chérissez sont les plus brefs, et ceux que vous voudriez oublier semblent durer une éternité, avec le recul nécessaire pour s’en souvenir. Ainsi, la route jusque chez ma mère me parut extrêmement brève, tandis que la journée que je passais chez elle me poussait à en compter les secondes. Je devais écouter son feuilleton, même si elle-même ne le faisait pas, trop occupée qu’elle était à me raconter l’intrigue des épisodes précédents que je trouvais de plus en plus affligeante au fur et à mesure que j’en apprenais. Quand on pense que l’argent de la redevance part en partie là-dedans, ça pousse à réflexion.


Prétextant un appel urgent, je sortais un moment. Je la vis en face, dans la rue, en train de marcher face à moi. Elle ne parut pas surprise, n’accéléra pas l’allure. Pourtant, elle fut obligé de faire un détour et de se planter devant moi comme un piquet. J’allumais une cigarette.

 

-          Tu veux une cigarette ? Ne m’en veux pas si je ne t’en donne pas, la dernière que j’ai donné m’a valu une déception.

 -          Je suis désolée… j’avais peut être juste peur de m’engager. J’ai été trop dure avec toi, et je n’en pensais presque pas un mot.

 -          On dit que le hasard fait bien les choses. Mais on a tort : il faut que je revienne ici pour entendre ça, alors qu’un coup de fil aurait suffi.

 -          Je ne suis pas de celles qui s’épanchent au téléphone. Je suis plus sereine quand la personne est en face de moi.

 -          J’aurais bien aimé, mais tu étais trop occupé à entretenir ton taxi.

-          J’ai menti. Je ne comprends pas comment tu ne t’en es pas douté.

 -          Peut être parce que tu n’étais pas mon centre de réflexion à ce moment là.

 -          Et si on recommençait tout depuis le début ?


Le temps est disproportionné, mais nous en sommes les seuls tributaires. La SNCF n’est pas la seule à le gérer très mal : nous le faisons aussi à notre manière.

 


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39


J’ai poussé la porte qu’elle me tendait. Son intérieur semblait austère. Ca sentait un peu le renfermé là-dedans. C’est là que je me suis aperçu que je ne connaissais absolument rien d’elle. Nous étions un peu perdus dans nos propres sentiments l’un vers l’autre. Chacun se braquait et s’en tenait à sa version. Chaque alibi avait sa part de vérité et sa part de mensonge. Elle me fit assoir à une table ou je posais mes mains sur une nappe que n’auraient pas reniée les larbins de Valérie Damidot. Les stores de la fenêtre de la cuisine étaient baissés, laissant apparaître des ombres qui n’avaient pas besoin d’être étirées.


On but un café, en silence, en se regardant dans le blanc des yeux. Pourtant, cette absence de conversation ne nous gênait en aucune manière, on aurait même pu se comprendre sans faire aucun geste, sans que notre corps n’émette aucun son. Mon cœur était chaud et mes mains étaient glacées. Je n’avais semble t’il plus aucun point de repère. Nous regardions pourtant tous deux dans la même direction, attirée par l’extérieur, comme étouffés par ces murs trop étroits pour deux éternels négationnistes.


On a passé encore quelques heures, les langues se sont déliées. Chacun a parlé de soi, dans son coin, se souvenant de ses propres anecdotes, les triant sur le volet pour tenter de faire rire l’autre un maximum. Les points communs et l’ambiance se chargèrent du reste. Chacun pour soi pour l’autre, jusqu'à ce que les baisers transforment les « je » en « nous », et que la folie d’un instant file à la vitesse de la lumière, provoquant une friction brulante sur nos lèvres.


Pour la première fois de mon existence, j’étais fier que le temps s’allonge, et l’idée que cet instant dure toujours en échange de ma vieillesse ne me paraissait plus si folle. Le monde pouvait s’écrouler. La population pouvait mourir, un tsunami pouvait ravager autant qu’il voulait notre belle planète. On pouvait s’autodétruire et ruiner notre culture avec de la musique idiote, des films commerciaux et des reboot de franchise à deux balles. On pouvait élire le pire des connards de la planète président. Ca ne m’aurait pas empêché de vouloir vivre cet instant, de la sentir dans mes tripes comme un appel au calme. Sonnez le toxin, phéromones, le mâle veut s’accoupler avec la femelle !

 

 

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40


Je partis de chez ma mère le sourire aux lèvres ce soir là, et elle devina que quelque chose ne tournait pas rond. Elle connaissait son « merdeux » par cœur. Pourtant, elle ne fut jamais sur la bonne piste. 2 Jours plus tard, on m’annonçait son décès. La suite immédiate, vous la connaissez sûrement déjà. Mais tout cela m’avait fait oublier cette session, dans cette maison vide. On m’avait fait oublier mon envie, mon dégoût de l’injustice et mes hurlements à la face toute entière de l’humanité. Chaque jour un peu plus, on s’habitue aux autres. A leurs problèmes, à leur réaction.


Mais que personne ne vienne me dire que l’on s’habitue à soi même. Nous sommes cachés derrière le masque de la vertu, tous autant que nous sommes, et voulons paraître meilleurs que nous ne sommes aux yeux des gens. J’avais 30 ans, j’étais encore jeune. Et bien que tout me révoltait encore d’une certaine manière, j’avais toute une vie devant moi pour voir ce qui allait découler de tout cela. Je dois dire que cela me réjouissait vraiment, et cette idée me surprit même un moment. Les années qui m’attendaient reflèteraient sûrement la manière dont je me suis comporté dans celles d’avant. Et ce n’était rien d’autre que de la prétention de croire en un avenir radieux. Un espoir qui, certes, guide chacun d’entre nous. Mais une prétention quand même. De celles que nous ne voyons pas, qui nous suit comme une ombre. A juste titre puisque c’est la nôtre. Elle se déforme, elle s’allonge, se rétrécit et disparaît lorsque viennent les ténèbres.


C’est une prétention de tous les jours. Nous l’utilisons lorsque nous payons à la caisse d’un supermarché, avons une conversation d’usage avec une personne que nous connaissons à peine. Nous sommes ce que nous choisissons d’être, et nos choix sont motivés par ce que les autres pensent de nous. Pourtant, ce recentrement sur soi-même est permanent, et forcément nécessaire à notre survie. C’est ce qui nous permet de signer nos papiers, de régler nos dettes, de marcher dans la rue d’un air serein. C’est ce qui fait le sel de notre existence, et de tout un chacun, un être unique qui se fond pourtant dans la masse. Le grain de sucre qui ne veut pas fondre dans le café noir et brûlant du quotidien.


 Vivre pour une seule réalité : la nôtre, celle que l’on se forge, la prétention ordinaire.

 

FIN ?

 

R.B


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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 22:10

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35


Je me rappelle avoir eu froid cette nuit là, et espérer d’autant plus que des éclats de rire intérieurs viennent pour me réchauffer. Il faut dire qu’il tombait une espèce de crachin dehors, qui ne poussait vraiment pas à y mettre le nez. Mais avant tout, c’était une perspective de me dire que je n’étais pas si mauvais qui me réjouissait. N’avez-vous jamais eu l’intuition, à certains moments, que vous deviez être à un endroit bien précis et pas ailleurs, attendant désespérément qu’une chose se passe alors qu’elle vous passe sous le nez quand vous vous y attendez le moins ?


Dans mes oreilles, un bon vieux rock des Seventies. J’ai le culot de l’écouter dans le métro tout le long du trajet, assis sur un siège que je compte bien garder, malgré le regard insistant de la vieille dame qui me dévisage depuis 5 bonnes minutes et qui n’a apparemment rien de mieux à faire que vouloir me déloger, alors que je vois un tas de places vides juste devant moi. Mais il y a certaines personnes à qui une place ne convient pas : ils veulent la vôtre et pas une autre, pour bien montrer qu’ils ont le dessus sur vous. C’est comme ça que les connards prennent les places handicapées, et que les handicapés ne prennent la place de personne. J’ai un cousin qui fait partie de cette catégorie.


C’est le genre de type qu’on ne laisse rentrer à Pôle Emploi que parce que c’est un lieu public : on se demande bien pourtant ce qu’il vient y faire puisqu’il est rare qu’on lui donne un travail. Une fois, il a du confectionner des beignets dans une grande surface. On l’a viré pour deux raisons : la première c’est que ce jour là personne n’a acheté de beignets, à le voir se dandiner sur de la musique avec ses mains grasses et sa joie de vivre, et la deuxième c’est qu’il souriait.


C’est comme ça de nos jours : pour être intègre, il faut faire la gueule. Et pour être sûr que personne ne vienne vous importuner et ne vous prenne pour un pigeon, il faut être vulgaire. Il faut regarder les gens de haut pour qu’ils ne le fassent pas à votre place. C’est ce que l’on pourrait appeler dans le jargon la « Chaîne Prolétaire » : les plus odieux dominent ceux qui préfèrent donner que recevoir. Le monde s’est transformé en gigantesque Banque : 7 milliards d’actionnaires à qui ça ne dérange pas d’emprunter, mais qui ont horreur de rendre des comptes. 

 

 

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36


Je rentrais dans le bar ce soir là, et les apercevait naturellement en piliers de bars, discutant bruyamment comme s’ils étaient les seuls clients. Circonstance atténuante : ce soir là, ils l’étaient. J’ai tout de suite vu le balai à chiottes : sa crête (qui était pour l’occasion devenue aussi orange que le poil du célèbre chat de Jim Davis) dominait le paysage, et je dus me retenir d’éclater de rire en la voyant s’agiter comme il parlait avec ses mains. Lorsqu’il me vit, il m’invita naturellement à les rejoindre.


 -          Joseph, sers m’en un autre, s’te plait. Et je t’offrirais un beau cadeau à ta prochaine bar-mitsva.


Naturellement, le barman se foutait complètement de cette stupide considération qui se voulait amicale. Consommer, y’a que ça de vrai. Tant que tu rapportes plus que tu ne papotes, tu me payes ma popote sans que mon cervelas finisse en compote. Comme j’étais là, je n’y allais pas par quatre chemins, prit une chaise et attendit onze heure et demi. Autant vous dire que ce fut effroyablement long.

 

Entre le foot, la vie de famille pathétique, les soirées bouseuses devant la télé et le désastre sentimental de ma proie principale, j’en avais pour mon argent. J’en vins même à regretter d’avoir eu cette idée stupide qui pendant un instant m’avait fascinée par sa perversité. Naturellement, je répondais et tentait de me mêler à la conversation. Comme je m’y attendais, ils n’y virent que du feu : je n’étais de toute façon pas face à des génies de la parlotte. Décidant de me lancer, je fis un appel et des yeux déjà en partie vitreux se concentrèrent directement sur mon opportunisme.

 

-          Il y a une boîte de nuit, à quelques rues d’ici. Ca vous dit ? Eddy, y’a de la nana alors tu pourrais en profiter. Je crois savoir que ça t’intéresses plus que le Ricard, je me trompe ?

 -          Arrêtes, tu sais bien que le pauvre Eddy a du mal avec l’autre sexe. Il sait s’y prendre autant que ma mère quand elle fait un rôti de veau… Depuis que j’ai avalé un os, j’ai peur d’en manger.

 -          Mais ça ne pourra lui faire que du bien ! On va déjà tester le niveau et après on avisera !

 -          Après tout, pourquoi pas, fit l’intéressé. Après tout, personne ne m’attends sauf Mistou.  Et je suis presque sûr qu’il ne m’attend pas du tout, lui non plus.

 -          Eh, c’est un chat. Un chat n’attend pas. Il mange, il dort, il chie et il recommence.

 -          Eh, ça vous fait un point en commun alors, Eddy ! dit Poil de Carotte dans un soubresaut qu’il indiquait qu’il riait de sa propre vanne avant de la dire. C’est souvent la pire. La, elle n’était pas si mauvaise. Mais bien entendu, je me gardais bien de faire part aux autres de cette considération. Il fallait que ça marche.


Ce qui attirait en moi une part de pitié était tout de même cet espoir, cet infime soupçon d’envie que je voyais poindre en lui, preuve qu’il n’avait pas totalement renoncé à y croire. C’est une lueur que j’avais plus que tout peur de voir s’éteindre. Mais en même temps, une autre réflexion pointa le bout de son nez et chassa toutes les autres. Coupez la tête d’une poule, elle continuera à courir. Pour le reste, c’était moins sûr.

 

 

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37


Aujourd’hui encore, je ne sais pas comment nous sommes rentrés en boite. Peut être qu’elle était si peu fréquentée qu’ils étaient à tout prix à la recherche de clients. Peut être que la lumière ne faisait pas refléter cette ignoble crête orange dans le réverbère de la rue. Peut être que nos ombres dessinaient des carrures imposantes, et qu’on avait un style si particulier qu’il en était devenu unique. Toujours est-il que cette expérience fut moins stimulante que prévu. C’est affreux quand la pitié surpasse la moquerie : vous avez l’impression que chacun de vos éclats de rire vont vous faire sentir de plus en plus coupable.


Eddy fut totalement incapable de conclure avec qui que ce soit. A un moment, je le vis se coller derrière une femme, et se barrer en courant quand elle se retourna pour danser face à lui. C’était comme s’il était passé de Brigitte Bardot 20 ans à Brigitte Bardot moderne. Il était passé d'un joli coquillage tout en rondeur à un vieux crustacé pas frais. Cas de figure classique, mais déception cuisante. Les trois autres étaient collés au bar mais sans rien commander, vu le prix des consommations. Ils semblaient errer, le regard dans le vague, assourdis par une musique qu’ils n’avaient pas l’habitude d’écouter.


J’ai bien essayé de brancher une nana pour Eddy. Mais elle avait l’air plus intéressée par les verres qu’il pourrait lui payer que par lui-même, ce qui est aussi un coup classique. Enfin, pas pour lui apparemment, qui lui a payé bien trop de verres ce soir là, avant de la voir s’en aller au bras d’un bodybuildés dont le bras faisait à peu près la circonférence de son buste. Et c’est là que j’ai amèrement constaté une désillusion de plus, depuis la révélation du clochard quelques semaines auparavant. A voir ces clichés ambulants, ces pauvres damnés de l’amour essayer en vain de passer une bonne soirée, on se dit que tout perdure.


Dans leur univers si candide, ils n’ont jamais grandi. Je le vivais, et plus que jamais je voyais qu’ils étaient restés ces lycéens un peu attardés, qui restaient toujours sur les bancs pendant les bals de promo. Je voyais les diplômes collés à leur mur, quand d’autres gardaient des mots d’amour tendrement écrits. Nous étions comme dans une gigantesque cour de lycée. Il y avait les stars, les filles qui les convoitaient, ceux qui se sentaient heureux d’être en bande, et les autres. Tous les autres. Les rejetés, ceux qui sont choisis en dernier. A la fête de fin d’année, ils apportaient toujours le pudding que jamais personne ne mangeait. Le monde semblait danser sans eux, ils restaient immobiles sur la piste de l’indifférence.


Je me surpris à avoir un cœur, et les laissait là, pour repartir tranquillement comme j’étais venu, sobre et indifférent. Pourtant je ne sus dire quoi, mais j’étais pourtant persuadé que quelque chose en moi avait changé.  Je me sentais tout bizarre. Je crus un moment que c’eut été le poids du remords, et m’inquiétait de cette humanité qui refaisait surface. Et puis la vérité m’éclaboussa littéralement au visage : la colite de ma vie. 

 

R.B

 

 

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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 19:24

 

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32


L’un de ces après-midi ou tout est calme, je commence à ressentir une absence. Elle est aussi inexplicable que le succès de Jennifer dans la chanson française, et pourtant elle est bien là, aussi tenace que l’envie de certains chanteurs finis de faire de nouveaux albums, et de nous délecter de leur voix de tabagisme actif et d’abus en tous genres. C’est un vide qui vous prend comme une sensation de vertige, et envahit votre être tout entier.


En quelques minutes, vous faites le bilan de ce que vous avez été ces derniers jours, ces dernières semaines ou il s’est passé tant de choses que vous ne pouvez plus vous rappeler de l’intégralité. En fait, vous vous en rappelez puisqu’il s’agit de vous.


En revanche, quand on veut désespérément se souvenir des potes qui nous ont confié leurs problèmes sentimentaux et administratifs, pas moyen. A croire que le cerveau humain (donc pas celui du présentateur de C’est pas Sorcier) fait lui aussi une sorte de tri sélectif des infos et ne garde que celles qui les intéresse pour flatter son propre égo.


Dommage qu’il n’y ait aucun dieu pour faire le même genre de tri au niveau du physique, tant des fois certains sont offensants. C’est amusant de penser que les fabricants d’humains seraient des employés de la DDE : un qui bosse et les 5 autres qui lui donnent leur avis. C’est ce qui expliquerait facilement qu’environ un humain sur 6 est regardable. Evidemment, tout n’est ensuite qu’une affaire de perspective. On peut être magnifique pour quelqu’un et un bon moyen de décuver pour d’autres.

 

 

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33


Mais ce vide là n’atteint pas que votre état passif : il atteint aussi votre boulot. Ce jour là, pas fichu d’écrire le moindre papier. J’étais constipé de la plume : j’avais beau pousser, même le chocolat au bord des lèvres (oui, le chocolat aux noisettes aide à écrire, n’y voyez aucune métaphore scatophile et ce même si c’est effectivement le cas), rien ne sort. Un peu comme si le rap français essayait de sortir une bonne chanson. Sauf que là le vide n’est pas par moments seulement, il est permanent.


Que voulez vous, comme le disait un célèbre philosophe adepte du « Ouech gros bien t’as vu », a chaque jour suffit sa peine (ce qu’il a répété environ 30 fois dans sa chanson. C’est son cousin Farid, qui lui avait fait des études, qui avait du lui donner l’idée). Vous allumez la télé, et vous voyez la vie en gigantesque pain de sucre. Ils sont le pistil, vous êtes les abeilles, pauvres ouvriers attirés sans cesse par cette lumière aussi vive que vide de sens.


Même voir ce type de Man Vs Wild combattre un tigre avec un bâton ne m’intéressait pas tant que ça, en fin de compte. Et puis on se dit que finalement, on est bien au chaud, chez soi, ce que beaucoup d’autres aimeraient avoir. Nous l’avons mais n’en sommes pourtant jamais satisfait : il nous faudrait toujours une merde en plus, pour que notre intérieur ait plus de valeur. Alors que l’intérieur est fait pour nous, et que c’est donc nous qui avons plus de valeur que lui.


Avez-vous déjà vu une penderie s’animer et vous engueuler en vous disant « Je ne suis pas assez remplie, tu devrais aller m’acheter de nouvelles fringues. » ? La plupart des gens répondraient non. Les autres, comme Jean Luc Delarue ou Keith Richards, ne sont évidemment pas concernés par cette question : il y a déjà longtemps qu’ils ont dépassé la ligne. Ils l’ont même bien snifée.

 

 

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34


Après cette journée à la réflexion et à l’action d’un intérêt permanent, je me voyais donc dans l’obligation d’entrer dans une perspective de contact social. Nous étions le vendredi de la semaine ou ma mère nous avait quittés. Naturellement, j’avais seul fait le deuil, les condoléances de la famille n’ayant été qu’hypocritement passagères. J’appelais donc des collègues de boulot avec qui je m’entendais plutôt bien. Malheureusement, ils n’étaient pas disponibles, en raison de la « grosse caisse » d’hier.


Mais ils faisaient une petite soirée tranquille autour d’un bon film, ce que je déclinais abruptement. Que voulez vous, il y en a qui considèrent encore « Les Bronzés 3 » comme un bon film et pas comme une grosse bouse commerciale : ils ont beau s’appeler la troupe du Splendid, sur ce coup là, personne ne peut nier qu’ils ont été minables.


Pour ceux qui ne sont pas d’accord avec mon point de vue, qu’ils sachent que j’ai tout fait pour qu’ils arrêtent de me lire bien avant. Les autres, vous êtes là de votre plein gré et je vous félicite. Si vous arrivez à me supporter, c’est sûrement parce que vous cherchez désespérément un moyen de vous supporter vous-même et je ne vous en voudrais pas.


Retour au point de départ, donc. Aucun pote disponible pour aller en boite ou faire la tournée des bars. Et puis je me rappelais de ce rendez vous, dans le marais, avec la fameuse Bande à Bonnot (ici bande à feu Robert, en l’occurrence). Je me rappelais de ces cheveux rouges dont je pouvais sympathiquement me foutre. Je me rappelais de ce père de famille tellement macho qu’il ne s’en rendait même pas compte et ne pensait qu’aux matchs de foot potentiellement ratés. Je repensais enfin aux autres, passés inaperçus.


Un sourire de cruauté (celui qu’a Marc Olivier Fogiel quand il reçoit un invité dont il sait qu’il va lui tailler une bavette bien grasse) se dessina sur mon visage lorsque je me rappelais que l’un de ces gentils messieurs était célibataire, et à la recherche de l’amour. L’idée de voir son charme s’opérer dans une boite de  nuit me procurait une satisfaction sadique. Je revêtais mes plus beaux atouts, direction le Sentier, encore. Il fallait, tel un renard, aller chercher les poules directement sur le terrain pour espérer leur tailler les cuisses. 

 

 

R.B

 

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 14:43

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Assis tranquillement sur le lit que lui avait préparé la sorcière du souvenir, Demius percevait les étoiles de son passé qui refaisaient soudain surface. Il se revoyait encore innocemment jeune, courant dans le jardin en compagnie de son fidèle animal domestique. C’était il y a si longtemps qu’il en venait à sourire de sa propre incrédulité. Etait-ce vraiment le retour de cette insouciance, l’enfance avait elle frappé à la porte de son subconscient pour entrer dans sa vie actuelle et élire domicile dans l’antre de ce qui avait causé son oubli volontaire ? Ce n’était pas une simple vision qu’il avait eu là : cet après-midi là avait été le plus merveilleux de toute son existence. Il avait retrouvé les êtres et les arbres avec qui il aimait tant se complaire.

 

Il avait revu les feuilles d’automne craquant sous ses pieds, théorisant de leur mélodie morcelée un hiver qui s’annonçait plus rude encore que le précédent. Il avait renoué avec la douce brise amère d’une mélancolie cachée par tout l’alcool qu’il avait ingurgité pour tenter de l’enterrer au plus profond de lui-même. Il n’était désormais plus le seul à sentir la délicieuse caresse d’un bois brulant dans la cheminée, et l’odeur de la fumée qui invitait à partager les folies d’un repas familial.

 

Cette chaleur consistante : celle des cœurs de ses amis et de ses parents battant à l’unisson pour lui déclarer leur amour et respect le plus sincère. Il leva les yeux au ciel et plutôt que d’apercevoir le plafond, il fut surpris d’y constater, comme imprimée dans un mur vide, une fresque de son passé qui le contemplait de toutes sa splendeur. Il pouvait remonter des décennies en arrière, être ou il voulait au moment opportun. Au hasard, il plongea dans le livre de sa connaissance et son cœur battit à tout rompre à l’idée de l’instant qu’il désirait revivre.


Elle était là. Installée confortablement sur une chaise, en plein milieu du jardin, aussi rougeoyante qu’un soleil d’été, aussi mouvante qu’une ombre portée, voulant par-dessus tout s’emparer de ce monde trop sombre pour y laisser apparaître toute l’étendue de sa splendeur. Elle lui tournait le dos et semblait ne pas l’avoir entendu marcher, ni avoir senti l’infime secousse du gazon piétiné. Sa robe était d’une blancheur absolue. Lorsqu’elle tendit les bras pour offrir la beauté de son corps au reste de leur univers, on aurait dit une colombe qui étendait majestueusement ses ailes pour posséder le ciel d’argent. Elle se leva alors, d’un mouvement uniforme et presque irréel, et fut surprise lorsqu’elle aperçut son visage. D’un pâle contrastant pourtant habilement avec le rouge de ses lèvres qui poussaient à un désir corrosif, qui transforma son sourire en invitation à la complétude.

 

-          Tu es venu. Je ne t’attendais plus.

 -          Voyons, Lendra, nous savons toi et moi que rien n’aurait pu me faire manquer cette rencontre. Viens que je te présente.


Un homme d’une jeunesse déjà à moitié consumée par des hivers rudes fut aussi ébloui que Demius par cette cruelle beauté. Il s’avança à son tour, dans la pâle froideur d’une journée bien maussade, et il lui sembla en cet instant que la lumière du jour ne venait pas uniquement du soleil. D’un geste gracieux et docile, il lui prit la main, et de ses lèvres encore habiles, y déposa un baiser.

 

-          Demius, cet homme est charmant. Ravie, mon nom est Lendra.

 -          Enchanté, Aerendel, membre permanent du conseil de la cité sombre.


Un long silence s’en suivit, ce qui n’améliora pas l’humeur de Demius, qui commençait à voir pointer dans son cœur une douce mais sincère jalousie. Etant donné qu’il savait qu’elle allait devenir maladive, il sombra dans le flou de son ignorance, et le souvenir s’arrêta. Mais aussi vrai que la douleur d’une erreur est éternellement lancinante, un autre instant décisif se formait sous ses yeux. Les flous devenaient formes.


Il était par terre, agonisant, et sa douleur n’en était que plus atroce lorsqu’il aperçut la profondeur de ses blessures. A côté de lui, inerte et quasi-inexistant se trouvait Aerendel. Il ne semblait pas entendre les appels de Demius, même si ceux-ci furent à demi-mot. La boue imprimée sur son visage commençait à sécher sur son épiderme, et il ne savait pas depuis combien de temps ils se trouvaient là, sur ce qui ressemblait à un monceau de terre éventré par la cruauté d’un champ de bataille. En hurlant de douleur, il se releva, et sa rage décupla lorsqu’il aperçut, couchée sur le sol, à quelques mètres d’eux, celle qui lui avait plus appris que tous les livres qu’il avait pu lire sur le bonheur. Debout, à côté d’elle, les regardant successivement tous deux, se trouvait l’origine de tous leurs maux. Raleigh, de son nez pointu et puissant, de son regard plus cruel encore que la lente agonie qu’il faisait subir à ces deux amoureux transis, émit un rire soudain.

 

-          Il ne reviendra pas. Vous ne le retrouverez jamais. C’est malheureux à dire, mais trop de compassion vous aura rendu incompétent.


D’une force aussi ravageuse que celle qui lui avait fait prendre le contrôle de ses puissants menhirs, il se revit en train de se relever par la seule force de ses sentiments, et d’une expression uniforme, dévisager son compagnon d’arme, son ami de toujours pour qui il avait sacrifié plus de rêves que n’importe qui d’autre.

 

-          Malheureusement, toi seul à ce pouvoir de guérison. Et tu sais que ta force relative, aussi grande soit-elle, ne te permettra de n’en sauver qu’un seul. Veux tu vivre pour toujours un amour sans nuages en sachant que tu as sacrifié pour cela ton ami d’enfance et ton soldat le plus dévoué ? Ou vas-tu laisser l’amitié prendre le pas sur la passion et risquer de perdre la blancheur de sa peau et la chaleur de ses lèvres ? A toi de choisir ton camp. Mais ne fais pas quelque chose que tu pourrais regretter. Je suis trop faible, je dois rentrer à la cité afin que l’on me prodigue des soins. J’espère que tu prendras la bonne décision, mon ami, et que tu auras la bonté de me pardonner. Tu m’excuseras, mais je dois offrir à ces individus un passage, peut importe s’ils pénètrent dans ce lieu en toute impunité, je suis pour la communion de tous les peuples. Le seront-ils à leur tour ? Nous verrons bien.

 

Demius se trouvait désormais entre deux feux ardents, et à l’endroit ou il avait connu le dilemme le plus immense qu’il ait jamais eu à affronter.


Pourtant, ce jour là, il aurait sans doute fait exactement le même choix avec du recul et le poids des années. Ce destin resterait tracé dans la pierre du sacrifice. Il posa ses deux mains sur le cœur inerte d’Aerendel. Et il accomplit son tout premier miracle. Il entendit, très finement, le sang qui refluait des les veines du défunt. Le cœur recommença à frapper fort, à réclamer sa profonde envie de vivre. Il entendit un souffle, d’abord infime puis de plus en plus régulier, et doucement, comme au premier jour, les yeux s’ouvrirent de nouveau à la contemplation.

 

-          Merci, Demius. Tu es comme un frère pour moi à présent. Je ne pense pas qu’un jour je ne te serai plus redevable. Le combat est fini. La paix sera durable, et j’aurais la chance de la voir se former grâce à toi.


 Sans aucune parole, accablé par la force de son deuil qui avait également entrainé une résurrection, Demius fut alors conscient de l’importance du cycle de la vie et des choix qu’elle imposait à chacun. Il entendait les arbres médire son acte, et regrettait alors de ne pas avoir été le sacrifié, pour ne pas avoir à subir cet outrage. Il s’agenouilla aux pieds de l’être le plus cher à ses yeux, et y déposa une larme. Alors, elle perdit toute matérialité, et se transforma en ce qu’il avait toujours perçu en elle. Le temps était comme suspendu quand cette magnifique colombe s’envola vers le ciel nuageux. Lorsqu’il sentit la chaleur des gouttes de pluie envahir son visage, tourné vers les cieux, admirant les ailes qui s’étendaient et formaient un au-revoir, il sut que le ciel pleurait aussi. Ce jour là fut à tout jamais gravé dans sa mémoire. Et une ancienne légende raconte que c’est ce jour là que la colombe est devenue un symbole de paix et d’amour, dans le monde des hommes.


Il s’éloigna de son émoi, et les formes redevinrent celles des murs de cette chambre, d’un blanc qui lui paraissait maintenant censé. Dans les rideaux qui flottaient maintenant au vent de la fenêtre ouverte, il perçut les plissures de la robe de Lendra, et sa larme impérieuse lui parût alors si réelle qu’il ne douta plus qu’il était bel et bien le spectateur de son propre destin, et qu’il pouvait choisir de revivre n’importe lequel de ces instants merveilleux autant que tragiques. Mais un murmure que personne n’avait prévu vint entacher cette douce sensation d’enivrement des sens. Elle parut d’abord descendre du ciel, puis apparaître comme un songe, alors qu’elle était bien la seule à ne pas être une façade.

 

-          Sors de cet endroit, Demius, ou tu vas y rester pour toujours. Sois plus fort que tu ne l’as été jusqu'à présent.

 -          Mais je veux y rester pour toujours. C’est ma vie, et j’ai le droit de la revivre si je le désire. Plus personne ne peut m’en empêcher désormais.

 -          Ce n’est pas bon que de s’accomplir dans le passé. Ces moments là se sont déjà produits, et tu peux t’en rappeler sans les revivre éternellement. Ils ne t’apporteront pas le bonheur, seulement la folie de ne pas pouvoir les changer et de les revivre sans arrêt, comme la mélodie d’une boite à musique qui tourne dans le vide. Des milliers d’âmes se sont perdues dans ce sommeil de l’esprit. Mais tu dois te réveiller, Demius. Réveille-toi !

 -          NOOOOOON, cria une autre voix bien plus prononcée et outragée.


Demius se dirigea vers la fenêtre ouverte, et contempla l’immense jardin et la clôture en bois blanc. Ils étaient toujours là. Mais soudain, les fleurs fanèrent, le gazon sembla bruler d’un feu invisible, les arbres se couchèrent, la clôture, autrefois si lumineuse, fut recouverte d’une mousse épaisse, et sembla pourrir en quelques secondes. La maison, autrefois si accueillante, se transforma en taudis : les murs noircirent, les plantes grimpantes voltigèrent vers le haut à une vitesse folle, et le temps venait rattraper son retard. Des pans de murs entiers se décrochèrent. Et dans ces ténèbres envahissants, elle apparut, aussi lumineuse que dans son souvenir. Sa robe était toujours aussi magnifique, et contrairement aux murs alentours, sa jeunesse avait été préservée. C’était comme dans son souvenir, comme si elle l’avait attendu sans jamais douter de lui.

 

-          Ne veux tu plus de moi, Demius, ne m’aimes tu plus ?

 -          Bien sûr, toujours.

 -          Alors tu peux encore me sauver, nous pouvons encore vivre des jours heureux, rebâtir un monde à nous et oublier tout ça. N’est –ce pas là ce que tu désires le plus au monde ?

 -          Si, bien sûr que si.

 -          Je suis revenue, maintenant.

Contrastant avec sa blancheur retrouvée, le cœur de Morphée, cachée sous le masque de la candeur, était aussi noir et vide que le néant. Pourtant, Demius semblait croire que la vie lui offrait une seconde chance, alors qu’elle le condamnait à un piège de l’esprit. Esprit dont elle allait se délecter avant de s’en emparer, par la main crochue et avide de la mort. 

 

 

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 21:03

 

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29


Tous les fils à maman de la planète n’auraient pu nier une évidence que vous ne réalisez que lorsqu’elle vous arrive. Lorsqu’un membre de votre famille meurt, vous êtes toujours en train d’attendre la catastrophe. Qu’un oncle bourré débarque à la cérémonie, qu’un type que vous ne connaissez pas s’invite au banquet et cambriole les petits fours, que les croque-morts ne fassent pas le travail demandé et que le cercueil tombe lamentablement, comme un papier qu’on jette par terre, dans un trou lâchement bâclé qui servirait bien pour enterrer le berger allemand de la famille mais certainement pas un proche.

 

C’est aussi logique que les mathématiques, et ça se passe exactement de la même manière pour les mariages : vous n’avez pas tellement envie de vous taper une heure d’église quand vous savez qu’en plus le curé va être rémunéré pour vous avoir fait faire la sieste. Oubliez la crèche : emmenez vos enfants aux mariages, tous les samedis pendant une heure c’est la sieste, ils vous lâchent la grappe. C’est un bon moyen d’économiser de l’argent et en plus, ça remplit les églises qui ont tendance à se vider ou à sentir la verveine et l’eucalyptus ces derniers temps (pour les plus courageux qui osent y mettre les pieds).

 

Et si les gosses foutaient le bordel ? Et si, au dernier moment, l’un des deux mariés se rendait compte qu’il avait fait une effroyable connerie et ne venait jamais à la cérémonie ? Pourtant, même dans ces moments là, on ne redoute en aucune façon le malheur des autres. Si le mariage est annulé pour non-venue, on se dit « je me suis déplacé un samedi après-midi dans les bouchons pour CA ? Ah, elle m’y reprendra plus, la Corinne, je la retiens ! La prochaine fois qu’elle se marie, ce sera en France, en Ouganda, en Musulmanie, ou elle veut mais sans moi ! ». Le plus pur des esprits aura beau rétorquer, on n’a pas peur que le cercueil se casse la gueule pour le défunt.

 

Non, tout ce qui nous effraie, c’est de se taper la honte devant toute la famille, d’aussi peu qu’on les estime, cela pourrait nous toucher dans notre propre estime. On s’en rappellera les jours sans, et on se désolerait des moqueries des invités au grand bal de la mort qui se sont alors bien fendus la poire. Un enterrement gai : ce dont personne ne rêve. Qu’au moins on vous pleure, qu’on chante un champ triste. On ne va pas faire un lâcher de ballon et un cassoulet maison autour d’une bouteille de Champo ! C’est comme si vous vous pointiez à un anniversaire sans cadeau : vous passez pour le raclo de service.

 

Pourtant, je me souviens d’un anniversaire… Mais nous y reviendrons plus tard. A vous installer dans un confort de lecture, autant que ça me soit agréable autant qu’a vous, vous ne croyez pas ?

 

 

 

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30


Le coup de la pluie et des vêtements noirs, fut ce jour là comme un costume qui ne colle pas du tout avec le décor dans une mauvaise série. J’avais l’impression de me trouver dans se costume : c’est comme si Benny Hill s’était retrouvé en face de la famille de Dallas, et que JR lui avait taillé une bavette. Aussi vrai que Mac Guyver pouvait fabriquer un dérivateur radio avec une patate et un fil de fer, j’avais la vague impression d’être celui qui n’était pas invité, le glandu du fond, alors que j’étais pourtant le principal intéressé.

 

Ma mère devait être gentille en parlant de moi aux autres, à en juger par leurs regards aliénés. Ils étaient la bible, j’étais Mein Kampf. Pourtant, on ne se rappelle jamais de grand-chose dans ces moments là, tout semble dans le flou. On se dit que si le croquemort n’avait pas fait ce métier, il ferait sûrement lui aussi partie du cimetière en ce moment, mais sous terre. On se dit que le temps paraît bien beau pour un enterrement, et l’on se demande si au fond on ne l’a pas voulu.

 

Il y avait des gens de tous bords, certains que je n’avais même vu qu’en de rares occasions lorsque j’avais la morve au nez et que je faisais encore du vélo avec les petites roues. Nous avons procédé à des discussions banales, on m’a présenté plus de condoléances que toutes les neurones de Céline Dion réunies (donc pas tant que ça finalement). Pourtant, j’adore tous ces gens. J’aime le monde, j’aime voir les gens marcher dans une rue bondée, et constater que l’existence n’est qu’une réminiscence de souvenirs additionnés, et que l’on fait nos choix sentimentaux aussi simplement que l’on choisit un plat du jour sur une carte de restaurant, sans même se rendre compte que toutes les soupes ont, au fond, un goût identique.

 

J’aime perdre du temps les fois ou rien ne me tente, ou tout virevolte dans l’air dans la plume de l’incertitude, ou le temps et les caractères sont changeant, et ou le bonheur de la découverte vous pousse à explorer toujours plus les pensées cachées de cette masse éternellement filiforme, qui aurait envie de garder ses sombres secrets même sous la torture. Je me délecte de les leur arracher, de connaître le moindre aspect de leurs vérités, et de la raconter dans mes articles.

 

Au fond, si mon cynisme a pu en refroidir plus d’un toutes les fois ou nous nous sommes rencontrés, c’est parce que nous n’avons pas discutés assez longtemps pour que je leur dise ô combien  j’aime la vie. C’est sans doute parce que je l’admire tellement que je suis systématiquement obligé d’en critiquer tous les travers. La manière de penser reflète le mode de vie, on a pas attendu Einstein pour le savoir. Croyez vous que la gravité a attendu qu’un abruti fasse tomber une pomme pour s’exercer ici-bas ? Il faudrait être bien naïf.

 

Le cercueil était prêt à être descendu, mais j’ai tout de même tenu à dire quelques mots avant la mise en terre. Et une fois encore, mon incorrigible verve a encore fait des ravages. Mettez deux pierres en contact : forcément ça fait des étincelles.

 

 

 

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31


 -          Merci à tous d’être venus. Ca fait plaisir de revoir la famille, aucune nouvelle depuis la mort de grand-mère Yvonne qui doit sûrement bien se marrer de là-haut en voyant ce que nos liens sont devenus : on a tout vendu aux Chinois, et maintenant on a plus que de la camelote. Maman, je ne pourrais pas dire que je t’en veux pour toutes les sales crasses que tu m’as fait, ni pour la vie dissolue que tu as menée : après tout les plus grands artistes du rock étaient des camés. Et puis, chers convives, il ne faut pas oublier qu’elle a donné naissance à la merveille qui est devant vous en ce moment. Ne vous inclinez pas, ce n’est pas la peine : la vieillesse le fera pour vous. Voilà, je ne vais pas verser une larme devant vous, ça ferait bien trop plaisir à certains. Pardonnez donc ma grande gueule, mais ce qui doit être dit ne peut être altéré. Alors on se revoit au prochain enterrement et on se fait une bouffe !

 

J’ai rejoint le rang, dévisagé par des dizaines de visages outrés : visiblement, mon aspect misanthrope hypocrite avait fait son petit effet. En vérité, j’avais beaucoup de peine de n’avoir aucun lien familial quel qu’il soit, de n’avoir aucune vie sentimentale. Mais ma carapace, c’était d’être ignoble avec tout le monde, car une partie de moi détestait tous ces ploucs, et c’est celle que je décidai d’entendre et de retenir une bonne fois pour toute.

 

La fin de la journée se passe comme elle aurait du, mon oncle m’a ramené chez moi et ce fut tout. Ah, si, ma tante avait voyagé avec nous. C’était une espèce de vieille mégère un peu acariâtre, en tout cas plus qu’elle n’aurait du l’être à son âge, qui était pourtant avancé. En descendant, elle me regarda d’un air sombre et murmura :

 

-          Dis donc, si tu pouvais t’occuper le plus tôt possible de l’héritage, ce serait bien...


Je lui laissais pour toute réponse un joli doigt d’honneur en me dirigeant vers mon appartement, comme ultime cadeau ; lui confirmant par son propre témoignage toute l’étendue de mon irrévérence. 

 

R.B

 

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 19:16

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27


Qu’est ce qui peut être un meilleur instant de vie que celui d’être assis sur votre canapé sans personne pour vous casser les pieds, avec un petit verre de Whisky, un bocal de pistaches pour vous tout seul et un formidable film que vous n’avez encore jamais vu ? Peut être faire tout ça tout en se satisfaisant du fait que des gens que vous haïssez passent peut être une effroyable soirée à manger un bœuf-carottes chez leur belle mère. Oui, la médisance peut rendre les gens heureux.


Cela fonctionnait déjà au temps des sorcières : celles-ci jubilaient en vous jetant un mauvais sort, et ce n’était pas simple. Autant l’évidence du fait que les Frères Bogdanoff étaient des extraterrestres ne fait aucun doute, autant dire que vous passez vos soirées seul en vous moquant intérieurement de la possible infortune de vos chers collègues est déjà beaucoup moins répandu.


Et puis même si les Cramberries avaient raison et que c’est juste mon imagination, il faut lui reconnaître qu’elle est aussi cruelle que ce qu’elle est stimulante. Mais il ne faut pas croire, malgré tout ce que vous avez pu penser de moi en ces quelques lignes, que je suis une personne exécrable. Là, c’est le moment ou j’essaye de me valoriser, et ou je passe soudainement au sujet suivant, me rendant compte de la prétention effective et immédiate de mon propos.


Je me souviens d’une blague que j’avais faite à un collègue de bureau un peu étrange qui manquait d’hygiène. C’est une de ces discussions qu’on a parfois autour de la machine  café, les matins ou aucun de nous n’est réveillé et où l’on ne sait pas quoi dire pour engager la conversation tant la soirée de la veille fut d’une effarante banalité.

 

-          Dis moi, tu te laves combien de fois par jour, toi ?

 -          Par jour ? Je dirais plutôt par semaine. En fait, je me laves environ une fois par semaine. Et encore, quand j’aie la foi.

 -          C’est vrai ? Oh, moi aussi !

 

Je le regardais alors avec un faux air approbateur, qui était en fait d’une moquerie troublante. Apparemment, il n’avait pas remarqué la subtilité de la vanne.

 

-          Oui, et c’est nous qui avons raison. En ne se lavant qu’une fois par semaine, on est écolo, en fait ! Les futurs habitants de la planète nous seront éternellement redevables. Et puis quand tu pues comme nous, t’es sûr qu’au moins, personne ne viendra t’emmerder !


Pause syndicale : les plus sensibles à l’hygiène peuvent éventuellement aller vomir s’ils le souhaitent.

 

 

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28


Les matins de dimanche sont souvent les plus paisibles. Ceux ou vous vous réveillez avec l’haleine d’un rat crevé mais personne pour vous le faire remarquer. Pas de perspectives sociales, une isolation aussi totale que celles de Thierry, mon patron, dans ses meilleurs jours. Ces matins ou le soleil infiltre tranquillement de ces rayons vos yeux convulsés et ou vous pestez contre le fait que lui aies le droit de se lever aussi tôt, mais pas de vous le faire subir.


Ces matins ou le café à un goût de pétrole, et ou chaque nouveau pas induit forcément une nouvelle courbature. Heureusement, il y a parfois dans une vie des évènements, ni bon ni foncièrement mauvais, qui vous sortent de votre pauvre routine et vous ramènent à la véritable réalité : que tout passe sans vous. Le monde tourne, les artistes se produisent, les films se tournent pendant que vous restez derrière votre fenêtre, à regarder cette éternelle fosse sceptique toujours alimenté par un nouveau tuyau. Quand la fosse est rempli, c’est vous qui êtes marrons.


Etrange. Ce jour là, je regrettais de ne pas avoir été chez ma conceptrice, même si pour la qualifier, il n’y avait que la première syllabe de ce mot qui me venait en tête en cet instant. En effet, tout passe, et c’est pareil pour tout le monde. Mais cela prends une nouvelle dimension, étonnante et secrète, lorsque l’on s’en aperçoit par nous même.


Les funérailles de ma mère vinrent se poser comme une plume dans le derrière d’un porc : il est tellement occupé par sa besogne qu’il ne s’en émeut même pas. Etonnamment, j’avais beaucoup de peine mais n’arrivais pas à pleurer. On se demande, dans ces instants, si c’est parce qu’on est insensibles, ou bien parce qu’on a aucune gratitude, et que le monde nous a transformé en ce que nous avions toujours eu peur d’être. Il faisait un grand soleil cet après-midi là. 

 

 

 

 

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Jusque dans votre mort, on vous oblige à faire parti du système, c’est ce qui différencie l’homme d’une hyène, en somme. Mon oncle avait spécialement fait le déplacement jusque chez moi pour me déposer à l’église, au cimetière et me ramener ensuite, après quelques discussions que je devais juger inutiles avant même qu’elles aient commencé. Il avait certainement peur que je sois trop affecté. Mais à la vérité, je savais que ma mère m’aimait à se façon : en me détestant. Ca doit être à cause du saut des générations, on ne doit pas avoir la même conception de ce que sont des sentiments tels que l’amour ou l’affection.


Du moins me disais-je ça pour ne pas casser une chaise sur le dos de ma mère et faire un matricide les jours ou elle m’exaspérait plus que les autres. Son humeur dépendait de la mienne, c’était certainement les restes du cordon ombilical qui n’est jamais vraiment coupé, quoiqu’on en dise. Mais en vérité, j’étais affecté. Certainement plus que je ne l’aurais même voulu. Seulement mes glandes lacrymales étaient à sec, pratiquement autant que la langue d’un chameau assoiffé en plein désert de Gobi. Il engageait la conversation, alors qu’un morceau de Fleetwood Mac passait en fond à la radio. GO YOUR OWN WAY.

 

-          Si tu as besoin, tu sais, tu peux compter sur moi. C’est une épreuve.

 -          Merci, mais je préfère ne compter sur aucun membre de ma famille, il y a déjà assez d’enterrement comme ça.

 -          Comment peux-tu encore blaguer dans des moments pareils ? Le fils de son père, aucun doute là-dessus !

 -          Sans doute m’aura-t-il légué ça avant de lâchement nous abandonner pour partir avec une minette de 25 ans.

 -          Hé, ton père ne t’a jamais laissé tomber. C’est toi qui as voulu couper les ponts.

 -          Tu vois pourquoi je ne veux d’aucune aide de la famille…

 -          Mais c’est un mauvais cap à passer, tu verras. Une fois les premières semaines…

 -          Tu veux bien monter la musique, s’il te plaît ? Plus fort. Encore. La stop, sinon je vais jouir… Je déconne tonton, ravales tes instincts gays !


Mon oncle eut un sourire. Je crois tout de même que ça le gênait d’en voir un apparaître sur les lèvres. Il avait une décapotable, on passait du Fletwood, le soleil était radieux : un cocktail détonnant. Pendant 3 minutes, j’en oubliais presque que j’avais un bagage en forme de cercueil à rajouter à la liste des poids que je devais me fader chaque jour. L’amour est plus fort que la mort. Ce jour là, la musique aussi. 

 

 

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 15:28

 

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Mon présent est morose. Mon futur se suppose mais mon passé s’interpose. Tel serait le résumé en une phrase que je voudrais faire de ma vie si jamais on me le demandait. Mais comme tout le monde s’en contrefout, ça me facilite la tâche vu que je n’ai pas à me justifier auprès de moi-même ni de personne d’autre susceptible d’être intéressé par l’existence d’un citoyen lambda. Elle s’appelait Éloïse. Un prénom qui est loin d’être commun.


Mais là non plus je ne vais pas vous en donner la signification, y’a bien assez de trouducs qui sont payés pour ça. Elizabeth Tessier pour ne citer qu’elle.  Sérieusement, avec Catherine Laborde et Evelyne Dheliat, c’est les seules madame Irma à être reconnues par la profession. Nous on se fait 1500 euros avec la manif de trois ploucs pour lutter contre la pénurie de chariot dans les supermarchés pendant qu’elles se font un fric fou pour prédire ce qui va nous arriver à nous, qui les côtoyons au fil des ans sur nos télés et dans nos journaux et leur payons indirectement leur piqûres de Botox.


Pour vous dire ô combien le monde est fou, je vais vous raconter une anecdote (oui, une de plus) qui m’est arrivée récemment tandis que je faisais tranquillement les courses dans un supermarché. C’est un autre monde, le supermarché. C’est le seul ou l’animateur est content que les escalopes de veau soient en promo à 7 euros le kilo au lieu de 7 euros 03.


C’est là que tu croises tous les types de consommateurs : du négligeant qui mange avec un paquet de chips, à la ménagère à trois gosses qui remplit un chariot parce qu’elle ne peut pas en remplir trois. Du beauf qui vous regarde de haut avec son pack de bière en vous disant du coin des yeux « Hé, me juges pas connard, si tu crois que ma vie est facile » alors qu’avec un tout petit effort de look, il pourrait la rendre tellement meilleure…


C’est l’un des seuls endroits ou on peut vous prendre pour des cons en vous faisant un grand sourire : un peu comme Faudel quand il prétendait être une star de la chanson alors qu’il n’était qu’un « chanteur importé », que tous les hypocrites traitaient d’ »exotique ». Il n’y a qu’à voir ce qu’est devenu Cheb Mami pour se rendre compte qu’on n’a pas la même conception de la célébrité.

 

 

 

 

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Alors que j’étais tranquillement en train d’attendre à la caisse avec mon paquet de Kinder Bueno et de crêpes Yahoo pour faire plaisir à mon fils, je me suis bêtement aperçu que j’avais oublié quelque chose, et qu’il était dans le rayon juste derrière moi, à 3 pas. Je vais d’un pas prudent chercher mon petit article oublié, alors que j’étais dans une bonne file d’attente avec au moins 3 personnes devant moi. Alors que je reviens pour prendre ma place, l’espèce de beauf derrière moi se met à me gueuler dessus :

 

-          Eh, excusez moi mais faut faire la queue comme tout le monde.

 -          Quoi ? Mais j’étais là il y a dix secondes…

 -          C’est ce qu’ils disent tous. Et je réponds : qui va a la chasse perds sa place !

 -          Vous êtes du genre à ne jamais regarder autour de vous… J’ai juste été cherché un produit dans le rayon derrière que j’avais oublié. A la chasse… la chasse aux promos sans doute, alors que vous rentrez tout fier chez vous en ayant fait plein d’affaires sans savoir que les seuls qui en ont fait, c’est la grande surface dans laquelle vous vous êtes fait un plaisir de flâner toute la journée.

 -          Vous ne changerez pas la situation à être méchant comme ça. Alors attendez avec les autres, et puis c’est tout. On ne va pas en faire un scandale ! 

 -          Excusez moi ; dis-je à la caissière. J’étais bien devant le monsieur, vous en êtes témoin. Ca fait une demi-heure que j’attends et encore on me dit de retourner derrière. Personne n’a donc fait attention au fait que j’étais là ?

 -          Je ne sais pas monsieur, moi je m’occupe de l’encaissement, je ne suis pas un médiateur social. Pour tout renseignement complémentaire ou toute plainte subsidiaire, veuillez vous adresser à l’accueil.

 -          Mais enfin y’a 8 personnes qui attendent derrière moi, je ne vais pas me laisser doubler alors que j’ai déjà attendu !


Elle prit son téléphone qui se trouvait derrière elle, et appela une certaine Christine, avec un ton comparable à celui d’une vache sous tranquillisants, avec le sourire et l’émotion de Chuck Norris (c'est-à-dire inexistant) et la vigueur d’un cheval qu’on conduit à l’abattoir. Il y en a qui écrivent des bouquins sur les tribulations d’une caissière, qui font un carton et sont adaptés au cinéma. Nous, on est les salopards, les bonnes poires qui sortent la carte bleue et qui se barrent. Et qui doivent se taper les ravages de l’indifférence. Tout ça pour un paquet de kinder bueno, un sachet de crèpes wahoo et l’objet de tant de conflit et de discorde socialement ravageuse : un bocal d’olives.

 

 

 

 

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500 millions de chinois et moi et moi et moi. J’écoutais mon maître, le philosophe de mes nuits hagardes. Si Jacques Dutronc n’avait pas composé cette chanson, je pense que mon point de vue sur l’existence en aurait été totalement chamboulé. C’est lui qui m’a permis ce jour là de déstresser après la mésaventure pathétique du supermarché.


Pour vous finir et ne pas vous laisser sur une note de suspense, disons que Christine était aussi aimable et sociable qu’un plant de tomates en hiver et aussi élégante qu’une boite de raviolis au fromage en promotion. Vous savez, ces boites avec les pouces dessus, ceux qui sont tournés vers le haut (c'est-à-dire dans le mauvais sens par rapport à la qualité du produit). C’est ce moment là qu’elle choisit pour m’appeler. Autant vous dire que j’ai décroché avec la rapidité d’un vieux grabataire en fin de vie dans une maison de retraite fumeuse qui exploite son argent pour financer les parachutes dorés de ses fondateurs.


Quelle belle invention que le téléphone : vous pouvez être le plus sérieux du monde, vous aurez toujours une voix de Muppets. Alors que je fus surpris d’avoir un ersatz de Peggy au bout du fil, je le fus encore plus lorsque la conversation s’engagea réellement et que je compris ce qu’elle me dit.  

 

-          Ecoutes, voila… Je vais te le dire sérieusement, tu ne me plais pas du tout, et j’espérais que tu puisses me ramener chez moi les fois ou tu vas voir ta mère en semaine. Mais j’ai appris que tu n’y allais que le dimanche, et en plus j’ai rencontré un gars super gentil qui accepte de faire la navette. Mais on reste amis, hein ?

-          Bien sûr, on ira même boire un pot pour fêter ça. Bon sérieux, on se voit quand ?

 -          On ira peut être à Pompidou, s’il m’invite. Si tu veux, tu peux venir, on boira un café et on discutera.

 -          On ne me l’avait encore jamais faite, celle là. Tu es la première et certainement la seule sur terre à vraiment avoir des couilles. Même si elles anéantissent totalement les miennes. Mais au moins t’es honnête. Alors je vais l’être aussi : au moins aies la décence de faire bien chier ton nouveau larbin, et de le jeter comme une vieille merde. Quand ce sera fait, tu m’appelles pour confirmer et on en restera là.

 -          Rien ne t’atteint vraiment jamais, je me trompe ?

 -          Seulement ce qui a de l’importance. Et tu aurais pu en avoir ! Mais non…


J’y pense et puis j’oublie. C’est la vie, c’est la vie. 

 

 

 

 

 

 


 
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