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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 16:45

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 -          Excuse moi, t’aurais une clope pour me dépanner ?

C’est un fait inaltérable qu’aucun homme ne peut nier : à partir de cet instant, celui ou une nana vous aborde, et ce même si c’est pour vous cracher à la gueule, vous remettez en question toutes vos certitudes et une multitude d’interrogations se bousculent dans votre tête. Si elle s’est adressée à moi et pas au plouc d’a côté, ça veut peut être dire quelque chose ?


Ou peut être qu’elle veut que je croie ça et que je me laisse embobiner, alors je lui filerai la clope et elle se barrerait en courant en embrassant son copain et ils riraient de moi d’un air malicieux. A moins qu’en fait ce soit un thon absolu qui ait une très jolie voix pour attirer les cigarettes dans sa bouche dans laquelle même une mouche ne pourrait pas élire domicile tant l’odeur âcre en est fétide.


Peut être qu’elle est désespérée et veut à tout prix établir un contact social dans sa vie sans aucun piment, et entrevoir ce que pourrait être le quotidien et la classe d’une personne normale. Et si c’était juste une opportuniste qui, pendant que je fouillais, la tête concentrée sur ma poche avant, en profiterait pour me chouraver mon portefeuille. Elle aurait alors de quoi fumer un bon moment, et vu ma tronche sur la carte d’identité, elle pourrait même se marrer à mes frais.

 

A ce moment là, on n’a tout simplement pas idée de notre propre connerie. Mais on pense à tout ça, et en quelque secondes, on se construit tout un monde qu’un autiste mettrait sûrement des années à imaginer.

 

 

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Je ne devais pas faire comme dans la vie de tous les jours, lui filer sa clope sans paroles et attendre qu’elle m’échappe des mains. Alors je décidai de ne pas répondre, pour voir si elle allait me redemander et se présenter devant moi pour qu’enfin je voie sa tronche. Et c’est ce qu’elle fit, contre toute attente. Elle réitéra sa demande, mais le petit sourire en coin qu’elle daigna m’attribuer changea tout. Je venais de passer de l’état « Lionel Jospin » à l’état « David Guetta », autant vous dire que ça groovait dans mon organisme, si bien que je craignais même que celui-ci ne me joues des tours. Heureusement ce jour là, il décida de ne pas me trahir. Je lui rendis poliment son sourire, et cherchais un petit quelque chose qui aurait pu faire durer la conversation.


 -          Je ne voudrais pas être responsable de votre mort prématurée… Ce serait dommage !

Une fille normalement constituée m’aurait immédiatement pris pour un lourd et répondu : « C’est bon, ducon, je veux juste une clope, pas un rendez vous ! ». Mais apparemment, elle n’était pas normalement constituée, et j’allais aimer cela par la suite.


 -          Et si je ne t’en tenais pas rigueur, tu me laisserais en griller une ?

 -          Ca dépend… Est-ce que vous pouvez me signer une décharge ?


A la vue de son sourire seulement à moitié amusé, je lui passais immédiatement le but de sa requête au risque de la perdre pour de bon. Tout être normal se serait alors désintéressé de moi et aurait continué à parler avec je ne sais qui, en faisant semblant d’avoir un sujet d’une extrême importance à traiter.


-          Merci, à décharge de revanche !

Elle regarda en l’air, comme si elle considérait sa propre blague comme la plus médiocre au monde, et fut surprise, certainement autant que moi, par mon soudain éclat de rire. Nous nous esclaffions alors de concert.


-  Alors, t’es venu avec quelqu’un ?

- Non, aussi seul que Susan Boyle un jour de pluie ! 

- Ca te dit d’aller voir ce navet ?

- C’est ça où ma mère. Et bien que vous soyez des femmes toutes les deux, tu es visiblement plus jeune et mieux gaulée qu’elle.


Ce jour là, Bienvenu Chez les Ch’tis me parut être un chef d’œuvre. On s’est foutu de la gueule des oreilles de Danny Boon pendant tout le long du film, on a partagé des souvenirs comme deux vieux grabataires en se moquant totalement d’importuner les gens alentour, je dirais même que ce fut un plaisir commun. Elle habitait à Paris, on promit de se revoir. En quittant ce bled, je me suis aperçu que la seule raison pour laquelle je ne l’aimais pas était en fait celle pour laquelle je m’y rendais une fois par semaine depuis 3 ans.

 

 

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Le samedi suivant, on était attablés au Starbucks juste à côté du centre Georges Pompidou. Elle avait pris un chocolat et deux cookies « maison », je m’étais contenté d’un simple café. Pur et sans sucre, comme toujours. Sans avoir donné un centime, j’avais l’impression de m’être abonné à cet étrange breuvage. Mais le café m’importait peu, surtout à la sortie du boulot. C’était juste un prétexte pour qu’on puisse se voir à nouveau. 


Elle avait attaché ses cheveux bruns en chignon, portait un épais pull d’un blanc laiteux et un jean des plus ordinaires. Une espèce de baguette dans les cheveux qu’elle avait du chouraver au resto chinois du coin, et qui semblait pointer vers le haut pour capter les ondes positives. C’est sa démarche que j’ai encore aujourd’hui dans la tête en la voyant venir : cette manière de balancer les bras comme si elle balançait des doigts d’honneur à tous les passants. Cette nonchalance plus attirante que si elle avait demandé à tous les mecs de la rue s’ils voulaient bien coucher avec elle. On s’était assis tranquillement, et on avait commencé à discuter.

 

-          Alors, pourquoi tu étais là bas l’autre jour ? Qu’est ce qui t’y avait amené ?

 -          Je ne me serais pas vu dormir au bureau. Donc en fait, ce là bas, dont tu parles, c’est chez moi.

 -          Rude contraste entre ici et là bas, non ?

 -          J’aime bien avoir la possibilité de changer d’époque, c’est comme si je faisais un voyage dans le temps. A 3 quarts d’heures de voiture, je reviens 40 ans en arrière.


Il fallait se rendre à l’évidence : non seulement elle était bon public, mais en plus elle semblait meilleure en sarcasme que je ne pourrais jamais l’être même en suivant des cours avec Jean Pierre Marielle. C’est sans doute drôle mais là encore, dans ces moments, tout ce qui se trouvait alentour n’importait pas plus que les rides de Claire Chazal : on s’en fout nous ce qu’on veut, c’est aller à l’essentiel.

 

On se recentre sur nous même, comme on le fait à chaque instant sans jamais s’en apercevoir, tandis qu’on a l’orgueil effarant de dire que les problèmes de ce monde nous préoccupent autant que la rédaction de notre liste de courses. C’est comme si vous lâchiez tout pour faire une randonnée à cheval : au début ça vous fait mal aux rouflaquettes, ensuite vous reconsidérez votre situation et vous dites que finalement, c’est un bien pauvre sacrifice.


 -          Puis-je engager une tentative de rendez vous sans la probabilité de me faire jeter comme un malpropre ?

 -          Est-ce que Loana est un top model ? Plus maintenant. Est-ce que Mireille Mathieu a gagné son procès contre Playmobil ? Je ne pense pas. Est-ce que la possibilité que l’on se revoie en jour m’effraie ? Je dirais que non.


On échangea encore quelques banalités avant de se quitter sur une question météo des plus futiles. Pourtant, je sentais qu’aucune parole n’aurait pu être mal interprétée : tout était clair. Aussi clair que le fait que Matt Pokora ne faisait pas de la musique quand il répétait 6 fois dans le même refrain « Juste une photo de toi ». Mais comme mon esprit tordu fut obligé de réfléchir à tous les aspects négatifs de la journée, j’avais peur d’en trouver tellement que j’allais mettre fin à ce bon sentiment que j’avais eu envers cette fille.

 

Au final, j’en trouvais un qui me fit me rendre compte de ma propre médiocrité et de mon pessimisme incorrigible : le café était dégueulasse. 

 

 

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 16:11

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Je me souviens de la rencontre qui éclipsa un week-end des plus maussades. L’un de ceux ou vous vous demandez encore à quoi vous servent ces numéros qui sont inscrits dans votre répertoire, et ou vous rêvez qu’une espèce d’illuminé va débarquer dans votre salon en vous chantant des chansons paillardes et en vous proposant de bouffer chinois, ce qui vous fera doucement rire. 2 jours sans rien, sous prosaïques : je me suis senti comme Michel Drucker à l’idée d’accueillir Phillippe Geluck pour la 38ème fois en un an.


Je luttais désespérément à l’idée de me suicider en commandant une soupe du chef au resto coréen d’en bas. Et puis je me suis dit que le chien qu’ils auraient pu y mettre dedans ne devait pas souffrir pour ma seule envie passagère. Alors je regardais des films : un bon moyen d’oublier la solitude qui vient se mêler à chacun de vos pas.


J’aurais été satisfait qu’il fasse un orage à tout casser et qu’il survienne une tempête sans que personne n’en ait été prévenu, pour voir tous ces ploucs courir, de ma fenêtre, à l’abri. Ca m’aurait certainement fait plus sourire que les répliques de Ben Stiller dans « Tonnerre sous les Tropiques ». Il manquait un sucre à mon café, plus noir que jamais, et je songeais de plus en plus à m’acheter un chien. Un chien n’a besoin que d’affection, pas d’un compte en banque. Un chien ne porte ni des bijoux ni des fringues de marque, et il ne s’enfuira pas vers le premier connard qui lui proposera plus que ce que vous-même ne pouvez lui donner.


Je me sentais comme le croûton auquel personne ne prête attention dans la soupe de légumes verts : je me laissais imbiber par la vie, insensible à tous les problèmes des gens qui se trouvaient autour de moi. Est-ce que c’était mon réel problème ? Comme toujours, je décidai de reporter ces questions à plus tard, et un film de John Carpenter éclipsa bientôt mes incertitudes.


C’était l’histoire d’un tueur autiste qui, seulement en marchant, arrive à rattraper les blondasses après qui il court. Une sorte de Valérie Giscard D’estain du crime, sauf que le type en question ne s’était jamais tapé Lady Di. Michael Myers : 0 ; VGE : 1.

 

 

 

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Quand le film se termine, quand l’écran devient noir, on se remet en question. On se dit qu’on n’avait pas pensé à ce qu’on allait faire ensuite. Dans le cerveau de 80 pour cent des gens vient alors la solution ultime pour passer le temps tout en se faisant plaisir : on se dirige vers le frigo et on bouffe. Moi, ça ne m’avait pas particulièrement attiré, je me suis donc mis à regarder les chaînes de télévision.


Il y avait une de ces émissions de télé réalité ou on devait taper un numéro par sms pour élire celui qui allait dégager. J’aurais bien envoyé 16 numéros pour les 16 candidats de cet océan de merde opportuniste, mais bizarrement nous n’avions le choix qu’entre deux candidats. Bon sang, mais une fois que vous avez fini de faire vos besoins sur la tronche de la ménagère, tirez donc la chasse et passez à autre chose !


Quel intérêt de recommencer 10 fois la même chose, de chercher une star quand on sait que deux semaines après sa sortie, elle retombera à nouveau dans l’oubli ? Aucun, je vous le donne en mille. Et Pascal Sevran qui disait que la bite des noirs était responsable de la famine en Afrique… Lui-même qui était le responsable du vieillissement prématuré du public de France télévision (paix à son âme). Alors j’ai zappé sur une chaîne de clip qui diffusait de vieux hits.

Je tombais sur un titre culte de T.Rex, 20th Century Boy. C’est fou comme une simple musique peut réveiller en vous des destins inassouvis. Je me suis dit après ça que je me mettrais sûrement à la guitare. Mais avant ça, je me suis levé de mon canapé et j’ai dansé comme si j’étais la star de ce concert de bonne humeur ambiante. La chanson suivante était Justin Bieber.


Et au fur et à mesure que j’entendais cette voix nasillarde et pré pubère, je me disais que je détestais plus que tout ce présent merdique, et que j’aurais aimé avoir 20 ans dans les années 70. Et comme en même temps, je me disais que la nostalgie, c’était pour les vieux briscards, je me suis mis à entonner cet air adolescent, tout en sachant pertinemment que je détestais ça par-dessus tout. Sans savoir qu’il serait le déclencheur d’une nouvelle étape de ma propre existence.

 

 

 

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Ce lundi là, je rendais visite à ma mère, parce que j’avais eu la flemme de le faire la veille. Ca ne l’empêcha pas de me sermonner sur mon irresponsabilité, et elle me rendit aussi irascible que je l’étais chaque fois que je passais un moment dans son bled paumé. Je décidai alors de sortir et d’aller voir ce qui s’y passait. Le cinéma du coin repassait Bienvenu Chez Les Ch’tis. Enfin, passait plutôt, ça devait être nouveau pour eux. Dans la minuscule file d’attente, qui devait constituer un évènement en soi, j’entendais des commentaires du genre : « Ouais, j’adores Gad Elmaleh ».


Lamentablement confondu avec Kad Merad par une troupe d’ignorants qui devaient chasser et pêcher plus qu’ils n’allaient au cinéma. Je m’étonnais d’ailleurs de ne pas les voir arriver avec leur canne à pêche, leur fusil à l’épaule et leur cartouchière bien visible en bandoulière. Aujourd’hui, bobonne avait du les saouler en leur faisant des sermons à longueur de temps, alors ils avaient cherché un moyen désespéré pour ne plus voir sa tronche, au moins pendant un moment. Deux rangs devant eux, il y avait une mère en train d’engueuler son fils. On sentait qu’il fallait que le film commence pour elle le plus vite possible, et qu’elle ait enfin la paix pendant un court moment de la journée.

 

-          Non, on ne va pas voir de dessin animé. Arrêtes d’embêter maman.


Le gosse comprend, madame, certes. Mais il comprend l’inverse. En général, c’est quand il commence à sauter partout que les gens, dérangés dans leur conversation et leur tranquillités, poussent des petits cris d’indignation ou soufflent dans leur graisse. Au point ou j’en étais, j’étais même prêt à leur payer un avion pour Paris, pour qu’ils voient un peu comme ils sont à des années lumière de cette vie.


Ce n’était peut être pas les plus malheureux remarque. Pas de gros qui bouffait des pop-corn bruyamment dans le cinéma, pas de caissière qui vous regardait comme si vous étiez un morceau de viande qu’elle devait emballer à la chaîne, pas de clochard ou de schyzo bizarre qui se met à vous parler ou vous rote dessus sans crier gare en pleine rame, pas de gueux avec la dégaine de Michel Houellebecq qui se jette sous les roues du métro en criant « adieu », qui mobilise l’arrêt du train pendant une heure juste pour faire chier et se fait vite oublier pendant que le trafic repart. Pas de touriste chinois qui vous demande de les prendre en photo devant un bâtiment qui n’a absolument aucune signification. Pas d’insulte quand vous tentez de faire un créneau dans la rue : ici, le trottoir c’est le fossé.


Mais la journée eut tout de même son lot d’imprévus, et un sacré joli petit lot serais je même tenté de rajouter.

 

 

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 11:45

Commençons cet article en vous souhaitant un excellent dimanche à tous. Vous êtes vous déjà senti si heureux dans un songe, enlacé par des bras que vous auriez rêvé de conaître, entouré de personnes qui vous sont chères prisonnières depuis longtemps de l'autre royaume, que vous y seriez volontiers resté pour le restant de votre existence ? C'est ce que va vivre Demius, en se faisant piéger par ses propres apparences. En sortira-t'il indemne ? 

 

 

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Aucune incertitude ne peut être plus forte en ce monde comme en tous que l’attente : ces instants ou tout est chamboulé, ou l’on ne sait rien sauf que l’on saura bientôt, et que le futur ne sera qu’une version déformée du présent lui-même. Cette nuit devait être unique, et elle l’était. Mais on ne pouvait se permettre aucun répit, chaque minute semblait être un sacrifice de plus, chaque seconde un souffle étouffé dans une agonie temporelle plus viscérale encore que l’idée d’une éventuelle capture.

 

Demius semblait perplexe, plus que jamais tandis que Mary demeurait là, debout, réclamant son dû, sa part du marché prête à être assurée. Soudain, un éclair de vie s’anima, et la pièce semblait déjà moins glaciale. L’atmosphère avait changé, la ritournelle semblait s’accomplir comme un destin à l’envers. La plume de la frustration se trempait dans l’encre de l’indécision, et l’impatience prenait bientôt le dessus dans les regards qui semblaient morts deux secondes auparavant.


 -          Je dois partir. Aerendel ne doit pas savoir que je t’accompagne. Arrange-toi pour rester ici et l’attendre. Il détecterait la présence d’une biche à 20 kilomètres à la ronde, j’ose espérer qu’il saura s’arranger avec celle de sa fille.

 -          Je ne peux pas rester, comment ferais-je pour trouver mon chemin dans ces limbes si elle n’est pas là pour me guider ?

 -          C’est seulement temporaire, et ce n’est qu’une question de diplomatie. Tu oublies qu’il me cherche, et ce n’est sûrement pas pour venir me féliciter d’avoir condamné Stonehenge. Je dois partir, je dois connaître notre ennemi, car je suis le plus fort de nous deux. Tu es douée, mais trop impulsive, et tu as beaucoup à apprendre.

 -          Ne sois pas insultant, j’ai parcouru moi aussi bien des routes et des sentiers ombrageux. Et je n’ai pas besoin d’avoir de l’expérience pour savoir que cela ne va pas bien se dérouler. J’ai comme un mauvais pressentiment, un orage plane sur nous. Nous n’aurons pas assez de notre propre orgueil pour nous en abriter.

 -          Bien, Mary. Fais moi passer de l’autre côté.


D’un geste bref, Mary fit comprendre à Relinka qu’au moment ou elle aurait besoin d’elle, elle serait dans son antre, de l’autre coté de la plaque de verre. Elle induirait juste de manière intuitive le chemin que Demius devrait prendre pour pénétrer dans l’autre royaume. Dans l’inconscient d’un esprit oublié, en des terres reculées, quelque chose se réveilla. La lueur d’une lanterne parut s’allumer dans les yeux perdus de celui qui allait entamer ce grand voyage dont il n’était pas sûr de connaître la fin.


Il savait que les cryptes qu’il avait vu, que les démons et autres incertitudes qu’il avait combattus n’étaient certainement rien à côté des épreuves auxquelles il devrait faire face dans cette antre de verre, ou tout, de son corps jusqu'à son esprit, pourraient être déformé. Il enjamba alors l’objet comme s’il s’agissait d’un pont, une connexion entre deux mondes : celui du concret et celui de l’inextinguible. Quittant la réalité qu’il avait toujours connu, il se raccrocha à cette étrange lumière blanche, comme une étoile dans un ciel d’une noirceur absolue.

 

Il suivit Mary, et se retrouva dans un royaume duquel il ne pouvait prononcer aucun son. Tous ces autres sentiments étaient bloqués par la beauté fugitive et toujours en mouvement de ces terres magnifiées. On se serait cru un soir d’automne, lorsque tous les enfants sont rentrés chez eux. Lorsque les feuilles qui voltigent à terre jouent et se délecte de l’appel du vent. Lorsque seules les lumières des étoiles éclairent une rue déserte. Tout ici était en suspension, figé dans un temps et un espace qui n’existaient que dans la vie de certaines personnes qui avaient eu la chance de voir ce spectacle de leurs propres yeux.

 

Devant eux, alors que Demius avait peur de prononcer le moindre son qui risquait de se perdre dans la volupté de l’air ambiant, se trouvait un chemin. Bien sûr, il se doutait que bien des hommes avaient du l’emprunter pour commencer leur périple. Dans ce qui n’était pas vraiment la nuit, il crut distinguer une ombre, vacillante à la lumière d’une lampe à huile, le dos courbé et le visage caché sous une capuche sombre.

 

-          C’est ici que je te quitte. Cet endroit, bien des légendes l’ont raconté, mais faussement. Dans l’antiquité, il était ce que l’on appelait le Styx, le chemin tortueux qui conduit les âmes des morts aux Champs Elysées.

 -          Pourquoi nos légendes ne le décrivent jamais de manière juste ? Je suis là pourtant, et je vois que ça ne correspond pas aux écrits ancestraux.

 -          Tout simplement parce que personne n’en est jamais revenu pour le raconter.

 

S’engageant sur la seule route visible, Demius se rendit compte que chaque pas qu’il faisait en direction de la nuit l’allégeait d’un poids considérable, et que toutes ses souffrances semblaient le quitter et s’évaporer dans le néant de ce monde miroir. Autour de lui, il ressentait parfois cette présence qu’il avait entraperçu quelques instants auparavant. Un souffle fugitif et ardent parvenait parfois à ses oreilles, et provoquait immédiatement un frisson qu’il considérait moins comme de la peur que comme de l’étonnement et de la curiosité.

 

Il faisait aussi sombre que dans une bibliothèque morte, et l’air avait la même odeur que tous ces livres poussiéreux qui reposeraient là à tout jamais. Chacun d’eux avait été un monde, et attendait impatiemment qu’on se délecte d’y goûter à nouveau. Pendant des minutes, peut être des heures, il continua de marcher droit devant lui, tournant ses pas aux courbes du chemin, ne sachant pas vers quel endroit il devait concentrer son attention. Et il la vit à nouveau : cette ombre noire, qui s’agrandissait avec la lumière qu’elle tenait au poignet, comme pour l’emprisonner.

 

Dans cette terre, elles paraissaient aussi vivantes que lui, avoir leur propre volonté. Il cria « Hé, attendez ! », aussi naïvement qu’un enfant innocent, et courut vers cette forme indistincte qui semblait, tout comme lui, chercher son chemin. La, il se mit à courir droit devant lui, ne prenant plus rien en considération que cette entité. Le vent commençait à lui sangler le visage, son souffle devenait de plus en plus lent. A un moment même, il se surprit à ne plus respirer et à n’en ressentir aucune gêne. Au fur et à mesure qu’il avançait, l’ombre se dissipait, aussi traître et manipulatrice qu’un mirage dans le désert. Elle ne lui montrait que ce qu’il voulait voir : quelqu’un à qui se raccrocher, quelqu’un qui connaissait ce monde comme lui connaissait le sien, de l’autre côté.

 

Mais il fallait se rendre à l’évidence : il était seul. Aussi seul que s’il avait perdu le but de son existence, la somme de ses certitudes. Aussi loin que remontait sa mémoire, jamais il ne s’était senti moins sûr de lui qu’en ce moment. Il ne saurait comment réagir si un obstacle se présentait à lui, dans un univers stérile dont il ne connaissait que la forme. Tandis qu’il se rendait peu à peu compte que cette ombre s’était évanouie, pétale de rose dans la solitude d’un champ d’herbes hautes, il avait déjà quitté le chemin sur lequel il avait posé le regard seulement quelques secondes auparavant.

 

Il était désormais au devant d’une maison qu’il avait bien connu. Seulement elle n’était pas comme dans le dernier souvenir qu’il en avait gardé, morne, terne, décrépie et usée. Les débris de bois ne jonchaient pas le sol. C’était un magnifique pavillon, resplendissant dans la candeur innocente d’une journée d’été. Il poussa le petit portail en bois blanc, et entendit des clameurs festives qui résonnaient en écho de son passé bien lointain. Lorsqu’il entra à l’intérieur, poussant la porte doucement, pour ne déranger personne et ne pas être vu, il aperçut un être qu’il croyait avoir oublié depuis longtemps.

 

Sa mère, dès qu’elle vit son fils penaud, ne sachant ou se mettre, émit un grand sourire qui illumina son regard tout entier. Elle courut vers lui, le serra dans ses bras. Il avait oublié la force teintée de douceur de ces mains maternelles. Il avait oublié ce parfum d’acacia et de fleur d’oranger. Mais elle n’avait pas changé depuis sa plus tendre enfance. Dehors, sur la terrasse, il y avait tous ses amis les plus proches, lorsque lui et sa mère vivaient dans cet endroit. Cela avait certainement été l’époque la plus prospère de son existence. Sa mère, le tirant par le bras, dit aux convives avec une verve peu commune :

 

-          Ca y’est, mon Demius est rentré, enfin !


Puis elle se tourna vers son fils, ne pouvant s’empêcher de froncer les sourcils à la vue de son teint pâle. Mais les bons sentiments prenant toujours le dessus sur les mauvais, elle s’écria :

 

-          Nous t’avons attendu tu sais. Tout le monde est venu là pour te voir.


Paralysé par cette nostalgie qui l’avait tant de fois perdu dans les limbes de la souffrance, Demius suivit ses vieux rêves, et s’invita à sa propre fête, comme si le passé ressurgissait d’une photo jaunie et s’animait sous ses yeux ébahis. Incapable de se séparer de tant de liesse et de rires enfantins, il s’avança vers ceux qui l’avaient tant espéré, s’assit à leur table et dévora leur festin. Demius était bel et bien rentré chez lui.

 


La haut, dans le ciel nocturne caché par le souvenir, un être vieux comme le monde savourait son exploit. Elle avait réduit un homme d’expérience à un simple enfant, qui assistait impuissant à son goûter d’anniversaire, aussi innocent et joyeux que dans ses premiers émois. Son sourire la trahissait pourtant, et la cruauté qui en émanait prouvait qu’elle s’amusait bien avec le nouveau présent qu’on lui avait gracieusement offert. Aussi agile qu’une mante religieuse, aussi gracieuse qu’une araignée, elle lui tissait une toile de sentiments et d’évènement passé. C’était son chant des sirènes. Envoûtant et mélancolique. Il incitait au bonheur permanent, tandis qu’il n’était que simple illusion. Tranquillement, aussi docilement qu’une mère bordait son enfant, Morphée attirait sa nouvelle proie vers un sommeil éternel. 

 

 

A suivre... 

R.B 

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 16:54

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15

Petites notes que je retrouvais dans un vieux cahier rangé depuis trop longtemps. J’avais 16 ans.

 

Je vois la beauté dans les arbres, Et la paix dans cette harmonie

Cette nature dont je me farde ; Remède à l’atroce infamie

Je suis cet être que tout oppose ; A la grande valeur des puissants

Dont les talents se superposent ; Pour lutter contre les tourments

Jamais le monde, aussi lointaine ; Que remonte la connaissance

N’a présenté d’œuvre aussi vaine ; Que la fierté de l’ignorance

S’ils ne veulent pas d’érudition ; Qu’ils restent donc dans leur monde terne ;

Suis-je le seul dans cette équation ; A défier cette époque en berne ?

Les passants sont tous dérisoires, Ils ne se soucient que du temps

Chaque fierté à son histoire ; Et c’est Dieu qui crie « Au suivant ! »

Est-ce donc une immense usine ; Ou les humains sont à la chaîne

Ou chacun doit suivre le rythme ; Par indifférence à la haine ?

Aucune fierté ne m’auréole ; Je ne prétends pas être l’élu

Mais puisque cette époque est folle ; Autant vouloir en être repu

 

Après cette lecture qui avait le goût de la découverte, je rangeais ce cahier à sa place d’origine. Je le laisserais certainement prendre la poussière et y reviendrais lorsque le temps m’en aura rendu nostalgique. Le plus tard possible, j’espères.

 

 

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16


Quel plaisir à fumer une cigarette à la terrasse d’un café, alors que personne ne se soucie du fait que vous pourriez éventuellement mourir dans l’excès de cette étrange substance qui crée tant d’addiction et mobilise tant d’associations ? Il faudrait donc voir le bon côté des choses dans tous les sens du terme : certains organismes vivent en empoisonnant la population : si on interdisait la clope, il faudrait alors leur faire face. Loin de moi l’idée de me constituer en lâche, mais à choisir une couleur, autant être neutre.


Nous nous entrainons tous à être Suisse. D’abord pour les impôts, ensuite parce qu’ils ne prendraient pas parti même si la troisième guerre mondiale était à leur porte. Ils préfèrent vivre dans l’opulence des paradis fiscaux, avec leur fromage et leur vache Milka dans chaque ferme pour fabriquer du chocolat, et employer des marmottes pour qu’elles l’emballent dans le papier alu. Qu’on soit d’accord, je n’ai rien contre eux spécialement, je pourrais aussi critiquer les autres nations. Malheureusement, pour illustrer mon exemple, c’est tombé sur vous. Pardonnez-moi si je préfère l’idée de bouffer des frites et regarder un gars pisser sur le monde entier et attirer les foules : c’est bien plus stimulant pour ma satisfaction sarcastique. Qui peut donc se vanter d’en faire autant aujourd’hui ?


Essayez de pisser dans une fontaine publique ou sur des passants… Vous n’aurez pas la mine aussi réjouie que ce petit bonhomme. Notre monde est fait de cliché. Nous n’y pouvons rien, ils sont ancrés en nous depuis si longtemps. Essayez d’enlever la pourriture au roquefort, il ne vous restera que l’emballage. Pourtant, dans ces moments aussi tranquilles qu’un bon vieux cliché inaltérable, il en fallait bien un pour venir troubler cette quiétude. L’heureux élu fut donc le jeune gay aux cheveux rouges de l’autre jour. Visiblement, il avait la mine déconfite : il avait l’air de se faire chier sévère. Au fur et à mesure qu’il s’approche de ma table, je me rends compte qu’il m’a reconnu, et me prépares psychologiquement au choc. Malheureusement, ce jour là, il ne m’a pas laissé assez de temps pour m’y consacrer pleinement.


 -          Salut. Je peux m’assoir ?

 -          Bien sûr, je t’en prie, dis-je avec un sourire et une politesse qui me surpris moi-même.

 

Non pas que ça me fasse un immense plaisir, mais il n’y a ici personne que je connais et qui soit susceptible de me prendre sur le fait de notre éventuelle conversation. Plus je dévisageais cet être qui ressemblait un peu à un mélange entre Yvette Horner (pour son sourire en forme d’accordéon et sa couleur affreusement ratée qu’avait du lui faire un copain qu’il désirait secrètement mais qui s’était appliqué à lui faire un truc immonde)  et Jean Luc Reichman (pour sa bonne humeur agréable sur 3 minutes mais juste scandaleusement intenable sur une heure et demi), plus je me disais au fond de moi-même que derrière son rire se cachaient sûrement des pleurs. Et plus j’étais certain de cette affirmation, plus je m’en foutais royalement.

 

Il s’assit sur une chaise sur laquelle avait végété un clochard pendant environ 15 minutes avant de se faire lamentablement virer pour non-consommation. J’avais trouvé ça scandaleux, mais n’avait pas protesté, voyant l’indifférence totale des autres personnes assises autour de moi. Tout ce que je ne voulais pas, c’était passer pour un original. S’il fallait sacrifier une protestation pour se fondre dans la masse, alors je l’acceptais bien volontiers. J’aurais dit ça en présence de Gandhi ou du Che Guevara, je me serais très certainement fait lapider en place publique. Mais ils font désormais partie de l’Histoire, alors que je suis tranquillement en train de construire la mienne. C’est un des avantages qu’il y a à être vivant.


 

 

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17

 


Nous avions, sans vraiment parlé pendant des heures, décider de migrer vers le parc. Désormais assis sur un banc, nous nous apprêtions à démarrer une vraie conversation. Enfin, je l’espérais en tout cas, parce que savoir ce qu’il était en train de faire en ville n’allait certainement pas m’avancer ni professionnellement ni intellectuellement. En attendant qu’il démarre son disque dur et se mette en lecture, j’observais cette si jolie nature autour de moi. Ces canettes, ces bouteilles en plastique qui jonchaient le sol.

 

Et cet agent d’entretien qui était là, ramassant péniblement tout ce bordel au bout de la rue. Il allait certainement arriver dans le parc, et cela me ferait une distraction en guise de plan B. Sur un autre banc à quelques mètres, un enfant était lentement en train de mettre sa mère en dépression nerveuse, en courant partout comme un damné. Lorsqu’elle réussit enfin à le faire s’arrêter, celui-ci trouva bon de mettre ses doigts dans son nez à défaut des mains dans ses poches. Sa mère lui fit un nouveau sermon.

Il sembla un instant attentif, avant de recommencer de plus belle dès qu’elle eut le dos tourné. Je ne pus m’empêcher de me revoir à son âge, toujours en train de défier l’autorité, de vouloir bousculer l’ordre établi. Enfant, j’étais un révolutionnaire. Le cynisme et la réalité de la vie auront certainement fini d’achever cet esprit de révolte permanent. Alors que je reconsidérais cette période de ma vie par des flashbacks conséquents, c’est ce moment que choisit Yvette Reichmann pour sortir de son silence de mort.

 -          Rob’ aurait sûrement aimé mieux te connaître. C’est tragique ce qui s’est passé. Dommage qu’on n’ait pas eu le temps de faire plus de trucs ensembles, on t’appréciait bien, tous.


Je ne sais si ce fut un réflexe ou un geste défensif, mais je croisais les jambes et remontait un peu plus mon pull à col roulé. Mieux valait éviter la méprise. L’agent d’entretien (c’est comme ça qu’on dit maintenant, au risque de les vexer) avançait à faible allure, et se rapprochait de nous en soufflant, toujours indigné d’une situation qu’il devait pourtant vivre à longueur de journée.

Soit le faisait-il pour se constituer intérieurement en sauveur de la propreté de sa ville, soit pour attirer la sympathie et engager la conversation avec des passants toujours plus ingrats et indifférents. A croire que son gilet jaune fluo était un bon facteur d’exclusion sociale. Bien que je ne sois pas d’accord avec ces préceptes, il fallait bien reconnaître que cet habit était d’une laideur absolue. Et ce même si on était pas du genre à s’habiller chez Armani.

 -          Oui.

Sobre, concis, le meilleur moyen de ne s’attirer les foudres de personne, y compris de soi même.

 -          Pourtant, on s’était vu la veille et tout semblait aller. On n’arrive pas à comprendre ce qui s’est passé.

 -          La vie est faite de hasard.

 -          Les autres disent que quelqu’un l’aurait forcément déçu. Ils disent aussi qu’il a du y avoir un problème.

 -          Comme ils disent…

 -          Et le pire, c’est que tous ses collègues de boulot s’en foutent complet. Tout le monde semble ne plus se souvenir de son existence.

 -          Non, je n’ai rien oublié…

 -          Y’en a juste deux qui m’ont dit qu’ils étaient désolé, mais ils l’ont toujours détesté…

 -          Les comédiens !

 

Je voyais bien qu’il commençait à en avoir marre. Apparemment, mes réponses basées uniquement sur des titres de chanson de Charles Aznavour ne semblaient amuser que moi, et ce même si je savais pertinemment qu’il n’avait pas encore capté la supercherie. D’un air détaché, il regarda sa montre et fit semblant de paraître surpris.

 

-          Oh, il est si tard que ça ?

 -          Je n’ai pas vu le temps passer.

 -          Bon, je dois te laisser. On se recroisera sûrement. On se réunit dans ce bar tous les dimanches, si le cœur t’en dit !

 -          Nous nous reverrons un jour ou l’autre.


Il devait soit me prendre pour un aliéné, tout du moins pour un type plus étrange que la moyenne. Essayez donc de tenir une conversation avec des titres de chansons, vous m’en direz des nouvelles. Quelque part, je n’étais pas peu fier de mon exploit. Mais l’humain sociable en moi disait que j’agissais comme un crétin imbu de lui-même et que je me retrouverais tout seul. 

Tandis que l’agent d’entretien se rapprochait de plus en plus, je vis Yvette partir dans sa direction, l’air détaché. Dans la main, il avait le reste de sandwich qu’il n’avait par terminé tout à l’heure, quand on était passé dans un kebab pour qu’il mette fin à sa faim. J’entendis de là ou je me trouvais, un faible « Bonjour », poli et sobre, et m’en étonnais. Mais alors que l’agent se baissait pour ramasser une canette de coca, je vis l’autre jeter son papier par terre, derrière lui, prenant bien le soin de ne pas être vu. Alors que la poubelle était seulement à quelques mètres de là.

Des fois, la solitude est pesante.  Et d’autres fois, quand on voit le genre d’individus avec lesquels on pourrait passer nos soirées, elle n’en est que plus salutaire. 

 

R.B

 

 

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 19:32

12

 

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Pour connaître le fruit de ma frustration sentimentale, je pense qu’il faudrait remonter à ma jeunesse. Oui, tout cela ne me rajeunit pas, certes. J’en profite pour vous dire que cela ne vous rajeunit pas NON PLUS. Pas de souci, vous avez le droit de le prendre mal, c’est fait pour. D’ailleurs, je n’ai jamais vraiment compris pourquoi on prenait mal le fait de dire que l’on était vieux. On ne peut pas toujours rester aussi frais que dans nos premières années.


On est comme un produit surgelé dans un frigo : ça tient un moment, mais il faut le consommer vite, sinon il devient carrément immangeable. Et il faudrait l’accepter plutôt que d’user de produits pour effacer la vieillesse. La vieillesse, c’est l’expérience. C’est quand tu t’aperçois que la musique que tu écoutes est devenue ringarde. C’est quand tu regardes avec nostalgie les toilettes à la turque sur une aire d’autoroute, ou encore quand tu décroches une larme en voyant un camembert avec en dessous l’appellation « moulé à la louche ». Tout se perd, rien ne se recycle sauf les déchets.


De là à conclure que la race humaine en fait partie, il faut quand même avoir un sacré culot que je n’aurais pas, du moins dans un futur proche. On peut rire, mais il ne faut tout de même pas perdre de vue ses perspectives sociales. Une blague gênante peut ainsi faire autant de dégâts qu’une blague vraiment pourrie. Je me souviens, c’était il n’y a pas si longtemps, j’ai procédé au rituel du ringard avec ma mère. Il fallait que ce soit un coup de poing, un choc pour elle. Un jour, je l’ai regardé dans le blanc des yeux (enfin, ce qui restait de blanc), et je lui ai balancé à la figure qu’elle avait pris un coup de vieux. Elle s’est enfermée dans sa chambre de bonne pendant environ 12 heures.


Je suis parti de chez elle en riant, fier de ma visite du dimanche, en espérant qu’elle m’appelle pour me dire ô combien j’avais été mauvais. Mais je dus lui reconnaitre ce jour là le soupçon d’originalité qui lui a toujours manqué : elle a fait comme si de rien n’était. Et le dimanche suivant, elle m’a fait passer la pire journée de toute ma vie. Elle s’est ainsi appliquée à faire comme si elle était totalement grabataire, et ce pendant que nous faisions les courses dans le magasin : 3 heures pour attraper une boîte, une note salée payée en centimes et en petite monnaie, et vas-y que je te jacte avec tout ce qui passe : de la mère de famille exaspérée jusqu'à l’alcoolique chronique qui venait s’acheter tranquillement ses 2 bouteilles de pinard pour les siffler en route.


J’aurais pu vous dire qu’ensuite, elle m’a fait avaler 14 cuillères d’huile de foie de morue, qu’elle s’est appliquée à passer sa journée à se plaindre dans son fauteuil, de me demander de lui rendre des services tous plus immondes les uns que les autres. J’ai entrevu ce qui m’attendait dans les 20 prochaines années, et je peux vous dire que la sueur qui coulait le long de mon dos à ce moment là n’était pas uniquement du au labeur, mais principalement au frisson de l’anticipation. Elle m’a congédié dans la soirée, et lorsque je suis rentré chez moi, je me suis regardé dans le miroir. En 6 heures, j’avais pris 40 ans.


J’étais passé du Prince William à Jacques Chirac. Inutile de vous dire qu’en cet instant, l’idée effroyable de me faire accoster par une Bernadette m’avait follement traversé l’esprit. C’est moche, de vieillir.

 

 

13

 

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Ce qui est peut être encore plus moche, c’est de vouloir rester jeune lorsqu’on a passé quelques printemps, et ce de manière excessive. Sûr qu’une Vodka on the rocks, ça sonne mieux qu’un thé verveine. Dans mon entourage, j’ai un paradoxe de la nature. Elle s’appelle Bérénice, à la cinquantaine bien tapée. Sur son visage, on peut voir le cul des bouteilles qu’elle s’est enfilée tout au long de sa vie, et les vieux séniles autant que les jeunes éphèbes qui sont passés dans son lit.


Je ne l’aime pas vraiment, mais je la garde dans ma liste de contacts car elle-même en a, ce qui peut éventuellement m’aider pour mon métier, qui sollicite souvent l’aide de tierces personnes. Je me souviens parfaitement d’un jour ou nous étions assis à la terrasse d’un café. Il faisait beau, tout le monde s’en foutait et faisait la tronche : le monde habituel en somme. Pourtant, je dévisageais cette femme assise en face de moi, le sourire aussi ravageur que son espèce de pantalon léopard qui surmontait des talons rouges aussi vertigineux que son décolleté plongeant sur de la vieille marchandise tombante du camion, qui voulait se faire passer pour du produit frais.


Mais aussi vrai qu’un saumon n’a pas la même classe qu’un cabillaud, on sentait que quelque chose n’était pas frais dans ce morceau là. Heureusement que ce n’était pas dans un quartier chaud, à coup sûr, un homme en mal d’amour charnel serait venu et me l’aurait piquée. Et si j’ai bien horreur d’une chose, c’est qu’on me vole délibérément ma source d’info pour jouer avec et me faire passer pour un plouc. Bérénice était la raison pour laquelle on tuait des baleines pour faire du maquillage : le sien ressemblait à une bonne grosse tambouille du chef. Du bleu, du rouge, du brillant, du rosé, du noir : vous pouviez oublier le 14 Juillet sur le champ de Mars, le plus beau feu d'artifice était imprimé sur sa face. Il racontait une histoire pourtant, faite de désillusions, de souffrances et de whisky. Mais c'est chiant pour vous, alors je vais passer ce point. 


Que voulez vous, il fallait bien la sauver, même s’il ne fallait tout de même pas se la voiler, la face ! On m’aurait dit que cette femme la possédait encore des hommes qui se seraient jeté à ses pieds, j’aurais sûrement rétorqué vivement en remettant en question la législation sur les relations sexuelles entre les hommes et les animaux. Bref, nous étions assis face à face. Je buvais mon café classique et noir, aussi noir que mon humeur du jour, pendant qu’elle sirotait tranquillement son gazpacho.


Elle se donnait un air d’espagnole, en buvant une de ses spécialités « maison ». Pendant qu’en déchiffrant les émotions sous sa couche de mascara, je me réjouissais de disposer entièrement de mon célibat et du néant de ma vie sentimentale, imaginant les rapports qu’elle pourrait avoir aujourd’hui, dans la chambre miteuse et puante d’un hôtel sordide.


C’est peut être cruel, mais j’eus un sourire à cette pensée. Elle interpréta cet excès d’émotion de ma part comme de la moquerie. C’est à ce moment que je m’aperçus qu’elle était en train de me parler de sa vie depuis environ 5 minutes.


 -          Ca te fait rire ce que je te dis ? Crois moi, coco, les morpions, quand tu les chopes, y’a qu’eux que ça peut faire rire. Et donc je lui ai dit d’aller se faire voir, tu te rends compte, un type qui me file des saloperies pareilles. Des fois, ça me pousserait à arrêter de pratiquer la chose. Le sexe, c’est comme le trekking : plus tu grimpes sur la montagne, plus le temps passe, et plus t’as du mal à respirer : le plaisir n’est que de l’oxygène quand on en demande. Tiens, je devrais la garder celle là. T’en dis quoi ? Hé, petit, je te cause !

 -          J’en dis que si tu t’ouvres à ce type comme une boîte de conserve à un ouvre boîte, je pense que ça va vite tourner en rond.

 

 

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 -          Ouais, je te reconnais bien là. Toujours le bon mot, le sarcasme incarné. Moi au moins, j’essaye. C’est quand que tu te trouves une boite de conserve, toi ? T’ouvres beaucoup ta gueule, mais la saucisse ne se fond pas aussi facilement dans les haricots.

 -          J’adore les discussions savantes avec toi. Je me dis que je ne suis pas un cas si désespéré, finalement. Ca me valorises de traîner avec des gens dans ton genre. C’est marrant, mais je me disais que ce type, assis juste au comptoir, semblait te regarder avec insistance depuis déjà un bon moment. Tu le connais ?

 -          Non, chéri, mais on a tout le restant de nos foutues existences pour apprendre à se connaître.

 -          C'est-à-dire pas tant que ça en fin de compte.

 -          Si je te connaissais pas si bien, je jurerais que tu es le type le plus antipathique que je connaisse. Mais je sais que t’as un bon fond. Ta maman a souvent du te le dire.

-          Elle m’a aussi souvent dit de me méfier des vieilles : c’est celles qui ont l’air le plus gentil et font bien souvent le plus pitié, mais aussi vrai que les clichés sont ancrés dans la société comme des tiques accrochés au derrière des chiens, c’est aussi les plus perverses et celles qui ont le moins de pitié. Elle m’a souvent déconseillé de leur faire confiance. Pourtant, je suis en train de te parler.

 -          J’aimerais bien faire durer le plaisir, mais j’en ai un d’un autre genre qui m’attend. Alors abrèges, si tu veux bien.

 -          Tu sais ce qu’ils prévoient de faire pour la direction de l’Hôtel Grassior ?

 -   Y’a des rumeurs qui disent que ce serait Thénous qui prendrait la tête dès l’année prochaine.

 -          Travailles un peu tes méninges, Béré, il me faut plus que des rumeurs.

 -  Je sais que la sous-directrice sera une amie : Ghislaine Kadras. Elle a beaucoup d’influences dans le milieu depuis quelques temps, et elle est la seule à même d’avoir des mecs sous ses ordres. Sauf moi, peut être. Mais je n’ai pas fait les études pour.

 

On terminera la discussion autour d’un repas, aussi frénétiquement qu’elle avait brutalement commencée, ce jour là. C’était tout le temps comme à avec Bérénice. Je balançais un pavé, elle renchérissait avec 2. On se tirait à boulets rouges, et ça nous faisait rire. J’avais son bagout et son cynisme avec presque 25 ans de moins. Mais tout ce qui m’intéressais, une fois encore, c’était ce qu’elle était susceptible de m’apporter chaque semaine.


Autant vous dire que mon pragmatisme était réglé comme une horloge. Il était à ma vie ce que les petites filles étaient à Marc Dutroux : t’avais beau l’enfermer dans une cave bien profonde de ton cerveau, même des années après, il était susceptible de ressortir de son trou et de t’éclater à la tronche.


Les défenseurs des droits de l’enfance ont toujours manqué d’humour. 

 

R.B

 

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 18:26

Les gosses, la dépression, le marasme économique, la lutte des classes... La vie, quoi ! Non sans sarcasme tout de même, c'est ce qui fait marcher le système. En espérant que vous passerez un bon moment et apprécierez cette lecture ! 

 

 

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10

Les dépressifs font tourner le monde, du point de vu des négationnistes autant que des libéraux. Ca ne les empêche pas de venir mettre leur petit grain de sel dans le nôtre. Mais le monde aime le scandale, le sensationnel. Quoi de mieux alors que le suicide d’un pauvre gars à qui rien ne réussissait et qui finissait par se trouver lamentablement en marge de la société, pour lancer une bonne conversation un dimanche avec la famille ou autour d’un canon ? Grâce au SDF de l’autre jour, j’ai enfin compris que ce n’est pas le monde qui ne tourne pas rond, juste l’idée que nous nous faisons du nôtre.


Robert, dans ses derniers jours, avait même du mal à aller acheter une baguette de pain à la boulangerie en bas de l’immeuble. Comme on se retrouvait parfois (a croire qu’il attendait que je descende pour accourir et récolter les quelques bribes de conversation qu’il aurait pu avoir au cours de la journée) au détour d’une baguette farinée, je voyais bien ce regard torve, cette lutte désespérée pour ne pas sauter de l’autre côté de la caisse et jouer avec la jolie chocolatine qui lui vendait son pain.


Ce qui le retenait devait sans doute être ce que Houellebecq appelait le « Domaine de la Lutte », lui qui n’aurait sans doute pas tôt fait de chercher une vierge dans une maison close. Pour Robert, on aurait dit que la boulangère était un stand de dégustation comme les autres, mais qu’il manquait la petite pique ou le petit cure dent pour sauter dessus et passer pour un prolétaire qui ne peut même pas se payer un repas et court les stands pour avoir l’estomac plein.


Il existe tellement de gens comme ça, toujours les mêmes. Toujours ceux qui vous demandent comment ça va tout en sachant que dans leur armoire à pharmacie est autant pleine d’antidépresseur que celle d’un petit vieux l’est de petites pilules bleues. Lui qui venait toujours nous demander de l’huile, ou du sucre : je suis sûr qu’il en avait des litres, des kilos chez lui, mais que c’était seulement un moyen de démarrer une bribe de dialogue, pour ne pas être dans le monologue perpétuel. La déprime est une solution comme une autre à l'inexistance de piment dans la vie. Il faut les comprendre : s'il n'y avait qu'eux pour leur dire qu'ils sont formidables, ils s'emmerderaient sévère. 

 

 

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Mais ces choses là, nous ne pouvons pas le remarquer lorsque nous sommes engoncés dans notre petite vie tranquille, nos problèmes personnels. Comment va-t-on gérer la fuite du dossier L145, qu’est ce que cet enfoiré de Plantier a encore été dire dans notre dos. Les dépressifs, lorsque pour vous la vie n’est qu’une suite d’arc en ciel et d’éléphants rose, viennent déposer la petite merde en vous regardant avec ces yeux coupables, comme quand un chien sait qu’il a fait une bêtise.


Il est content de savoir que tout ce que vous pourrez lui dire pour le consoler va désespérément le faire rechuter. C’est une recette qui fait recette : les docteurs se frottent les mains : s’ils n’avaient pas ce fond de commerce, on leur amputerait sûrement plus d’un bon dixième de leur clientèle. Il aurait pu s’appeler Thierry, ou Marc. Mais non, Robert, c’était bien le fichu prénom inscrit sur sa carte d’identité. Et c’était le même syllogisme partout dans l’ensemble de sa vie.


Il faisait marcher le système : la sécurité sociale, les psychologues. Le marasme ambiant lui permettait de passer inaperçu, comme des milliers d’autres avant lui. On nous pousse, chaque jour, à rejoindre le cercle. Et pour ça, si je puis dire, nous avons plus d’une corde à notre arc. Nous vivons dans un sarcasme permanent de nous même, et si l’existence est sujette à caution, la coexistence, elle, est précisément  à remettre en doute.


Jamais, pas une seconde, je ne pensais que ce type allait ouvrir sa fenêtre et sauter le pas. Jamais je n’aurais pensé qu’il allait m’aider à finir mon papier de la journée. Les dépressifs font tourner le monde, et c’est précisément parce qu’il ne tourne pas rond qu’ils le sont.

 

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12


 -          Papa, tu veux pas me mettre un dessin n’animé ?


On a tous déjà entendu cette phrase, et je peux dire sans honte que je maudis le jour ou un type a connecté deux fils et inventé le lecteur DVD. Non pas que je déteste le cinéma, j’aime l’horreur, le fantastique et ce genre de joyeusetés parce que ça me permet de m’évader du quotidien informatif. Mais bon dieu qu’on me fusille sur le champ si on n’en a jamais eu marre que son gosse passe tout son temps devant la télé, et de devoir faire le flic pour qu’il en décolle les yeux.


Je vous dis ça parce qu’aujourd’hui, je n’ai aucune inspiration pour ma chronique de la semaine, mais demain j’aurais sans doute changé d’avis. On a tous des impératifs, des impondérables comme nous l’aimons à nous le rappeler de la plus pédante des manières : on s’invente des problèmes à régler pour éviter les autres et se recentrer sur soi. Justement, aujourd’hui, mon fils de 4 ans se recentre bien sur lui-même. Il ne faut pas croire, les gosses n’ont absolument rien à faire de nos « impératifs ». Ils croient que le monde tourne autour d’eux, que vous allez bien pouvoir satisfaire le moindre de leur désir, sans toutefois dépasser les limites du convenable.


C’est pour ça que l’on dit que l’argent n’achète pas l’éducation d’un enfant. Il y en a qui sont contents d’avoir un Action Man en sortant d’un magasin de jouets et d’autres qui ne sont satisfaits que lorsqu’ils ont tout le rayon. Et encore, si on avait pu l’élargir, ça aurait été encore mieux. Ils sont mignons, ils bavent, font leur besoin tous seuls à cet âge. Mais c’est encore nous qui les lavons. Allez savoir pourquoi on préfère laver le cul d’un enfant plutôt que celui d’une vieille femme en fin de vie. Est-ce que leur système digestif usé fait que l’odeur sera plus insupportable encore ?


 A part les pédophiles, personne n’aime foncièrement voir un enfant nu, ça ne présente pas véritablement d’intérêt pour soi. Encore moins les seins tombants d’une mamie gâteau qui aurait la poitrine aussi molle que les pains au lait qu’elle garde dans son placard depuis 5 ans et qu’elle vous propose avec un sourire toujours aussi sincère que votre dégoût en découvrant la date de péremption. Si tu ne vis pas ça tous les jours, alors tu ne comprends pas qu’il n’existe ici bas que de la psychologie de bas étage.


Que quand un psy t’&coutes, il lui tarde lui aussi que sa journée finisse, et d’aller retrouver sa famille. On attendrait alors des vieux qu’ils soient contents de l’être, et des enfants qu’ils demandent dès 3 ans avec politesse « Puis-je me lever de table ? » alors qu’on ne le fait pas nous même ? Cela a quelque chose de profondément ironique pourtant de penser que je prends l’éducation de mon enfant comme une crotte de nez qu’on fout sous la table et qu’on ressort les jours ou l’on a envie de jouer avec.


Mais la simple idée que je n’aurais aucune gratitude quelque qu’elle soit une fois que je lui aurais balancé le film et qu’il m’aura salopé le canapé avec du chocolat partout me fait me poser toujours la même question : ou se termine le cercle ? Je pense qu’a cette réponse posée, il n’existe pas réellement de question, qu’elle est elle-même un paradoxe, comme tout les problèmes auxquels on touche à longueur de temps. Car, je l’ai dit, les gosses croient que le monde tourne autour d’eux. D’où un grand penseur dont j’ignore le nom qui a dit un jour dans un éclair de lucidité que les hommes étaient de grands enfants. Sauf que la différence avec nous, c’est que nous ne l’assumons pas. C’est ce que les intellos qui ont envie de faire du social ont un jour appelé la « Lutte des Classes ».  

R.B

 

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 18:47

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Aujourd’hui a été rebaptisé dans mon calendrier interne le « jour du suicide ». Ca faisait un petit moment que ça couvait, et l’indifférence poussant à l’ignorance concernant le regard des autres ; pour le dépressif, l’ignorance conduit au désespoir et le désespoir conduit à se remémorer comment est mort Mike Brant et à vouloir à tout prix refaire pareil. Et encore, si tu as de la moule, c’est la mort direct. Si tu en as moins, soit tu peux survivre avec beaucoup de séquelles et alors ta vie sera pire qu’avant, soit tu peux refuser de sauter alors que des gens te regardent en bas en attendant le clou du spectacle, et tu passes alors pour un lâche devant tout une communauté, ce dont tu auras d’autant plus de mal à te remettre, même si pour le coup les séquelles seront plus morales que physiques.


La mort n’est pas si jolie que ça quand elle est provoquée. Il faut tout un tas de facteurs pour la déclencher, et le temps que l’idée germe, une mort ne sert à rien puisque des nouveaux nés sont enregistrés chaque jour et diffusés dans la rubrique naissance du journal. Les bébés, ça fait sourire. Les soucis, ça fait mourir. De la part un paradoxe : est ce qu’on doit faire de l’info avec des choses heureuses et dire que tout va bien au pays de Candy pour faire baisser les statistiques de suicide à France Télécom , ou est-ce qu’on informe pour dénoncer les injustices et rappeler aux tyrans que nous n’acceptons pas leurs lois personnelles ? La question existentielle des journalistes comme moi, qui existe sans doute depuis qu’on a inventé la nouvelle.  Le premier jour, celui ou je suis arrivé dans ma toute première rédaction, fut inoubliable.


Je me rappelle encore que Thierry, mon rédacteur en chef, se curait le nez tout en buvant son café de l’autre main, et je me souviens d’avoir pensé que c’était un gros dégueulasse, jusqu'à ce que je m’aperçoive qu’il m’arrivait souvent de faire pareil, et de réfuter cette idée en aussi élégamment qu’un mioche ravale sa morve. Je vivais dans une mer de complétude, et croyais que cette belle situation durerait toute une vie, qu’on allait toujours m’envoyer faire des petits reportages, des courtes brèves, et que ma vie serait aussi tranquille que ça pendant encore un bon moment.


Mais il existe chez les patrons un langage barbare qui vous pousse toujours à dépasser vos propres capacités : le mien se nommait perspectives d’évolutions. Je n’ai jamais été particulièrement audacieux, et cette idée me révulsait en fait plus qu’autre chose. A quoi bon se dépasser et être grand reporter quand vous voulez juste vous occuper du vieux qui s’est fait écraser sur la nationale 7 à Quimper ? La hiérarchie de l’info est certes importante, mais tous ceux qui voient le métier de l’extérieur s’imaginent que je vais me transformer en PPDA ou en rédacteur en chef du Times. Histoire de « Réussir là ou certains ont échoué ».


Je veux bien croire que mon métier en fasse rêver certains, mais de là à me mettre la pression… Des fois je voudrais me retirer dans un bled paumé et écrire pendant le restant de mes jours. Et  ne rien montrer à personne. Après tout, on s’en fout, si ça me plaît à moi, c’est l’essentiel. Vous commencez à me trouver étrange ? Attendez, ce n’est qu’un début. Je peux être aussi vif qu’un chorizo extra fort, et aussi mou qu’une saucisse de Strasbourg sous cellophane. C’est un talent que beaucoup m’envient. Pourtant, je n’ai pas l’orgueil de me considérer comme exceptionnel. Certains, par contre, ont la bonté de penser ça de moi. Douche froide.

 

 

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8

Mon voisin s’appelle Robert. Enfin, s’appelait. Mais n’allons pas trop vite, au risque de déclencher la polémique. Cet homme avait 35 ans, et comme tous les hommes de 35 ans il avait désespérément besoin de s’affirmer. Problème, il avait autant de charisme qu’une plaque de beurre. D’une mollesse extrême, on l’aurait cru éternellement à deux de tension. Si bien que lorsqu’il frappait aux portes pour demander quelque chose, ce qui arrivait occasionnellement quand il n’avait « pas le temps » d’aller faire les courses, je m’arrangeais pour ne pas être là. Il me disait toujours bonjour quand il me voyait, et je ne pouvais pas lui refuser une certaine politesse.


Jusqu’au jour ou il était à la terrasse d’un café tout près du sentier, quartier ou j’avais l’habitude de me promener un dimanche. Il était avec des amis, aussi mous que lui, et ils conversaient en langage mou d’une actualité molle. Lorsqu’il m’accosta, je ne me retournais pas, du moins au début. Devant son insistance, et en entendant l’éloge qu’il faisait de moi (« C’est mon voisin, il est super sympa »-et ce, beaucoup plus lentement que la manière dont vous venez de le lire), je ne pus m’empêcher de m’arrêter pour le saluer brièvement.

 

-          Hey. Désolé, mais je ne peux pas rester, j’ai du boulot qui m’attends.

 -          Un dimanche ? Tu te moques de moi ? Je sais que le dimanche tu végètes. Viens t’assoir avec nous, ton premier pot est pour moi.


Je m’asseyais ma foi assez mollement, aussi mollement que les autres me regardaient en me considérant comme leur futur probable nouvel ami. Je trouvais ça très drôle, car personnellement je savais que jamais je ne me lirais à ce genre d’individu, qui consommaient à eux 5 probablement autant de came que Bob Marley dans ses meilleurs jours (ce qui représente un sacré pactole, je vous prie de me croire). Dans le lot, il y en avait un qui avait les cheveux aussi roux de ceux de Régine, sans, heureusement, avoir son âge. Je considérais Robert, un nom qu’il portait bien mal en cette époque moderne.


Pourtant, on ne pouvait s’empêcher de voir en lui le beauf parfait. Il avait cette espèce de coiffure fait à la va-vite, avec cette calvitie précoce, signe de soucis et de stress permanent. Arrêtant un instant de dévisager tous ces ploucs, et essayant de rester le plus neutre possible, j’entrepris une tentative d’intégration sociale, et préparait déjà à rabaisser mon niveau de conversation.

 -          Vous avez vu Lille ? Ils se sont fait déchirer par Paris, ils ont rien vu venir ! ; fit Robert dans une tentative de vanne que je jugeais désespérante.

 -          Ouais, on leur a mis la pâtée. Que voulez vous, on possède une bonne équipe ou alors on a des tafioles ; dit l’autre aux cheveux rouges, qui devait sûrement être gay lui-même, à en juger par ses manières efféminées.

 -          L’action du gardien à la deuxième minute de la seconde mi-temps était…

 -          Oh, j’aurais bien voulu voir ça. J’étais cantonné au traditionnel repas de famille, avec la femme et les gosses ! Je ne te dis pas la corvée !

 -          Désolé, mais j’ai du poulet qui m’attends dans le frigidaire.


C’est sans doute l’excuse la plus bidon dans tout l’histoire des excuses, et il a fallu que ce soit moi qui la sorte, alors que des gars sans prétention et d’une effarante simplicité étaient tranquillement en train de parler foot, sans rien demander à personne. Autant dire que ma pathétique histoire de frigo avait jeté un froid.

 

 

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9

Quelques heures plus tard, alors que j’étais encore en train de ruminer sur cet abruti aux cheveux rouges qui se croyait malin, tout en me disant que je ne devrais pas penser ce genre de chose, on frappa à ma porte. Comme j’avais besoin de me faire pardonner de je ne savais quoi, et qu’un certain sentiment de culpabilité me gagnait sans que je sache vraiment d’où il provenait, j’allais ouvrir, aussi déterminé que l’œuf dans le cul d’une poule qui voudrait sortir de son trou. C’est toujours ça que les américains n’auront pas, me disais-je le sourire aux lèvres en ouvrant ma porte à cet inconnu qui venait me déranger dans mes méditations expéditives.

 -          Ca ne va pas du tout, mon pote. Elena m’a laissé tomber, elle est partie.


Eh ouais, mon pote, ce sont des choses qui arrivent. Elle a du trouver plus gros. Si en sentiments je n’étais vraiment pas bon, la capacité de Robert à attirer toujours le même genre de trainée ne pouvait que me faire douter de mes propres capacités. Depuis qu’il était là, j’en avais vu défiler des vertes et des trop mûres. Allez savoir pourquoi, quand on pense à l’existence, je pense que la première fois de ces femmes avec lui ne fut pas si enchanteresse que ça, à voir la fâcheuse tendance qu’elles avaient toutes à se barrer dès que le vent tourner. Une fois, l’une d’entre elle a fini dans mon appart’ à me faire du gringue. Mais on ne me fait jamais du gringue quand je regarde « En pleine nature », ces documentaires ou un Mac Guyver en cher et en os se fabrique une couverture en peau de chamois et bois sa pisse en plein désert pour s’humecter la bouche.

 

C’est presque la seule débilité que je m’accorde entre deux papiers. Pourtant, je ne pouvais pas dire qu’elle était hideuse, elle avait un certain charme. Mais qu’aurait dit le voisin dans tout ça, s’il avait reconnu les gémissements de la donzelle quelques mètres plus bas à peine ? Alors je le fis entrer, s’assoir, et j’allais chercher une bière dans le frigo. Je me surpris à avoir un élan de compassion pour ce pauvre bougre, que je considérais pourtant comme le paradoxe même de la réussite sociale. C’était le genre de gars qui fourrait un mouton en arrière plan d’un reportage sur les éleveurs.

 

Mais dans mon métier, j’ai appris à ne pas faire la différence entre Sharon Stone et un fabricant de charentaises à Bannière de Bigorre. Ca s’appelle l’intégrité, et des fois, c’est pesant. On s’était assis tous les deux, sur le canapé, et j’attendais patiemment qu’il finisse de me raconter sa vie pour pouvoir le congédier. Il venait souvent s’adresser à moi, parce qu’on était presque du même âge. Lui recevait tout de même ses parents tous les dimanches. Des gens charmants, eux, qui se trouvaient bien démunis  quand ils me voyaient dans ma stature, ma réussite, et qu’ils comparaient d’un œil torve la limasse qui regardait dans le vide, attendant que le vent ne vienne bouleverser la masse qui s’était un jour construite entre ses deux oreilles.

 -          Elle m’a traité de tous les noms. Mais je l’aimais, putain, je l’aimais !

 -          Allez, tu t’en remettras, tu ne vas pas sauter par la fenêtre, quand même !

La, je vis que son regard avait changé. Pourtant, je n’avais rien dit de mal. Ou alors si peu… 

 

R.B

 

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 12:37

Très bon dimanche à tous. Voici comme prévu la suite du récit. Vous allez découvrir que lorsque les esprits se rencontrent, cela ne donne pas toujours que le meilleur. Les amitiés se lient et se délient dans la douce chaleur d'une flamme, pendant qu'une autre vous emplit le coeur : celle de la haine. 


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Ils attendaient. Leur sang froid aurait pu valoir toutes les peines du monde, si seulement ils savaient ce qu’ils allaient avoir à vivre dans les prochains instants. Les yeux encore embués par les larmes de douleur, Ethan était couché sur un sol froid et son visage lui semblait humide. Plus il reprenait conscience, plus la douleur devenait lancinante. Il regardait de ses deux yeux meurtris ce qu’il pouvait y avoir autour de lui qui aurait éventuellement pu lui servir. Mais aucun objet n’était à portée de main, il semblait immobile, une toupie qui tourne désespérément en rond sur une table, inutilement, simplement pour amuser des enfants qui ont passé l’âge de jouer. Jusqu'à ce qu’il se rende compte que son imagination ne lui jouait pas des tours. La lumière qui semblait émaner des hauteurs était seulement celle du néon accroché solidement au plafond. C’est alors qu’il ne put s’empêcher de remarquer cette odeur.

 

Cette odeur si forte qu’elle étourdissait l’esprit, qu’elle confondait les sens et les faisaient disparaître dans son néant intérieur. Du pétrole. Pas seulement. Couché ventre à terre, il se rendit compte que l’essence imbibait son vêtement, sa joue droite, et que les vapeurs produisait sur lui des visions que personne n’aurait aimé vivre. Il referma les yeux d’un bref battement de cils. Lorsqu’il les rouvrit, il ne se trouvait déjà plus dans cet endroit. Il était la seule personne à la ronde, toujours ; mais cette fois ci dans un long tunnel. Un tunnel qui se perdait dans des courbes et des contorsions qui semblaient sans fin. Pendant un instant, son regard ne réussit pas à fixer la moindre considération matérielle. Puis il les vit. Deux hommes encapuchonnés. Ils étaient à l’autre bout du tunnel plus sombre qu’une nuit sans étoile, seulement éclairé par une lumière défaillante qui pendait à un plafond qui semblait déjà plus usé et miteux que lorsqu’il l’avait vu pour la première fois il y a quelques secondes.

 

Le béton semblait sans âme, et celle de cet endroit, si elle avait existé un jour, était sans doute égarée depuis longtemps dans les limbes d’un quartier qui se voulait industriel alors qu’il n’était rien de plus qu’artificiel. Leur ombre portait sur la fine lumière qui pendait, grinçant comme les grilles de ces vieilles maisons qui auraient besoin d’un coup de frais. Au fur et à mesure de leurs pas vers lui, elle changeait. Elle devenait multiforme, effrayante et envahissante, une peste proliférant sur une population terrorisée, une plante grimpante infestant le mur d’une vieille bâtisse abandonnée depuis le dernier soleil rougeoyant d’un automne disparu. En un éclair, ils se trouvèrent à sa portée et l’un d’eux fit tomber Ethan pendant que le second le saisissait à la gorge d’un air menaçant. Il portait un masque, un masque d’une blancheur et d’une laideur absolue. Son visage semblait inexistant, de même que son âme, cachée derrière ce paravent incolore et ne laissant transparaître aucune émotion.

 

Ce qui était d’autant plus déstabilisant, étant donné qu’Ethan cherchait à tout prix à savoir ou il se trouvait. Aussi brièvement que la distance entre l’apparition d’un éclair dans le ciel et sa détonation, il passa d’un endroit à l’autre. Victime de ses propres hallucinations, il se retrouvait de nouveau dans cet entrepôt, toujours éclairé par cette lumière blafarde. Mais une chose avait pourtant changée entre temps. Un homme lui serrait véritablement la gorge et ça commençait à le faire souffrir. En revanche, celui-ci ne portait guère de masque, il avait un visage anguleux et un nez proéminent. Ses joues semblaient presque aussi creuses que celles d’un squelette, et il semblait victime d’une indicible souffrance. Ethan le regarda attentivement dans les yeux. Ces yeux d’un marron sombre et cruel, aussi cruel que le sourire d’un psychopathe en puissance. Il le reconnut tout de suite à son souffle rauque et fatigué. A la haine qu’il propageait autour de lui rien que par la pensée.

 -          Lâchez moi… réussit il à dire, la voix pleine de douleur du à son étouffement partiel.

 -          Il te veut vivant pour te châtier de ses mains. Mais nous sommes plus rapides. Leurs insurgés ne peuvent rien contre nos informateurs. Ils sont certes plus nombreux, mais nous sommes plus vifs. Comprends-tu ce que signifie tout cela ? Comprends tu que tu te bats pour une cause perdue ? Bien sûr que tu le sais, sinon tu ne te serais pas enfui de chez toi et ne serais pas devenu un fugitif, en tant que fils de la honte. Cet être répugnant que tu es et qui ne mérite pas son existence, pas même sa place à une audience du Conseil. Faites le asseoir.


Deux autres hommes, le visage caché par de miteuses capuches à la couleur d’un vieux marronnier usé par le temps, apportèrent une chaise et une table qui semblaient avoir été construites sur le tas, presque aussi rapidement que leurs tenues. Ils forcèrent Ethan à se lever, la moitié du visage et la face ventrale du corps encore trempée par l’essence qui dégoulinait sur sa toge. Il avait encore l’esprit embrumé par cette odeur qui voulait tout posséder, s’accaparer son esprit aussi bien que ses membres tout entiers, qui étaient déjà lamentablement engourdis. Il voulut mentionner le nom d’Helphias, mais se ravisa au dernier moment : et s’ils ne détenaient que lui ?

Et si Helphias avait réussi à s’échapper de leurs griffes et à aller chercher du secours ? Malheureusement, cela paraissait peu probable vu la nature de cet être éternellement effrayé de tout ce qui n’était pas commun. Pourtant, l’indicible espoir qu’il pouvait éventuellement sauver la situation se raccrochait au cœur d’Ethan, de la même manière qu’un esprit invisible restait pour toujours dans la même demeure, attendant enfin qu’on le libère d’un fardeau ancestral. Raleigh semblait pourtant avoir la mine réjouie en cet instant, ce qui ne signifiait rien de bon.

 

-          Ton copain n’a pas ouvert la bouche depuis son arrivée. Chose que tu as déjà faite, pour me dire de te lâcher. Vois tu, je ne suis pas le plus rancunier des êtres, encore faudrait-il que tu puisses faire quelque chose pour moi.

 -          Pourquoi vous ? Qui a ordonné ma capture ?

 -          Ils sont des centaines à vouloir la prime que tu vaux actuellement. Des insurgés, des dissidents. Des personnes qui ne mériteraient même pas le regard du Conseil si elles ne disposaient pas d’un certain pouvoir, là, dehors. Aërendel les a chassés. Et comme par hasard, aujourd’hui, il fait appel à eux pour qu’ils te retrouvent. Je n’ai jamais approuvé ses méthodes, surtout qu’il te veut… vivant. Ce liquide qui coule sur ton visage : c’est le fruit de tous leurs efforts. Ce pourquoi ils se battent et ce pourquoi ils polluent notre atmosphère. C’est la raison de toutes nos maladies, de la baisse des naissances des enfants de notre royaume. Sais-tu que je ne suis en rien le méchant de l’histoire ?

 -          Vous êtes juste… le plus radical. Et sans doute l’être le plus vil que j’ai rencontré jusqu'à présent.

 -          Oui, bien sûr. Crache-moi au visage. Ton père le faisait, aussi, lorsqu’il avait encore de l’influence. Mais ça, c’est avant qu’il ne se retrouve embourbé jusqu’au coup dans sa propre mélasse. Désormais, tu as le choix d’une vie. Deux sont en danger, mais tu ne pourras en sauver qu’une seule. Choisit bien ton camp, et nous verrons si tu es capable d’accomplir ce sacrifice.


La flamme jaillit. Le feu transforme tout, même les certitudes. Ce rêve qu’Ethan voulait vivre, aussi vite qu’il l’avait crée pour enfin pouvoir se réveiller était devenu un véritable cauchemar incandescent. Raleigh voulait simplement s’emparer de sa vie, le faire souffrir. Très vite, il comprit qu’il ne pourrait pas rester immobile. Il ne pouvait pourtant pas se transformer en aigle, et courir le reste du chemin à pieds. Il courut aussi vite qu’il put, pour ne pas que sa toge et son visage ne s’enflamment, et ne laissent une marque indélébile de sa souffrance que tout le monde pourrait voir dans un avenir ou il ne voudrait pour rien au monde se souvenir de cet instant tragique.

 

Il remarqua une vieille porte, qui semblait usée depuis des années. Lorsqu’il tenta de l’ouvrir, il vit que le feu n’était pas en action que dans une seule pièce. Helphias était là, au fond de la pièce, dans un coin, qui se recroquevillait sur lui-même, se protégeant comme un enfant apeuré. Tout autour, les flammes envahissaient l’ensemble de la pièce, du sol au plafond, et pour la première fois, il fut victime de son impuissance. C’est alors qu’un cri atroce emplit ses oreilles : le feu avait réussi à atteindre son compagnon. Il semblait progresser lentement le long de sa toge, tel un serpent voulant s’emparer de lui et le serrer tout contre sa peau en écailles. Etait-ce la folie, ou la terreur qui gagnait le jeune Ethan lorsqu’il vit le visage de son compagnon prendre feu ?

 

La joue droite était maintenant en train de brûler, et les atroces cris de souffrance n’entamaient en rien la détermination d’Ethan qui continuait à chercher désespérément une solution avant que le feu ne le ronge lui aussi. Il vit alors Helphias courir vers lui, en hurlant comme un possédé, et se dit que l’horreur avait sans doute un nouveau nom. Ethan eut alors un mouvement de recul, comme lorsqu’on regarde un malade atteint de la peste ou de la gangrène. Il vit dans ce regard comme une sorte d’étonnement, d’anticipation flagrante qui ne lui disait rien de bon. Il repassa alors dans l’autre pièce, fermant la porte derrière lui, laissant son ami recroquevillé juste derrière, gémissant encore de douleur mais ne pouvant rien faire, et courut en pleurs à la recherche d’une sortie éventuelle.

 

Au fur et à mesure que ses pas devenaient plus forts, il regrettait son geste. Pourtant, il vit une porte qui laissait passer de la lumière, dans cette immense pièce qui n’était pas encore totalement ravagée par les flammes. Il s’empressa d’emprunter ce passage et se retrouva au dehors, sans une égratignure. Il courut aussi vite qu’il le put, et n’eut aucun mal à s’envoler aussi loin de ses problèmes et aussi prêt du ciel tout entier qui lui tendait les bras, priant pour qu’on lui accorde un peu de pitié de n’avoir désiré en cet instant que sa propre survie. Il ne savait ou aller, que faire sans cet ami qui vous soutenait lorsque vos doutes prenaient le dessus sur vos certitudes.

 

Des sentiments et des questions contradictoires se bousculaient dans sa tête, et la simple idée de commenter son geste l’effrayait encore plus. Il battait de ses ailes immenses le vide du ciel chargé d’émotions lourdes, volant vers l’inconnu et la perdition ultime qui l’effrayait tant : celle de se perdre lui-même.

 

Raleigh regardait les flammes s’éteindre, peu à peu, et, un sourire au lèvres, constatait le désastre qui avait brulé les contours de l’œil droit et la joue d’Helphias, ne laissant que quelques centimètres de peau encore vierge de toute souffrance. Il avait prédit cela, comme l’on aurait pu prédire un avenir incertain par la seule force de ses convictions. Alors que les deux individus encapuchonnés qui l’accompagnaient étaient en train de tenter de soulager la douleur du pauvre enfant victime de cet effroyable sacrifice, celui-ci ne bougea pas d’un pouce, n’émit aucune protestation. On aurait même dit qu’il leur était reconnaissant. Raleigh s’approcha de lui, et dans un sourire dissimulé, lui souffla alors à l’oreille :

 -          Tout est de sa faute. Il ne t’a pas sauvé, alors qu’il aurait pu. Tu ne peux pas lui faire confiance.

Alors qu’il lui tournait le dos pour regagner la voiture qui l’attendait devant avec ses deux sbires qui le suivraient bientôt à la trace, on perçut dans le monde un infime changement. Le regard d’un innocent venait de se transformer, et l’éternelle bonté de celui qu’il avait été venait de se transformer en haine. Portant les stigmates visibles de l’abandon dont il avait été victime, il bouillonnait intérieurement. Dans son propre esprit aussi, il était devenu différent. 

 

R.B

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 11:46

La vie est faite de paradoxes. On les croise dans les films de Lelouch, dans les chansons de Serge Lama, et même dans les collection hiver-été de Jean Paul Gaultier. Pourtant, rien n'est un si grand paradoxe que la naissance elle même. Suite de la ballade, tout en légèreté, dans le monde du sarcasme permanent. 

 

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4


Il existe un Vernon Dursley en chacun de nous. Le type qui ne croit qu’en ce qu’il voit, celui qui est rationnel même dans les moments les plus absurdes. Ce qui nous pousse à en être, c’est sans doute la peur plus que tout autre chose. J’avais peur de ce type, tout en me disant que c’est nous qui le faisions exister. Egalité, fraternité. Le monde a souvent contesté ces mots, mais jamais sans doute ils ne lui auraient parus aussi absurdes qu’aujourd’hui. Deux cons sur un trottoir qui se parlent sans se comprendre, qui s’écoutent parler sans rien entendre de ce que dit l’autre. C’était assez triste en fin de compte.


Bien grand mot que celui de la condition humaine. Dans la réalité, on se sent comme un gosse de 3 ans dans un supermarché, qui court au rayon des jouets parce que c’est le seul monde qu’il connait. Nous cherchons nos repères. Or, là, quand un individu comme ça vous tend la main, vous savez que ce n’est pas pour que vous la lui serriez. Il veut se sentir arrosé, renfloué, sans pour autant que vous ayez le droit de l’humilier. Il aurait été déguisé en Ronald Mac Donald que mon humeur n’en aurait pas été meilleure.


Quand il prit la pièce dans ses mains, on aurait dit un gosse qui attendait le passage de la petite souris pour pouvoir s’endormir. Il s’approcha alors soudain de moi, et sans que je ne puisse faire quoique ce soit, me murmura alors à l’oreille :


La vie est en promotion : deux pour le prix d’une.


Je le regardais partir en sifflotant, et se remettre en position « clodo » pour inspirer à nouveau la pitié. Tout mon corps était en alerte orange, et je m’entendais murmurer : « d’ici là qu’il porte des baskets Nike et un pantalon de survet’ Lacoste… ». Ignoble. Je regardais alors pour être sûr : si ce pantalon là était un Lacoste, alors c’était un des premiers modèles.


 La dépression ne touche personne. Elle est seulement là au moment ou il n’y a plus personne, comme un salopard qui guette les veuves à la sortie des cimetières et qui les rappelle 6 mois plus tard pour faire fructifier son investissement. En parlant d’investissement, je repensais à cet homme qui n’avait pu me dire que quelques mots, qui étaient pourtant devenus une obsession. Et si c’était ça, la réponse ? Et si Descartes, Hegel, ou Spinoza s’étaient cassé le cul pour rien ?


Même si l’idée avait de quoi plaire, je me bornais encore à croire que ce n’était pas concevable que les paroles d’un SDF en plein égarement soient la solution miracle à tous les maux de l’humanité. Pourtant, Jésus n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche.


Il a partagé du vin, pas du « Château Lafitte 1964 vieilli en fût de chêne ». Il a partagé du pain, pas des « bouchées aux graines de sésame et au son ». Les simples d’esprits n’ont jamais été les plus malheureux.


 

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5

 

-          Eh ben, vas-y, lâche toi ! Dis moi ce que t’as sur le cœur !

 -          Rien dont tu ne puisses te soucier.


Elle me regardait, comme une hyène regarderait un morceau de barbaque décomposé depuis des jours : c’est un privilège qu’elle me faisait et elle pensait tout bas que je n’en tenais même pas compte. J’ai toujours eu une attitude négationniste envers elle. Depuis que je suis petit, je suis habitué à contester, à dire ou faire l’inverse de ce qu’elle attendait de moi. Et si par malheur cela ne lui convenait pas, alors je ne pourrais être que plus cruel à son égard en lui narrant la somme de ses erreurs pour la faire culpabiliser. Il faut dire aussi qu’elle n’est pas exemplaire sur bien des points.


Je suis arrivé aussi promptement et de manière aussi anormale qu’un énorme morceau de boudin noir dans une assiette de dés de boudin blanc. Plus qu’un vilain petit canard, j’étais une vilaine petite portée à moi tout seul. Dans une période ou elle aurait bien profité encore quelques temps de sa jeunesse. Par jeunesse, j’entends bien sa capacité à ouvrir ses cuisses à tout péquenaud qui entrouvrirait son portefeuille d’un regard avide. Elle s’amusait bien, il n’y a pas à dire. Des fois même je vois pointer un regard empli d’amertume à mon égard : je suis la capote percée, le verre de pinard de trop, sans doute parce que le pinard, ça la connaissait bien il fut un temps.


Maintenant, elle n’a plus d’autre addiction que la télévision. Dechavanne pourrait monter un fan club rien qu’avec elle, et elle constitue certainement une bonne partie de son courrier des lecteurs. J’essaye d’en rire, mais c’est juste pour ne pas péter mon câble. Ca aussi, elle n’aime pas quand je le fais. En fait, c’est assez triste à dire, mais je pense qu’elle n’aime pas grand-chose de moi, si ce n’est le fait que je l’appelle de mon appartement pour lui dire que j’ai un problème. La, elle rapplique tout de suite, sans omettre de me rappeler combien j’ai besoin d’elle, quel empoté je suis et comment je suis ainsi totalement incapable de me débrouiller seul. Je me sens alors vide : un blanc d’œuf cru dans la bouche d’un vieil édenté : ça glisse tout seul et on ne sent même pas le goût.

-          Alors pourquoi tu n’as pas été foutu de lui dire non ? Tu sais pourtant que c’est un escroc !

 -          Un escroc qui te dépannait bien autrefois. Et pas seulement en te fournissant des clopes. Non, lui, c’était plutôt le spécialiste du cigare.


Elle n’aime pas mes sarcasmes. D’ailleurs personne ne les aime, mais je crois que dans tout être, cela modifie la compassion en pathétique tributaire de sa propre envie. Je veux dire par là que ça me vient comme ça, je peux difficilement le contrôler. Comme la colère qui, en ce moment, commence sérieusement à monter et à me taper sur les nerfs.

 

-          Tu n’es qu’un idiot. Des fois, je me demande bien d’où tu sors.

 -          Oh, arrêtes, on ne fait pas d’enfant en mettant son sperme dans l’oreille, que je sache !

 

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6


Après, ce court entretien avec ma bienfaitrice, je décidai de rentrer bien confortablement à mon appart en repensant aux idioties que l’on s’était jeté à la figure. C’était chaque fois pareil : dès que tu balances un corps à la mer, il y a les 10 autres qui remontent à la surface. Pas de mais qui tiennent, les géants ne se sont pas transformés en montagne, et les sorcières en anges. Mais quelque part, nous devions avoir cette discussion. Elle qui bouffe des nems à longueur de soirée en croyant manger de la nourriture indienne. Elle qui se délecte du Cassoulet parisien que son Jules lui prépare sans savoir qu’il est directement sorti de la boîte William Saurin.


C’est bien d’écrire un bouquin, parce que tu peux dire toutes les inepties que tu ne peux pas balancer en face à face. C’est comme un psy, mais sauf que c’est toi qui touche l’argent en droits d’auteur.  Je plaisante, bien entendu. Ne vas pas croire, cher lecteur, que je te prends pour un psy auquel j’étalerais tous mes problèmes. Mais c’est souvent dans la banalité la plus confondante qu’on trouve l’exception la plus improbable. Par exemple, le fait que j’ai trouvé cet appartement en plein cœur de la capitale pour moins cher que ce qu’il ne vaut réellement, je me dis que c’est une exception qui a sans doute été tracée sur mon chemin.


Dans le métro qui me ramène dans la rue que j’ai l’habitude de prendre pour rentrer, j’imagine ce qu’aurait été ma vie dans un roman. Enfance heureuse, riche, un appartement aussi mignon que la bouille d’un Gremlins, avec autant de chambre que le Yaut de Bolloré. A côté de moi, il y a une femme en train de pleurer toutes les larmes de son corps. Je me trouve cruel de ne rien faire, tout en pensant qu’il a fallu que ça tombe sur moi. A croire que j’ai le physique de L’abbé Pierre en plus jeune, ou celui d’un évêque. Bien que contrairement à ces derniers, j’ai horreur des enfants. Je sais,  tous les évêques ne sont pas des pédophiles, mais cette simple idée de société du sexe secret me fait marrer intérieurement. C’est plus fort que moi, je vois de la perversion partout.


Par exemple en ce moment il y a un vieux en face de moi qui est en train de regarder cette femme assise sur le siège juste à côté en train de pleurer comme une madeleine, et je ne peux m’empêcher de penser qu’il attends une brèche pour pouvoir profiter de la situation et la tirer à son avantage. Je parle de la situation, bien sûr. Je me redresse sur mon siège, j’ai l’impression d’être plus haut que les autres et j’essaye de regarder ces gens le moins possible.


Dans mes oreilles, du GENESIS, sauf que je ne suis pas aussi timbré que Patrick Bateman, le héros de American Psycho. Moi, je n’éborgne pas les clochards dans la rue en leur tendant un billet pour leur reprendre ensuite en riant. Je n’en suis pas encore arrivé là. Mais la simple perspective de demander à cette femme ce qui n’allait pas et qu’elle me raconte sa vie me donnait la conviction que mes gestes d’éloignement étaient justifiés. Il faut dire que je n’ai jamais eu beaucoup de tact avec les femmes, et que ma vie sentimentale se résume à fantasmer sur Naomi Campbell, tout en sachant que de son côté, elle n’en a clairement absolument rien à carrer.


Je suis peut être le plus brillant et le plus flagrant des paradoxes : aussi fluo et visible qu’une luciole une nuit de pleine lune, mais aussi vache qu’une oie dans une basse cour. Je suis l’inverse du Don Quichotte.  Le Don Qui Chiotte de l’amour : je cours après de jolis moulins (à paroles, certes), mais au final c’est moi qui brasse du vent.

 

      R.B

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 22:14

Nouveau genre, nouveau concept. Juste comme ça, en toute simplicité, pour se marrer un petit peu et avoir un esprit un peu moins sérieux. Parce que le monde est plein de fantaisie, d'humour et de cynisme, voici peut être le début d'une nouvelle aventure. Aimerez vous ? 

 

 

 

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1

 

Tout avait démarré par une simple marche. Pas une de ces marches comparables à celles d’un ashmatique en manque de son inhalateur, mais plutôt celle d’un homme au pas plus assuré que son futur lui-même qui s’inscrivait dans une indécision comparable à celle d’une mouette qui se retrouve confrontée à deux morceaux de pain et au dilemme de celui qu’elle va bien pouvoir manger en premier.


Tout naît d’un pas. C’est le tout premier qui compte vraiment : lorsque l’on regarde un ballet à l’opéra, c’est toujours la première danseuse, le premier piqué qui laisse une impression indélébile. Lorsque l’on aime pour la première fois, c’est bien souvent le premier baiser qui laisse à vos lèvres l’émotion qui va conduire et éconduire toutes vos futures conquêtes. Nous naissons pour vivre des premières fois. Une fois que celles-ci sont accomplies, il ne reste alors que le néant de notre propre insuffisance, et nous nous sentons floués de ne plus rien avoir à vivre.


Nous envions alors la jeunesse, et nous désolons du temps qu’ils perdent à penser à celui que nous sommes en train de vivre, à se complaire dans cet océan d’incertitude et de non-achèvement, à toujours vouloir tout avoir sans jamais se satisfaire de rien une fois le désir assouvi. Car au fond nous envions leurs premières fois, et regardons les nôtres prisonnières à travers le petit mot inscrit en dessous de chaque photo de cet album jauni. 


Cette condition était ancrée dans une certaine forme d’atrocité, et ce bras gauche se balançant au rythme de la marche n’inspirait rien sauf le dégoût de la banalité et l’effarant rejet de l’ordinaire. Nous voulons tous la puissance d’un pas gracieux, d’un pas si agile qu’il en inspirerait certains et en pousseraient d’autre à revoir leur jugement sur la personne qui marcherait à nouveau de cette façon quelques temps plus tard, ne nous laissant pas le soin personnel de l’oublier.


Mais dans ces moments aussi indécis que la chute à terre d’une feuille qui ressentait dans les branches de son arbre un inextinguible sentiment d’étroitesse, notre cynisme est plus effarant encore que l’orgueil d’un aigle.


Celui qui veut toujours voler plus haut finit par se perdre dans son propre ciel, et les regards convergeant ne sont qu’un supplice de plus, qu’une heure qui s’éternise dans un temps qui devrait déjà être révolu depuis longtemps.

 

 

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2

 

Le premier regard que l’on pose sur les choses, même s’il n’est pas le meilleur, est toujours le plus enrichissant car la condition humaine ne serait alors sinon rien d’autre que la nostalgie d’une enfance perdue. Lorsque l’on entend les clochettes de cette mélancolie tintinnabuler dans nos oreilles comme l’écho d’un passé puissant mais incertain, faudrait-il alors tirer un trait de la même manière qu’on le ferait sur une feuille blanche ? Vivre sa vie comme l’on écrit au fil de la plume, n’est ce pas la le plus enrichissant des privilèges ? La chaleur douceâtre d’un orgueil invisible pousse chacun d’entre nous à ne pas se contenter du convenable, à vouloir toujours le meilleur.


Une société fonctionne de cette manière, et à plus petite échelle, une démarche se construit aussi comme on construit le personnage que l’on découpe et dont on modifie les humeurs dans les pages d’un bon comme d’un mauvais livre. Si tous étaient écrits de la même manière, ne serait-ce pas alors la sensibilité du lecteur en elle-même qui changerait la donne, et cela signifierait alors la clef du mystère de goûts et des couleurs ? Et si la différence s’inscrivait dans l’indifférence ?


Toutes ces questions, je ne me les suis posées que trop souvent. Mais il a fallu que ce soit ce jour là, à cette heure ou la rue était habituellement déserte, que l’on en vienne à m’apporter des bribes de réponses. Quelque part, l’absurdité de ma situation n’en était que plus confondante, et l’effarante complexité de mes questions existentielles ne pouvaient en former qu’une ridicule consolation. 


Je le vis s’avancer, l’air hagard, murmurant des borborygmes que seul lui comprenait, emmuré dans une douleur et un ravissement perpétuels qui poussaient à une pitié plus que dérisoire, mais c’était là le seul sentiment que j’étais alors prêt à lui accorder. Il portait une espèce de pull qu’il n’avait pas du enlever depuis la dernière fois ou j’avais été à Lourdes, ce qui remonte à un bon bout de temps, la corvée de cette tâche étant comparable au nom de cette ville de recueillement annuel. Je veux dire par là que personne n’est un saint, et si l’on ne sait à quel saint se vouer, on ne sait pas plus à quel sein s’avouer.


Sa démarche était hagarde : on aurait dit un marin revenant d’un voyage dont il était pourtant sur de ne jamais sortir vivant, qui cherchait et défiait les puissantes vagues par ces simples gestes fous. Il y a des natures auxquelles il ne vaut mieux pas se mesurer.

 

 

 

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3


 -          Greuhh, grahh ouuuhioué ! Greuuuh !


C’est assez triste à dire, mais c’est pourtant tout ce que j’ai compris quand il m’a tendu la main. Je me disais dans ma tête que je n’avais pas du faire assez attention à ce qu’il disait, bien trop préoccupé à ce qu’il ne me dérobe pas mon portefeuille à l’arrachée, ou mon portable, c’aurait été encore pire. Quel est ce mystère qui fait que nous accordons plus de fiabilité à l’immatériel qu’au toucher d’un billet entre nos mains ? Vivons-nous un présent si morose qu’on ne croit plus en toute éventualité de richesse ? Probablement.


Mais même dans la certitude de mes propres affirmations, mon état suite à cette étrange réflexion ne pouvait qu’en être plus confondu. Je regardais mon téléphone, il était trois heures moins le quart. J’étais en retard. En retard de quoi ? De rien en fait. En retard de ma propre horloge interne que je m’étais exercé avec un mal fou à construire. Mais si l’on ne prenait pas toutes ces données en considération, c’était plus le fait qu’il s’adresse à moi qui m’exaspérait au plus haut point. Pourtant, il n’y avait que nous deux dans la rue, mais il me donnait l’envie nauséabonde de me sentir coupable de son propre malheur.


Aussi nauséabonde que son odeur d’ailleurs, qui commençaient alors lentement à m’emplir les narines, elles qui étaient pourtant pratiquement toujours bouchées. Un mélange de vieille vinasse et de merde qui m’écœurait presque autant que la graisse fondante de la pizzeria ambulante juste en face de chez Morgan’s. C’est vous dire le degré de dégoût qui m’emplissait alors !  Mais ça, même si vous êtes en face du dernier des enfoirés, ça ne se dit pas. On appelle ça la politesse, ou la bienséance dans les milieux les plus aisés. Je crus entendre un « monsieur s’il vous plaît », mais quand ton esprit se borne à croire que tu as affaire à un illettré, tu as beau mettre tout le mal du monde à te défaire de l’idée, elle revient te polluer autant que les algues vertes du Mont Saint Michel dont on entend parler chaque année.


Je pris mon portefeuille, saisit une pièce, la première que je trouvais, et la lui tendit. Pas pour faire une bonne action, juste pour qu’il me foute la paix. On à beau avoir des défauts, s’il y a une chose dont je suis sûr, c’est bien d’être honnête me concernant. Se donner bonne conscience, ce n’est bon que pour les péteux ou les mecs qui croient qu’ils peuvent trouver un chèque de 2 millions d’euros dans un Kinder Surprise.


On a beau être dans un espace mondialisé, la pitié, elle, n’est pas fabriquée Made In China. C’est dommage, d’ailleurs, parce qu’on serait peut être un peu plus nombreux à en avoir. 

 

R.B

 

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