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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 00:50

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C’était comme une petite mort. Une mort agréable, qui vous prend dans les bars comme on étoufferait un nourrisson malade de ses bras tendres et maternels. Au dehors, on entendait Hangover de Taio Cruz. Coïncidence ? Je ne crois pas. Cette petite mort est arrivée très vite, aussi subrepticement qu’un éclair de malice dans les yeux d’un chat, ou qu’on souffle de vent sur un corps trop hardi par sa chaleur incandescente. Peut être que j’en fais trop, mais c’est comme ça qu’il faut penser : toujours plus, toujours plus vite, pour ne jamais se laisser dépasser par les choses de la vie. Les choses qu’a 19 ans on ne connaît pas encore, que l’on tâtonne du bout du doigt comme l’enfant apeuré que l’on est encore. Je me souviens que cette petite mort fut précédée d’une longue discussion.

 

Elle m’a appris tout ce qu’il y avait à savoir sur elle. Ses parents avaient divorcé mais elle s’en foutait, elle préférait ça plutôt qu’ils s’entretuent. Elle aimait Balzac, écoutait souvent du Crosby Still Nash and Young, se parfumait au gré de ses envies (en ce moment, c’était Cacharel). Elle rêvait d’aventures, de voyages, d’être né dans un corps plus beau, de se faire une réputation un peu meilleure que ce qu’elle n’était –« parce que quoi qu’on en dise, le regard des autres compte toujours un peu, tu vois ? »-, elle aimait l’été autant que l’hiver, le soleil cuisant autant que la neige qui l’emplissait souvent d’une mélancolie qu’elle aurait bien voulu cacher tout au fond de son coffre à secrets. Elle aimait le cinéma de Woody Allen, parce qu’il « mettait toujours les femmes en valeur », et aussi les vieux films d’horreur, « parce que c’est vraiment les meilleurs, y’a pas à dire ». Elle n’avait eu que quelques expériences avec des garçons, toutes soldées par des échecs plutôt cuisants, parce qu’elle avait refusée là ou, pour eux, elle aurait du dire oui.

 

Au lieu de la prendre en pitié, je l’admirais un peu plus, je voyais son souffle qui partait en fumée par le froid qui entrait par la fenêtre : nous étions au moment de la nuit le plus sombre, le plus fatidique, et aussi le plus imprévisible. Je sentais comme une adrénaline me parcourir tout le corps : était-ce le fait de braver les interdits et les conventions de l’ado qui reste bien sagement dans sa chambre qui me donnait à se point des ailes, ou la Red Bull que j’avais mélangé dans mon verre pour diluer un peu la vodka et atténuer un peu son goût de White Spirit bon marché ? A cet instant, je dois avouer que c’était bien le dernier de mes soucis. Elle me dit plein de choses que je ne retins pas. Et ensuite, elle termina le tout par :


 - Mais je suis sur que tu t’en fous, et que tu vas raconter ça à tes gentils potes qui vont en profiter pour bien se payer ma tête.

 - Non, pas cette fois. Cette fois, ils vont se faire voir.

 - Qu’est ce qui a changé ?

 - Je me suis rendu compte que ce qui compte vraiment, ce n’est pas ce que les autres pensent de toi mais ce que tu veux vraiment. Mon frangin m’a dit un jour qu’à certains moments il faut oublier ce que tu ressens et te souvenir de ce que tu mérites. C’est le truc le plus intelligent qu’il m’ait jamais dit, pour te dire le niveau.

 - Et tu mérites quoi ?

 - D’être honnête avec toi. Et avec moi-même. Même si je suis a moitié bourré, et toi aussi, c’est ce qu’on doit faire, je pense.

 - Personnellement, je trouve ça stupide.

 - Tu trouves beaucoup de choses stupides.

 - C’est vrai. Peut être parce qu’elles le sont, ou peut être parce que je crois qu’elles le sont. Après tout, qu’est ce qu’on s’en fout !

 - Rob ? Tu fous quoi ? On t’attend, nous, ils sont en train de battre le record au kilo de gerbe !

 - Fous-moi la paix, Clem ! J’arrive !

 - Qu’est ce que tu fous dans la salle… Oh. Bon, ok, grouille-toi ou on va se faire laminer.

 - A sa place, je n’aimerais pas perdre à cause d’un pochtron qui s’est perdu dans une salle de bain avec une fille qu’il ne connait même pas.

 - Je te connais un peu plus maintenant, tu ne crois pas ?


Nous étions encore sonnés, mais l’air du dehors venait nous ramener par moments à la réalité, diffusant sur nos papilles les embruns salés de la tequila Paf que nous avions bu de concert. Je n’avais qu’une seule envie, c’était de fixer ce moment, d’arrêter mon existence là, sur le papier glacé d’un polaroïd dont je pourrais me souvenir à loisir. De la voir passer la main dans ses cheveux pour ramener les échappés derrière son oreille droite. D’observer ses yeux félins et hagards briller dans la nuit, tels des rois déchus, descendant du piédestal de leur estime toute relative. Pourquoi étais-je si stupide ? Pourquoi voulais je construire du plein sur du vide ? ON mettrait ça sur le conte de la jeunesse qu’on n’aurait pas totalement tort.

 

A moins que ce ne soit un mélange mal passé. Peu importe d’où provenait le malaise, le fait est qu’il était là, bien présent, dans chaque regard et dans chaque geste incertain. Dans chaque parole ou l’on se dit qu’on aurait du garder ça pour nous et que les choses auraient pu tourner autrement si on n’avait pas interprété les paroles de l’autre d’une façon que l’on ignorait encore. Nous étions de vulgaires pelotes de laine, emmêlées dans les peurs et les illusions d’une modernité qui nous effrayait. Alors chacun déliait la pelote de l’autre, trouvait des fils plus beaux qu’il ne se les était imaginé alors, se souvenait que certains de ses propres fils étaient identiques. Et, dans le chaos indescriptibles des dizaines de mètres de fils partagés, une nouvelle pelote se tissait peu à peu, s’enroulait parmi les conversations, les rires et les approbations. Sur cette pelote, une étiquette, écrite à la main, encore hésitante, inscrivait « NOUS ».

 

Pour qu’on s’en souvienne, pour qu’on puisse compter dessus un jour, une heure, un instant. Un souffle. Le sien n’exprimait pas de la lassitude, plutôt de l’impatience. Une impatience que je ne connaissais pas encore. Elle a voulu que je lui déroule ma pelote. Alors c’est ce que j’ai fait : elle me tenait moins chaud, et je me sentais un peu vide après. Mais ce vide faisait étrangement du bien.

 

On a pas eu le temps de discuter longtemps. La petite mort est venue comme ça, sans crier gare, tel un fou qui vous fonce dessus dans la rue et vous pousse violemment hors du trottoir, pour vous confronter aux dangers et aux hostilités de la jungle urbaine. On s’est rapprochés, attirés l’un par l’autre par une force invisible. On a voulu se toucher, pour savoir ou était l’autre. Elle s’est cognée, j’ai ri. Elle me l’a reproché. Elle est sortie de la baignoire, encore à moitié stone. On a collé nos têtes l’une contre l’autre, et j’ai pu sentir son souffle, rempli d’ivresse et de désir. C’est à ce moment là, à ce moment précis, que je suis mort. Je ne saurais dire ce que ça m’a fait, mais je n’ai vu aucune lumière blanche, aucun dieu n’est venu pour me tendre la main. Pourtant, cliniquement, je suis bel et bien mort, et ce pour une raison toute simple.

 

Lorsque nos lèvres se sont touchées, mon cœur s’est arrêté de battre. 

 

 

 

RB

Le 11/07/2012

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Published by Rom - dans ImaginaRom
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commentaires

dimdamdom59 08/09/2012 10:57





http://i47.tinypic.com/2hnu9tz.jpg
J'aurais pu partir
Sans rien dire
Mais je préfère venir
Jusqu'à toi pour te dire
Qu'il n'y a pas pire
Que de ne rien dire
Alors je viens tout simplement ici
Pour te souhaiter un doux week-end ensoleillé!!!
Bisous.
Domi.


Tu n'es pas encore rentré, ou tu as de nouveaux projets???

Rom 10/09/2012 20:59



Merci pour tes messages toujours sympathiques, je te souhaite par la même occasion une excellente rentrée. Des idées se bousculent dans ma tête quant aux nouveaux projets, ils viendront très
prochainement, fais moi confiance. J'y travaille dessus depuis un bon moment déjà. Et le retour est pour bientôt ! 


Passe une excellente semaine. 


Rom



dimdamdom59 06/08/2012 17:08


Me revoilà revenue de vacances mais encore loin de revenir à temps plein sur la toile, même que l'envie n'y est franchement plus. Mais que cela ne m'empêche de venir visiter ceux et celles pour
qui je garde une grande estime et tu en fais partie.


Je constate que tu es toujours plein d'inspiration et d'imagination!!! Je reconnais encore une fois ton immense talent!!!


Au fait as-tu réussi ton année d'études, je n'en doute pas un seul instant!!!


Aussi pour ton nouveau site te sens-tu prêt ou pas à l'inscrire chez les Nuls???


Prends ton temps surtout je n'oblige en rien!!!


Je te souhaite une douce journée, peut-être à la plage hihi!!!


Bisous


Domi.

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